LE PLATONISME
rôle des idées dans l'économie du platonisme, ni celui du panthéisme émanât if dans l'économie du néo-platonisme. Plotin à qui il emprunte son mysticisme poétique et sa description de l'échelle hiérarchique des êtres, n'est pour lui que le fidèle interprète de Platon. Ajoutons que, sous prétexte de reconstituer la chaîne d'or qui relie les grands penseurs au divin Platon, Ficin accueille dans sa synthèse les idées d'Hermès Trismegiste, de Pythagore, de Zoroastre, du pseudo-Denys, sans oublier la magie et la cabale, qui deviennent de plus en plus à la mode dans les milieux intellectuels.
Les destinées de l'Académie florentine furent aussi éphémères que brillantes. La mort de Laurent de Médicis (1492), les agitations politiques dont un religieux, le célèbre Savonarole fut l'âme," et surtout le manque de travailleurs sérieux amenèrent la ruine de l'œuvre élevée à la glorification de Platon. Parmi les nombreux auditeurs auxquels Ficin pouvait donner le titre pompeux de Compiatonici met, quelques noms à peine méritent d'être sauvés de l'oubli. Le plus connu est Giovanni Pico, comte de Mirandola (1463- 1494), chez qui on rencontre un alliage choquant de philosophie grecque et de doctrines magiques et cabalistiques ').
429. Conclusion. — Rien ne ressemble dans la restauration platonicienne du XVe et du XVIe s. à la restauration aristotélicienne entreprise par la scolastique du XIIIe et du xiv* s. Les platoniciens de la Renaissance demandent à Platon de les charmer, bien plus que de les instruire. Leur platonisme est souvent du néo-platonisme, et leur prétention de réduire Platon à Plotin prouve qu'ils se méprennent sur la pensée de l'un et de l'autre. Il faut dire la même chose de cette autre thèse, mise en avant par le cardinal Bessarion, à savoir l'accord fondamental de Platon et d'Aristote. Pareilles fantaisies avaient été accréditées par quelques
') En aucun autre pays d'Europe, on ne vit une explosion d'enthousiasme pareille à celle que provoqua Platon en Italie. L'Espagne catholique, qui fut toujours la zélatrice fidèle de l'aristotélisme, fait une place à Platon dans ses œuvres mystiques du xvi° s. Une mention revient à Léo Hebr^us (Léon le Hébreux, mort vers 1460-1463), un juif de Lisbonne, qui écrivit des Dialogi di amore. Ni l'Allemagne, ni l'Angleterre ne se montrèrent favorables à l'idéalisme ; son influence se manifeste, isolée et secondaire, chez des hommes comme Reuchlin ou Thomas Morus. Quant à la France, un courant platonicien se dessina à Lyon au début du xvr9 s.; Le Roy (Régi us, 1510-1577) traduisit en français divers dialogues du philosophe grec; De Serres (1540-1597) fît une nouvelle traduction latine de son œuvre intégrale.
50O LA PHILOSOPHIE MÉDIÉVALE DU XV* AU XVIIe SIÈCLE.
alexandrins de la décadence grecque, chez qui on relève la même stérilité de pensée et la même ignorance de l'histoire (88).
L'aristotélisme de la Renaissance, qu'on oppose au platonisme, révèle des lacunes non moins significatives.
§ 4. — V Aristotèlisnu.