CHAPITRE II LA RENAISSANCE PHILOSOPHIQUE DU XIIIe SIÈCLE
La renaissance philosophique, qui illustra, rapide et universelle les premières années du XIIIe s. occidental, est due à une triple cause : i° l'initiation de l'Occident à un grand nombre d'ouvrages philosophiques inconnus jusque-là ; 20 la création des Universités, principalement de Paris et d'Oxford ; 30 l'érection des ordres mendiants. — A ces causes d'ordre extrinsèque, il convient d'ajouter un facteur interne : la force vitale qu'une élaboration séculaire avait infusée aux doctrines scolastiques (195).
§ 1. — La nouvelle initiation philosophique de l'Occident
226. Histoire et chronologie des nouvelles traductions latines. — Pour la seconde, ou même pour la troisième fois, l'Occident retrouve une partie des monuments de la philosophie grecque ; et il s'initie en même temps aux œuvres d'un génie étranger. Toutes ces productions sont transmises aux philosophes occidentaux dans des traductions latines. On peut les répartir en trois groupes.
I. Traductions d'ouvrages grecs. — Il faut soigneusement distinguer les traductions faites directement sur le grec et les traductions faites sur l'arabe.
i° Traductions gréco-latines . Ce sont les plus parfaites. Dès le début du XIIe s., des savants français visitent la Grèce, la Sicile et l'Orient; plus tard la prise de Constantinople (1204) multiplie les rapports scientifiques entre Byzantins et Occiden-
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taux. Les traductions faites sur le grec sont moins nombreuses, et en général eurent moins de vogue que celles faites sur l'arabe.
Parmi les traducteurs, citons Robert Grossetête (1175- 1253), professeur à Paris, à Oxford, puis évèque de Lincoln, qui, un des premiers, signale l'avantage des traductions faites sur le grec. Il est l'auteur d'un brève compenditcm in 8 libros Physicorum x), d'un commentaire in analytica posteriora, et surtout d'un traité original Summa philosophiae a), souvent confondu avec le de divisione philosophiae de Gundissalinus. Au dire d'Hermann l'Allemand, il commenta, et peut-être traduisit XÉthique à Nicomache, mais cette traduction, si elle existe, n'entra pas dans la circulation 3). Jean Basingstock, Thomas de Cantimpré laissent des traductions fragmentaires. Albert le Grand emploie des versions du Phèdon et du Ménoti ; un auteur inconnu de la seconde moitié du XIIIe s. fait une version peu employée des Hypotyposes pyrrhoniennes de Sextus Empiricus 4), dont on constate l'apparition non moins éphémère dans la philosophie du Byzantin Cabasilas, au commencement du XIVe s. (v. Trois. Période).
Une mention spéciale revient à Henri de Brabant et à Guillaume de Moerbeke, deux dominicains qui l'un et l'autre, à la demande de Thomas d'Aquin, auraient entrepris une traduction oomplète des œuvres d'Aristote 5). Le savant
') Imprimé ïi Venise en 1 498-1 500 ; à Paris, 1538. — ') Ce traité, qui doit être très important au point de vue historique, existe en divers manuscrits anglais. Il est signalé et identifié par Baur, D. Gitndissalinus de divisione naturae, p. 153 (v. 242). — a) « Et postmodo reverendus pater magister Robertus Grossi capitis, sed subtilis intellect us, Linkolniensis episcopus, ex primo fonte unde emanaverat, greco videTicet, ipsum est completius interpretatus et grecorum commentas praecipuas annexens notulas commentatus. » Prologue de la version de XÉthique de Hermann. Cf. Marchesi, IJEtica Nicomachea nella iradizione latina médiévale, 1904, p. 57. Hauréau attribue à Robert des commentaires sur la théologie mystique du Pseudo-Denys, Hist.phil.sco/. II, 182. — *) Jourdain, Excurs. hist., etc. (1888), p. 191 ; Baeumker, in Arch. f. Gesch. Phi/., IV, 574 (1891). — 5) Guillaume de Tocco dans la vie de saint Thomas nous apprend de lui : « Scripsit etiam super philosophiam naturalem et moralem et super metaphysicam, quorum librorum procuravit ut fieret nova translatio quae sententiae
docteur s'était interdit, — et il faut rendre hommage à son sens critique — tout usage des traductions faites sur l'arabe, ces traductions ne présentant pas à ses yeux des garanties suffisantes de fidélité. Il se serait adressé à deux hellénistes de son ordre, pour diviser l'énorme travail et le faire aboutir plus sûrement *). Guillaume de Moerbeke, érudit, orientaliste, philosophe, archevêque de Corinthe de 1278 à sa mort en 1286, est un des hommes de lettres les plus distingués de la seconde moitié du XIIIe s. Il traduisit aussi des ouvrages de Proclus. De Henri de Brabant on connaît une traduction partielle du livre des Météores, «t Marchesi met son nom en avant pour le Liber Ethicorum qui servait de base aux commentaires de Thomas d'Aquin sur la morale d'Aristote 2).
De Bartholemée de Messine, qui vécut à la cour de Manfred, roi de Sicile, on connaît une traduction des Magnorum Moralium. En outre, un cod. de Padoue du XIVe s. 3) contient de lui des versions des Problemata, liber de principiis, de tnirabi-
Aristotelis contineret clarius veritatem. » Acta Sanctorum, 1643, mensis martii, I, 665. — ') C'est l'hypothèse de Marchesi, op. cit., p. 60. Les titres de Henri de Brabant sont établis par Aventin (Anno Christi 1271, Henricus Brabantinus, dominicanuSj rogatu D. Thomae e graeco in latinam linguam, de verbo ad verbutn, transfert omnes libros Aristotelis, Annalium Boiorum, Lipsiae, 17 10, 1. VII, 9, p. 673) ; mais moins solidement que ceux de Guillaume de Moerbeke. Au sujet de ce dernier, on possède un témoignage de Roger Bacon, daté de 1272, et un autre de Bernard Guidon (Fr. Wilhelmus Brabantinus, Corinthiensis, transtulit omnes libros naturalis et moratis philosophiae de greco in latinum ad instantiam fratris Thome, Arch. Litt. u. Kirchgesch. Mitt. III, 236).V. d'autres sources chez Marchesi, p. 61. — ') Marchesi identifie, sans preuves, Henri de Brabant et Henricus Kosbien dont parle Echard, Scriptores ord. Praed., 1, 469. Mais il établit nettement que la Morale à Nicomache forme un groupe à part, séparé des autres oeuvres d'Aristote et qu'on la connaissait à la fin du xme s. à travers cinq sources : i° Traductions gréco-latines : a) Ethica vêtus (deux, et trois, livres) anonyme, mais peut-être attribuable à Boèce; b) Ethica nova (premier livre), apparaît au début du xiii0 s. ; c) le Liber Ethicorum, dont il s'agit ici, contient tous les livres, et n'est pas antérieur à saint Thomas. — 20 Traductions arabo-latines : a) le commentaire moyen d'Averroès sur X Ethique, traduit par Hermann l'Allemand en 1240 (liber minorum moralium, liber Nicomachiae) ; b) un abrégé, traduit par le même. Cet abrégé devint populaire ; il est traduit en toscan par Taddeo (deux, moitié du xnr3 s.) et inspire le Trésor de Brunetto Latini. Marchesi, op. cit., p. 26. — 3) Décrit par Marchesi, p. 9.
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libus auditionibus, physionomia, de sig?iis, et apprend que ces traductions furent faites sur Tordre du roi. Nicolas de Sicile, qui traduit le liber de mundo ; et Durand d'Auvergne sont de moindre importance. On trouve aussi dans des manuscrits italiens des traductions anonymes de la Physique, du traité de rame, du de caelo et mundo x).
Les scolastiques du XIIIe s. connaissent aussi quelques œuvres de Byzantins. C'est ainsi qu'Albert le Grand et S. Bonaventure possèdent le traité d'EusTRATius sur la morale d'Aristote (21 1) dans une traduction dont l'auteur reste inconnu.
Inversement les Byzantins, en suite de leur commerce avec l'Occident, firent quelques traductions d'œuvres latines en grec. Le premier traducteur byzantin fut Maxime Planudes (1260- 13 10), que le Paléologue Andronikos II chargea d'une mission scientifique à Venise en 1296. Il traduisit des œuvres de Cicéron, Macrobe et Boèce. Sa version du de consolatione philosophiae de Boèce se trouve encore entre les mains des premiers humanistes.
20 Traductions arabo-latines . Ce sont principalement les Arabes qui ont révélé aux occidentaux l'antiquité scientifique et philosophique, et on peut dire en général que leurs traductions ont précédé les versions arabo- latines. Si l'on songe que la pensée d'Aristote a subi des transvasements successifs du grec en syriaque, du syriaque en arabe, de l'arabe en hébreu, enfin de l'arabe ou de l'hébreu en latin, — souvent même en passant par une langue vulgaire 2) — il ne faut pas s'étonner que les scolastiques aient préféré les traductions gréco-latines aux versions défigurées de source arabe. Ces versions adoptent un procédé de traduction homogène. « Le mot latin y couvre le mot arabe, de même que les pièces de l'échiquier s'appliquent sur les cases » 3).
a) Quelles œuvres traduit-on ? Avant tout les traités d'Aristote,
') Décrit par Marchcsi, pp. 11, 15. — ') « On connaît le procédé constant des traducteurs du moyen âge. Un juif converti (il faut ajouter : ou un arabe) traduisait en langue vulgaire, en espagnol par exemple, la traduction arabe du texte grec, et c'était cette seconde traduction que traduisait en latin celui qui signait la traduction définitive. » Lucqukt, Hermann le Dalmate (Rev. Hist. relig.), t. 44, p. 415. — 3) Jourdain, o/>. cit., p. 19.
notamment la Physique, la Métaphysique z), le Traité de rame. De plus, une foule de livres de science, notamment des ouvrages de mathématiques, les œuvres de Ptolémée et de Galien. Plus féconds en applications pratiques, les ouvrages de science ont été traduits avant les ouvrages philosophiques. — C'est de seconde main, surtout par les Arabes, que les scolastiques connaissent les commentateurs d'Aristote ; mais Thomas d'Aquin est en possession d'une version du commentaire sur l'Ame de Themistius.
Il est certain qu'on ne reçut pas par une donation unique les traités aristotéliciens ; il y eut des importations successives pendant les dernières années du XIIe et les premières décades du XIIIe s. Des documents universitaires attestent que dès 121 3 on connaît la Physique et la Métaphysique. Raoul de Longo Campo, qui commente Alain de Lille vers 121 6, ne cite pas ces ouvrages qu'on venait d'interdire, mais bien les traités de l'âme, du sommeil et de la veille, à côté de divers écrits d'Averroès et d'Avicenne. Guillaume d'Auvergne, qui enseigne en 1228, connaît mieux l'œuvre d'Aristote, et Albert le Grand commente toute l'encyclopédie péripatéticienne.
b) Principaux traducteurs et centres de traductions. Les traductions arabo-latines du xn s. (de Constantin l'Africain, d'Adélard de Bath, d'Hermann le Dalmate) demeurent des faits isolés. La véritable initiation de l'Occident aux ouvrages d'Aristote est due à une entreprise collective de traduction, dont le centre est Tolède.
L'archevêque Raymond (1126-1151) y entretint un collège de traducteurs devenu célèbre, rendant ainsi à la science occidentale d'inappréciables services. Dominicus Gundissalinus ou Gundissalvi ; le juif Johannes David (Avendeath, appelé aussi JoHannes Hispanus) ; le juif David et Jehuda ibn Tabbon; l'anglais Alfred de Morlay (les trois premiers
') Par la métaphysique d'Aristote on connaît les premiers physiciens grecs. Dans le de unitate intellectus saint Thomas nous apprend que de son temps les derniers livres de métaphysique, traitant des substances séparées, n'étaient pas encore traduits.
livres des météores, le de vegetabilibus) et Gérard de Crémone méritent une mention spéciale. A l'école de Tolède, un peu plus tard, furent formés deux autres traducteurs, non moins bien connus, Michel Scot et Hermann l'Allemand.
II. Traductions d'ouvrages arabes et juifs. — Il faut distinguer : les traductions arabo-latines et arabo-hébraïques.
i° Traductions arabo-latines. C'est encore aux traducteurs du collège de Tolède, et surtout à Johannes Hispanus x), D. Gundissalinus et Gérard de Crémone a) que l'Occident doit de connaître, à la fin du XIIe s., les œuvres principales d'El-kindi, de Farabi, de Gazali, d'Avicebron, d'Avicenne, d'Averroès. Les commentaires des grands philosophes arabes aux œuvres d'Aristote étaient traduits en même temps que le texte aristotélicien. Ainsi Gundissalinus joint aux traductions du de anima, des 4 1. de la Physique et des 10 1. de la Métaphysique les commentaires d'Averroès. Hermann l'Allemand — qu'il ne faut pas confondre avec Hermann le Dalmate — « traduit, en 1240, le Commentaire moyen d'Averroès sur X Ethique à Nicomaque ; en 1244, un résumé alexandrin de V Ethique ; vers 1250 un ouvrage d'Averroès sur la Rhétorique, après avoir traduit le début des gloses d' Alfarabi sur cet ouvrage, ... il a ajouté à ces traductions, quelque temps après, un traité original sur la Rhétorique ; enfin, en 1256, le commentaire sur la Poétique » 3). Rien n'autorise à le faire vivre en Sicile, il demeura en Espagne, probablement en qualité d'évêque d'Astorga, de 1266 jusqu'à sa mort (1271). De même, Michel Scot traduit le commentaire d'Averroès du de caelo et mundo et du de anima 4), et ces commentaires sont connus en Occident au début du xine s.
') Traduisit Logique d'Avicenne. V. bibliogr. Beitr. z. Gesch. d. Philos. I, 1, p. 32. — ') Il fit surtout connaître la science arabe, et traduisit plus de 200 ouvrages. — 3) Lucquet, op. cit., p. 421. — *) Et aussi, ajoute Renan, les commentaires habituellement joints, dans les manuscrits, sur la génération et la conception, les météores, les Parva naturalia, et la version du de substantia orbis, Renan, op. cit., pp. 206, 207. Cf. Hauréau, Hist. phil. scot. IV, pp. 127 et suiv.
La cour de Sicile, sous Frédéric II et son fils Manfred, fut un autre centre de culture arabe, bien qu'on y produise à la fois des traductions gréco-latines et arabo-latines .
Nous y rencontrons Michel Scot et Bartholemée de Messine '). Frédéric II tenait en grand honneur les commentaires d'Averroès et il contribua largement à les vulgariser : au milieu du XIIIe s., on possédait à Paris l'ensemble des écrits d'Averroès, à l'exception des commentaires sur VOrganon et de son traité destructio destructionis .
Ces savants, d'ailleurs, ne sont pas de simples interprètes de la science arabe, leur érudition s'étend aussi aux œuvres de l'époque patristique et du prémoyen âge chrétien. En outre, plusieurs trouvent dans le riche fonds d'idées qu'ils manient, le thème premier d'ouvrages originaux en philosophie. Michel Scot, par exemple, rédigea une divisio philosophiae, mais il la compila sur le traité similaire de Gundissalinus. Celui-ci surtout mérite, comme écrivain philosophique, une place spéciale. Il en sera parlé plus loin 2).
20 Traductions arabo-hébrdïques . Le XIIIe s. vit aussi apparaître de nombreuses versions d'ouvrages arabes en hébreu. « Lorsque la civilisation des Juifs eut émigré de l'Espagne musulmane en Provence et dans les régions adjacentes aux Pyrénées, l'arabe, qui jusque-là avait été leur langue usuelle et savante, cessa de leur être familier, et ils sentirent le besoin de faire passer en hébreu tous les écrits importants de science et de philosophie » 3). Ce travail de traduction est principalement
') Lucquet a corrigé une interprétation courante, et fautive, du passage bien connu de Roger Bacon : « infini ta quasi converterunt in latinum... Gerardus Cremonensis, Michael Scotus, Alvredus Anglicus, Hermannus Alemannus et translator Meinfredi nuper a domino rege Carolo devicti » (Opus tertium, éd. Brewer, p. 9). Translator ne s'applique pas à Hermann, que, sur cette fausse interprétation, on a fait résider à la cour de Manfred, mais à un autre traducteur attitré près cette cour, sans doute Bartholemée de Messine. — *) Les occidentaux apprirent aussi à connaître la religion des Arabes. Déjà au xne s., Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, fit traduire en latin des livres religieux des Sarrazins, et il engagea une polémique contre l'Islam. V. Mandonnet, Pierre le Vénérable et son activité littéraire contre f Islam, R. Thomiste, 1894. — 3) Renan, op. cit., p. 185.
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l'œuvre de la famille des Tibbonides, établie à Lunel, et il a pour objet presque exclusif l'ensemble des œuvres d'Averroès, surtout de ses commentaires d'Aristote, ainsi que du texte même d'Aristote auquel ces commentaires étaient joints. Certains de ces commentaires existent en de multiples traductions.
III. Quelques Ouvrages apocryphes, transmis par les Arabes et traduits de l'arabe en latin, reflètent des doctrines néo-platoniciennes, et presque tous sont attribués à Aristote. Citons :
i° Secretum secretorum, traité d'érudition scientifique, traduit par un clerc de Tripoli.
20 La Théologie d'Aristote, connue aussi sous le nom de de secretiori Aegyptiorum philosophia (215).
30 Un opuscule pseudo-aristotélicien de anima.
40 Liber de causis, cité sous divers noms par les scolastiques, traduit par Johannes Hispanus ou G. de Crémone de 1167 à 1187, par Guillaume de Moerbeke, en 1268, commenté par Albert le Grand et Thomas d'Aquin qui le rapportent à Proclus, plus tard attribué à Aristote et imprimé dans ses œuvres. Ce petit traité, dont les apophthegmes jouissent à partir du XIIIe s. d'une étonnante popularité, est un extrait de la azotyjiùwiz SeoXoy ixyj de Proclus. Guttmann l'attribue à J. Hispanus et Bardenhewer l'a édité d'après un manuscrit arabe de 1197 x). Comme les œuvres du pseudo-Denys et les écrits hermétiques, le liber de causis se prête à des interprétations diverses et est cité à l'appui de thèses contradictoires2). On l'invoque, en effet, moins pour lui emprunter des idées nouvelles que pour appuyer sur ses textes des idées déjà acquises.
50 A côté de ces ouvrages pseudo-aristotéliciens, circulaient dans les écoles les Elementa theologiae attribués à Proclus, et des traités faussement attribués à Empédocle (sur les cinq éléments) et à Pythagore.
') Bardenhewer, op. cit.; Guttmann, Die Scholastik d. XIII. Jahrh., etc., p. 54. — *) Daniel de Morlay, élève de Gérard de Crémone, attribue aussitôt à Aristote un « liber de assignanda ratione unde orte sunt scientie », qui n'est autre que le de divisione philosophiae de Gundissalinus. Rose, Hermès, VIII, 332, A.
227. Influence générale de ces traductions sur la philosophie du XIIIe s. — Il convient de distinguer l'influence exercée par les traités d' Aristote et celle exercée par les ouvrages arabes et juifs.
i° Influence des traités aristotéliciens. — Les grands ouvrages d' Aristote ont attiré l'attention des scolastiques sur des problèmes nouveaux ; ils ont fourni une foule de solutions qui seront triées, -complétées, corrigées, avant d'être incorporées dans la synthèse scolastique (116). D'autre part, Aristote a contribué à la constitution et à la généralisation des méthodes didactiques du XIIIe s. {v. p. 1.).
20 Influence des philosophes juifs et arabes et des traités apocryphes. — Les philosophes arabes et juifs ont légué aux scolastiques des idées néo-platoniciennes, des données scientifiques et notamment psycho-physiologiques ; de plus, ils ont servi de guide dans l'interprétation de mainte doctrine d' Aristote qui revêt le même sens dans la philosophie arabe et la philosophie scolastique. A ce dernier point de vue, Avicenne peut être cité pour avoir favorisé l'essor de plus d'une théorie scolastique.
Mais les scolastiques n'ont ni adopté ni approuvé les synthèses philosophiques des arabes. Pour s'en convaincre, il suffit de considérer leur attitude vis-à-vis des personnalités qui les ont influencés le plus profondément, Avicenne et Averroès chez les Arabes, Isaac Israeli et surtout Avicebron et Moïse Maimonides chez les Juifs. En effet, Averroès est l'initiateur d'un pseudopéripatétisme dont la scolastique a combattu sans trêve les idées directrices. Il est pour les antiscolastiques du XIIIe s. ce qu'était J. Scot Ériugène pour ceux de la première période. Avicenne est combattu dans ses théories spécifiques et ses interprétations faussées d' Aristote. D'ailleurs, sa popularité scolaire n'égala jamais celle d' Averroès : il y eut pendant plusieurs siècles un averroïsme latin, il n'y eut jamais d' « avicennisme ». — Avicebron, dans lequel aucun scolastique ne reconnut un penseur juif, transmet à certaines écoles scolastiques des doctrines de grande importance, et Duns Scot se
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vantera de le prendre pour guide. Mais ces doctrines sont dépouillées de leur sens panthéiste et émanatif, et dès lors on peut dire qu'un esprit nouveau les anime. Bien plus, l'idée panthéiste et émanative d'Avicebron est expressément combattue.
— M. Maimonides lui, attire surtout l'attention par ses essais de conciliation de l'Aristotélisme et de la Bible, les scolastiquea poursuivant la tâche similaire de mettre leur philosophie d'accord avec le dogme catholique. En dehors de là, sa philosophie tombe le plus souvent sous le coup des reproches adressés à Averroès.