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Principes généraux. — i° Le mouvement corporel et

ses espèces. La métaphysique étudie le mouvement en général ; la physique s'occupe du mouvement corporel et de ses espèces. Celles-ci sont au nombre de quatre : la naissance et la disparition des composés substantiels (yéveaeç) et (<p0opa), le changement qualitatif (àXtatWt;), le changement quantitatif de croissance et de décroissance (auE>j<m et <p0i<7tç) et enfin le mouvement local (<pop«) ou le mouvement par excellence, que les trois autres espèces de mouvement présupposent. A la notion du mouvement local, Aristote rattache celle de l'infini, du temps et de l'espace.

20 La théorie de la matière et de la forme appartient proprement à la physique, car elle est l'interprétation péripatéticienne de l'évolution cosmique et du devenir incessant des choses sensibles. A l'encontre de l'atomisme de Démocrite qui explique la diversité des substances corporelles par une figuration différente d'éléments identiques, Aristote soutient au nom des faits la spécificité des choses de la nature et de leurs propriétés. Les substances se transforment les unes dans les autres ; elles se combinent entre elles pour donner naissance à des composés spécifiquement distincts des composants, tout comme ces composés eux-mêmes se résolvent en leurs substances élémentaires. Il faut donc admettre dans les substances corporelles un substratum permanent, la matière première (y np&TYi M/?), identique aux divers stades du processus, et un principe propre à chacun de ces stades, la forme substantielle (dioç). La forme substantielle porte ce nom parce qu'elle est la première des déterminations corporelles, celle qui fixe la substantialité et la spécificité de l'être ; comme la matière première est le substrat absolument indéter-

miné, incapable d'exister sans la détermination initiale de la forme. La succession de formes, différentes dans la même matière fournit à Aristote l'explication de cette théorie fondamentale qu'il oppose à Platon, à savoir l'évolution du réel au sein même des corps naturels. Une substance corporelle déjà constituée est matière seconde vis-à-vis des modifications ultérieures ou formes accidentelles qu'elle reçoit.

La nature matérielle est donc emportée dans le tourbillon du devenir incessant, comme le dit Heraclite, et néanmoins il faut reconnaître avec Parménide une certaine stabilité des éléments. Pour comprendre toute la pensée d' Aristote sur le devenir cosmique, il y a lieu de rappeler une double détermination dont il affecte les éléments du composé substantiel, à savoir l'évolution rythmique et la finalité.

3° L'évolution rythmique des formes. Cette théorie n'est pas explicitement développée par Aristote, mais on trouve chez lui les germes d'une doctrine que le moyen âge conduira à son plein épanouissement. A divers endroits de la Physique et de la Métaphysique, Aristote fait appel à un troisième principe, pour expliquer le processus génétique de la nature, la privation (<yripyj<7i;). Il faut entendre par là l'absence d'une forme qu'exige la matière. Cette exigence a sa raison d'être dans une disposition spéciale de la matière à se dépouiller d'une forme, pour en revêtir une autre, quand, sous l'action du milieu ambiant, le composé est en voie de se transformer. Ce passage successif d'une forme à une autre est dominé par une évolution rythmique des substances. « On ne fait pas une scie avec un fil de laine » x). La plasticité de la matière a des règles et des limites. C'est le natura non facit saltus dans son interprétation philosophique.

4° La finalité de l'être commande ce processus à chacun de ses stades. De même que toute étape du devenir a pour fin l'actualisation nouvelle d'une puissance de la matière, de même l'ensemble de ces étapes est régie par une finalité inéluctable,

') Metaph., VII, 4, 1044 a. Cf. Piat, op. cit., pp. 25 suiv.

que la nature poursuit sans trêve. Admirablement servi par ses observations scientifiques, Aristote poursuit dans le détail l'application de la téléologie aux faits de la nature. L'antiquité ne possède pas de plus éloquents promoteurs des causes finales.

Quelle est cette fin que désire la nature ? Aristote répond : le plus parfait, l'acte pur (45). Mais ici bien des questions se posent et demeurent sans solution satisfaisante : cette poussée vers Dieu implique-t-elle dans chaque être une connaissance plus ou moins sourde du terme ; Y unité de l'ordre, qui relie les innombrables substances pour rendre leurs activités convergentes, exige-t-elle une sorte à! unité organique de la nature (<puai;), une « âme du monde» qui ait une certaine perception de ses devenirs et de leur fin ? Et s'il en est ainsi, comment concilier cette unité avec l'individualité des êtres qu'elle embrasse (43,1°) et maintenir une distinction du règne inorganique et du règne organique ? (52)

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