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V. Écrivains de race nouvelle. A côté d'Isidore de

Séville, Grégoire le Grand '), Bède le Vénérable et Rhaban Maur dont il a été parlé plus haut, les grands éducateurs du haut moyen âge furent Martianus Capella, Cassiodore et Boèce.

Martianus Capella, de Carthage (2me moitié du Ve s.),vint à Rome, et écrivit (vers 430), un Satyricon et un traité intitulé de nuptiis Mercurii et Philologiae où il compile Varron et d'autres grammairiens. Le moyen âge étudia avidement cette étrange encyclopédie, parce qu'elle offre un essai de classification des connaissances humaines et dresse un plan d'études complètes. Martianus vulgarisa le trivium et le quadrivium. Arts et sciences apparaissent sous forme de personnages mythologiques. L'auteur fait de la fantaisie plutôt que de la science et jouit, au début du moyen âge, d'une influence imméritée a).

Cassiodore et Boèce furent l'un et l'autre ministres du roi des Goths, Théodoric, qui par ses sages initiatives avait suscité dans ses États un début de renaissance scientifique 3). Le premier

') Au début du moyen âge le nombre des citations de Grégoire le Grand dépasse même celui des citations de S. Augustin. — *) Les sept arts sont représentés sous forme de jeunes filles escortant Philologie, fiancée à Apollon. La Grammaire est une fille deMemphis,et porte sur un plateau des instruments pour délier la langue des enfants, etc. La dialectique est représentée par une femme au visage émacié, tenant dans une main un serpent, dans l'autre cachant un hameçon. — ') Cette renaissance avorta à cause de l'invasion des Lombards

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(vers 470-570) est, comme Martianus Capella, un pédagogue qui s'efforce de consigner dans ses traités de artibus ac disciplinis liberalium liiterarum, de institutione divinarum liiterarum tout ce qu'il a appris sur le trivium et le quadrivium, principalement à l'école de Boèce.

Boèce (vers 480-525, désigné parfois sous le nom de Manlhré consul) est un esprit beaucoup plus vigoureux que M. Capella et Cassiodore. Son activité littéraire est considérable. Il entreprit :

i° Des traductions, notamment de Ylsagoge de Porphyre et de diverses œuvres d'Aristote. Il traduisit les cinq parties de YOrganon, mais les trois dernières (Analyt., Topiques, raisonn. sophist.) ne furent pas retrouvées, ce semble, avant la fin du XIIe s. Lui-même nous avertit qu'il aborda la traduction d'autres œuvres d'Aristote {In lib. de interpr., II) que le haut moyen âge ignora ;

20 Des commentaires : un double commentaire de Ylsagoge, un commentaire des Catégories, du de interpr etatione d'Aristote (sa principale œuvre logique), des Topiques de Cicéron ;

30 Des traités originaux sur les syllogismes catégoriques et hypothétiques , sur la division , la définition , les différences topiques : toutes monographies hautement appréciées au moyen âge. Avec non moins d'éloges, les scolastiques citent ses travaux sur la mathématique et la musique, et surtout un ouvrage de morale, que Boèce, disgracié pour des raisons politiques, écrivit en sa prison de Ticinum : le de consolatione philosophiae. Elégant de style, ce traité montre à quel point son auteur était imbu de la culture antique. Divers autres écrits, théologiques par la matière dont ils s'occupent (de trinitate, de hebdomadibus, de fide christiana, de duabus naturis in Christo), circulent sous le nom de Boèce, mais sont d'une attribution douteuse.

Boèce exerça sur la philosophie de cette période une influence considérable. Jusqu'à la fin du XIIe s., il fut la principale source de l'aristotélisme, et on le considéra comme égal, même comme

(568), comme plus tard le renouveau de civilisation dont Isidore de Se ville fut l'initiateur en Espagne fut arrêté par la conquête (712).

supérieur à Aristote. Non seulement ses traductions et ses commentaires du Stagirite, mais aussi ses abrégés originaux, qui ont suppléé longtemps aux parties inconnues de XOrganon, devinrent la base des études de dialectique. Le philosophe barbare fit aussi connaître une foule d'autres idées aristotéliciennes : ainsi il mentionne diverses théories méthodologiques , comme la fameuse division triparti te des sciences théoriques en métaphysique, mathématique, physique (34) ; lui-même affectionne et pratique la méthode mathématique et déductive ; on trouve aussi, disséminés dans ses œuvres, des fragments d'idées sur la nature et le processus de la connaissance, des conceptions imparfaites de la matière, de la forme substantielle, du changement, de la substance, de la personne, des causes; le de consolatione philosophiae reproduit l'argument du moteur immobile, le de trinitate étudie l'application des formes grammaticales à la divinité, etc.

Boèce, d'ailleurs, n'est pas asservi à la doctrine d' Aristote. Il met dans la circulation des écoles bon nombre d'idées platoniciennes, stoïciennes, pythagoriciennes, augustiniennes. La théodicée du de consolatione philosophiae est une étude de la Bonté et de la Providence divines ; les idées de nombre et d'unité jouent un rôle prépondérant dans ses théories sur la nature divine, la création, l'exemplarisme.

Bref, Boèce est le canal qui transmet aux scolastiques les éléments les plus divers, que l'on rencontre plus tard, triés par l'éclectisme, dans les synthèses du XIIIe siècle.

VI. Écrivains médiévaux. Citons, en finissant, comme partie intégrante de la bibliothèque de la première période quelques œuvres de philosophes médiévaux, œuvres que leur grande popularité a pour ainsi dire rendues classiques : tels sont le de divisione naturae de J . Scot Ériugène et surtout le Liber sex principiorum de Gilbert de la Porrée.

134. Division de cette période. — L'effort principal de la scolastique, pendant cette période, porte sur Y élaboration des grandes doctrines, qui seront le noyau de la synthèse du XIIIe siècle (v. p. 1.). Cette élaboration, longue et pénible, ne

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s'accomplit pas sans de nombreux tâtonnements. C'est ainsi que la plupart des scolastiques laissent se glisser dans leur philosophie des théories mal équilibrées, d'autres même, à côté d'idées franchement scolastiques accueillent telles doctrines qui conduiraient à des conséquences opposées, si on les interprétait en toute rigueur. Mais ces philosophes se gardent bien ou se défendent même d'aller jusqu'à ces extrêmes ; ils n'aperçoivent pas ou ils récusent les corollaires de leurs principes. — Voilà pourquoi nous les considérons tous, sans distinction, quoique à des titres divers, comme des pionniers d'une même œuvre : scolastiques sera leur nom de famille.

Cependant, d'autres philosophes s'engagent dans des directions opposées ; ils combattent ouvertement la scolastique, et lui opposent des principes qui sont la contrepartie de ses idées constitutives. C'est ainsi que le monisme d'un Scot Eriugène va directement à l'encontre du réalisme individualiste qui évolue dans les gloses d'un Heiric d'Auxerre ou les traités d'Anselme de Cantorbery, et ce monisme s'est développé de fait en doctrines dont le caractère oppositionnel n'échappa guère aux contemporains. De même le matérialisme des Cathares s'oppose franchement au spiritualisme d'un Alain de Lille et on écrivit des traités ex professo pour le combattre.

On ne pourrait juger de la scolasticité des doctrines préscolastiques en dressant, à l'aide d'un collationnement brutal, un tableau des similitudes et des variantes que ces doctrines présentent avec la scolastique du XIIIe s. — à la façon dont on catalogue les données des évangiles synoptiques.

Une étude historique doit envisager les doctrines non seulement au point de vue statique, mais surtout dans leur sens dynamique et évolutif. Or, quand on se place à ce second point de vue, l'histoire des idées nous fait assister à la formation doctrinale de la scolastique jusqu'au XIIe s., et ce travail interne se résout et se parachève dans le travail du xme siècle. Le problème des universaux en fournira un bel exemple *) Il faut donc étudier cette

') M. Domet de Vorges écrit très justement à. propos d'une des personnalités, philosophiques les plus brillantes de cette première période : « le péripatétisme

formation même en la rapportant au terme où elle aboutit, comme dans le gland il faut déjà considérer le chêne auquel il donnera naissance. De là nous avons choisi comme critère d'une classification des systèmes de cette période (ou des fragments de systèmes) en scolastiques et antiscolastiques, la conformité ou la non-conformité objective des théories formulées par un philosophe avec les tendances fondamentales de la synthèse scolas tique du XI IP s., qui unifie, complète et solidarise les doctrines reçues du haut moyen âge.

A ce principe de division d'ordre idéologique on en peut joindre un second d'ordre chronologique. Le XIIe siècle étant l'âge d'or des écoles philosophiques, la première période comportera deux chapitres, étudiant respectivement : i° la philosophie occidentale du IXe au xne s. ; 2° la philosophie occidentale au XIIe s.

Dans chacun de ces chapitres on fera le départ entre les théories scolastiques et les théories antiscolastiques.

135. Sources et Bibliographie. — Jean de Sajjsbury, Polyeraticus et Metalogicus, (Migne P. L., t. 199).

Marius Michel, Le livre des origines d'Isidore de Sèville, (R. intern. enseignement, 1891, p. 198). Se place au p. vue de la philol. et de l'étude de la grammaire. — Godet, Bèdele Vénérable^ (art. du Dict. Théol. Cath. de Vacant, 1903). Généralités. — Sur Rhaban Maur, v. p. I.

Écoles : Specht, Geschichte d. Unterrichtswesen in Deutschland, (Stuttgart, 1886) vieilli ; Willm ann, Didaktik, 1. 1, § 18 bon ; Clerval, Les écoles de Chartres au moyen âgeà\x v6 au xvie s. (ds Mém. de soc. archéol. Eure et Loir, 1895). Excellent. Tableau général des écoles préscolast. ; La Forêt, Histoire d Alcuin. Paris, 1898, consacré surtout à sa vie et à son rôle d'organisateur.

Programmes et méthodes : Mariétan, Problème de la Classification des sciences cTAristote à S. Thomas. Paris, 1901. Très documenté, pas toujours méthodique; Willmann, op. cit. § 19 (riche bibliogr. de la matière et notamment pour chacun des arts libéraux, pp. 267 et suiv.)?; Clerval, op. cit. L'organisation des études de Chartres donne une idée de ce qui existait ailleurs ; Pfister, Études sur le règne de Robert le Pieux., (Bibl. des Hautes Études, Paris, 1885), signale des programmes d'étude ; FERRÈRE, De la division des sept arts libéraux } (Ann.

du xiii0 siècle n'a pas été, comme beaucoup semblent le croire, une transformation complète de la philosophie antécédente, mais les principales solutions qu'il a proposées existaient depuis longtemps dans la pensée des docteurs, bien que moins précisées et surtout moins méthodiquement développées. » S. Anselme, p. 82.

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de philos, chrét. Juin 1900). Fas net ; Willmann, Gcschichte d. Idéal. II, § 67 ; De Witlf. Introd. à la Philos. néo-scol.t §§ 4 et 9.

Bibliothèque : J. Bernays, Ueber den Unter den Wtrken d. Apuleius stehenden hermetischen Dialog A scie/nus, (dans Monaisber. d. K. Akad. d. Wissensch. Berlin, 1871, p. 500) ; Switalski, Des Chalcidius Kommentar zu Plato's Timaeus, (dans Beitr. z. Gesch. d. Philos, d. Mittelalt, 1902, III, 6). Etudie les sources de Chalcidius et pas son influence au moyen âge; Portalié, Développement historique de t augustinisme , dans Dict. Thêol. cath.} 1903. V. prem. partie, très intéressante ; Jourdain, Recherches crit. sur l'âge et F origine des traduct. d'Aristote (Paris, 1843). A servi de point de départ à ces recherches. Devenu insuffisant. — V. toute la bibliogr. jusqu'en 1902 chez Uberweg-Heinze.

Migne a édité les œuvres d'Alcuin (l\ L., t. 100, 101) ; Boèce, (t. 63 et 64) ; Bède, (t. 90-95) ; Cassiodore, (t. 69, 70) ; Isidore de Sévillc (t. 81-84) '> Rhaban Maur, (t. 107-112)'

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