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SAINT THOMAS D'AQUIN

plus profonde que celle dont fait preuve Albert le Grand. De même,

20 Son sens historique est remarquable pour l'époque. Il est de ceux qui exposent avec le plus de fidélité les idées des philosophes grecs, des pères de l'Eglise, des philosophes arabes et juifs. Cependant le souci de faire servir leurs écrits, principalement ceux d'Aristote et de S. Augustin, à ce qu'il croit être la vérité, l'entraîne, à maintes reprises, dans des erreurs historiques et dans des défauts communs aux philosophes du moyen âge (281).

30 Les qualités pédagogiques qui brillent chez S. Thomas, attiraient autour de sa chaire séculiers et réguliers. Elles lui ont valu l'éloge de la faculté des arts et de plusieurs de ses contemporains *). Les deux Sommes ont été rédigées pour servir de manuel d'étude, et on les adopta dans les milieux laïcs et religieux a).

La langue de S. Thomas est limpide et d'une précision scientifique. Son plan est systématique, exempt de gloses et de digressions ; ses explications sont concises ; aux idées les plus ténues il marque leur place dans l'ensemble ; la pensée va droit au but et vers ce but tout converge. S. Thomas étreintles difficultés, tandis qu'Albert le Grand devant elles se dérobe et se trouble.

40 Quant aux caractères qui marquent sa doctrine proprement dite, après que celle-ci aura été exposée, il sera plus facile de les fixer (30g).

274. Signification théologique. — Thomas d'Aquin est le prince des théologiens du XIIIe s. Il élargit la doctrine ; sur une foule de questions présente des solutions neuves ou intégrées ; et surtout coordonne les données de la théologie catholique en une systématisation grandiose qui a fait l'admiration des siècles. On trouve chez Thomas les deux méthodes constructives de la théologie scolastique : la méthode d'autorité fondée sur l'Écriture,

') G. de Tocco, son biographe, dit à ce sujet : «Sub cujus Doctoris lucida et aperta doctrina floruerunt quamplures m agi s tri religiosi et saeculares propter modum docendi compendiosum, apertum et facilem .» (Bolland. Acta S. S. Mardi, t. I, vita, cap. 4, n. 18, p. 663). — *) En 1319, un témoin au procès de canonisation déclare : « etiam laïci et paru m intelligentes quaerunt et appetunt ipsa scripta habere », ibid., p. 713.

330 LA PHILOSOPHIE MÉDIÉVALE AU XIIIe SIÈCLE.

fournit à la théologie ses arguments propres et nécessitants, la méthode dialectique x) ou l'autorité de la raison philosophique est subsidiaire et accessoire (181).

A cette seconde méthode, Thomas recourt avec une prédilection marquée, et dans l'apologie du dogme par la philosophie et le péripatétisme personne ne l'a surpassé. Grâce à cette compénétration de l'argument de raison et de l'argument de foi, la théologie prend, dans l'œuvre de S. Thomas, un caractère spéculatif et rationnel que pas un de ses prédécesseurs — y compris son maître — ne lui avait imprimé a).

275. Doctrines philosophiques. — L'exposé qu'on trouvera ci-dessous poursuit un double but : indiquer les doctrines organiques et fondamentales qui sont communes aux scolastiques du XIIIe s. et qu'on peut appeler la synthèse de la philosophie scolastique ; — noter les principales doctrines propres au thomisme 3). Sans avoir la prétention d'épuiser tous les points de vue, nous étudierons successivement : sous forme de préliminaires, un ensemble de notions propédeutiques (I) ; — le contenu doctrinal proprement dit, à savoir i° la logique (II) ; 20 la philosophie théorique : a) la métaphysique et la théodicée (III)»

') V. le Prologue du Commentaire sur les Sentences, art. V. Le P. Gardeil a bien exposé les relations de ces deux méthodes dans une étude sur La Réforme de la théologie catholique. La documentation de Saint Thomas. (Revue thomiste, mai-juin 1903), pp. 199 et suiv. — ') Un contemporain de S. Thomas, le dominicain Raymond Martin est l'auteur d'un traité d'apologétique et de polémique, Pugio Jidei adversus Mauros et Judaeos (imprimé en 1687), dont plusieurs passages se retrouvent, presque littéralement, dans la Summa contra Gcntilcs. Raymond Martin se distingua dans l'étude de l'hébreu rabbinique et de l'arabe dans plusieurs écoles d'Espagne, où le chapitre provincial de Tolède (1250) avait décidé l'érection de chaires destinées à l'enseignement des langues orientales. Raymond utilise un grand nombre d'ouvrages arabes, notamment d'Averroès. Suivant l'hypothèse de M. Miguel Asin y Palacios, S. Thomas aurait connu l'ouvrage de Raymond Martin et tiré parti de ses connaissances de l'arabe, tout comme il fit son profit des connaissances helléniques de Guillaume de Moerbeke. El Averroismo teologico de Sto Tomas de Aquino, pp. 322-324. — 3) Les théories communes aux scolastiques sont imprimées en caractères ordinaires ; les théories propres à S. Thomas ou à d'autres scolastiques en caractères italiques. On renverra à Aristote dans les matières où la scolastique s'inspire du péripatétisme.

b) la physique (IV) et spécialement la psychologie (V) ; 30 la philosophie pratique : a) la morale (VI), b) l'esthétique (VII). — Sous forme de conclusion : les caractères de la scolastique en général, et de la scolastique thomiste en particulier (VIII).

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