Caractères généraux de sa philosophie
Aristote met en pleine valeur le savoir spéculatif, qu'il ne subordonne en rien, comme Socrate et Platon, aux besoins de la vie morale. Tous les hommes, dit-il, en ouvrant sa Métaphysique, ont le désir naturel de savoir, en dehors de tout intérêt.
Il élabore un système philosophique couiplety basé sur la double méthode analytique et synthétique.
Le procédé d'observation, inauguré par Socrate, timidement appliquée par Platon, est établi sur des bases scientifiques. Aristote est avant tout un observateur de la nature ; il a ce culte du fait dont la science moderne se fait gloire. Astronomie, météorologie, botanique, zoologie, biologie^ physiologie, politique et histoire politique, histoire littéraire et archéologie, philologie, grammaire, rhétorique, poétique : il pratique toutes les sciences particulières de son temps ; et plus d'une a reçu de lui sa constitution ou son organisation. Il veut posséder tous les éléments du savoir, parce qu'il veut expliquer la nature dans son ensemble.
En effet, après avoir rassemblé ces immenses matériaux qui font de lui le premier savant de l'antiquité, Aristote a construit une synthèse générale, explicative de la totalité des choses, et qui permet de le tenir pour le prince de la philosophie antique. Tout ce qui est, est objet de la philosophie ou de la science, au sens élevé qu'il donne à ce mot (32, 33) ; et de la sorte ses recherches encyclopédiques sont ramenées à un triple unité supérieure qui servira de base à la classification de la philosophie théorique.
Homme de science et philosophe excellement, Aristote réunit
ARISTOTE
en lui deux tempéraments qui se compénètrent dans le génie. Si on excepte quelques défaillances, on peut dire que tout se tient dans cette vaste synthèse. Tandis que les contradictions abondent chez Platon, l'ordre rigoureux et l'unité logique dominent son œuvre. Aristote ne dépasse pas seulement son maître de toute la hauteur qui sépare une philosophie pétrie de réalité d'une philosophie hantée d'abstraction, il prend place, en dehors de tout classement chronologique ou national, au rang des grands penseurs qui illustrent l'humanité. Au demeurant, l'histoire lui a fait justice, car personne n a exercé une dictature
égale à la sienne.
Le style diffus et imagé de Platon fait place chez Aristote a une langue concise et lapidaire, dont la concision nuit parfois à l'intelligence facile du texte. Ajoutons qu' Aristote a le respect des idées d'autrui. Il se fait un devoir de les étudier scrupuleusement. On peut l'appeler le premier historié?! de la philosophie . De fait le premier livre de la Métaphysique est un exposé des doctrines philosophiques depuis Thaïes jusqu'à Platon. Les lacunes de la méthode historique d'Aristote s'expliquent par le but qu'il assigne à l'histoire de la philosophie : elle n'est pas cultivée pour elle même, mais dans la mesure où elle contribue à la découverte de la vérité.
32. Division de la philosophie. — La philosophie, ou la science par excellence, est la recherche des principes et des causes (Métaph,, I, i, 981) ; ou encore : l'étude de ce qu'il y a de nécessaire dans les êtres. En effet, il n'y a de science que de Funiversel. Aristote a indiqué divers modes de diviser la philosophie. Le plus célèbre est la classification des sciences philosophiques en théoriques, pratiques et poétiques, suivant que le terme du savoir est la pure connaissance spéculative, la conduite (TTpâHiç) ou la production extérieure (Troînmç)-
La philosophie théorique se subdivise et comprend : 1° La physique, ou l'étude des choses corporelles, sujettes au changement (îrepi àxtbpKTTa )Lièv àW oùk dKÎvriTa). — 2° La mathématique, ou l'étude de l'étendue, c'est-à-dire d'une propriété corporelle
non sujette au mouvement et considérée, par abstraction, à part de la matière (tt. dKÎvnTa juèv où xujpicnà b'xawç, àW ibç èv uXri). — 3° La fnétaphysique, appelée théologie ou philosophie première, ou l'étude de l'être dans ses déterminations incorporelles (par abstraction ou par nature) et immobiles (tt. xu^picrià xai dKÎvriTa).
La philosophie pratique comprend X éthique, Y économique et la politique y la seconde se rangeant souvent avec la troisième.
Il est difficile de faire rentrer les traités mêmes du Stagirite dans cette classification, à raison du désordre dans lequel plusieurs sont arrivés jusqu'à nous. D'ailleurs elle ne fait pas place à la Logique, le vestibulum de la philosophie, qu'Aristote a longuement étudiée. Nous reprendrons la division indiquée, en y ajoutant comme préliminaire la logique.