LE NÉO-PLATONISME. PLOTIN
d'autre part, disposée à réaliser dans le monde sensible l'image de ces mêmes idées éternelles x). La pluralité qu'elle porte dans son sein est encore enserrée dans l'unité, tout comme dans le voJ:, mais elle est sur le point de s'épancher au dehors.
L'âme du monde, universelle, engendre les âmes particulières, c'est-à-dire les forces plastiques (X6yoi<77repuaTiy-oi,cf.62,30), formes de toutes choses. Celles-ci ne sont que des effluves de la vie universelle qui circule à travers tout et dont, en dernière analyse, le to 7rpôr9v est la source primordiale.
ci) La matière. Comment Plotin passe-t-il du monde suprasensible au monde matériel et sensible ? Comment réduit-il l'un à l'autre, après avoir insisté avec Platon sur la différence fondamentale qui sépare Vidée de la matière ?
Par une ingénieuse théorie, qui évite le dualisme auquel s'étaient heurtés tous les platoniciens : L'âme du monde, ou les forces qui lui sont inhérentes , engendre la matière, et en Munissant à la matière, produit les êtres corporels et sensibles.
La matière, pour Plotin, n'est autre chose que l'espace qui conditionne toute existence corporelle ; c'est une pure possibilité d'être, un néant, /xtj 6v (Platon,25,r°), que Plotin identifie avec le mal originel, irptârov xsutov. Mais n'est-il pas contradictoire de faire de la matière un aboutissant de l'idée, du néant une manifestation de l'être, du mal un produit du bien ? Non, dit Plotin, car tout processus générateur entraîne une déchéance du produit engendré. Or, dans la série des générations divines, il doit y avoir un stade dernier, où l'énergie première, affaiblie par des déperditions successives, n'est plus capable de produire du réel. C'est une limite, en deçà de laquelle' il ne peut rien y avoir de moins parfait : cette limite est la matière.
Dans le monde sensible la pluralité est régnante, tandis que dans le monde suprasensible toute pluralité est contenue dans
') En divers passages, croyant mieux faire saisir cette idée que l'âme du monde sert de transition du monde suprasensible au monde sensible, Plotin distingue une double âme du monde, l'âme purement suprasensible, et l'âme déjà en contact avec la matière sensible. Cf. Zbller, op. cit., III, 2, pp. 539 et suiv.
les liens d'une unité plus ou moins parfaite. Le monde sensible emprisonné dans la matière, n'est que le reflet de principes suprasensibles dont l'unité est aussi inaltérable que celle du soleil réfléchi par une multitude de miroirs. Le monde sensible est soutenu et engendré à chaque moment par l'âme du monde, et voilà comment il est le prolongement de la réalité. Plotin se prévalait de cette explication pour défendre contre les gnostiques la beauté et l'ordre de l'univers visible.
Tous les chaînons de cet univers sont soudés par une sympathie cosmique ; et les pulsations de l'âme du monde dans le moindre des êtres ont leurs répercussions sur l'ensemble. Le monde sensible est éternel, comme la génération même des activités divines. Plotin expose en détail cette effiorescence des forces plastiques de l'âme du monde dans la nature sensible, depuis le ciel, dont l'âme offre la vie sensible la plus parfaite, les astres ou les dieux visibles de l'univers, et les démons, intermédiaires entre les êtres célestes et terrestres, — jusqu'aux corps organisés et inorganisés de la terre.
L'homme occupe un degré fixe dans cette hiérarchie. Les âmes ont préexisté aux corps ; elles ont demeuré dans le sein de l'âme du monde jusqu'au jour où la nécessité du processus cosmique a exigé leur union avec la matière. Sur ces données Plotin greffe sans difficultés les théories platoniciennes de l'union extrinsèque de l'âme et du corps, de la survie et de la migration des âmes (27). Seront seules réintégrées dans leur état primitif les âmes qui, au moment de la mort, n'auront plus d'attaches avec la sensibilité ; les autres animeront de nouveaux corps, dont la noblesse sera proportionnée à leur degré d'attachement à la matière. Voilà pourquoi le but de la vie et de la philosophie est avant tout de réaliser le retour mystique de l'âme vers Dieu.
20 Le retour mystique de Vâme vers Dieu. Toute la métaphysique de Plotin est une dépendance de cette union mystique, et sert d'acheminement vers sa réalisation. Le bonheur résulte de l'exercice parfait de l'activité intellectuelle ; or, la science véritable est indépendante de l'expérience et de l'opinion, elle