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OPPOSITIONS A L'AVERROÏSME

Ces décrets réitérés inspirèrent à d'aucuns l'idée de rassembler les erreurs répandues dans les écoles. On trouve dans ces répertoires, non seulement les thèses censurées par Etienne Tempier, mais les condamnations d'Oxford (312, 20), et parfois, comme dans la compilation attribuée à Gilles de Rome, une revue des erreurs d'Aristote, d'Averroès, d'Avicenne, d'Algazel, etc. Ces Compilationes errorum omnium in Anglia et Parisius condemnatorum apparaissent à la fin du xme et au commencement du XIVe s. x).

20 Les polémiques. Déjà dans le de universo de G. d'Auvergne, un article est intitulé : «c Destructio erroris Aristotelis, Alfarabii et aliorum qui posuerunt omnes animas separatas unam esse, ipsaque separatione a corporibus unam fieri atque illas uniri » 2). On peut dire qu'aucun scolastique du xme s. n'a passé sous silence la thèse de l'unité de l'intellect humain et toujours pour la combattre. Albert le Grand (p. 3 1 9), Th. d'Aquin (p. 3 27), Gilles de Rome (p. 388), R. Lullus (354) lui consacrent des traités spéciaux. DunsScot, parlant des erreurs philosophiques d'Averroès, écrit : « talis errans esset a communitate hominum et naturali ratione utentium exterminandus » 3).

345. Bibliographie. — L'ouvrage fondamental est celui du P. Mandonnet, cité n° 235. Renan, op. cit., n° 222. Deux. Partie. Chap. II. « L'averroïsme dans la philos, scolast. » qui contient de nombreuses erreurs. Picavet ,L 'averroîsmc et les averrolstes du XIIIe s., d'après le de unitate intell, contra averr. de S.Thomas (Revue hist. relig., 1902, 14 p.) Rien de neuf. — Chollet, Averroïsme (Dict. Theol. Cathol. I, 2628). Résume Mandonnet et De Wulf.

Baeumker, Die Impossibilia d. Siger von Brabant, eine philosoph. Streitschr. aus. d. XIII Jahrh. (Beitr. z. Gesch. d. Philos. Mitt., II, 6, 1888). Texte inédit et étude. Baeumker voit dans cette œuvre un pamphlet, rédigé entre 1288 et 1304 (p. 49), et dans lequel les thèses déclarées impossibles expriment la pensée de Siger, tandis que les Solutiones ou les réfutations sont l'œuvre d'un adversaire, à qui il faut donc attribuer dans sa totalité la rédaction des Impossibilia. Mandonnet, au contraire, veut restituer le traité à Siger de Brabant, et le range parmi les exercices de sophistique proposés et résolus par les maîtres dans les disputes publiques. Il trouve que la doctrine exposée dans les resolutiones concorde avec celles des écrits qu'il édile. C'est là un élément décisif dans la ques-

') Chartul. I, 556. Une de ces collections est publiée par d' Argesi RÊ,Collectio judiciorum, I, p. 184. — ') Prs, I, c. XI, p. 771, éd. 1591. — 3) In IV l. Sent., dist. 43, q. 2.

418 LA PHILOSOPHIE MÉDIÉVALE AU XIIIe SIÈCLE.

tion de l'attribution des Impossibilia. Mandonnet, op. cit. publie de Siger : Quaestiones logicales ; Utrum haec sit vera : homo est animal nu I/o homine existente; quaestiones natura/es, de aeternitate mundi ; quaestiones de anima intellectiva. Il publie en outre le de quindecim problematibus d'Albert le Grand, et des extraits (cinq prem. chap.) du Tractatus de erroribus Philosophorum attribué à Gilles de Rome. Cf. notre HisU Philos, scolast. ds Pays-Bas, etc., p. 275. Sur la façon dont mourut Siger, nombreuses controverses entre historiens de la philos, et romanistes. On trouve des avis divers chez Baeumker, op. cit., p. 114 et dans Arch. f. Gesch. Philos., 1899; Mandonnet, op. cit., Chap. XI ; Gaston Paris dans Romania, 1900 ; Ch. Langlois dans Revue de Paris 1901 et Grande Encyclopédie.

§ 2. — Autres formes de philosophie antiscolastique.

346. Sectes philosophiques. — A la base de plusieurs sectes populaires, dont l'origine remonte au XIIe s., on trouve des doctrines philosophiques. Telles, les opinions amauriciennes, au début du XIIIe s. (208, 228). La plus durable, dans ses formes nombreuses, est l'hérésie des Cathares. Pour lutter contre les savants de l'Ordre dominicain, de jeunes « parfaits » de la secte fréquentent les écoles de Paris ou d'Italie, aux dernières années de la période albigeoise1). En Italie, l'école albanaise qui perdure jusqu'au début du XIVe s. (deux partis, celui de l'évêque de Vérone, Balasinansa, et de Jean de Lugio) professe un dualisme métaphysique absolu (207) qui s'oppose au dualisme mitigé de la secte de Bagnolo 2). La philosophie du Catharisme est insuffisamment connue jusqu'ici 3).

347. Bibliographie. — P. Alphandéry, Les idées morales chez les hétérodoxes latins au début du XI//6 s. (Biblioth. Kc. htes études, se. relig., XVI, t. Paris, 1903). Cet ouvrage, dont nous avons pris connaissance au cours de l'impression du présent volume, doit aussi être mentionné au n° 209. L'auteur n'étudie que les idées morales, et principalement sous leur forme populaire. Selon lui, la morale des Cathares s'inspire du principe que, le péché consistant dans la soumission à la matière, la perfection se réalise par le détachement de tout ce qui tient au corps. L'auteur considère comme des «déviations de la pensée cathare» (p. 67) les théories rapportées par Alain de Lille (207).

') Alphandéry, Les idées morales chez les hétérodoxes latins au début du X/I/ s., p. 92. — ') /bid.t pp. 92-98, note. — 3) /bid., p. 141.

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