III. — HENRI DE GAND
322. Vie et Œuvres. — De récents travaux ont bouleversé la biographie de Henri de Gand, le doctor solemnis, et ruiné l'ancienne légende qui faisait de lui un membre de la famille gantoise des Goethals, incorporé dans Tordre des Servîtes et membre de la Sorbonne. L'année de sa naissance est inconnue. Chanoine de Tournai en 1267, archidiacre de Bruges
') Baur, of>. cit., pp. 380384. Voici la classification de Gilles. Ihilosophia : I. Scientia de entibus causanlibus noslram scientiam (speculativa) : Physica — Mathematica — Theologia. II. Scientia de entibus causatis a nobis (practica) : de intentionalibus (logica), — de realibus (moralibus). Baur mentionne, en leur déniant toute originalité, un traité d'ARNULFUS Provinciaus et quelques opuscules anonymes consacrés à la même matière. — *) Il est archevêque de Bénévent en 1302, puis la même année, à Naples. Chartul. II, n. 62 — *) Ibid.
390 LA PHILOSOPHIE MÉDIÉVALE AU XIIIe SIÈCLE.
en 1276, il joue, à partir de cette époque, un rôle prépondérant dans l'Université de Paris. Il intervient en effet dans plusieurs importantes décisions ; notamment, en 1282, il se déclare ouvertement contre les privilèges ecclésiastiques des ordres mendiants. Docteur en théologie en 1277, il mei*rt en 1293. Ses principales œuvres sont la Somme Théologique et surtout les Quodlibet, qui présentent un tableau intéressant des principales questions controversées à Paris, à la fin du xme s. x). Plusieurs de ses disputes quodlibétiques ont coïncidé avec celles de son compatriote, G. de Fontaines, et la correspondance de thèses défendues par l'un, critiquées par l'autre, n'est pas douteuse.
323. Signification philosophique. — Des philosophes éclectiques qui remplissent la place intermédiaire entre S. Thomas et Duns Scot, Henri de Gand est le plus remarquable. Aux mêmes titres que G. de Fontaines, on peut l'appeler une personnalité complexe. En philosophie, il est plus original que ce dernier.
Sa signification dans l'histoire de la scolastique dérive d'une série de thèses personnelles qu'il a su brillamment défendre, sans réussir à les faire prévaloir. En plus d'un point cependant, il est le précurseur de Duns Scot. Il s'attache, dans le répertoire scolastique, à quelques questions préférées qui reviennent sans cesse et qu'il emprunte le plus volontiers à la métaphysique et à la psychologie. Rien ne justifie la réputation de platonicien qu'on lui a souvent faite. Il reprend certaines théories augustiniennes en vogue dans l'ancienne scolastique, mais il sait leur donner un tour personnel, et les adapter au reste de sa scolastique, qui demeure avant tout péripatéticienne.
324. Doctrines philosophiques. — I. Henri de Gand résout, en pleine harmonie d'idées avec S. Thomas, la question des rapports de la philosophie et de la théologie, et nous signa-
') Il existe de lui, en manuscrit, un Commentaire sur la Physique d'Aristote et un Traité de Logique. La bibliothèque de l'Escorial possède des quaestiones super metaphysicam Aristotclis. Le liber de scriptoribus illustribus, qu'on lui a longtemps attribué, n'est probablement pas son œuvre.