CHAPITRE PREMIER
361. La Philosophie byzantine. — La philosophie byzantine au XIVe s., et jusqu'à la chute de l'empire grec en 1453, ne secoue pas sa léthargie séculaire (210). Elle continue avant tout de commenter, sans originalité, les deux grands penseurs qui alimentent ses controverses. Grégoire Palamas '),
de son ordre (nostri doctores) un ensemble de théories propres. Voici celles que que M. Krebs note dans le de intellectu et intelligibili, une des œuvres les plus compréhensives de Thierry de Fribourg : I) La création par intermédiaires (293, 20). Dieu produit directement les intelligences supérieures ; celles-ci produisent avec le concours de Dieu les intelligences inférieures (à rapprocher de la prop. 44, condamnée en 1277 : Quod intelligentia recipit esse a Deo per intell igentias médias). Les corps célestes sont animés par des intelligences (condamné par la prop. 102 : Quod anima celi est intelligentia. Cf. 295, i°) et produisent sur terre les substances périssables. Une création éternelle n'implique pas contradiction. — II) L'intellect agent n'est pas une faculté de l'âme, mais le fond le plus intime de sa substance. Thierry combat les solutions averroïstes, et souscrit à une doctrine de l'illumination dont il nous est impossible de préciser la doctrine. — III) Ce qui individualise les êtres, c'est qu'ils ont chacun des partes fiost totufn quae non ingrediuntur definitionem. Cette formule, que M. Krebs oppose à la solution thomiste, y paraît cependant réductible. Il est regrettable que l'auteur ne communique pas un plus grand nombre de textes, mais il annonce la publication d'un travail plus étendu. La place que nous assignons ici à Thierry de Fribourg est donc provisoire. — ') d'Argentré, op. cit., I, 322 rapporte de lui pour l'année 1330 : « lumen quoddam increatum et coaeternum Deo commentus est, quod quidem nostris oculis aspectabile esset. Praeterea, ipsas virtutes Dei ab essentia rêvera distinctas esse dicebat ». D'Argenté rapproche la seconde erreur de celles de Gilbert de la Porrée et de Jean de Briscain.
436 LA PHILOSOPHIE MÉDIÉVALE AUX XIVe ET XV* SIÈCLES.
archevêque de Thessalonique (vers 1347), souscrit à des solutions platoniciennes dans son IIpo<xw7ro7roua, qu'on peut appeler un réquisitoire de l'âme contre le corps, suivi d'une défense présentée par ce dernier. De même, Nicéphore Gregoras se déclare hautement pour Platon. Au contraire, l'empereur Jean VI Cantacuzène prône vigoureusement Aristote et paraphrase les premiers livres de l'Éthique à Nicomaque. Théodore Metochita et Sophonias commentent d'autres traités aristotéliciens. Un personnage non moins remarquable de ce temps, Nicolas Cabasilas, écrit une réfutation des Hypotyposes Pyrrhoniennes de Sextus Empiricus qui, depuis le Ve s., sous l'influence des idées chrétiennes, avaient disparu de la circulation littéraire. Tous ces théologiens et ces philosophes ont contribué en même temps à la renaissance byzantine des lettres anciennes.
Malgré les rapports de plus en plus nombreux entre Byzance et l'Occident, la philosophie byzantine n'a jamais reçu de la philosophie occidentale autant de services qu'elle lui en a rendus. Enregistrons néanmoins quelques traductions du latin en grec, qui perpétuent le mouvement inauguré par Maxime Planudes (p. 260). Georgius Scholarius (Gennadius, t vers 1464), traduit les Summulae de P. Hispanus, le de sex principiis de G. de la Porrée et des traités de S. Thomas ; de même Demetrius Kydones traduit plusieurs œuvres de S. Thomas d'Aquin.
362. Philosophie juive. — Pendant la première moitié du XIVe s., les juifs établis au sud de la France continuent de traduire Averroôs de l'arabe en hébreu. Calonyme d'Arles, Samuel ben-Juda-ben Meschullam de* Marseille, Todros Todrosi d'Arles sont les principaux traducteurs de cette nouvelle série. Il y eut aussi des versions du latin en hébreu de traités scolastiques d'Albert le Grand, de Thomas d'Aquin, de Gilles de Rome x). Levi ben Gerson (né vers 1288) et Moïse
') Renan, op. cit., pp. 190 et suiv.
DE Narbonne sont les philosophes principaux de l'école provençale. Auteurs de commentaires d'Averroès et de traités personnels, ils accentuent la tendance rationaliste inaugurée par Maimonides. C'est ainsi que Levi ben Gerson admet' sans détours l'éternité du monde x).
363. Philosophie occidentale. — La philosophie occidentale demeure le mouvement d'idées le plus important. Comme à la période précédente, étudions successivement :