FRANÇOIS DE VITTORIA
sance, mais elle est limitée aux idées politiques et sociales. — Enfin les scolastiques espagnols remettent en honneur la langue claire, les procèdes sobres dont les derniers adeptes de l'École s'étaient départis, et font leur profit des critiques dirigées par l'humanisme contre leurs contemporains et leurs devanciers.
La restauration philosophique du xvie s. a son centre en Espagne et en Portugal, mais elle a des ramifications en Italie. L'Université de Salamanque est son berceau x) : de là la désignation de « scolastique espagnole du XVIe s. » pour marquer l'ensemble du mouvement. Sous l'influence du thomisme, l'Université de Salamanque remplace dans ses écoles le Livre des Sen~ tences par la Somme Théologique de S. Thomas, et cette innovation est imitée peu à peu par les autres universités d'Espagne et des divers pays d'Europe. Les premiers travaux sont des gloses textuelles, à l'instar de celles de Cajetan et du Ferrarais ; mais bientôt les vues s'élargissent, et le commentaire servile fait place à des exposés indépendants, à des traités systématiques, qui laissent le champ libre à l'agencement personnel des matières étudiées.
La restauration espagnole s'opère au sein de l'ordre dominicain et plus encore dans l'ordre des Jésuites.
456. Les Dominicains. — C'est à François de Vittoria (1480-1566) que revient l'honneur d'avoir imprimé, dans l'Université de Salamanque, une orientation nouvelle à la scolastique. Il l'avait étudiée à Paris, à l'école d'un homme de talent, le bruxellois Pierre Crockaert (p. 5 2 2). F. de Vittoria ne veut pas seulement revenir aux plus pures doctrines du thomisme, mais encore dépouiller la scolastique des formes imparfaites qui discréditent les ouvrages scolastiques de ses contemporains. Il édita les commentaires de son maître P. Crockaert sur la 2â 2ae de S. Thomas.
Vittoria fit école. Melchior Canus (1509-156 o) et peut-être Dominicus de Soto (1494-1560), comptent parmi ses disciples
') Les universités d'Alcala, de Séville, de Valladolid, de Coïmbre, d'Evora suivirent le mouvement.
526 LA PHILOSOPHIE MÉDIÉVALE DU XVe AU XVIIe SIÈCLE.
immédiats. Melchior Canus, professeur à Alcala, est l'écrivain le plus élégant du groupe, et son ouvrage célèbre, de locis iheologicis, contient un plan complet de réforme de la théologie et de la philosophie. Bartholom^cus de Médina (1527-1581), disciple de Canus, entreprit un commentaire de la Somme Théologique qui résume les travaux de ses prédécesseurs. Son œuvTe, qui n'embrasse que la ia 2ac et la 3* pars, fut continuée par Dominicus Bannez (1528-1604) qui édita des commentaires sur la i* et la 2a 2ae. Plus tard, nous rencontrons l'italien Zanardi (t 1642), les Dominicains portugais Antonio de Sena (t 1584, In quaesL D. Thomae disputatas, et des travaux sur la Somme) et Jean de S. Thomas (1 589-1 644). Ce dernier, professeur à Alcala et à Salamanque, est bien connu par son excellent Cursus philosophicus ad exactam, veratn et genuinatn Aristolelis et Doctoris angelici mentent, comprenant la logique, la physique générale et spéciale, notamment la psychologie.