L ERECTION DES UNIVERSITÉS
faciles à remplir, quiconque a du talent peut devenir professeur. Bien plus, les études ne sont qu'un long apprentissage du professorat, et l'étudiant peut s'appeler un candidat-professeur. Il devient professeur en professant. Cette liberté d'enseignement se manifeste aussi dans l'indépendance de langage dont usent certains maîtres dans les disputes quodlibétiques ').
La série des actes scolaires accomplie par l'étudiant sous la direction du maître a varié d'après les époques. Robert de Courçon, en 12 15, exige un minimum d'âge pour enseigner : 21 ans pour les arts, 34 pour la théologie, et un minimum d'études préparatoires : 6 ans de fréquentation scolaire pour les arts, 8 ans d'études pour la théologie. Le baccalauréat {baccalareatuSy determinaiiiia) est le premier grade de la faculté des arts. Au XIIP s., le récipiendaire doit subir un examen devant trois, et plus tard, devant quatre maîtres de la faculté. Si sa préparation est jugée suffisante, il est admis à la déterminance, deterniiiiatiOy épreuve académique solennelle qui avait lieu au temps pascal de l'année suivante : sous la présidence du maître, qu'il s'était choisi, le baccalariandus faisait une soutenance publique de thèses, soumises à discussion. L'épreuve était longue ; elle durait tout le carême. Dans une séance finale, le récipiendaire tirait ses conclusions ; il « déterminait » la solution à donner aux diverses questions soulevées et réfutait les objections (qiiaestionem determinare) ; il recevait dès lors le nom de determiiiator y deterrninans ^). Le plus souvent entre le baccalauréat et le second grade ou la licence, il y avait un intervalle de deux ou trois années, bien qu'on ait vu, surtout les premiers temps, des récipiendaires conquérir la même année trois grades dans la faculté. Après la licence, en effet, les licenciés r//cé'«//a//y aspiraient à faire leur première leçon {incipere in artibus). De là le nom Ô!i7îcipie7ites qui leur est réservé. Le procurateur de la nation les admettait alors à la maîtrise (magister). Parmi les maîtres es arts, la plupart ne continuaient pas de professer après
') Significatifs à ce point de vue sont les Quodlibets de Godefroid de Fontaines. V. notre étude, Un preux de la parole au XII I^ s., dans Revue Néo-ScoL, 1904, p. 416. — ') CharU, I, 563 et II, 673. Auctariuvi, I, p. xxix.
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leur leçon inaugurale (magistri non régentes) ; ils s'en allaient de Paris, ou bien y abordaient d'autres études. Par contre les professeurs en titre (magistri actu régentes), désignés par la nation, faisaient des cours annuels réguliers dans les locaux de la nation, ou dans leurs propres écoles ').
Une organisation similaire présidait aux grades de la faculté de théologie ; baccalauréat, licence, maîtrise ; sauf que les étapes du baccalauréat étaient plus nombreuses et plus longues. Le baccalauréat comportait trois degrés : on devenait successivement biblicus ordmariiis, senteniiarius et baccalareus forviatiis. Au XIV^ siècle, « chaque bachelier formé soutenait contre ses collègues quatre argumentations : l'une à une aulique (in aula episcopi), l'autre à des vespéries, la troisième pendant les vacances dans les salles de la Sorbonne, la quatrième lors de l'Avent (de qtiolibet) » '). Alors seulement on avait le droit d'être présenté au chancelier pour la licence. Après un examen de formalité, celui-ci donnait au bachelier, en grande pompe, le second grade académique ou la licentia d'enseigner et de prêcher. Celui qui avait satisfait aux conditions de ce long stage avait fait ses preuves : il était admis à exercer officiellement et définitivement les actes posés jusque-là à titre d'apprenti. Quant à la maîtrise ou l'incorporation dans le groupe des maîtres, les actes qu'elle comprenait (vespéries, aulique et resompte) étaient plutôt honorifiques. Suivant la remarque de Thurot, « la maîtrise était à la licence ce que les noces sont à la bénédiction nuptiale ». Les maîtres actu régentes, ou ceux qui après leur maîtrise exerçaient le professorat effectif et ne se contentaient pas d'un titre honorifique (actu non régentes), continuaient, comme leurs bacheliers, à faire des leçons publiques et des disputes ^).
•) Auctarium, I, p. xxviii et suiv. — Cf. dans Chart., I, 530, l'ordinatio facultatis artium de determinantibus, de baccalareis et de magistris, de 1275, les indices du Chart., et Thurot. — ') Thurot, De rorga7iisatio7i de l'enseignevient dans l' Université de Paris, Paris, 1850, pp. 149 ^t 150.— ^) Dès le xni« s. l'auteur ou ses procureurs déposaient chez les libraires et les stationnaires un manuscrit type, Xexemplar, pour servir à la reproduction pour copistes. Ainsi l'université dressait des catalogues de livres dont elle taxait le prix.
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On peut distinguer, en effet, comme /(?r;;/^5 de l'enseignement, les leçons (lectio, lectio cursoria) et les disputes (disputatio) '). — Le professeur lisait( légère ; en anglais lecture, en allemand Vorlesungen)y c'est-à-dire prenait pour base de sa leçon un texte qu'il expliquait, développait. En théologie, on lisait d'abord la Bible au point de vue littéral (lectores biblici), plus tard les Sentences du Lombard (baccalarei). Enfin les maîtres (magistri) reprenaient l'étude de la Bible ^). Le programme des lectiones dans la faculté des arts est ébauché par la constitution de Robert de Courçon en 1215, mais il est connu dans son ensemble, pour le milieu du xiiP s., d'une part par les statuts de la nation anglaise (1252) relatifs aux conditions d'admission des bacheliers à la détermination de Quadragésime ') ; d'autre part et surtout par un statut de la faculté des arts de 1255 « de modo docendi et regendi in artibus deque libris qui legendi essent » *). Il résulte de ce dernier document qu'on lisait la Vêtus logica {videlicet librum Porfirii, predicamentorum , periarmenias, divisionuin et thopicorum Boecii), Priscien (^najor et minor), la Logica nova (les topica, les elenchi^ les priora et posteriorà)^ l'Ethique à Nicomaque (le document ne parle que des quatre premiers livres, c'est-à-dire l'Ethica Vêtus, à laquelle est venu s'ajouter le i"" livre), les six Principes de G. de la Porrée, le barbarisme (c'est-à-dire le 3'"^ livre de X Ars major de Donat), le traité de l'accentuation de Priscien ; d'Aristote, la physique, la métaphysique, le de animalibus, le liber celi et mundiy le premier livre des Météores, le livre de l'âme, le de gêner atione ; le livre des causes, les livres des sens et des sensations, du sommeil et de la veille, des plantes, de memoria et reminiscentia, le de dijferentia spiritus et anime de Costa ben Luca^), le livre de morte et vita. On peut rapprocher les branches de ce programme de cours de la classification des
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') Char t., 1, 178. — ') Denifle, Quel livre servait de base à l'enseignement des maîtres en théologie dans l'Université de Paris (R. Thomiste, 1894, pp. 149-161). — ') Char t. ^ I, 228. — *) Ibid., pp. 277 et suiv^ Ce statut date du 19 mars et met fin à des difficultés « magistris aliquibus lectiones suas terminare festinantibus antequam librorum quant itas et difficultas requireret ». — ^) Édité par Barach, Biblioth. philosoph. med. aetatis, 1878, II.
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sciences philosophiques (v. p. 1.), et se convaincre du parallélisme qui existe entre les unes et les autres.
Dans les disputes, on traitait les questions sous formes d'objections et de réponses ; la leçon devenait vivante, puisque chacun était invité à y apporter ses lumières. Ainsi devaient se dérouler les dispuiatiojies générales de quolibet, dans la faculté de théologie '). Telle était aussi, dans la faculté des arts, la physionomie Aes>dispîctatio72es viagistrorum iîi studio solemp7îi et àe^ sophismata. Les exercices logiques, ou sophismata, tenaient une place importante dans un enseignement où la logique, on vient de le voir, était luxueusement représentée. La nation des anglais exigeait de ses bacheliers la fréquentation des sophisuiata pendant deux ans "*). C'étaient de purs exercices de gymnastique intellectuelle, où on apprenait à démonter les paralogismes présentés par les objectants; mais parfois aussi le sophisma devenait un procédé d'enseignement proprement dit ^). Si la matière de certains sophismata se rattache
*) A distinguer des Quaestiones ordinariae. C'étaient des « disputes extraordinaires que les maîtres tenaient une ou deux fois par an, aux approches de Pâques et de Noël. Elles se distinguaient des disputes ordinaires en ce que les sujets en étaient multiples et proposés librement par les auditeurs, maîtres ou étudiants. Le maître, ou le bachelier sous la direction du maître, répondait aux diverses difficultés qui étaient soumises sur chaque matière, et le lendemain, ou un des jours suivants, le maître reprenait les questions et les difficultés de son école : il groupait les sujets souvent fort disparates dans le meilleur ordre possible, et résolvait définitivement les difficultés. Cet acte scolaire final s'appelait « déterminer » ou « détermination ». Les écrits nombreux qui nous sont restés depuis la seconde moitié du xiii® siècle sous le nom de quodlibela ne sont pas autre chose que ces déterminations ultimes, résultat des disputes extraordinaires, dites quodlibétiques. » Mandonnet, Siger de Brahant^ t. VI, p. 85. — Tandis que les leçons ordinaires des bacheliers et des maîtres roulaient forcément sur la Bible, les disputes quodlibétiques faisaient des incursions dans tous les domaines du savoir. On y trouve, à côté de questions de théologie, des sujets de philosophie pure, de morale théologique, de droit canon et aussi des questions de circonstance provoquant des controverses brillantes. Les disputes quodlibétiques reçurent une grande extension au xiv® siècle. On les retrouve même dans les chapitres généraux des ordres religieux. Gilles de Rome organise ,une dispute quodlibétique, en 1295, à l'occasion du chapitre général des Augusties tenu à Sienne, {Ibtd.^ p. 87). — ') Statut de 1252 : « per duos annos... disputationes magistrorum in studio solempni fréquent averit, et per idem tempus de sophismatibus in scolis requisitus responderit. » Chart., I, 228. — *) Siger de Courtrai, par exemple, use copieusement de ce procédé pédagogique. V. le Sophisma ; O magister.WALLERAND, Les œuvres de Siger de Cour-
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au traité des sophismes d'Aristote, le sujet de beaucoup d'autres se rapporte à des questions empruntées soit à la grammaire, soit aux diverses parties de la philosophie ').
235. Érection des Universités d'Oxford et de Cambridge. — L'Université d'Oxford grandit rapidement au xiii*^ s. et devient un intense foyer de vie philosophique. Elle reconnaît elle-même la suprématie de l'Université de Paris, à qui elle est redevable de son organisation "") et de ses meilleurs professeurs. Moins importante que celle d'Oxford, l'Université de Cambridge ne fut pas définitivement organisée avant le xiv^ s. ^). Le pèlerinage scientifique des Anglais à Paris commence au milieu du XIV s. Robert Grossetête^ son chancelier Guillaume de Shyreswood vont à Paris ; les franciscains Adam de Marisco, Richard Cornubiensis et bien d'autres professent à Paris, avant d'enseigner à Oxford. Quant à l'Université de Bologne, qui ne le cède pas en ancienneté à celle de Paris, elle fut surtout célèbre par ses écoles de droit, mais aux siècles suivants on y rencontre des philosophes de valeur.
236. Bibliographie. — Les sources pour l'histoire de l'Université de Paris sont publiées dans le Chartid. Univ. Paris. ^ cité n» 229. Lire les introductions. Les notes qui suivent les documents contiennent de nombreux renseignements
traiy (t. VIII, Philosophes Belges, p. 145). Plusieurs fois Siger annonce qu'il néglige certains exposés parce qu'ils ont été entrepris dans des sophismata. Ex. Ibid., pp. 107, 135, 138, 140. De même, Siger de Brabant dans la question logique qu'éditera M. Pelzer emploie l'expression : determinare in sophismate. — 'j II existe de nombreux sophismata dans les manuscrits. Cf. Chart., II, 65. Mandonnet, Siger, t. VI, 124, en cite un certain nombre de Pierre d'Auvergne, Boèce de Dacie, Nicolas de Normandie. V. aussi ms. Bibl. Bruges, 435, 500. V. les sophismata de Siger de Brabant (éd. Mandonnet) et de Siger de Courtrai (éd. Wallerand). Cf. Prantl, op, cit.^ III, passim.Wallerand dans un chap. spécial sur la question, établit la distinction des insolubilia, des impossibilia et des sophismata proprements dits, ainsi que les variétés que présentent ces derniers. Les trois catégories d'ailleurs s'appellent du nom large et générique àe sophisma. Le sophisma étant un énoncé pris comme base de discussion, certaines questions circulent stéréotypées (p. ex, celle-ci, Utrum homo sit animal, nullo homine existente), mais les réponses diffèrent. — 'j Vers 1240, Robert Grossetête invite les professeurs de théologie d'Oxford à suivre, dans leurs leçons, l'ordre adopté à Paris {Char t. ^ I, 169). En 1246, Innocent IV fait la même recommandation à Robert Grossetête (CA^^/., I, 189). ') Denifle, Die Univers, d. Mittel., p. 371.
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LES ORDRES MENDIANTS
sur les personnalités scientifiques ; des mêmes auteurs : Auctarium Charttil. Univ. Paris. T. I. Liber procuratorum nationis anglicanae (Alemanniae) ab anno 1333-1406, Paris, 1894 ; t. II ab anno 1406- 1466 (1897).
Denifle, Die Lhiiversitàten d. Mittelalters bis /400, (Berlin, 1S85). Excellente histoire de leurs origines ; Ch. Thurot, De l'organisation de F enseignement dans r Université de Paris, Paris, 1850. Insuffisant sur plusieurs points, contient d'excellentes parties. Actuellement encore le meilleur ouvrage d'ensemble. Cet ouvrage devrait être refait en tenant compte des données du Chcrtularium. Tenir compte aussi des ouvr. de Douais et Felder, n» 240 ; Luchaire, L'Université de Paris sous Philippe-Auguste, Paris, 1899. Courte monographie; Sur l'enseignement de la grammaire et de la rhétorique : Paetow, The art course af médiéval Universitics nifh spécial refermée to Grammar and Rhctoric (University Illinois Bull. MI, 19, 1910). Très documenté. Maxwell, History of the Univ. of 0.x for d ; Hastings Rashdall, The Universities of Europe in the middle âges, Oxford, 1895; E. CoPPi, Z^ univers, ital.^ 2® édit. ; Mauri Sari I et Mauri Fattorini, De claris Archigymnasii Bo7ioniensis prof essor, a Saec. XI u. a s. XI V. Bononiae, 1888- 1896; Chartul. studii Bononicnsis, Vol. I, Bologna, 1909 ; Studi e memorie per la Stôria dell' Univcrsita di Bologna, Bologna, Vol. I, 1909, Vol. II. 1911 ; i ^ Liessen, Die quodlibetischen Disputationen an d. Universitàt Kôln (Progr. d. K. Wilhelm Gymnasium zu Kôln, 1886. pp. 58-70).
§ 3. — Les Ordres mendiants^
237. Luttes des réguliers et des séculiers, — A peine installés à Paris (1217 et 1219-20), les Dominicains et les Franciscains visèrent an droit d'occuper des chaires de théologie dans l'Université ; ils y réussirent non sans difficultés. A la suite d'une grève générale des maîtres, lors d'un différend avec l'évèque de Paris et le chancelier de Notre-Dame, les Dominicains reçurent une chaire de théologie en 1229'). Ils obtinrent une seconde chaire en 123 1, et c'est à la même époque que les Franciscains devinrent les titulaires d'une chaire dans la faculté. Le premier maître dominicain fut Roland de Crémone, le premier franciscain, Alexandre de Halès ^).
') Mandonxet, De P incorporation des Dominicains daiis Faiicieiine Ujiiversitê de Paris (R. Thomiste, 1896, p. 138). — *) Suivant une hypothèse de H. Felder, O. C, Geschichte d. Wissenschaftl. Studien im Franziskanerorden bis in d. Mit te d. ij. Jahrh., 1904, pp. 216-231, les franciscains auraient occupé une seconde chaire entre 1233 et 1238, celle qu'ouvrit J. de la Rochelle. Cette thèse a été fort contestée. V. l'étude critique de Seppelt, citée n» 240. Felder a reconnu depuis
Le droit des ordres mendiants reposait sur des titres légitimes. Cependant les docteurs séculiers, qui s'étaient vainement opposés à l'incorporation des réguliers, nourrissaient à leur égard une vive animosité, qui devait se traduire sous diverses formes. De 1252 à 1259 il y eut des tiraillements relatifs à leur présence dans la faculté de théologie. Les séculiers, à leur tête Nicolas DE LisiEUX, GÉRARD d'Abbeville ') et surtout le turbulent Guillaume de S. Amour (t 1272), voulurent statuer qu'un ordre religieux ne pouvait occuper plus d'une chaire.
En même temps, les séculiers contestèrent l'excellence de l'état religieux, et il s'éleva de ce chef, entre séculiers et réguliers d'interminables controverses dont les échos se répercutent dans les disputes théologiques de la seconde moitié du xill^ s. G. de S. Amour publia en 1255 son célèbre pamphlet de periadis novissimorum tempormn, auquel Thomas d'Aquin répondit par l'opuscule Contra impugnantes Dei cnltum. Le différend se termina par une intervention d'Alexandre IV qui conserva aux réguliers leurs chaires, par la condamnation du de periadis et le bannissement de son auteur. En 1257, l'évèque de Paris donna communication aux élèves des arts et aux maîtres de lettres pontificales interdisant la publication de pamphlets contre les réguliers et validant leur incorporation à l'université '). Les hostilités reprirent de 1268 à 1272, quand Gérard d'Abbeville, le leader de l'opposition après le départ de G. de S. Amour, publia (vers 1268) son traité contra adversarium perfectionis christianae. Son écrit fut le point de départ d'un feu roulant de pamphlets. Thomas d'Aquin, Bonaventure, J. Peckham, redigèrent chacun des réfutations ; Nicolas de Lisieux répliqua pour défendre la thèse des séculiers et les animosités eurent leur écho jusqu'au concile général de Lyon.
la fausseté de son hypothèse, et établi que J. de la Rochelle a succédé comme magister regens a A. de Haies, qu'il n'y eut donc pas simultanément deux maîtres régents. Les franciscains ont-ils eu deux écoles universit. à Paris (de 1238 à 1253) ds Études francise, juin 191 1. — ') Prof, à Paris, f 1271, auteur de Qtiodlibeta, (Chap. III, Art. III, § i). — *) Chart. I, 402.
Encore plus âpres furent les discussions que souleva la bulle « ad uberes fructus », par laquelle Martin IV conféra aux ordres mendiants les célèbres privilèges de la confession (1281). La campagne menée par les séculiers se termina une nouvelle fois par la condamnation de leurs prétentions (concile de Paris, 1290). Quel que soit le parti philosophique dans lequel ils prenaient rang et qui le plus souvent les divisait, les réguliers marchaient la main dans la main, dès qu'il s^agissait de défendre leurs droits canoniques ').
238. Influence des ordres mendiants sur la philosophie scolastique. — Les Dominicains et les Franciscains exercent sur les destinées de la scolastique une influence prépondérante. Dans ces grandes corporations religieuses, qui, pour favoriser l'essor des vocations scientifiques, imposaient l'étude à leurs membres, se recrutent les plus illustres représentants de la philosophie du xiii^ s.
Les règlements de l'ordre dominicain, minutieux et complets à partir de la fin du xiii^ s., fournissent peu de données sur l'organisation initiale des études. Il fallut vaincre des défiances et des oppositions, pour que l'ordre pût admettre, à côté de l'étude de la théologie, la culture de la philosophie. L'étude des sciences profanes n'était concédée d'abord qu'à titre de dispense, mais bientôt le régime d'exception devint le régime normal. A l'hostilité du début succéda un entraînement irrésistible, le jour où Albert le Grand et Thomas d'Aquin eurent tracé le sillon des sciences profanes. Si bien qu'en 1271 on voit un chapitre général chercher à tempérer l'ardeur pour la philosophie. De bonne heure à côté des sludia solem?iia, propres à chaque provmce ), on décida la fondation de stitdia generalia, réservés aux études supérieures de philosophie et de théologie pour tout
') En 1397, une nouvelle lutte éclata entre les Dominicains et l'Université, cette fois au sujet des thèses théologiques trop hardies soutenues par le dominicain Jean de Montesono. Elle aboutit à une exclusion temporaire des Dominicains de la faculté de théologie. — ') Les réguliers étudiaient la logique et les arts libéraux à l'intérieur du couvent.
LES ORDRES MENDIANTS
l'ordre « Paris, auquel chaque province était admise à envoyer trois étudiants, fut dès le premier temps et resta dans la suite le nlus important » '). A partir de 1232, les Franciscains entrèrent activement, mais de façon moins plénière, dans le mouvement intellectuel. Eux aussi avaient, à côté de studia particulana, propres à une province, des studia generalia (notamment a Pans, Oxford et Toulouse) consacrés aux hautes études théologiques et institués dans des centres universitaires ')• Les studia generalia des ordres mendiants n'étaient pas des universités autonomes, mais des membres de l'organisme universitaire dans la mesure ou les facultés de théologie admettaient l'incorporation des chaires de réguliers. Dans cette mesure aussi les magistri régentes nortant l'habit religieux participaient aux privilèges si jalousement détenus par les facultés. - L'émulation entre Franciscains et Dominicains stimula le zèle de tous ') ; d'autres ordres religieux entrèrent dans le mouvement et obtinrent la propriété de chaires théologiques 0 : si bien qu'en 1271 Roger Bacon put dire, en forçant un peu la note, que depuis quarante ans les séculiers n'avaient composé ni un traité de philosophie ni un traite de
théologie ^).
Aux Dominicains à titre principal, à raison du vaste labeur entrepris par Albert le Grand et Thomas d'Aquin ') — de façon
■j Douais, Essai sur [organisation des éludes dans C ordre des Frircs-Prècheurs p ,0 Le chapitre général de .2+8 décida la création de quatre nouveaux 5/«</,« I„.n;/!; celui de Cologne, qui fut organisé par Albert le G-n^ lors de son départ de Paris, ceux de Bologne, de Montpellier et d Oxford. - )A Oxford le maître ne fut choisi dans l'ordre qu'à partir de .247. L.TTI-E, T^'^'^^yf^"^ in Oxford p 30 - •) On écrit couramment au xm« s. que comme Esau et Jacob, f ra;ci;cains et dominicains se sont querellés dans le sein de leur mère - ') Les Cisterciens reçurent la licence d'enseigner en .256. ^«^/"""f „^^,f*î":* Augustin vers .287 (Gilles de Rome), les Carmes en 1295. S"';^"' Thurot, op^i>., ^.uz:.el .253, sur douze chaires que comportait alors le nombre des étudiants en théologie, neuf étaient dans les couvents .. - '^OP'^'^'^^f'^'.^^ Brewer, p. 428. -') *Tout le travail d'assimilation sc.entifico-ph.losophique pendant la deuxième moitié du xni» siècle, est à peu P'-,^ /.'«"^^^ ^'''i "f'^^/j' Prêcheurs. C'est Albert et Thomas qui ont commente 1 Aristote, G"' '»"™^ ^e Moerbeke qui a revu ou traduit d'après le grec les traites d Aristote et a tradu t d'autres écrits philosophiques pour la première fois; ce sont les écoles domini-
secondaire aux Franciscains, — revient en fait l'exécution du projet grandiose de Grégoire IX : la correction d'Aristote. Et ainsi les deux grands ordres de S. Dominique et de S. François contribuèrent à la constitution des éléments péripatéticiens de la doctrine scolastique. Les maîtres séculiers, au contraire, persistèrent jusqu'à la fin du xiii" s. dans une plus grande défiance vis-à-vis du stagirite.
En matière de philosophie, Dominicains et Franciscains suivirent des voies différentes et même dans chaque ordre les traditions ne furent pas uniformes. Sans compter que suivant le témoignage de S. Bonaventure les Frères Mineurs tendent principalement à l'onction, secondairement à la spéculation, à la différence des Frères Prêcheurs 0, — l'école franciscaine suivit deux directions principales, très accentuées : i° Vancietuie direction philosophique, qui se dessine avec Alexandre de Halès, se perpétue avec S. Bonaventure, et résulte d'un compromis entre des doctrines aristotéliciennes et des théories inspirées d'un esprit différent ; 2° la iioiwelle directio7i philosophique, ou la direction péripatéticienne, imprimée par Duns Scot. C'est la plus influente. Secondaires sont les directions où s'engagèrent Roger Bacon et Raymond Lullus. Le mouvement « terministe », qui commence avec G. d'Occam, n'apparaît qu'à la période suivante et se répand rapidement en dehors de l'ordre des Frères Mineurs. Quant au parti des « spirituels », ils prirent vis-à-vis de l'étude et de la philosophie une attitude hostile. - Les premiers dominicains ralliés aux doctrines régnantes de l'ancienne scolastique, étaient d'accord avec les premiers franciscains et les séculiers, mais à partir de S. Thomas, sauf quelques dissidents, ils suivent plus uniformément le péripatétisme scolastique de l'école Albertino-Thomiste.