La renaissance platonicienne en Italie
L'Italie, de 1450 à 1550, s'éprit pour Platon. Elle fut initiée à ses œuvres originales par des savants de Byzance, où depuis Michel Psellus on n'avait cessé de magnifier Platon à l'égal d'Aristote (21 1). Dans les dialogues platoniciens, pénétrés de poésie, la Renaissance italienne trouva un aliment pour ses études de la beauté antique. On comprend sans peine que des esprits, en quête d'esthétique plus que de vérité, fussent dégoûtés des discussions abstraites de la scolastique et de l'aristotélisme. Ajoutez-y que l'Aristote de la scolastique avait vu surgir à côté de lui un Aristote antiscolastique, protagoniste d'un matérialisme caractérisé : on en conclut que ce n'étaient pas les livres d'Aristote, mais ceux de Platon, qui contenaient le dépôt de la vérité.
438. Principaux platoniciens. — Barlaam fit connaître à Pétrarque quelques dialogues platoniciens. Aurispa et Traversari, en 1438, apportèrent de Byzance le premier manuscrit complet de Platon. Leonardi Bruni traduisit en latin les plus beaux dialogues du philosophe.
Mais le promoteur véritable du mouvement platoniste fut Georgios
') Voir notre Hist. de la philosophie scol., etc., p. 341. — ') Sur E. Digby et W. Temple, voiries articles de Frbudenthal dans les Arch.j. Gesch, d. Phil. IV, 3 et 4. — *) Cf. Huit. Le Platonisme pendant la Renaissance (Ann. phil. chrétienne, 1895 à 1898).
498 LA PHILOSOPHIE MÉDIÉVALE DU XVe AU XVIIe SIÈCLE.
Gemistos, appelé plus tard Pléthon (1355-1464). C'était un savant Byzantin, délégué par l'empereur Jean VIII Paléologue aux conciles de Ferrare et de Florence, où la papauté avait invité les schismatiques grecs, pour tenter un suprême effort de ralliement et d'union. Gemistos Pléthon révéla devant les Florentins éblouis le grand rival d' Aristote, et sut décider la cour des Médicis à fonder une Académie platonicienne. Son acerbe diatribe contre Aristote, deplatonicae atque aristotelicae philosophiae differentia, rédigée à Florence en 1440, est remplie d'exagérations. Quant à sa philosophie, elle est bien plus voisine de celle de Plotin que de celle de Platon ; et l'on vit cet envoyé impérial, chargé de travailler à l'union des Églises chrétiennes, faire dans ses Nojutot l'apologie d'un théisme universel, avec le platonisme pour Évangile. Pléthon trouva des partisans dans Argyropulus, Michel Apostolius; mais il fut vivement combattu par le patriarche Gknnadius à Constantinople (361), et par les aristotéliciens Théodore Gaza et Georges de Trébizonde.
Au milieu de ces controverses entre aristotéliciens et platoniciens, se fit entendre la voix conciliatrice d'un disciple de Pléthon, le cardinal Bessarjon (1403-1426). De ce Grec devenu Italien, on a pu dire qu'il était « le plus grec des latins et le plus latin des grecs ». En réponse à des pamphlets de Georges de Trébizonde (Comparatio Platonis et Aristotelis) , et de Théodore Gaza ('Àvr«ppyjrt>c6v), il publia un traité in Calumniatorem Platonis, où une sympathie non dissimulée pour Platon s'allie à une attitude déférente pour Aristote. Au lieu de les opposer comme deux irréconciliables adversaires, il cherche, au contraire, un terrain de conciliation entre leurs doctrines, et insinue cette thèse appelée à faire fortune : que les deux grands philosophes grecs diffèrent l'un de l'autre par la forme plus que par le fond.
C'est dans l'opulente cité de Florence, sous la dictature de Cosme et de Laurent de Médicis, à la tête de la fastueuse Académie florentine, que brille le plus célèbre représentant du platonisme italien, Marsile Ficin (1433-1499). Pour satisfaire aux désirs de son protecteur, Cosme de Médicis, il traduisit l'œuvre entière de Platon, du grec en latin (vers 1453). Ce fut pour la propagande du platonisme un événement décisif. A côté de traductions de Plotin, de Jamblique et de Proclus, Ficin laissa aussi des travaux originaux, parmi lesquels nous notons la Theologia platonica de animorum immortalitate et de Christian* religione. Ficin admet les idées innées, l'âme du monde ; il se propose pour objectif principal dans la theologia platonica de combattre les averroïstes et les alcxandristes (§ 4), qu'il accuse d'hérésie, et défend contre eux l'immortalité de l'âme avec tous les arguments du Phédon. Il met une prédilection marquée à exposer la théorie de l'amour et du souverain bien.
Bien qu'il soit imbu de platonisme et qu'il n'ait voulu trahir Platon en aucun endroit de sa philosophie (Nolim Marsilianam doctrinam opponere Platonicae), Ficin se méprend sur le caractère véritable de sa philosophie. Il ne saisit ni le