La Renaissance Carlo vingienne. Alcuin. — En
778, inspiré sans doute par Alcuin, qu'il avait appelé de la Grande-Bretagne, Charlemagne donna à Bangulf, évêque de Fulde, un capitulaire resté célèbre, où il encouragea la fondation d'écoles monacales et épiscopales. Ce fut le signal d'une brillante renaissance des études, qui demeure un des plus purs titres de gloire du grand empereur. La renaissance du IXe s. ne fut pas exclusivement philosophique ; elle s'étend à tous les domaines d'étude connus de ce temps. De plus, elle se rattache plus directement à l'antiquité profane qu'à la scolastique.
Alcuin (735-804) fut la cheville ouvrière des réformes pédagogiques du souverain. Venu de l'école d'York, Alcuin rencontra Charlemagne en 781, enseigna pendant huit ans à sa Cour, où Charlemagne, ses fils et ses filles, suivirent ses leçons. Après une vie fiévreuse, Alcuin se retira à l'abbaye de S. Martin de Tours, y fonda une école et y mourut. Compilateur et grammairien, Alcuin ne mérite pas comme philosophe la réputation qu'on lui a faite. Il n'y a rien dans ses œuvres de logique qu'on ne trouve chez Boèce et Cassiodore. Par contre, Alcuin est un
puissant instaurateur d'idées. A l'école du palais il introduisit le triviutn et le quadrivium, et ses livres survécurent comme manuels. Les écoles nées de l'impulsion qu'il donna aux études détinrent le monopole de la philosophie jusqu'à l'érection de l'université de Paris.
Principales œuvres intéressant la philosophie : de virtutibus et vitiis ad Widonem comitem ; de animae ratione liber ad Eulaliam virginem (emprunt à quelques thèses de psychologie augustinienne) ; grammatica ; de dialectica.
130. Principales écoles. — Parmi les écoles les plus en renom citons :
En Angleterre, l'école abbatiale d'York (Alcuin).
Dans les Pays-Bas, les écoles capitulaires d'Utrecht (Adalbode) ; de Liège (Rathère, Notger, Adelman) ; de Tournai (Odon de Tournai) ; les écoles abbatiales de Lobbes (Eracle) ; de S. Laurent (Rupert de Deutz).
En Germa?iie, l'école de Fulde (Rhaban Maur) ; de Munster (Ludger) ; de Salzbourg(ARNOLPHE) ; de S. Gall (Notker Labeo, mort en 1022, y traduisit en allemand les traités connus de YOrganon, le de consolatione philosophiae de Boèce, le de nuptiis mercurii et philol. de M. Capella) ; de Reichenau (W AL- FRED Strabo).
En France surtout, l'école palatine illustrée par Alcuin, J. Scot Eriugêne, Fridugise (t 834), Agobard, Candide, Rhaban Maur ; les écoles abbatiales de Tours (Alcuin, Rainaud de Tours) ; de Corbie (Paschase Radbert) ; de Ferrières (Loup de Ferrières) ; de Cluny (Odon) ; du Bec (Lanfranc, S. Anselme) ; de Fleury (Abbon) ; d'Auxerre (Rémi et Heiric) ; les écoles épiscopales de Lyon, de Reims (Gerbert) ; de Laon (Anselme f 1 1 1 7i et Raoul). Les écoles de Chartres, sous la sage direction de l'évêque Fulbert (960-1028) le plus grand écolâtre de son temps, et après lui • d'IvE de Chartres (t 1 1 15) traversèrent deux périodes de splendeur. Surpassant en éclat toutes les autres écoles, elles purent rivaliser avec les écoles de Paris jusqu'au milieu du
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XIIe siècle. Adelman de Liège et Bérenger de Tours suivirent les leçons de Fulbert à l'école de Chartres. Au XIIe s., les chanceliers Bernard de Chartres, Gilbert de la Porrée, Thierry de Chartres comptent parmi les personnalités les plus marquantes de leur époque. Au IXe s., Paris possédait déjà les trois écoles de Ste Geneviève, de S. Germain des Prés, de la Cathédrale. Leur renommée alla grandissant, et à partir de la deuxième moitié du XIIe s. la métropole française, groupant autour de ses chaires toutes les intelligences d'élite, éclipsa peu à peu les académies rivales.
131. Programmes d'études. — i° Les arts libéraux. Antérieure au moyen âge x), la classification des sept arts libéraux (artes libérales, qu'on faisait dériver de liber, livre) fut vulgarisée par les compendiums de Boèce, Cassiodore, Martianus Capella, Alcuin. On les répartit en deux groupes :
a) Le trivium (artes triviales, sermonicales, rationales) forme le groupe principal et comprend la grammaire, la rhétorique, la dialectique.
La grammaire comporte l'étude des grammairiens — surtout Donat et Priscien — et des anciens classiques latins, Virgile, Sénèque, Horace, Térence, Juvénal et d'autres. La rhétorique est moins en vogue que chez les Romains. Cicéron, Quintilien,' Marius Victorinus sont mentionnés dans l'Eptateuchon de Thierry de Chartres (v. p. 1.), comme les modèles préférés de la rhétorique a). La dialectique remplit dans le trivium la plus grande place, et son importance grandit à mesure qu'on découvre les traités de l'Organon (133). Cet élargissement rapide de la dialectique fit tort aux études de grammaire et de rhétorique. Au latin classique certains préférèrent les barbarismes du latin scolaire, et les « modistes » dans leurs traités de modis signifi-
• ') Les branches du Quadrivium sont signalées par Ammonius Saccas comme une subdivision des mathématiques (Zeller, op. cit., II", p. 177, n. 1). Mariétan croit découvrir l'origine de la classification complète des arts libéraux chez S. Augustin {Problème de la classificat. des sciences etc., pp. 54 - suiv.). — ') Clerval, Les écoles de Chartres au moyen âge du Ve au XVIe ? v t suiv.
candi soumirent cette langue nouvelle à leurs analyses dialectiques. Deux tendances se dessinèrent : dans certains centres — comme Orléans et Chartres — on mena de front le culte de la dialectique et celui de la rhétorique et de la grammaire (v.p. 1.). Ailleurs on sacrifia à la dialectique ses deux sciences sœurs x).
b) Le Quadrivium (artes quadriviales , reaies, physica, mathematica) comprend l'arithmétique, la géométrie, l'astronomie, la musique. Les données encyclopédistes d'auteurs anciens, et à partir d'Adélard de Bath, les théories d'Euclide servent de base à l'enseignement des mathématiques et de l'astronomie ; l'étude de la musique est mise en rapport avec les cérémonies du culte.
Le quadrivium eut moins de succès que le trivium, les connaissances techniques qu'il comporte n'étant pas aussi facilement accessibles. Aux quatre branches du trivium on joignit de bonne heure la médecine.
20 Les sciences naturelles et historiques. En général, l'enseignement scientifique du haut moyen âge se borna au quadrivium. Cependant on fit quelques recherches sur la nature, principalement du côté des alchimistes. De plus, on trouve chez les premiers encyclopédistes de cette période (126) une collection de faits empruntés notamment à Pline. Gerbert touche à des questions de sciences naturelles (141), et celles-ci sont en honneur dans le monastère du mont Cassin(v.p.L) et à l'école de Chartres. Quant à l'histoire, elle n'est pas cultivée pour elle-même, et ceux qui s'en occupent ne font que rééditer ce qu'ils ont lu chez un S. Jérôme ou un Eusèbe (p. 107, n. 1).
30 La philosophie. Les problèmes philosophiques proprement dits, graduellement posés à partir du VIIIe siècle (126, 20), et qui à la fin du XIIe siècle forment un ensemble remarquable, ne doivent pas être considérés comme un développement, une
') Un trouvère du xni6 s., Henry d'Andely, dans un poème allégorique sur la ,' lutte des sept arts, symbolise ce conflit des grammairiens représentés par les orléanistes, et des dialecticiens représentés par les maîtres de Paris. Ceux-ci remportèrent. Willmann, Didaktik, I, 272.
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annexe de la dialectique, de façon qu'il faille renfermer la philosophie dans le trivium (Ferrère, Mariétan et la plupart des historiens) ; mais il faut consjdérer la philosophie comme un stage plus élevé que les arts libéraux, une discipline nouvelle, qui reçut sa place dans les programmes scolaires entre les arts libéraux en dessous et la théologie au-dessus (Willmann). Cette hiérarchie fut lente à se préciser, mais elle est nettement établie au xir s. par Hugues de St- Victor (Erud. didasc. 1. III) et pleinement adoptée au xme s.
40 La théologie est enseignée simultanément avec la philosophie dans les grandes écoles.
132. Méthodes didactiques. — Dans la formation des méthodes scolastiques, il convient de distinguer les méthodes inventives ou d'élaboration doctrinale, et les méthodes d'enseignement. Les premières ont été signalées plus haut (p. 138); c'est des secondes qu'il s'agit ici. Les formes didactiques se sont lentement constituées, et leurs modifications sont remarquablement uniformisées dans les écoles d'occident. A l'adoption d'un même programme d'études dans les écoles abbatiales et monacales de tous les pays d'occident répond une organisation unique des méthodes d'enseignement, et les déplacements scolaires facilitent la vulgarisation des progrès adoptés.
Voici quelques particularités de la méthode scolastique :
i° L'enseignement scientifique est véhiculé par une langue unique f le latin philosophique, qui se constitue peu à peu.
20 Le commentaire d'un texte est la forme première et la plus naturelle de l'enseignement. Mais on voit apparaître de bonne heure des études monographiques. Celles-ci ne constituent pas des traités au sens moderne du mot, consacrés à l'étude ex firofesso d'une branche philosophique, — mais des opuscules ayant chacun leur plan propre.
30 La systé?natisation didactique d'une question déterminée, rudimentaire au début, se dessine nettement à partir d'Abélard, qui trace les linéaments d'un schéma formel auquel la scolastique tout entière devait demeurer fidèle (v. p. h.).
4° Les arts libéraux et la philosophie servant de préparation à la théologie, cette organisation eut pour conséquence un phénomène propre au moyen âge et que le temps devait accentuer : le mélange de certaines ?natières et de certains arguments philosophiques avec les matières et les arguments théologiques. Voilà pourquoi il importe de chercher les raisonnements philosophiques dans les cadres tracés pour l'étude théologique. Il va sans dire que cette simple juxtaposition de matériaux ne compromet en rien la distinction des deux sciences, pas plus que l'origine de la philosophie sur un terrain théologique ne fait obstacle à son essor indépendant.
De même, malgré leurs développements parallèles et leurs ressemblances, les méthodes théologiques demeurèrent distinctes des méthodes philosophiques (v. plus loin).
50 Aux méthodes didactiques on peut rattacher indirectement les procédés de transmission littéraire. Le moyen âge, et notamment ses premiers docteurs, ne voyant dans l'histoire qu'un pur instrument au service du vrai, attachent peu d'importance au fait historique comme tel. De là les plagiats et les deflorationeSy l'habitude de copier les textes de seconde main, de les modifier parfois, la manie de désigner les contemporains par des indications vagues et anonymes, le sans-gêne qu'on met à faire circuler des ouvrages apocryphes, à tronquer et à interpoler les textes, à perpétuer toutes espèces d'erreurs historiques.
133. Bibliothèque philosophique. — On peut ranger sous divers groupes les principaux ouvrages qui forment l'outillage philosophique pendant cette période.
I. Philosophes grecs. Rares sont ceux qui lisaient les auteurs grecs dans leur langue originale, presque tous recouraient à des traductions latines.
i° ARISTOTE. a) Logique. Au IXe s., on connaît le de interpretatione, dans les traductions de Marius Victorinus et de Boèce; et dès la fin du Xe s. la traduction des Catégories par Boèce. En 1136, Abélardne possède pas d'autres traités aristotéliciens, mais YEptateuchon de Thierry de Chartres, achevé vers 1141,
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contient en outre le premier livre des premiers Analytiques, les Topiques et les Sophistiques, c'est-à-dire les autres livres de l'Organon, à l'exception des seconds Analytiques et du second livre des premiers Analytiques x). Vers le même temps, Otto de Freisingen vulgarise les nouveaux ouvrages en Germanie. La seconde moitié du XIIe siècle est en possession de tout l'Organon d'Aristote. Il y a donc, au milieu du XIIe s., une seconde initiation partielle de l'Organon, et elle sert de point de départ à une classification de la logique en logica vêtus (traités connus avant 1141) et logica nova (traités connus depuis 1141).
b) Par contre, on ne possède ni la Métaphysique, ni la Physique, ni le traité de l'âme, c'est-à-dire aucun des ouvrages fondamentaux de la synthèse péripatéticienne. Or, quand on isole l' Organon, on peut se méprendre sur la pensée intégrale du Stagirite, et réduire sa philosophie à un ensemble de règles logiques.
Les scolastiques de la première période n'ont vu dans Aristote qu'un logicien, et il circule dans les écoles des plaintes amères sur son obscurité 3).
20 De Platon on possède un fragment du Timée dans la traduction de Chalcidius (92). J. Scot Eriugène cite déjà le célèbre dialogue que l'on voit de plus en plus entrer dans la circulation littéraire. Les préoccupations métaphysiques dont est bourré le Timée auraient pu, dans une certaine mesure, corriger les influences exagérées et exclusives de la dialectique aristotélicienne. Mais le Timée est obscur; sans compter qu'en maints endroits il donne le change sur la vraie pensée de Platon ; de plus les commentaires éclectiques de Chalcidius contribuent à rendre son intelligence difficile : on peut dire, en général, qu'il fut incompris pendant la première période. En dehors du Timée on ne connaît des œuvres de Platon que des passages incidents, ou
') Ce point d'histoire a été établi par M. Clerval, Les écoles de Chartres au moyen âge du Ve au XVIe s., p. 244. — ') Boèce l'appelle turbator verborum ; un auteur inconnu du x6 s. parle de V aristotelicus labyrinthus (Baumgartner, op. cit., pp. 10 et 11).
même simplement le titre (par Chalcidius). Ce n'est qu'à partir de 1200 que commencent à circuler quelques copies du Phédon. Par contre, beaucoup de théories platoniciennes sont transmises par S. Augustin, et par des commentaires néo-platoniciens où elles sont d'ailleurs modifiées ou défigurées.
30 Commentaires aristotéliciens, a) Ulsagjge (appelé aussi YInstitutio, ou l'introduction, ou le traité des cinq voix) dô Porphyre x), déjà plusieurs fois commenté par les derniers philosophes grecs, jouit d'un crédit immense chez les premiers philosophes médiévaux, dans la traduction de Marius Victorinus, et plus tard dans la traduction et le double commentaire de Boèce. Porphyre passe pour un partisan d' Aristote, et on ne soupçonne même pas qu'il est inféodé à une école panthéiste (86).
Le traité des cinq voix étudie les cinq prédicables (le genre, l'espèce, la différence spécifique, le propre et l'accident); il servait d'introduction aux Catégories d' Aristote. Les prédicables expriment les divers modes suivant lesquels le prédicat d'un jugement peut être énoncé d'un sujet. Porphyre non plus, dans son Isagoge, ne va au delà de cette signification logique des prédicables; il ne recherche pas la valeur ontologique des catégories. C'est à peine s'il signale le problème de l'objectivité des notions universelles, et l'énigme qu'il pose devient le point de départ de la querelle des universaux (Chap. II, Art. 1, § 1).
b) Boèce commenta les Catégories, le de interpretatione. Ses autres commentaires des Topiques, des Analytiques et des raisonnements sophistiques sont perdus. Il en est de même de la traduction de ces trois ouvrages, qui, au rapport de Robert de Monte, fut entreprise par Jacques de Venise, vers 1128.
Les autres monuments de la philosophie grecque étaient inconnus ; mais par l'intermédiaire des écrivains latins et des pères, on connaissait le nom d'un grand nombre de personnalités célèbres, et on possédait des bribes de plusieurs systèmes grecs, principalement de l'épicurisme, du stoïcisme, du pythagorisme.
*) Réédité par A. Busse, Berlin, 1887 (T. IV, p. 1 des Commentaria in AristoteUm grœca, édités par l'Académie de Berlin).
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Dit néo-platonisme il n'était demeuré aucune œuvre originale. Son action indirecte se manifeste par l'intermédiaire de S. Augustin, des commentateurs platoniciens et du pseudo-Denys (v. II et III) x).
II. Philosophes latins. Le legs de l'antiquité latine, si riche en matière littéraire, se réduit pour la philosophie à :
i° Une série de compilations de la décadence latine. Citons : les œuvres de Marius Victorinus (92), dont on connaît une traduction de X Isagoge de Porphyre et plusieurs traités et commentaires de logique ; — de Macrobe (92), auteur de Saturnales et d'un commentaire du Songe de Scipion, souvent cité au moyen âge; — de Claude Mamert de Vienne, en Gaule (vers 450) qui écrivit de statu am?naef où il défend contre le semipélagien Faustus l'immortalité de l'âme ; — de Donat. Par Macrobe et Donat, le moyen âge prit connaissance de beaucoup de faits de l'histoire ancienne.
2° Quelques commentaires platoniciens ou néo-platoniciens. a) Sous le nom d'ApuLÉE de Madaure (81), les scolastiques font circuler un commentaire de interpretatione et un traité de dogmate Platonis. Plusieurs lui attribuent en outre un dialogue intitulé Asclepius. D'autres, au contraire, mieux informés, comptent le dialogue Asclepius parmi les écrits hermétiques, et sous le titre de liber de deo deorum y voient l'œuvre d'un philosophe égyptien, Mercure Trismegiste. On connaît encore d'autres écrits hennétiques (81) comme le Logostileos Çkoyos rihtoç) cité par Abélard et Alain de Lille.
b) Dans le même groupe, notons le commentaire dont Chalcidius (92) fait suivre sa traduction du Timée. Ce commentaire est une compilation dépourvue d'originalité et conçue dans l'esprit de l'éclectisme platonicien du 11e s. ap. J.-C. Chalcidius pille principalement Posidonius, Adrast et Albin (72, 74, 81). Il traduit bon nombre d'idées platoniciennes, et cite des extraits d'œuvres de Platon autres que le Timée ; mais il rapporte égale-
') J.de Salisbury cite aussi des extraits d'une lettre de Plutarque, Polycraticus V. 1.
ment des théories aristotéliciennes, cite les stoïciens Chrysippe et Cléanthe et compare leurs doctrines, emprunte des idées aux pythagoriciens, à Philon, à Numenius, etc., sans oublier les médecins grecs. Les ioniens, les éléates et les atomistes de la période antésocratique sont presque tous cités : si bien que Chalcidius constitue jusqu'au XIIe siècle une des sources principales de l'histoire de la philosophie grecque. Ce qui contribue à expliquer l'énorme influence de ce commentaire.
30 Quelques œuvres ou parties d'œuvres de Cicéron (les Topiques, le de officiis, le de inventione rketorica, les deux livres Rhetoricorum ad Herennium, le de partitione oratorio) ; de Sénèque (le de beneficiis, p. ex.) et de Lucrèce.
Cicéron fait autorité en dialectique et en rhétorique. Quant à Sénèque, ses maximes stoïciennes reviennent aisément, à raison de leur puritanisme, sous la plume des rares scolastiques qui s'adonnent à la morale. Dès le début du moyen âge, circulent sous le nom de Sénèque plusieurs ouvrages apocryphes ; tels sa prétendue correspondance avec S. Paul, et les traités formula honestaevitae (ou de quatuor virtutibus cardinalibus), de moribus, etc., écrits au IVe s. de notre ère x). Par contre Lucrèce a), l'interprète autorisé de l'épicurisme, est moins accrédité chez les scolastiques, et se trouve être plus souvent l'auxiliaire de leurs adversaires. C'est ainsi que la psychologie matérialiste des Cathares lui emprunte ses arguments (Chap. III, Art. II).
III. Les Pères de l'Église, maîtres attitrés de la théologie médiévale, lèguent par contrecoup leurs idées philosophiques et celles de l'antiquité.
i° Parmi eux, S. Augustin prend le premier rang. On s'imprègne principalement de sa psychologie ; on lui emprunte aussi des thèses métaphysiques. A son autorité se rattache le groupe important des doctrines platonico-augustiniennes (126,3°).
20 Pseudo- Augustin. L'ascendant de S. Augustin, comme
') Hauréau, Not. et extr. de qqes man. latins II, 202, IV> 15 et 267. — *) Ce sont deux compilateurs, Isidore de Séville et Rhaban Maur qui lui font le plus d'accueil (ia6, i°).
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philosophe et comme interprète du dogme, explique qu'on ait inscrit sous son nom une série d'ouvrages apocryphes, bourrés très souvent de théories antiscolastiques, voire même antiaugustiniennes. Les principaux traités pseudo-augustiniens sont :
a) Categoriae décent, un abrégé des Catégories d'Aristote ;
b) Principia dialecticae, une monographie de grammairien sur la distinction des termes simples et composés ; c) Contra quinque haereses, dont l'auteur notamment cite des textes hermétiques en les transformant dans un sens chrétien ; d) Plus tard, le de spiritu et anima, un vrai manuel de psychologie augustinienne, fort en vogue chez les scolastiques. Ce traité n'est qu'une compilation des écrits d'Isidore de Séville, d'Alcuin, d'Hugues de St- Victor, d'Isaac de Stella, que Stôckl et Hauréau identifient avec l'ouvrage d'Alcher de Clairvaux x).
3° Les scolastiques possèdent ou citent des traités d'ORiGÈNE (dans la traduction de Rufin, v. p. 107, n. 1), de Clément d'Alexandrie, de Lactance, de S. Ambroise, dont YHexaëmeron fait connaître plus d'une théorie aristotélicienne. Le semipélagien Cassien contre qui S. Augustin écrivit ses derniers ouvrages, transmet secondairement quelques idées philosophiques au moyen âge, par l'intermédiaire d'Alcuin et de Rhaban Maur.
40 II circule au XIIe s. une traduction du rapt <p«jcre«; àvôpwirou de Nemesius (104), faite par Alfanus(io58-io85)archevèque de Salerne. En 11 59, le même ouvrage fut traduit par Richard Burgondio de Pise, sous Frédéric Barberousse a).
50 Mentionnons aussi les écrits du Pseudo-Denys l'aréop agite et de Maxime le Confesseur. Les traités des noms divins et de la hiérarchie céleste sont traduits au IXe s. par J. Scot Eriugène ; S. Anselme les remet en honneur au XIe s., et ils réapparaissent au xne s. avec un renouveau de prestige. Les traités du pseudo-Denys imprègnent la mystique et l'esthétique
') Stôckl, Gesch, d. Phil. d. Mittelalters. I, 384 et suiv. — Hauréau, op. cit. V. 113 (Paris, 1892). — *) Baeumker, Nemesius. Sonderabdr. aus Wochenschrift fur klass. Phil. 1896, p. 2 f. ; Domanski, Die Psychol. d. Nemesius, p. xn.
médiévale. Ils ont été commentés tour à tour dans le sens du panthéisme néo-platonicien et de l'individualisme orthodoxe.
IV. Écrivains arabes et byzantins. Par l'intermédiaire des moines du Mont-Cassin, l'Occident a connu au XIIe s. quelques produits de la science arabe. Notamment Constantin l'Africain ou Constantin de Carthage (vers 1050) traduisit un traité de Isaac Israeli (vers 900) sur les éléments, ainsi que des œuvres de Galien et d'HiPPOCRATE ; Burgondio de Pise traduisit la nriyr, yvcàra»; de Jean Damascène. Mais ces traductions sont des phénomènes peu importants : avant le XIIIe s. il n'y eut pas de contact intime de l'Occident avec la philosophie byzantine et arabe.