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MARSILE D'INGHEN ET PIERRE D'AILLY

des alternatives en présence. Notre détermination sera morale, si nous prenons pour norme de cette comparaison la fin de notre nature (ordinatio finalis). Libre à la volonté de multiplier ses sursis; mais, quand finalement elle aura accepté sans appel le iiio-ement de la raison, elle choisira nécessairement le bien qui lui apparaîtra le meilleur : telle est l'essence même de la liberté morale '). Cette conclusion rappelle singulièrement la balance de Leibniz et son impassibilité, quand deux poids la sollicitent de part et d'autre. On connaît l'histoire de l'âne, se laissant mourir de faim entre deux bottes de foin de quantité et de qualité égales. Elle ne se rencontre pas dans les écrits de Buridan, et ce sont sans doute les contemporains qui l'ont imaginée, pour ridiculiser la théorie. Peut-être aussi Buridan s'en est-il servi dans ses leçons orales, pour montrer la différence entre l'acte libre de l'homme et l'acte nécessité de la bête ^) : tandis que l'animal obéit fatalement à l'inclination la plus forte, et ne peut sortir d'indécision, si on suppose son appétit sensible au point mort entre deux biens égaux, l'homme trouve dans la réflexion le moyen de découvrir finalement le bien le meilleur

et de s'y rallier.

En occamiste convaincu, Buridan nie toute distinction entre les diverses facultés de l'âme. Voluntas est intellectiis et Intelledits est voluntas '). Cependant l'opération cognitive a le pas sur le vouloir, et c'est elle qui joue le rôle prépondérant dans la vie morale.

403. Marsile dlnghen et Pierre d'Ailly sont les chefs de l'occamisme pendant la seconde moitié du xiv^ s.

Marsile d'Inghen (t 1396) acquit une haute situation à l'Université de Paris ^). Si nombreux étaient les auditeurs qui accouraient à ses leçons, quand il était magister regens dans la Faculté des Arts, qu'on dut prévoir le cas où ses locaux seraient

■) Nous ne parlons pas de la volition nécessaire du bien en général, que Buridan explique comme les thomistes. — ') Explication de Siebeck, op. cit., p. ^o^.-')In Eth. Arist., l. lo, q. i, fol. 204, édit. Paris, 1513- -') Chart., 111,93, 555-

insuffisants pour les recevoir '). Recteur en 1367 et 1371, il intervint dans toutes les affaires importantes de l'Université et notamment dans celles du schisme. La situation troublée de l'Université inspira peut-être son départ de Paris (vers 1379). Il se rendit à Heidelberg où il devint l'âme de la jeune Université. Il fut son premier recteur en 1386 et y introdusit l'occamisme. Ses questiones supra IV lib. Sentent, constituent son principal ouvrage.

Pierre d'Ailly, surnommé Aquila franciae, naquit à Compiègne en 1350, étudia la théologie au collège de Navarre à Paris (1372), fut promu au doctorat en 1380, devint successivement chancelier de l'Université (1389), évêque de Puy et plus tard de Cambrai, et cardinal (1411). Il mourut en 1420. Ses nombreux ouvrages, parmi lesquels on note des commentaires sur le livre des Sentences et un traité de anima, révèlent en lui un fidèle disciple de G d'Occam. P. d'Ailly se rattache aussi au mysticisme (415).

404. Albert de Saxe, — Philosophe et homme de science, Albkrt de Helmstaedt ou de Saxe (de Saxoniaj est cite comme un des maîtres les plus remarquables de Paris, dans la seconde moitié du xiv" s. On sait qu'en 135 i il subit la déterminance et débuta comme maître es arts. Procureur de la nation anglaise (135 1), puis recteur (1353), il a laissé dans les documents universitaires ^) des traces nonibreuses de son activité. Dans la suite on l'appela parfois Albertutius, ou Albertus parvus. pour le distinguer d'Albert le Grand. Rien ne prouve qu'il ait appartenu à un ordre religieux ou qu'il ait enseigné à Vienne, ou enfin qu'il faille l'identifier avec Albert de Halberstadt. On connaît de lui un tractatus proportiomim, des questions sur le de coelo et 7jmndo (àont une copie est datée de 1378), sur la Physique^ sur le de generatioiie et corruptioiw ^), un traité de logique, des sophisinata, des commentaires sur les seconds analy-

') Auctarium Chart., etc., I, p. xxxni. — ') Auctnrhwi, passim. — ^) Duhem, op. cit., t. I, p. 3-7.

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