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Le dynamisme et le mécanisme en général

Des deux problèmes que soulève l'étude de la nature, celui de la variation des choses intrigue avant tout les représentants de ce second groupe. On )T rencontre : i° le dynamisme ionien, ou les théories défendues par la nouvelle école ionienne depuis Heraclite ; 20 les théories mècanistes : a) d'Empédocle ; b) de l'école atomistique ; c) d'Anaxagore.

Le dynamisme s'oppose au mécanisme. Sans doute, l'un et l'autre système sont contemporains des premiers essais de la philosophie grecque, mais comme ces deux h)Tpothèses ont rapport au processus des choses, l'exposé de leurs principes intéresse surtout la seconde phase de la physique antésocratique.

Dans son acception la plus large, le dynamisme physique implique ces deux propositions : i° Les choses de la nature s'élaborent sous l'influence d'un ou plusieurs principes intentes d'activité. — 20 Quand ces principes sont multiples, ils se différencient qualitativement dans les divers êtres et leurs phénomènes.

On peut réduire à deux les idées fondamentales du mécanisme : i° Dans les divers êtres de la nature il y a de la masse

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matérielle et du mouvement. Les parties de la masse matérielle sont qualitativement homogènes, et leur différenciation quantitative et figurative explique la diversité des êtres et de leurs phénomènes. Cette différenciation résulte d'un mouvement mécanique.— 2° Le mouvement qui anime les parties de la masse est communiqué , c'est-à-dire qu'il ne dérive pas d'une énergie propre de la masse, celle-ci étant inerte.

8. Le dynamisme d'Heraclite. — Heraclite (vers 535-475), issu d'une noble famille d'Ephèse, fait époque dans l'histoire de la philosophie antésocratique. Son système est une forme originale de phéno?nénismefde dynamisme et de panthéisme.

Contemporain des éléates, il réagit contre leurs spéculations, ou plutôt les prend à rebours ; et au lieu de figer l'être fondamental des choses dans quelque réalité immobile, il l'identifie avec le mobile comme tel. Pour Parménide rien ne change; pour Heraclite tout change. Le monde est semblable à un fleuve qui n'est jamais égal à lui-même, parce que des flots toujours nouveaux prennent la place de ceux qui s'écoulent. Ce phénoménisme a un sens cosmologique et non psychologique, le phénomène ayant une valeur extramentale. Le flux perpétuel a son symbole dans l'élément mobile par excellence, le feu ; non pas que le feu soit une substance, mais du pur changeant, car il n'est rien en dehors de son écoulement, Travra pzlv etvat. Tout phénomène naturel est du feu à un stade déterminé de ce devenir, et ce que nous croyons être fixe dans les choses n'est qu' « un point d'intersection où divers courants viennent s'entrediviser ».

Pour expliquer cette élaboration incessante du feu, Heraclite souscrit aux deux thèses fondamentales du dynamisme, et les accommode à son phénoménisme. Un principe d'activité interne anime l'écoulement incessant des phénomènes ignés ; le devenant est principe de son devenir. Tout changement étant la transition d'un état déterminé à un état contraire, le phénomène se diversifie à chacun de ses stades, sous l'influence de situations opposées dont il est la résultante.

Enfin, le dynamisme phénoméniste d'Heraclite est une

franche affirmation du panthéisme : le feu est doué d'unité, il est Dieu; il est intelligence et préside aux lois de son évolution.

g. Le mécanisme d'Empédocle. — Empédocle d'Agri-

gente (vers 495-435) accueille dans sa physique les deux idées organiques du mécanisme : i° Il existe dans la nature des matières éternelles, affranchies de toute transformation. Contrairement aux philosophes antérieurs, Empédocle ne désigne pas comme matière originelle l'un des quatre éléments, mais tous ces éléments à la fois. Irréductibles les uns aux autres, ils se décomposent en parties semblables, dont le mélange engendre les divers êtres de l'univers. Ce que nous appelons naissance d'une substance est une combinaison nouvelle dans l'espace de particules des quatre éléments (uîfe) ; ce que nous appelons disparition d'une substance est la séparation de ces mêmes parties, appelées à d'autres alliages (^taXXaÇic). — 20 D'où dérive le mouvement imprimé à cette masse ? La réponse d'Empédocle est naïve : c'est l'amour et la haine qui attirent ou repoussent les particules matérielles.

Ce mécanisme ne s'affranchit pas de certaines timidités : d'une part, l'homogénéité de la matière n'est pas complète ; d'autre part, la cause du mouvement ne reçoit pas une explication scientifique. A un double point de vue, l'école atomistique renchérit sur Empédocle.

10. Le mécanisme de l'école atomistique ou d'Abdère. Démocrite. — Leucippe est le fondateur, mais Démocrite (vers 460-370) est le représentant le plus autorisé de l'école atomistique. Lui-même nous apprend qu'étant jeune encore, il connut Anaxagore vieillard. Homme de science à la fois et philosophe, Démocrite voyagea pour s'instruire, en Egypte et peut-être à Babylone ; à Abdère sans doute, son pays d'origine, il connut Leucippe et suivit ses leçons.

Voici les principes fondamentaux du mécanisme de Démocrite : 1) La masse matérielle se compose d'une multitude innombrable de corpuscules qualitativement homogènes, mais se différenciant par leur forme et leur grandeur : ce sont les atomes

(aropcO. L'atome est inerte par lui-même, éternel, indivisible, solide et plein ; il ne contient aucun vide dans son sein, car le vide est le principe de la divisibilité (Parménide). Ce n'est pas seulement l'apparition ou la disparition d'un corps qui s'explique par l'agrégation ou la désagrégation des atomes, mais encore les phénomènes se réduisent à des figurations atomiques plus ou moins momentanées.

2) Démocrite ne recourt pas, pour expliquer le mouvement, aux fictions de haine et d'amour animant les atomes, mais à l'existence du vide et à l'action de la pesanteur. L'existence du vide ou du non-être est condition du mouvement : si tout était de la matière pleine, comme avait dit Parménide, les atomes seraient serrés les uns contre les autres et aucun changement ne pourrait se produire (6). Au contraire, posé un espace interatomique, les atomes peuvent circuler librement.

La pesanteur entraîne les atomes de haut en bas et détermine leur circulation ; comme ils sont de grandeur inégale, les plus volumineux, qui sont aussi les plus lourds, heurtent les plus petits, et leur impriment un mouvement ascensionnel : le choc de ce double mouvement provoque un tourbillon perpétuel et la formation des complexus atomiques ou des mondes. Le ^mouvement étant éternel, l'espace vide sans limites, la multitude des atomes infinie, il existe des mondes innombrables.

Démocrite fait l'application de ces principes généraux au monde que nous habitons, et principalement à l'homme.

Sa psychologie ne repose pas sur l'emploi de méthodes psychologiques; elle n'est qu'un chapitre de son mécanisme physique. L'âme de l'homme, tout comme son corps, constitue un assemblage d'atomes, plus subtils et plus légers. La sensation et la pensée se réduisent à des vibrations d'atomes; elles sont provoquées en nous par des émanations matérielles des objets, traversant le milieu extérieur et s'introduisant dans nos organes : c'est la célèbre théorie des images atomiques (eïiwXa). Elle contient les germes du scepticisme, car le milieu déforme les émanations matérielles, et dès lors nous ne connaissons pas les choses telles qu'elles sont.

La philosophie de Démocrite est une affirmation très nette du matérialisme mécaniste.

il. Le mécanisme d'Anaxagore. — Xé en 500 av.

J.-C. à Clazomène, contemporain de Leucippe et d'Empédocle, Anaxagore poursuivit la majeure partie de sa carrière à Athènes, où son grand savoir lui assura d'illustres amitiés. Plus tard, des événements politiques l'ayant forcé de quitter Athènes, il se rendit à Lampsaque, et y mourut en 428.

Plus scientifique que celui d'Empédocle, le mécanisme de Démocrite ne se préoccupe pas de la cause efficiente du mouvement. C'est le grand mérite d'Anaxagore d'avoir cherché le principe du mouvement dans un être immatériel, intelligent. Douée de simplicité, de puissance et de savoir, l'intelligence est ordonnatrice et motrice. C'est elle qui unit, désunit les particules matérielles, suivant des combinaisons voulues. Anaxagore n'a étudié l'intelligence qu'au point de vue cosmique ; il est probable qu'il ne lui a point donné les attributs de la personnalité.

La notion que donne Anaxagore de la matière première ne diffère pas moins de celle de ses prédécesseurs. La matière originelle se compose de parties constitutives de toutes les substances possibles. Les parties de ce mélange originel sont si minimes, qu'aucune d'elles n'y apparaît avec ses propriétés spécifiques. Aristote les a appelées des homœoméries (ô^oiop-ep^). Le mouvement des homœoméries donne naissance aux divers êtres. Les propriétés spécifiques d'un corps nous apparaissent quand ce corps est composé principalement de particules correspondant à ces propriétés, mais il ne les possède jamais à l'exclusion des autres. « Dans tout il y a des parties de tout », ce qui rend possible la transformation des corps les uns dans les autres.

La supériorité d'Anaxagore n'est pas tant d'avoir reconnu dans l'univers la nécessité d'un être intellectuel — Anaximène l'avait fait avant lui, — mais plutôt d'avoir nettement affirmé l'irréductibilité du matériel et de l'immatériel. Sa philosophie marque un dernier stade dans l'évolution des idées cosmologiques de la Grèce avant Socrate. Elle appartient tout entière à la physique ;

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néanmoins, en étudiant l'intelligence ordonnatrice, elle appelle et provoque les observations psychologiques. A ce point de vue, Anaxagore clôt une période de formation et se rattache aux sophistes et à Socrate.

§ 4. — Les sophistes.

12. Protagoras et Gorgias. — Les physiciens avaient concentré leur attention sur le monde extérieur, sans tenir compte du sujet connaissant et de la nature et du fonctionnement des facultés de connaître. Un groupe de polémistes s'empara du système auquel s'étaient arrêtés les physiciens les plus en vogue, pour montrer qu'il menait à la ruine de toute science : on les appela sophistes. Leur scepticisme n'a pas de valeur absolue, puisqu'il n'est inspiré que par la philosophie d'Heraclite ou celle de Parménide. Il prépara au contraire l'avènement d'un dogmatisme plus complet, et convainquit Socrate de la nécessité de mener de front les recherches cosmologiques avec la psychologie.

Les principaux sophistes sont Protagoras (né à Abdère, vers 480) et Gorgias (vers 480-375). Tout est changement, avait dit Heraclite. Protagoras ajoute : cette variation même dépend de notre état subjectif. Le monde extérieur est une création de notre esprit ; et comme rien n'empêche que deux hommes construisent le monde d'une manière contradictoire, la vérité est relative, et la science impossible.

Gorgias, contemporain de Protagoras, s'en vint, comme lui, à Athènes où ses talents de rhéteur lui valurent la célébrité. Il conclut à l'inanité de la science en partant des doctrines éléatiques. La négation d'une vérité absolue, la même pour tous, devait entraîner la négation d'une morale uniforme. Gorgias et Protagoras ont été logiques avec eux-mêmes, en enseignant que le juste et l'injuste dépendent du bon plaisir de chacun.

Les sophistes ont montré les lacunes de la philosophie grecque, mais n'ont rien fait pour les combler. Il devait appar-

tenir à Socrate de restaurer la science sur des bases plus stables ; son œuvre fut tout à la fois le complément des travaux des physiciens et la réfutation des théories sophistiques.

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