‹ Histoire de la philosophie médiévale (volume 2)Chapitre 143 sur 149 · LE DISCRÉDIT DE LA SCOLASTIQUE DEVANT LA SCIENCE · texte numérisé non relu

LE DISCRÉDIT DE LA SCOLASTIQUE DEVANT LA SCIENCE

dont devaient se rendre coupables, quatre siècles plus tard, des hommes de moindre talent (274).

C'est, en effet, sur le terrain des connaissances expérimentales que les aristotéliciens du xvii^ s. se sont déconsidérés devant les hommes de science. Ils se sont toutefois mépris les uns et les autres sur l'enjeu du débat.

La scolastique se consumait de langueur. Profondément enlisés dans de stériles disputes dialectiques, esclaves de manuels, qui avaient remplacé les ouvrages originaux d'Aristote et de la grande scolastique ^), le plus grand nombre de ces « pseudo-aristotéliciens « méconnaissaient d'une part la portée véritable de la métaphysique scolastique, et d'autre part croyaient avec conviction en son enseignement scientifique. Celui-ci leur semblait indissolublement solidaire de cellelà, et le monument aristotélicien se dressait devant eux comme un sanctuaire sacro-saint dont on ne pouvait enlever une pierre sans ébranler tout l'édifice. Ils perdirent ainsi la notion du principal et du secondaire, ils ne comprirent pas que les conclusions scientifiques cC Aristote étant er7^onées, le lien qui les unissait à la métaphysique était nécessai7^ement factice ; ils refusèrent d'abdiquer certaines applications arbitraires de la métaphysique sur le terrain scientifique, pour ne pas devoir renoncer à la métaphysique elle-7nême ! Au lieu de rejeter certaines thèses péripatéticiennes, que des faits nouveaux avaient renversé, les aristotéliciens défendirent Aristote en dépit du bon sens, et en opposition à l'esprit véritable de sa philosophie^).

Est-il étonnant qu'ils se soient attiré les railleries des savants ? Ceux-ci rendirent la scolastique responsable des

') MoNCHAMP, Galilée et la Belgique, Essai historique sur les vicissitudes du système de Copernic en Belgique; Bruxelles, 1892, pp. 5 et 45. — 2) Galilée parle de ces aristotéliciens " qui plutôt que de mettre quelque altération dans le ciel d' Aristote, veulent impertinemment nier celles qu'ils voient dans le ciel de la nature „. V. Monchamp, op. cit., p. 51. — Il est intéressant de remarquer que d'autres les scolastiques se refusèrent à croire aux découvertes astronomiques. Tels Cremonini et Mélanchthon.

égarements de la science médiévale, et pei^sonne ne se trouva là, pour venger la philosophie des puérilités des philosophes . Dès lors, on condamna la scolastique en bloc, et les faveurs allèrent k la philosophie moderne, respectueuse elle, dès sa naissance, des découvertes scientifiques.

Ainsi la scolastique a été discréditée devant la science, faute dliommes, non faute d'idées ^). De là le malentendu séculaire qui a surgi entre les savants et les amis de la scolastique — malentendu que la vérité historique n'est pas encore parvenue à dissiper. Les uns et les autres en sont responsables ; mais les plus coupables sont ces ignares de « pseudoscolastiques ^ devenus incapables de défendre leurs propres théories, faute de les connaître.

1) On comprend, dès lors, combien est trompeur ce titre que donne M. PiCAVET à une conférence de la Société des études italiennes : Galilée, destruceur de la scolastique et fondateur de la philosophie scientifique (Paris, 1895).

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