Oppositions à l'averroïsme. — i° Les condamna
tions. L'autorité académique et religieuse s'émut des progrès de l'averroïsme antiscolastique et des dangers que présentaient pour la théologie catholique ses doctrines fondamentales.
Le premier acte répressif5) est le décret de 1270, où l'évêque de Paris, Etienne Tempier; condamne publiquement l'averroïsme et ses sectateurs. Voici les thèses frappées : Quod intellectus omnium hominum est unus et idem numéro. Quod ista est falsa vel impropria : Homo intelligit. Quod voluntas hominis ex necessitate vult vel eligit. Quod omnia, que hic in inferioribus aguntur, subsunt necessitati corporum celestium. Quod mundus est eternus. Quod nunquam fuit primus homo. Quod anima, que est forma hominis secundum quod homo, corrumpitur corrupto corpore. Quod anima post mortem separata non patitur ab igné
') Citons un commentaire sur le niajus volumen Prisciani. in octo l. Topicorum, sur les deux analytiques et des sophismata. Hauréau, Journal des savants, 1886, p. 176. Sur l'identité de Boèce le Dace, v. Mandonnkt, o/>. cit., p. ccxlii. — ■) In octo l. Topic. (ibid.)- — ') Baxumker, op. cit., 65. — *) Mandonnet, -op. cit., pp. cclxv et cclviii. — 5) Le concile de Paris de 12 10 n'a qu'une valeur préventive (228).
41 6 LA PHILOSOPHIE MÉDIÉVALE AU XIIIe SIÈCLE.
corporeo. Quod liberum arbitrium estpotentia passiva, non activa; et quod necessitate movetur ab appetibili. Quod Deus non cognoscit singularia. Quod Deus non cognoscit alia a se. Quod humani actus non reguntur providentia Dei. Quod Deus non potest dare immortalitatem vel incorrupcionem rei corruptibili vel mortali x). L'autorité n'intervint que pour terminer une agitation doctrinale, dont fait foi notamment la lettre de Gilles de Lessines à Albert le Grand a). C'est encore l'averroïsme qui semble visé dans sa doctrine des deux vérités, par un statut de la faculté des arts (1272) interdisant aux maîtres de traiter des matières purement théologiques « qui ne les regardent pas », ou de formuler des propositions contraires à la théologie 3). On voit par laque, malgré le décret de 1270, les averroïstes n'avaient pas fait trêve à leurs menées.
La fin du de unitate intellectus conira aver rois tas de S. Thomas atteste d'ailleurs que les averroïstes tranchaient des questions purement théologiques. « Non caret (il s'agit de S. de Brabant) etiam magna temeritate quod de his quae ad philosophiam non pertinent, sed sunt purae fidei, disputare praesumit, sicut quod anima patiatur ab igné inferni. »
Quoi qu'il en soit, les censures bien connues de 1277, et déjà plusieurs fois citées (312,1°) sont expressément dirigées contre Siger de Brabant et Boèce le Dace et sanctionnées par de graves pénalités : toutes les théories averroïstes y sont visées non seulement dans leurs principes, mais dans de multiples applications.
') Chartul. I, 486. — ') V. Maxdonnet, op. cit., pp. cxvn et suiv. Les 13 premières thèses dont parle la lettre de G. de Lessines coïncident avec les thèses du décret de 1270 (p. 379). — 3) Chartul. I, 499. Déjà en 1247, pareille interdiction avait été faite aux professeurs de logique, par le légat Odon, évêque de ïusculum, dans sa condamnation des erreurs de Jean de Brescain : < ... ne puritas studii que hactenus Parisiis viget ex praesumptione quorumdam qui theologica logicis inscrentes non intelligunt neque que loquuntur, neque de quibus affirmant. * I, 207. Cf. le serment des incipientes in artibus (1280) ibid., p. 5S6. D'autres actes, parfois les mêmes, tendent à modérer le zèle des théologiens dans leur emploi de la méthode dialectique. Voir p. ex. les lettres de Grégoire IX aux maîtres et écoliers de Paris, /£/*</., 138. Le légat Odon parle à la fois des & logici iheologice et theologi philosophice procedentes », ibid., 207.