‹ Histoire de la philosophie mediévaleChapitre 35 sur 241 · PLATONISME PYTHAGORICIEN · texte numérisé non relu

PLATONISME PYTHAGORICIEN

met r homme en contact avec Dieu ; les pratiques purificatoires le préparent au commerce divin.

D'autre part, un groupe de platoniciens éclectiques (73) établissent un mélange symptomatique de doctrines platoniciennes, stoïciennes et péripatéticiennes, avec des spéculations théurgiques et religieuses. Plut arque de Chéronée incarne cette philosophie complexe. En métaphysique, il reprend le dualisme platonicien de Dieu et de l'âme du monde, mais entre ces deux principes opposés il interpose une légion d'êtres démoniaques, émissaires de la providence divine. Plutarque croit à l'immortalité et à la migration des âmes (Platon) ; il enseigne que le contact immédiat de l'homme dépouillé de lui-même avec Dieu, supplée à l'insuffisance de notre raison; il met en honneur les pratiques religieuses (Pythagore). Maxime, Apulée de JVladaure, Albin, dont Galien suivit les leçons àSmyrneen 1 5 12, développent le rôle des êtres démoniaques, intermédiaires entre Dieu et la matière. Celsus base sur cette conception une justification du polythéisme. Numenius (vers 160) fait des emprunts aux mages, aux Egyptiens, aux Brahmanes et à Moïse. Combiné avec des théories égyptiennes, on retrouve le même fonds de doctrines platonico-pythagoriciennes dans une série d'ouvrages datés de la fin du 111e siècle, et transmis à la postérité sous le nom d' Hermès Trismegiste. Ils contiennent notamment une apologie du polythéisme national et surtout du polythéisme égyptien, où l'on sent un effort vigoureux, mais découragé, du paganisme contre le christianisme triomphant. Les écrits du pseudo-Hermès Trismegiste ont joui d'une grande fortune au moyen âge.

82. Origine et caractère de la philosophie grécojudaïque. — De tous les peuples orientaux que les conquêtes d'Alexandre ont mis en présence de la civilisation hellénique, -on peut dire que les Juifs seuls se sont assimilé la philosophie .grecque, en la mettant en harmonie avec leurs enseignements ; religieux. Cette assimilation s'acheva à Alexandrie.

Issue de la religion, la philosophie des Juifs a toujours été,

vis-à-vis d'elle, dans une étroite dépendance. Elle est considérée comme un moyen d'approfondir les livres saints, bien qu'elle ne tarde pas à sortir de ce rôle purement exégétique. De bonne foi, j

les Juifs s'ingénient à retrouver dans l'ancien Testament même les idées qu'ils empruntent aux Grecs, et à cette fin, ils créent une interprétation allégorique des Ecritures. Comme le néopythagorisme, la philosophie gréco-juive recherche l'opposition du divin et du terrestre, et accentue le contact de l'homme avec Dieu par la révélation. Mais ces théories subissent des transpositions caractéristiques , parce qu'elles sont adaptées aux dogmes judaïques et aux conceptions philosophiques que ces dogmes contiennent. A le considérer dans son ensemble, ce mouvement d'idées est de tendance juive pour sa partie religieuse, de tendance grecque pour sa partie philosophique.

83. Philon. — La fusion complète de la théologie judaïque et de la philosophie grecque est l'œuvre de Philon le Juif, (30 av. J.-C. — 50 ap. J.-C). Voici les théories caractéristiques du philonisme :

i° Rapports généraux de la théologie juive et de la philosophie grecque. Philon proclame l'infaillibilité absolue des livres saints et la subordination de la philosophie à la théologie. Cependant, si la philosophie doit servir la théologie, celle-ci ne peut se passer de son aide. Aussi Philon prise-t-il très haut la science grecque qui est à ses yeux l'incarnation de la spéculation rationnelle : la philosophie grecque, voire même son polythéisme, n'est qu'une forme incomplète et impure de la doctrine contenue dans les livres saints. Pour écarter les difficultés que devait soulever cette thèse, Philon a recours à l'interprétation allégorique de la Bible, et imagine une filiation entre les enseignements bibliques et la philosophie grecque.

20 Le dualisme de Dieu infini et du monde fini, La transcendance divine fait dire à Philon que Dieu est sans propriétés (ânoioz), qu'il est inconcevable et ineffable. Nous savons qu}il est, et non ce qu'il est. Mais ces négations mêmes ont pour base la perfection de Jehovah, et Philon, après avoir accentué le concept

PHILON. 8r

négatif de Dieu, insiste volontiers sur le concept positif de la bonté (Platon) et de la toute-puissance. — L'imperfection et la limite, étant inconciliables avec Dieu, ne peuvent trouver en lui leur principe. Ce principe est la matière (Platon et les stoïciens).

Philon explique l'action de Dieu sur le monde, en faisant appel à une série d'êtres intermédiaires qu'il appelle des forces (^uvàjutet;). Ces forces divines ne sont pas seulement des formes exemplaires, mais des principes immanents d'activité, propres à chaque substance naturelle (stoïciens). Philon les identifie avec les anges (judaïsme) et les démons (religion grecque). La notion de ces forcés divines n'est pas nette : d'une part, elles sont distinctes de Dieu, puisqu'elles doivent se communiquer à un monde essentiellement autre que lui ; d'autre part, elles tiennent de la nature de Dieu, puisqu'elles lui servent d'intermédiaires pour agir sur le monde. Philon les considère comme procédant de Dieu, sans se rallier à la théorie de l'émanation proprement dite. La force divine primordiale est le loyoz, la sagesse de Dieu. Est-ce un être personnel, comme Dieu luimême ? Philon ne donne pas de réponse catégorique à cette question. Le monde est né non point d'une création proprement dite, mais d'une application de la force divine à la matière chaotique préexistante. Le philosophe juif est tellement enlisé dans les spéculations grecques, qu'il n'a pas su s'en dégager pour énoncer philosophiquement la féconde doctrine de la création, inscrite à la première page de la Genèse.

Le même dualisme domine la psychologie de Philon : l'âme est un principe divin, un ange, un démon, uni à un corps matériel, en lutte avec lui (Platon). Cette opposition devient le principe d'un mysticisme religieux.

3° Le mysticisme religieux. Les entraves du corps ne permettent pas à l'homme de connaître Dieu en lui-même, mais seulement dans les forces divines où il se manifeste. Plus l'homme se détache du corps, plus il s'approche de la science et de la vertu (stoïciens).

Néanmoins, nous pouvons nous surélever jusqu'à la connais-

sance de Dieu tel qu'il est en lui-même, si une illumination surnaturelle nous découvre l'Infini. Dans cet état supérieur, où j

Dieu se révèle à nous, la conscience humaine s'évanouit : c'est l'anéantissement de l'homme devant Dieu, l'extase, l'état prophétique, auquel chacun peut être appelé.

§ 3. — Le Néo-Platonisme (depuis le ni0 jusqu'au vi° s. ap. J.-C.)

84. Caractères généraux et division. — i° L'idée dominante du néo-platonisme est le mysticisme religieux. L'homme doit vaincre la sensibilité à force de luttes, se rapprocher de Dieu par une série d'étapes, et grâce à des secours d'ordre religieux s'unir à l'Infini.

20 Dépendamment de cette conception mystique se développe une métaphysique intégrale, qui est l'expression du monisme panthéiste le plus absolu. Bien que l'opposition entre l'Infini et le fini soit poussée à l'extrême, Dieu est la source vive d'où jaillissent, par émanation, toutes les substances limitées, y compris la matière.

On peut dire que le néo-platonisme se résume en une description rigoureusement systématique du processus de l'Etre divin dans l'univers et du retour de l'âme en Dieu.

30 Le néo-platonisme est un syncrétisme original des divers systèmes de la philosophie grecque, parce qu'il interprète dans le sens religioso-mystique toutes les théories antérieures. Il est tributaire du gréco-judaïsme de Philon, du néo-pythagorisme et du platonisme de l'époque alexandrine ; il porte aussi l'empreinte du stoïcisme, et il subit l'influence d'Aristote, à qui il est redevable de sa méthodique. — Mais c'est de Platon surtout qu'il se réclame, de Platon qui lui fournit des éléments importants de métaphysique, et dont il prétend restaurer les doctrines dans leur antique pureté. Il suffira de comparer ses thèses fondamentales à celles du chef de l'Académie, pour se convaincre que

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