‹ Histoire de la philosophie médiévale (volume 2)Chapitre 86 sur 149 · Erection de l'Université d'Qxford et de Cambridg^e · texte numérisé non relu

Erection de l'Université d'Qxford et de Cambridg^e

L'Université d'Oxford grandit à partir du milieu du xiii^ s. Elle reconnaît elle-même la suprématie de l'Université de Paris, à qui elle est redevable de son organisation ^) et de ses meilleurs professeurs. Moins importante que celle d'Oxford, l'Université de Cambridge n'est pas définitivement organisée avant le xiv^ s. ^). Le " pèlerinage scientifique „ des Anglais à Paris commence au milieu du xiic s. Robert Grossetête, son chancelier Guillaume de ShyreswooD vont à Paris ; les franciscains Adam de Marisco, Richard CoRNUBiENsis proféssont à Paris, avant d'enseigner à Oxford, etc.

§3. — La création des Ordres mendiants.

254. Luttes des rég-uliers et des séculiers. — A peine installés à Paris (1217 et 1219-20), les Dominicains et les Franciscains

1) Chart. I, 563 et II, 673. — Audarium, I, p. xxix. La determinatio avait aussi lieu dans d'autres facultés. — ^) Audarium, l. Introd., pp. xxviii et xxix. Pour d'autres détails sur l'organisation de l'enseignement, voir Ibid., pp. XXI et suiv., les indices du Chart. et Thurot, De l'organisation de renseignement dans V Université de Paris. — ^) Vers 1240, Robert Grossetête invite les professeurs de théologie d'Oxford à suivre, dans leurs leçons, l'ordre adopté à Paris {Chart. I, 169). En 1246, Innocent IV fait la même recommandation à Robert Grossetête {Chart. 1,189). — ^) Denifle, Die univers. eic.,p.Sli.

visèrent au droit d'ouvrir des écoles dans l'Université. Là devait se livrer, en effet, la lutte décisive de la science catholique contre l'averroïsme. Les réguliers réussirent après de longues difficultés. A la suite d'une grève générale des maîtres, lors d'un différend avec l'évèque de Paris et le chancelier de Notre-Dame, les Dominicains reçurent la " licence „ d'inaugurer une école de théologie (1229) 1). Ils obtinrent une seconde chaire en 1231, et c'est à la même époque que les Franciscains devinrent les titulaires d'une chaire de théologie. Le premier maître Dominicain fut Roland de Crémone, le premier Franciscain fut le célèbre Alexandre de Halès. Le droit des ordres mendiants reposait sur des titres légitimes. Cependant, une animosité sourde régnait, et continua de régner entre les " réguliers „ et les maîtres séculiers. De 1252 à 1259, il y eut de nouveaux tiraillements. Les réguliers, à leur tête Nicolas de Lisieux, Géraud d'Abbeville et surtout le turbulent Guillaume de S. Amour (t 1272), voulurent statuer qu'un ordre religieux ne pouvait occuper plus d'une chaire. Le différend se termina par une intervention d'Alexandre IV, qui consacra les droits acquis, condamna et fit expulser de France Guillaume de S. Amour et les principaux meneurs -).

255. L'influence des ordres mendiants sur le mouvement philosophique. — Les Dominicains et les Franciscains exercent sur les destinées de la scolastique une influence prépondérante. Dans ces grandes corporations religieuses, qui, pour favoriser l'essor des vocations scientifiques imposaient l'étude à leurs membres, se recrutent les plus illustres représentants de la philosophie du xiii^ s. D'autre part, l'émulation entre Franciscains et Dominicains stimule le zèle de tous, et à leur exemple, d'autres ordres religieux se mêlent aux joutes théologiques et philosophiques ^).

1) P. Mandonnet : De l'incorporation des Dominicains dans l'ancienne Université de Paris (R. Thomiste, 1896, j). 133). — 2) L'animosilé des séculiers contre les réguliers suscita d'aulres différends. C'est ainsi que, vers 1270, l'Université vit naître de longues controverses sur la dignité relative de l'état religieux et de l'état clérical. Cf. Chart. I, 495. De même, en 1281, les ordres mendiants rencontrèrent une vive opposition de la part du clergé, à propos du privilège que leur donna le pape de prêcher et d'entendre la confession des fidèles. Dans cette question, les " séculiers „ de l'Université se liguèrent encore contre les réguliers {Chart. I, 592 et siiiv.). En 1387, une nouvelle lutte éclata entre les Dominicains et l'Université, cette fois au sujet des thèses théologiques trop hardies soutenues par le Dominicain Jean de Montesono. Elle al)outit à une exclusion temporaire des Dominicains de la faculté de théologie. — 3) Les Cisterciens reçurent la licence d'enseigner en 125li, les Ermites de S. Augustin vers 12S7 (Gilles de Rome), les Carmes en 1295.

LA PHILOSOPHIE SCOLASTIQUE AU XIIl'' S. 247

Dominicains el Franciscains inaugurent dans la scolastiqiie des traditions distinctes. L'école franciscaine se développe suivant trois directions principales, de valeur et de signification différentes : 1° La direction mystique dont S. Bonaventure est l'initiateur; "2^ Vancienne direction philosophique, qui se dessine avec Alexandre de Halès, se perpétue avec S. Bonaventure, et résulte d'un compromis entre certaines doctrines de S. Augustin et celles d'Aristote ; 3« la nouvelle direction dialectique, ou la direction péripatéticienne, imprimée par Duns Scot. C'est la plus influente. Secondaires sont la direction naturaliste de Roger Bacon et la direction théosophique de Raymond LuUus. Quant à la direction " terministe ,,, qui commence avec G. d'Occam, elle n'apparaît qu'à la période suivante et se poursuit rapidement eu dehors de l'ordre des Frères Mineurs.

Sauf quelques dissidents, les Dominicains suivent plus uniformément un même système philosophique : le péripatétisme scolastique, tel qu'il est fixé par Albert le Grand et S. Thomas.

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