CHAPITRE DEUXIÈME
LA PHILOSOPHIE ANTISCOLASTIQUE.
§ 1. — Notions générales.
423. Caractères généraux. — 1° L'indépendance vis-à-vis du dogme catholique. S'affranchir des dogmes catholiques, cultiver la philosophie sur des terrains nouveaux, tel est le caractère presque universel des systèmes issus de la Renaissance. Les uns renoncent à tout enseignement religieux ; ils font grand état des doutes perpétués par les scotistes et les occamistes sur la démonstration de certains dogmes, et s'en autorisent pour enseigner que tout dogme est antirationnel. D'autres admettent des croyances nouvelles, mais revendiquent le droit de les choisir. Exceptionnellement et à l'état sporadique, quelques novateurs prétendent sauvegarder les dogmes catholiques.
') Même dans la philosophie moderne il y a des influences de la scolastiqùe. V. une liste de travaux spéciaux ds notre Introd. à la philos, néo-scolastique, p. 212, n.
494 LA PHILOSOPHIE MÉDIÉVALE DU XV* AU XVIIe SIÈCLE.
2° La lutte contre la philosophie sco las tique unit entre eux les systèmes issus de la Renaissance — ceux-là même qui affirment leur soumission au dogme catholique (cf. 114, 50).
30 L'hétérogénéité des systèmes. En dehors de ce point de contact purement négatif, rien n'unit entre elles les doctrines philosophiques de la Renaissance. Livrées à elles-mêmes, elles se développent dans des directions disparates et souvent opposées : diversité des langues, décentralisation académique par l'érection incessante d'universités nouvelles, surtout effritement de la pensée et, dans un même système, mosaïque de théories parfois incompatibles, — tout cela donne à la philosophie de la Renaissance une physionomie spécifique dans l'histoire.
40 Le manque d'originalité et d'unité synthétique. Les systèmes de la Renaissance manquent de l'unité organique qui fait la puissance et la beauté d'une synthèse. La philosophie de ce temps ressemble à une folle échappée du logis, s'essayant tour à tour à une série d'entreprises stériles.
424. Division. — Dans les premiers temps d'admiration aveugle pour le passé, on veut faire revivre les philosophies de la Grèce, en leurs formes archaïques. La dialectique des rhéteurs ($ 2), le platonisme (§ 3), l'aristotélisme (§ 4), le stoïcisme et quelques systèmes secondaires (§5) furent les modalités marquantes de cette restauration pure et simple.
Mais au retour vers le passé, la Renaissance ajoute presque aussitôt des recherches nouvelles. Elles visent deux objectifs principaux : la nature (§ 6) et le droit social ($ 7). On peut dire, en général, que ces premiers systèmes philosophiques de la Renaissance sont indépendants de tout dogme. S'il en est, parmi leurs représentants, qui affectent de concilier leurs spéculations avec la religion catholique, ils en font une préoccupation secondaire, et souscrivent à des théories religieuses, qui, le plus souvent, n'ont pas d'attache avec le reste de leur philosophie.
Pour d'autres, la religion est intimement liée à la philosophie, mais la raison est l'arbitre des croyances. Ces croyances sont empruntées surtout à diverses formes du protestantisme ($ 8),