PROCLUS. SIMPLICIUS
Jamblique. Enfin nous y rencontrons le dernier homme marquant de cette génération païenne de philosophes, le quatrième et dernier grand commentateur grec d'Aristote, Simplicius.
Disciple d'Ammonius et de Damascius, Simplicius est l'auteur d'une glose volumineuse dont plusieurs parties sont parvenues jusqu'à nous. Simplicius est un commentateur personnel. Il professe le plus grand respect pour Platon ; en même temps, il a légué des fragments et des indications qui sont de la plus haute utilité pour l'intelligence des doctrines de ses prédécesseurs.
Quand l'esprit de l'enseignement païen d'Athènes ne répondit plus aux convictions de la majorité des auditeurs, devenus chrétiens, l'empereur Justinien ordonna, par un décret de 529, la fermeture de l'école. C'est à ce moment que l'histoire rapporte l'exode devenu fameux d'un groupe de philosophes dépités — Damascius et Simplicius étaient du nombre — vers le royaume d'un prince barbare, sympathique aux idées de la civilisation grecque. Leur séjour à la cour persane de Chosroès Nischirwan fut de courte durée. La nostalgie les ramena dans le monde grec, quand en 533 le roi de Perse conclut un traité de paix avec Justinien. L'école d'Athènes resta définitivement fermée, et ses anciens maîtres se dispersèrent et continuèrent leurs travaux dans l'obscurité de la vie privée. C'est après 529 que Simplicius notamment rédigea les commentaires qui nous sont restés de lui.
91. L'école d'Alexandrie. Ammonius. — La personnalité la plus en vue dans l'école d'Alexandrie est Ammonius, disciple de Proclus. Il renoue la tradition du néo-platonisme scientifique, et reprend l'exégèse d'Aristote suivant l'esprit de Porphyre. Durant sa longue et influente carrière, Ammonius présida à la formation de la plupart des philosophes de cette fin d'époque. Damascius fut son disciple, plus tard Jean de Philopon, Asclepius, Simplicius, Olympiodore.
Des chrétiens fréquentaient ses leçons, et le maître évitait de blesser leurs croyances. Non seulement l'école d'Alexandrie avait de ces égards, mais à l'encontre de celle d'Athènes, elle évoluait de jour en jour plus décidément vers le christianisme.
Jean de Philopon, qui écrivit, dans le premier tiers du VIe siècle, des commentaires aristotéliciens et un traité de l 'éternité du monde dirigé contre Proclus, fait expressément profession de la religion catholique. Olympiodore lui aussi est un converti, et l'on peut dire qu'à partir du milieu du VIe siècle l'école d'Alexandrie est complètement christianisée.
Un cycle nouveau de spéculations se préparait, lorsqu'en 640 les Arabes envahirent l'Egypte et livrèrent aux flammes les écoles alexandrines et la bibliothèque séculaire qui faisait la gloire des Césars.
92. La philosophie en Occident. — En cessant d'être la capitale politique du monde, Rome vit s'évanouir aussi son prestige scientifique. Le IVe siècle ne produit en Occident que des commentaires insignifiants de logique et des traductions latines d'oeuvres grecques. VegetiusPraetextatus et M arius Victorinus (qui vécut comme rhéteur sous Constance vers 350) sont les seuls écrivains qui méritent d'être signalés. Au iv* ou au v* s. Chalcidius, au Ve s. Macrobe se livrent à des compilations platoniciennes et néo-platoniciennes que consultera le haut moyen âge. Quant à Mârcianus Capella et BoÈCE,bien que tributaires l'un et l'autre du monde grec, ils appartiennent aux générations médiévales.
Les influences de la philosophie grecque se perpétuent à travers la philosophie médiévale, où elles s'exercent dans trois directions principales : la philosophie byzantine, asiatique, et occidentale.
On les retrouve ainsi dans la philosophie des Pères de l'Église, qui sert de transition entre la philosophie grecque et la philosophie du moyen âge.