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ALBERT DE SAXE

tiques, et sur la logique de G. d'Occam. Ses nombreux ouvrages scientifiques sont remarquables de clarté et de précision, et plusieurs de ses doctrines sur la physique et la mécanique ont laissé des traces dans les théories de Léonard de Vinci, de Copernic et de Galilée. Albert de Saxe émet des vues originales sur le centre du monde et le lieu naturel de la terre '), sur le minimum de quantité requise pour l'existence d'une matière homogène ''), sur l'infîniment petit et l'infiniment grand ^), sur l'impossibilité de la pluralité des mondes. Il contribua dans une large mesure à mettre à la mode de longues discussions sur le lieu (Vuài), l'espace, le temps, et d'autres questions placées aux confins des sciences et de la philosophie.

405. Autres partisans de roccamisme. — Parmi les autres terministes, citons Henri de hesse (Henricus Heynbuch de Hessia (i 325-1 397), qui vers 1385 joua un rôle important à l'Université de Vienne ; Thémon, fils du Juif^ contemporain d'Albert de Saxe et auteur des questions sur les 4 livres des Météores. Nicolas d'Oresme, maître en théologie en 1362, évéque de Lisieux en 1377, traducteur français d'Aristote, mort en 1382 ; Johannes Dorp, de Leyde, qui après avoir enseigné à Paris (fin du XI v^ et commencement du xv^ s.), se rendit à Cologne où il propagea l'occamisme et publia des commentaires sur les œuvres de Buridan. Henri de Hesse et Nicolas d'Oresme occupent aussi une place dans l'histoire des théories économiques du xiv^ s..

') La terre occupe le centre du monde, mais non d'une façon absolument immobile. De ce principe que le centre de gravité de l'ensemble des corps pesants tend constamment à se placer au centre du Monde, il résulte que la Terre n'a pas nécessairement cette immobilité absolue que d'aucuns lui prêtent. Une foule de causes, réchauffement du soleil, l'érosion font varier la distribution de la gravité en la masse terrestre et déplacent son centre de gravité. Duhem, op. cit., t. I, p. 13 et suiv. - ') Celle-ci variant avec les circonstances, il n'admet pas qu'il existe un minimum absolu d'une certaine quantité de la substance homogène, t. II, p. 15. — ^) Étant donnée une puissance active, il existe une résistance maximum parmi les résistances qu'elle peut surmonter (maximum in quod sic) et une résistance minimum parmi les résistances qu'elle ne peut pas surmonter. T. II, p. 26. L'infiniment grand en acte est impossible, t. II, p. 43-45.

L ECOLE SCOTISTE.

Tun par son Tractatus de contradibus et origine censuunij l'autre par un important traité des monnaies ').

406. Bibliographie. — Ed. des traités logiques de Buridan en 1487 (Paris) el 1489 (Venise); de ses comment, en 1489, 1500, 1516, 1518 (Paris) et Oxford (1637 et 1640). — SiEBECK, op. cit., pp. 199 et suiv. (n» 361) et L-eitràge z. Entstchungsgeschichte d. neueren Psychol. Progr. Giessen, 1891 ; Ue Wulf, Hist.phil. scol. Pays-Bas, p. 293. Ed. des Comment, sur Sent, de P. d'Ailly, Strasbourg 1490. Tschackert, Peter von Ailly. Gotha, 1877. Salembier, Petrus de Alliaco, thèse, Lille 1886 ; A propos de P. d'Ailly. Biographie et bibliographie (Extrait du tome 64 de la Société d'Emulation), Cambrai 1909. Hartmann, E., Die sivnlichc Wahrnehmnng nach P. d'Ailly (Philosoph. Jahrb., 1903. pp. 36 et 139). Bonne étude. Montre bien que d'Ailly ne rejette que la fausse théorie des species. Sur le rôle théologique de P. d'Ailly et son intervention au concile de Constance, V. Salembier, ds Dict. Théol. Cathol. t. I, 642 (1900) et Revue de Lille, oct. 1907. Meunier, Essai sur la vie et les ouvrages de N. d'Oresi?ie (Paris, 1857) î Jourdain, A^. d' Oresme et les astrologtJes de la cour de Charles J^ {Excuts., etc.) Bridrey, Nicole Oresme. La théorie de la Monnaie au XI V^ 5., Paris 1906. Œuvres d'Albert de Saxe. Édit. 1516 et I5i8des Quaestiones {^2.à\\i% Ascensius) par G. Lokert (incomplet) ; éd. du de coelo en 1481 (Pavie, 1492 et 1497 (Venise), Paris 15 16, Venise 1520 ; dix édit. du Tractatus. — G. Lokert, régent du collège de Montaigu (xvi« s.) édita deux fois (1516, 1518) chez J. Badius Ascensius toutes les Ouaestiones, en y joignant les quest. sur le livre des Météores de Thémon le Juif et les quest. sur les parva naturalia de Buridan.— Edit. Logique 1522 ; de coelo de 1481 à 1520. cinq édit. Sur A. de Saxe, Pranïl, op. cit., IV ; DuHEM, Etudes sur Léonard de Vinci. Ceu.x qu'il a lus et ceux qui l'ont lu (Paris 1906 et 1909) I, Chap. 1,8; et t. II. Documents nouveaux. Contribut. importante à l'histoire des sciences. Cf., du même Le viouiivunt absolu et le mouvcînent relatif, cité p. h.

art. m. — L ECOÏ.E SCOTISTE,

407. Caractères généraux. — Dims Scot a les qualités du chef d'école ; sa philosophie est organique, ses innovations se tiennent et se coordonnent. Autour de sa doctrine se groupera la fraction la plus importante de l'ordre franciscain. On l'appellera fièrement doctor ordijtis, mais il n'est pas possible de préciser quand eut lieu cette proclamation officielle '') et, jusqu'au milieu

•) Braxts, op. cit., p. 20. — ') Ehrle. Diepàpstl. Encycl. etc., p. 292, n. i.

du XI V^ s., on prêtera peu d'attention aux grands docteurs qui ont fixé les premières traditions franciscaines.

Au surplus, les disciples ont renchéri sur le maître. Ils ont outré son formalisme et multiplié ses abstractions. Par contre-coup, leur langue s'est embarrassée ainsi que leur méthode, et ils ont contribué autant que les terministes à la décadence des procédés scolastiques Pour cette double raison, il importe de distinguer entre la philosophie de Scot et le scotisme.

408. Principaux scotistes. — François de Mayronis (t 1325) est le premier et le plus coupable peut-être de ces disciples maladroits , qui encombrent de réalités chimériques et subtiles la métaphysique de D. Scot et soulèvent les attaques des thomistes et des occamistes ; il fut le plus significatif parmi les successeurs immédiats de Scot et, par l'exagération des principes de son maître, mérita le titre de Magister aciitus ahstractioniim '). Après lui, on peut citer, parmi les principaux scotistes du xiv« s., les franciscains Antonio Andreae, le docteur dulcifluus (f vers 1320), Jean Canonicus (vers 1320), Jean de la Rive, Gérard Odo, Jean de Bassoles, un des disciples préférés de Duns Scot, John Dumbleton, Nicolas de Lire (f vers 1349) '). Le clerc séculier Galterus Burlaeus (Walter Burleigh, 1275 — après 1342, doctor plamis et perspiacns),àé{eTvà\t dans ses commentaires d'Aristote un réalisme qui a des points d'attache avec la doctrine de S. Thomas. Il serait l'auteur d'une série de Tractatus philosophici souvent attribués à S. Bonaventure ^). Quant à Alexandre d'Alexandrie (t 13 14), auteur de commentaires sur la Métaphysique, il professe le pur scotisme ; et l'on peut en dire autant de Lychetus de Brescia qui commente VOpus oxoniense à la fin du xiv^s.,et de Nicolas de Orbellis (f i455)> dont le commentaire des sentences fut adopté comme manuel classique par les écoles franciscaines au xv^ siècle.

") L'actus Sorbonicus dont il serait le promoteur est une légende. Chart. II, 273. — *) Labrosse, Recherches sur la vie et l'œuvre de Nicolas de Lyre. Toulouse 1906. Œuvres de Nicolas de Lyre (Études francise. 1908); Biographie de Nicolas de Lyre (ibid. 1907). — ^) Dissert, de scriptisseraph. doctoris, ds t. X de redit. Quaracchi, p. 26.

L'école scotiste ne prit jamais la même extension que ses puissantes rivales ').

ART. IV. — l'école thomiste.

409. Le thomisme au XIV* s. — Le thomisme garda sa puissance aux xiv« et xv« s. S. Thomas avait été élevé sur les autels, les prohibitions portées contre quelques points de sa doctrine étaient retirées, et G. d'Occam lui-même les avait taxées d'arbitraires.

Les Cisterciens et les Carmes fournissent au thomisme de nombreux prosélytes. Parmi ces derniers, le prieur général Gérard DE Bologne (f 1317) est l'adversaire déclaré des formalités scotistes. Raoul LE Breton (f« moitié du xiv« s.), le sorbonniste Jean de Pouilli (r« moitié du xiv^ s.) sont des aristotéliciens libres, qui souscrivent au réalisme modéré.

Mais la masse des thomistes et les hommes de combat se rencontrent dans l'ordre des Frères-Prêcheurs. Les Dominicains du commencement du xiv^ s. sont plus remarquables que leurs prédécesseurs immédiats, formés cependant aux leçons mêmes du maître. Parmi les plus ardents adversaires de Duns Scot, on peut compter Hervé de Nédellec, Jean de Naples (t 1330), qui défend son maître et justifie les thèses visées par la condamnation de Paris ^), Pierre de Palude (f 1344). Hervé de Nédellec, général de l'ordre en 1318, mort en 1323 et qui mériterait d'être mieux connu, est l'auteur de Commentaires sur les Sentences, de Quodlibet, et de divers traités contre Henri de Gand '). Durand

•) Parmi ceux qui perpétuent l'étude de S. Bonaventure, citons au xv« s le franciscain Bertramus de Alen, qui écrit une cxpanatio de 1' <. Itinerarium mentis in Deum » sous le titre « Liber de investigatione creatoris per creaturam ». Ihd., p. ii et t. V. p. xxvi. - ') La question de son second Oiiodlibet, relative a ces thèses condamnées est publiée par Echard, ^v^. ^//./l, 476. — ) D'après le catalogue publié par Denifle, Quellen etc., p. 228. Les quodlibets comprennent un traité deformis. De plus, Ehrle signale de Hervé deux autres traites « de formis ». AUmannus, etc., t. III. 2. p. ix (v. p. 1.). Des manuscrits contenant la reportatio de divers Quodlibets de G. de Fontaines l'attribuent soit a Hervé de Nédellec, soit à Henri le Teutonique des Ermites de S. Augustin.

CAPREOLUS. ANTONIN de FLORENCE.

d'Aurillac (t 1380), qu'on nomme aussi Durandellus, écrit un traité pour réfuter les doctrines par lesquelles son homonyme, Durand de S. Pourçain, se sépare de S. Thomas ').

Coup sur coup, les chapitres généraux de l'ordre renouvellent les obligations solennelles portées en 1278 et 1279. Avec un légitime orgueil on impose les doctrines du grand docteur qu'un décret épiscopal de 1323 n'avait pas craint d'appeler « ecclesiae lumen praefulgidum, gemma radians clericorum, flos doctorum, Universitatis Parisiensis spéculum clarissimum et insigne, claritate vitae, famae et doctrinae velut Stella splendida et matutina refulgens » ^). Le plus souvent, ces statuts chapitraux, ordonnant à l'ordre entier de se conformer aux doctrines de S. Thomas, étaient décrétés pour ramener au thomisme quelque frère prêcheur, dont la défection faisait scandale. C'est ainsi que le statut du chapitre général de Bologne de 13 15 coïncide avec un blâme iiilligé la même année par le chapitre provincial d'Aretium au frère Ubertus Guidi ^). Un autre chapitre général, en 1346, ne réitère l'obligation de suivre S.Thomas que parce que plusieurs Dominicains, à Paris et ailleurs, s'étaient laissé entraîner dans le mouvement an tiscol astique (Chap. III, § 3) '^)-

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