‹ Histoire de la philosophie mediévaleChapitre 138 sur 241 · PIERRE D'AUVERGNE. PETRUS HISPANUS · texte numérisé non relu

PIERRE D'AUVERGNE. PETRUS HISPANUS

quisition que Ton sait sur les erreurs répandues dans les écoles de Paris. Outre des écrits sur la médecine, il est l'auteur des Summulae Logicales, un compendium de logique qui reflète l'enseignement des écoles de Paris ') et montre combien, même au grand siècle, on est friand d'exercices de pure dialectique. Les Summulae furent adoptées dans la suite comme manuel classique. On y trouve, outre les matières traitées dans la logica vêtus et la logica nova (p. 273), certains développements nouveaux que l'on appellera désormais logica modernorum a). Ce sont des études sur les propriétés des termes logiques et leur rapport avec les termes grammaticaux 3).

30 Le prestige du thomisme alla grandissant dans les écoles, à la fin du XIIIe et pendant le XIVe s. A l'Université de Paris, les censures d'Oxford n'eurent jamais force de loi ; même les prohibitions d'E. Tempier n'empêchèrent pas la libre discussion des doctrines thomistes et ne nuisirent en rien à leur fortune scolaire 4). Elles furent d'ailleurs retirées par l'évêque Etienne de Borrète le 13 février 1325, un an après la canonisation de S. Thomas. Il n'y a pas trace de pareil retrait à Oxford, mais on voit par ailleurs que, dès 1288, le conflit entre Peckham et les Dominicains est apaisé.

D'autre part, le thomisme s'infiltre lentement dans l'atmosphère générale des idées. A preuve les vulgarisations de Vincent de Beauvais, et le poème de Dante. Dans une vaste encyclopédie, le Spéculum Magnum, entreprise sur les indications de Louis IX, Vincent de Beauvais (t vers 1268) fait le bilan des

') La 2ùvo^t; eU *'W 'AptsroreAOu; Aoyia/jv, qui reproduit presque littéralement les Summulae logicales, n'est pas un traité de Psellus (xi°s.)que P. Hispanus aurait traduit, mais une traduction grecque des Summulae due à Georgios Scholarios (Gennadius) au xiv« s. — ') Ueberwkg, op. cit., pp. 190 et 301. — 8) Les Syncategoremata seront un sujet favori d'études logico-grammaticales du xme s. Hauréau signale un traité sur cette matière écrit par Nicolas de Paris, au milieu du xmc s. Not. et extr. II, 43. Sur les sophismata et les exercices logiques au xiii0 s., v. Mandonnbt, op. cit., p. cxxxn. — *) d'Argentré, Collectio judic.y I, 213 attribue à Gilles de Rome ce jugement sévère des censures de Tempier : « nihil esse curandum, quia fuerunt facti (articuli), non convocatis omnibus doctoribus parisiensibus,sedad requisitionem quorumdam capitulorum*.

382 LA PHILOSOPHIE MÉDIÉVALE AU XIIIe SIÈCLE.

connaissances humaines de son temps. Il les répartit en sciences historiques, naturelles et morales (spéculum historiale, naturelle, doctrinale), et dans son spéculum naturale, c'est aux doctrines albertinothomistes qu'il se reporte de préférence '). Quant à Dante, le poète philosophe, ses vers immortels ont revêtu d'un symbolisme captivant les plus abstruses spéculations d'Albert le Grand et de S. Thomas. Conduit par Béatrice, qui incarne la sagesse suprême ou la théologie, Dante entre dans le séjour de la félicité et aborde, chemin faisant, les grands problèmes posés par la philosophie de son siècle. En effet, au cours du long pèlerinage qui suivit son bannissement de Florence a), Dante eut l'occasion de fréquenter à Paris les leçons des grands scolastiques. Ce n'est pas seulement la Divine Comédie, mais aussi et surtout le de Monarchia qui est imprégné de thomisme. Renchérissant sur la politique thomiste, à qui il emprunte ses prémisses, Dante construit un état idéal, la monarchie universelle 3).

§ 3. — Les éclectiques

315. Résumé. — A côté des adversaires quand même et des partisans de toutes pièces, il convient de faire une place à

*) Un autre écrivain encyclopédique, Bartholomaeus Anglicus, écrivit dans la première moitié du xme s. un traité de proprietatibus, principalement consacré aux connaissances scientifiques. Felder, op. cit., p. 252. — ') Né à Florence en 1265, Dante était du parti des Guelfes blancs, et quand, en 1 301, Charles d'Anjou entra en maître dans sa ville natale, il fut exilé à cause de ses opinions politiques. Dès ce moment il courut le monde, et mourut à Ravenne en 1321. Après son exil il pencha vers le parti Gibelin, sans s'inféoder au parti impérial. — ') Nous signalons ici, ne sachant à quel groupe il convient de le rattacher Jacques de Douai, un auteur peu connu du xm° s., dont Hauréau signale un commentaire « de anima ».///$/. Littér. France, t. XXI, p. 157. D'après les extraits que communique Hauréau, J. de Douai est réaliste modéré ; mais les analyses de Hauréau sont insuffisantes et ne se rapportent qu'au problème des universaux (117). Cf. notre Hist. Philos, scolast. ds Pays-Bas, etc., p. 281. - Citons de même Siger de Courtrai, magister artium en 1309, membre de la Sorbonne vers 1310, plus tard maître en théologie (mort en 1341), dont on possède quatre compendiums de logique, faits pour l'usage scolaire : ars priorum, summa modorum significandi, un fragment des fallaciae, un sophisma, ou exercice dialectique : album potest esse nigrum.

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