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Caractères généraux de la philosophie patris

tique. — i° Elle est incidente et fragmentaire. L'avènement du christianisme imprime aux études spéculatives une orientation nouvelle. Les Pères de l'Église doivent montrer quel est le dogme et le préserver de tout alliage hérétique avec les doctrines judaïques et païennes ; — tout comme ils doivent, sur un autre terrain, maintenir, à rencontre des schismes, l'unité de discipline et de gouvernement ecclésiastique. Etant donné le souci primordial de la spéculation patristique, on comprend que la philosophie y apparaît de façon incidente et secondaire, et que le choix des questions abordées est déterminé le plus souvent par les nécessités de la polémique. Voilà pourquoi,

20 La philosophie est au service du dogme. Pas seulement en ce sens que la dogmatique prime la philosophie, comme la révélation prime la raison, mais aussi parce que la philosophie n'a d'autre rôle général que de prêter au dogme le secours de ses doctrines. Aussi bien,

30 Elle étudie de préférence les problèmes tranchés par le dogme nouveau. Bien que le Christ ne se soit pas constitué chef d'une école philosophique, la religion qu'il a fondée fournit des solutions sur un ensemble de problèmes que la philosophie se

pose et résout par d'autres voies '). Notons la surélévation de Dieu au-dessus du monde, la création, la Providence, la dépendance essentielle de l'homme à l'égard de Dieu, l'individualité des êtres, la finalité de l'univers, la distinction de l'âme et du corps, l'immortalité personnelle.

4° Elle est dépourvue d'unité. Par cela même que leur œuvre philosophique est fragmentaire et secondaire, les Pères de l'Église ne se sont pas mis d'accord sur un ensemble d'idées organiques coordonnées entre elles. Il n'y a pas de synthèse patristiqtie > comme il y eut plus tard une synthèse scolastique. Seuls, les enseignements nouveaux du christianisme sur quelques problèmes agités par la philosophie trouvent créance chez tous, et constituent un élément d'unité. Mais ces éléments sont insuffisants pour constituer une synthèse ; encore rencontre-t-on dans leur interprétation la plus grande diversité.

5° La philosophie patristiqtie se déploie dans une civilisation imbue d'idées grecques, dont elle reçoit les influences. Par ce côté, elle se rattache au monde disparaissant, et son mode de penser demeure ancien. Les écrivains de cette époque subissent à dose très inégale l'ascendant des néo-platoniciens. Par l'intermédiaire de ces derniers ils sont tributaires du spiritualisme de Platon, qu'ils s'efforcent d'interpréter dans un sens conforme aux doctrines catholiques ; ils recueillent des idées isolées d' Aristote, mais en général suspectent ou rejettent sa théodicée, sa physique et sa psychologie. Ils empruntent aussi des théories à Sénèque, à Cicéron et à Philon le Juif.

94. Division. — On peut diviser la philosophie patristique, en prenant pour base les luttes religieuses qui lui donnent naissance. Or, l'histoire de ces luttes se répartit en deux périodes, suivant les discussions doctrinales qui en furent le principal aliment, et suivant les résultats auxquels elles aboutirent.

') Cela est vrai de toute religion, parce qu'un groupe de questions dont la religion s'occupe rentrent en même temps dans le domaine de la philosophie. Philosophie et religion ont un objet matériel, partiellement commun.

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