‹ Histoire de la philosophie mediévaleChapitre 137 sur 241 · GILLES DE LESSINES · texte numérisé non relu

GILLES DE LESSINES

Une mention spéciale revient à Gilles de Lessines. Lié d'amitié avec Albert le Grand, dont il suivit les leçons, probablement à Cologne, il enseigna comme bachelier au couvent tie S. Jacques. C'est lui qui en 1270 écrivit à Albert le Grand (patri ac domno Alberto, episcopo quondam ratisponensi) pour l'avertir des condamnations dont était menacée la doctrine thomiste (266 et 312). Il demanda à son ancien maître et reçut une consultation sous le titre de Quindecim problematibus, où d'ailleurs

Albert le Grand est peu explicite sur les doctrines thomistes. Un traité de usuris souvent attribué à S. TKomas, un tractatus de praeceptis non retrouvé, un autre de concordia temporum, chronologie de faits arrêtée en 1304 (Quétif et Echard en concluent que Gilles est mort vers ce temps) et surtout un traité de unitate formae constituent le legs littéraire de Gilles de Lessines. Le de unitate formae, daté de juillet 1278, est une œuvre de polémique dirigée contre Robert Kilwardby (cantuariensis, archiepiscopus) x). En effet, l'exposé que fait Gilles de la théorie pluraliste, le sens particulier qu'il lui donne (subordination fonctionnelle des formes), les arguments qu'il produit et même des particularités de langue se retrouvent dans la lettre justificative de R. Kilwardby à Pierre de Conflans. Gilles devait posséder un traité de Robert, peut-être un traité des formes, auquel, dans cette épître justificative, le prélat anglais fit des emprunts.

Outre l'exposé de la théorie de Robert, le traité de Gilles comprend deux autres parties : a) des notions générales sur la forme et la matière ; b) l'énoncé et la preuve de la théorie de l'unité suivis d'une réfutation de la théorie adverse. La partie constructive de l'œuvre rappelle les arguments de Thomas d'Aquin, mais l'auteur fait avant tout œuvre de polémique, et insiste sur les inconvénients du pluralisme. Le style est concis, le raisonnement

xiii6 et au début du xiv* s. s'appellent ainsi) combat la distinction réelle de l'essence et de l'existence. Le texte qui s'y rapporte et qui est emprunté aux commentaires sur les Sentences, est publié par M. Grabmanx, Die Lehre d. Joannes Teutonicus O. P. ùber d. Untârschied v. Wesenheit u. Dasetn (cod. Vat. lat. 1092) ds Jahrb. f. Philos, u. spekul. Theol., 1902, pp. 43 et suiv. — ') Pp. 13 et 14 éd. De Wulf.

380 LA PHILOSOPHIE MÉDIÉVALE AU XIIIe SIÈCLE.

serré, et l'auteur, dans la dernière partie surtout, livre le résultat de réflexions personnelles^ quo principaliter describimûs secundum intellectum nostrum).

Le de unitate formae de G. de Lessines tient une des premières places — et peut-être la première — dans la riche littérature que provoqua à la fin du XIIIe s. la controverse des formes1).

314. Autres adhésions au thomisme. — i° Les réguliers. Le thomisme recruta de bonne heure des partisans en dehors de Tordre des Dominicains. Avec Humbert de Prulli, il acquit droit de cité chez les Cisterciens ; avec Gilles de Rome, chez les Ermites de S. Augustin. Ce dernier cependant, retenu par une sympathie facile à comprendre pour le Docteur dont il porte le nom, né renonça pas à certaines idées augustiniennes : nous le rangeons parmi les éclectiques (§ 3).

20 La Faculté des arts de Paris pleura la mort de Thomas et réclama sa dépouille mortelle. Un grand nombre d'artistes, qui s'étaient pressés autour de sa chaire, retinrent ses doctrines nouvelles et vinrent grossir le noyau de ses partisans.

Des adhésions furent aussi recueillies parmi les clercs et les maîtres séculiers de la faculté de théologie. De leur nombre est Pierre d'Auvergne (mort vers 1305). Auteur de Quodlibets (inédits), il suivit probablement les leçons de Thomas d'Aquin et devint recteur de l'université en 1275. Hauréau lui attribue des commentaires, selon l'esprit de S. Thomas, de la Physique et de la métaphysique d'Aristote 2). Il compléta le de coelo et mundo du maître (272).

On a coutume de ranger parmi les fidèles thomistes le portugais Juliani, plus connu sous le nom de Petrus Hispanus (1 226-1 277), et qui devint le pape Jean XXI. C'est lui notamment qui ordonna à Etienne Tempier de procéder à l'in-

') Dans la liste des ouvrages dominicains publiée par Denifle, op. cit., pp. 238- 240, nous relevons des traités de unitate formae de Guillaume de Hotun, Hugues d'Ostie, Thomas Sutton. Postérieurs sont les traités de Johannes Faventinus (date inconnue, xiv« ou xv° s.) et de Janinus de Pistorio (date inconnue). — *) Hist. de la philos, scotast. Il", p. 157.

Page 1