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Phase philosophique du néo-platonisme. Plotin

— Égyptien de naissance (204/5 aP- J~C)> après avoir pendant onze ans suivi les leçons d'Ammonius Saccas, qu'on tient pour le fondateur du néo-platonisme, Plotin se rendit à Rome, où il dirigea avec le plus grand éclat une école de philosophie, jusqu'à sa mort en .270. Ses travaux furent rassemblés par Porphyre sous le titre : les Ennéades.

Plotin a tracé la voie définitive du néo-platonisme. Suivons-le dans le développement des deux idées fondamentales qui, pour lui, résument la philosophie.

i° Le processus émanatif d'un principe suprême, source unique de tout ce qui est, rend compte du monde métaphysique et physique. Au fur et à mesure que ce principe dépense son énergie, il s'épuise ; ses déterminations, de moins en moins parfaites, suivent une marche descendante, dont voici les étapes :

a) L'Un. Au sommet du monde intelligible, profondément séparé du monde sensible (Platon), trône une Essence suprême. Pour sauvegarder sa transcendance, Plotin la déclare absolument indéterminée (arreipov). Aucune qualité ne la précise, rien ne la détermine, car toute détermination implique une limite (théo-

dicée négative). L'Etre suprême n'a pas d'attribut, pas même l'intelligence ou la volonté. En effet, la connaissance et le vouloir supposent la dualité du connaissant et du connu, du voulant et du voulu ; or toute dualité est inconciliable avec l'infiniment parfait. Toutefois ce concept négatif ayant pour base la perfection de Dieu, Plotin a recours à des descriptions positives, dont il reconnaît d'ailleurs l'insuffisance. Il représente volontiers l'Etre suprême, comme le premier (to npûrov), Yunf la bonté (Platon), la lumière, la cause universelle.

Immuable en lui-même, l'Un premier ne répand pas sa substance dans les autres êtres, ainsi que l'enseigne le panthéisme substantialiste ; mais il les compénètre par son activité (panthéisme dynamique), et ce que nous disons être la substantialité propre des choses n'est que le produit de cette activité. Encore cette effusion de l'agir divin dans les divers êtres n'est pas directe et immédiate ; elle se fait sentir par des forces intermédiaires^ émanant successivement l'une de l'autre. Et comme l'effet est toujours moins parfait que la cause, ces activités s'échelonnent du plus au moins parfait, chacune occupant un degré d'autant plus bas que le nombre d'intermédiaires par lesquels elle communique avec l'énergie divine est plus considérable .

Quels sont ces intermédiaires dans lesquels l'énergie divine se répand par cascades ? Plotin les réduit à trois : l'intelligence et l'âme du monde dans l'ordre suprasensible, la matière dans l'ordre sensible.

b) L'intelligence. L'Un premier se connaît, et donne ainsi naissance au second principe, l'intelligence, le vovz, dont la génération introduit le dualisme en Dieu.

Le vov;, en effet, est à lui-même son propre objet, et sous ce rapport son objet est un ; néanmoins cette unité comporte une pluralité de représentations. Il doit en être ainsi, car en vertu du principe de la déchéance progressive, le voùç, moins parfait que l'Un, ne peut absorber dans une seule connaissance, l'énergie

communiquée par l'Etre premier ; celle-ci se divise et s'irradie en un nombre considérable d'idées. C'est le xôcpoç voyjtcSs de Platon, avec cette différence essentielle que pour Platon les idées sont des substances (22), tandis que pour Plotin elles sont des forces (vcepat ôwiuîu), réunies en faisceau dans l'unité du vovç, mais destinées à devenir à leur tour des principes générateurs d'activités.

c) L'âme du monde. Le second principe ou le voû; en produit fatalement un troisième, l'âme du monde : nature hybride, intelligente d'une part comme le vovç où elle contemple les idées,

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