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HENRI DE GAND

Ions le début de la Somme, où il expose les relations des deux sciences, comme un modèle du genre (278).

IL Thèodicée et métaphysique. — 1) En théodicée, il s'élève contre la thèse thomiste de la possibilité d'une création éternelle ; il croit que Dieu peut produire directement les opérations des causes secondes, et — contrairement à Duns Scot — que l'esprit humain peut se démontrer à lui-même cette possibilité. Spécifique est sa conception de la science divine. De même que Dieu, dit-il, n'a pas d'idée du nombre, mais plutôt du continu comme tel, de même il ne connaît pas les individus par une idée distincte, mais par l'idée commune de l'espèce (species specialissima). Cet enseignement rend-il compte de l'individualité des êtres naturels, que le docteur gantois pose en principe, suivant les théories générales du réalisme thomiste ? Il est difficile de l'admettre '). D'autre part, cette conception de Henri de Gand s'accorde sans peine avec sa théorie du

2) Principe d'individuation. Adversaire de la doctrine thomiste, que l'autorité venait d'ailleurs de condamner (v. p. 374), il tient que les individus n'ont pas* de propriétés essentielles positives, autres que celles de l'espèce3). Le principe de l'individuation n'est pas la matière ; il réside dans une propriété du suppositum, comme tel, assurant à celui-ci sa distinction de tout autre être.

3) Forme et matière, acte et puissance sont des couples d'idées corrélatifs, mais pas absolument convertibles. Car les anges sont des formes subsistantes et, d'autre part, la matière pourrait exister sans forme substantielle, s'il plaisait au Créateur de déroger aux lois naturelles (contre Thomas). Et comme la quantité est un attribut du compositum et non de la matière, il suit que la possibilité même de l'existence séparée de la matière entraîne la possibilité de l'existence du vide.

') Duns Scot, qui critique volontiers Henri de Gand, le reprend victorieusement sur ce point. V. In II. Sent. dist. 36, q. 4, p. 102 (éd. Venise 1598). — ') Nihil rei addunt individua super essentiam speciei ad id quod est reale in ipsa. Quod/. VII, 1 et 2.

392 LA PHILOSOPHIE MÉDIÉVALE AU XIIIe SIÈCLE.

4) Essence et existence. Même dans le composé substantiel, la matière a son existence propre, — en vertu de ce principe, sur lequel Henri se plaît à revenir : Esse sunt diversa quorumcumque essentiae simt diversae. A tout élément réel revient une existence distincte. C'est la négation de la distinction réelle de l'essence et de l'existence. Dans l'homme, où il faut distinguer une matière première, une forme de corporéité et une âme spirituelle, l'existence est une agglutination de trois existences partielles. Ceci nous amène à la

III. Psychologie du docteur solennel. — 1) Sur la nature de l'homme, sa thèse la plus originale est celle de Informa corporeitatis, existant à côté de l'âme, et nécessaire à ses yeux, pour assurer aux générateurs d'une part, à Dieu d'autre part, une intervention efficace dans la production de l'être humain '). C'est la seule exception admise par le docteur solennel au principe de S. Thomas de l'unité de la forme. Mais elle suffit pour différencier la métaphysique des deux philosophes.

2) La connaissance. Une fois de plus nous voyons apparaître la fausse notion des species imprêssae (p. 358). Henri introduit un substitut de l'objet dans le fonctionnement de la sensation ; mais, dans la genèse de la connaissance intellectuelle, il rejette les species comme un rouage inutile. Pourquoi ? Parce que l'espèce sensible, dit-il, « transformée » par l'intellect actif, suffit à déterminer l'entendement.

D'autres thèses de psychologie sont pénétrées d'augustinisme. C'est ainsi que la mémoire intellectuelle reçoit une place importante, à côté de l'intelligence et de la volonté. Avec l'évêque d'Hippone, le docteur solennel tient que les facultés de l'âme ne sont pas réellement distinctes. Enfin et surtout, le début de la Somme théologique contient une paraphrase brillante et originale de la théorie de l'exemplarisme. En effet, sur l'enseignement

') Henri invoque d'autres arguments, notamment la nécessité d'expliquer l'incorruptibilité du corps du Christ dans l'intervalle de sa mort et de sa résurrection, et son identité pendant sa vie et après sa mise au tombeau. Voir notre Hist. de la phi L scol.t etc., pp. ni et suiv.

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