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Signification philosophique d'Albert le Grand

— i° La vulgarisation dJ Aristote. C'est Albert qui conçut et exécuta le projet de « refaire Aristote à l'usage des latins » *). Pour le leur rendre « intelligible », il fit des œuvres complètes du stagirite une paraphrase extensive, reprenant le titre et l'ordre de ses nombreux traités (32). « Il n'entreprit point un commentaire du texte même d'Aristote, mais il organisa un plan général emprunté à ce dernier, qu'il remplit surabondamment en y incorporant les matériaux d'Aristote et de ses commentateurs, ainsi que ses propres observations » a). Ce procédé de paraphrase ne rend pas toujours facile l'exégèse des idées philosophiques propres à Albert. Par endroits, ses commentaires ne sont manifestement que l'exposé objectif de la pensée d'autrui et il arrive qu'ils sont inconciliables avec la doctrine personnelle de l'auteur. D'autres fois, celui-ci partage la théorie qu'il expose 3). La valeur des paraphrases au point de vue de la synthèse albertine varie d'un passage à l'autre et l'étude monographique pourra seule la fixer.

20 \J érudition d'Albert tient du prodige. Il ne possède pas seulement Aristote, mais encore il connaît plus d'auteurs

') Mandonnet, Siger de Brabant, etc., p. li. 4 Nostra intentio est omnes dictas partes (physicam, metaphysicam et mathematicam) facere Latinis intelligibles. » Pays., 1. I, tr. 1, cap. 1. — *) Ibid.t p. lui. — ') V. à ce sujet l'introduction de Schneider, Die PsychoL Albert d. Grossen. Dans la Summa de homine et la Summa théologien on trouve les idées psychologiques propres à Albert ; au contraire dans les de anima, libri etkicorum, deintelUctu et intelligibili un choix s'impose, pour lequel Schneider adopte le suivant critère : sont admises par Albert toutes les théories conciliables avec le dogme chrétien (pp. 3-7).

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juifs et arabes que n'importe quel autre scolastique x), son érudition s'étendant même aux écrivains non philosophiques a). Toutefois Albert n'est qu'un érudit et non un historien, et il commet à l'endroit de l'histoire de la philosophie ancienne d'impardonnables méprises.

3° Albert est un des plus remarquables hommes de science de son temps. Il proclame hautement et à de nombreuses reprises les droits de l'observation, de l'expérience et de l'induction, et ainsi il apprend à ses contemporains à tourner leurs regards vers la nature : « oportet experimentum non in uno modo, sed secundum omnes circumstantias probare 3) » . Il est familiarisé avec la zoologie, la botanique, la géographie, l'astronomie, la minéralogie, l'alchimie, la médecine ; à chacune de ces sciences il apporte l'appoint de scrupuleuses observations, et plus d'une de ses théories constitue des progrès 4).

4° Ses méthodes didactiques présentent de multiples imperfections. Sa glose colossale pèche par excès ; mais il faut dire, d'une part qu'elle est la reproduction d'un exposé oral, d'autre part que le maître veut faire œuvre de vulgarisation. Un autre défaut de sa méthode gît dans les interminables digressions , auxquelles il s'abandonne, surtout dans le de anima et la métaphysique. Sa langue est inculte, souvent embarrassée et imprécise.

5° Le pèripatêtisme fait le fond de la philosophie d'Albert le Grand, et il est soumis à une double épuration : d'une part le maître dominicain a une tendance à dépouiller les pensées d'Aristote des commentaires juifs et arabes, il n'hésite pas à opposer ceux-ci à celles-là, et dirige contre Averroès et Avicebron des réfutations principielles 5) ; d'autre part plusieurs théories sont corri-

') Costa-ben-Luca s'appelle chez lui Constabulus, Constabulinus, Costabenluce; J. Avendeath prend nom Collectanus (pour Toletanus). Schneider, op. cit., pp. 9, 13. — *) Guttmann, op. cit. (n° 209), pp. 47-120 : Seine Kenntniss d. nichtphilosophischen judischen Literatur. — 3) Ethic, lib. 6, tr. 2, c. 25. Cf. Michael, Kulturzustande d. deutschen Volkcs wâhrend d. XIII Jahrh. III, 446 et ss. — *) Il existe de nombreux travaux spéciaux sur la place d'Albert le Grand dans chacune de ces sciences. Énumérés par Michael, op. cit. — 5) V. son traité contre Averroès ; Cf. Guttmann, op. cit., pp. 62, 78.

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