SENS DU MOT SCOLASTIOUE
et ses méthodes d'exposition ; 2° avec le mo3'en âge ou le moment de son développement historique ; 3° avec la théologie scolastique ; 4*' avec la philosophie ancienne.
Le troisième groupe se compose de définitions réelles et intrinsèques, mais insuffisantes.
loi. Plusieurs de ces notions ont été accréditées
par la Renaissance. — Avant d'étudier en détail les notions insuffisantes qui circulent sur le compte de la philosophie scolastique, il est intéressant de noter que plusieurs sont l'écho des jugements émis par la Renaissance et perpétués aux siècles suivants. C'est déjà dire que leur origine est suspecte. Épris de l'antiquité classique et de tous les produits de sa civilisation, les écrivains de la Renaissance, un Érasme, un Vives, un Cornélius Agrippa '), considèrent comme une époque de barbarie les siècles qui les séparent de l'antiquité ; et ils attachent un sens péjoratif au terme moyen âge (âge moyen ou intermédiaire entre l'antiquité et la Renaissance) '). De même que le classicisme italien du xvr siècle employa l'épithète de gothique conune synonyme de barbare, pour caractériser l'art architectural du moyen âge ^), de même l'humanisme, la Réforme, et plus tard la philosophie moderne prêtèrent un sens infamant à l'épithète scolastique^ pour désigner la philosophie du moyen âge, telle qu'ils la comiaissaient ou la croyaient connaître.
On appela scolastique, la philosophie enseignée en mauvais latin, abusant du syllogisme, s'occupant de subtilités ou de niaiseries. On dit encore qu'elle s'était asservie à Aristote, mais qu'elle ne l'avait pas compris ; et comme toutes les philosophies à partir du XVP siècle proclament haut leur indépendance vis-à-vis des dogmes, on l'accusa d'être au service de la religion catholique, ou de la théologie papale, ^«;;/ esse philosophiam in servitutem theologiae Papaeae (sic) redactam *). Avec le mépris pour la scolastique
') V. Quatrième Période, chap. IL — *) Cf. Kurth, Qu'est-ce que le moyen âge, 2« édit. dans la collect. Science et Religion. 1905. — ') André Michel, Histoire de PArt, t. I, p. 934, Paris, 1905. — *) Préface de Heymannus au traité de Tribbechovius, lena 1719, p. XXII. On trouve toutes ces notions dans un petit
grandit l'ignorance de ses doctrines, et le mot désigna une philosophie vague où il est question de matière et de forme, de puissances, d'essence et d'existence, etc.
Tribbechovius (1641-1687), nous apprend quels sont les philosophes scolastiques : ce sont avant tout les terministes, scotistes et thomistes de la fin du moyen âge, auxquels il ajoute Anselme, Abelard, Roscelin, Thomas d'Aquin, Albert le Grand (Hercules Albertus ille magnus), Duns Scot (tenebrarum magister) et quelques autres '). Il ajoute que la science des scolastiques vient des arabes : « Quidquid enim sapuere scholastici, illud omne Arabibus acceptum tulere » ^).
102. Sens du mot scolastique. — Le mot scolastique n'a pas la même signification pour les hommes du moyen âge et pour les écrivains de la Renaissance. Au mo^xn âge, le scholasticus (de scholay école) est le maître, qui dirige une école, ou l'homme de culture versé dans le trivium et le quadrivium. Par extension on appela de ce nom tout savant et tout professeur '), et le titre est honorifique ^).
Au contraire la Renaissance et la Réforme abandonnent ce sens professionnel (titulaire d'un enseignement) et adoptent un sens idéologique, désignant par là les théologiens (théologie scolastique) ou les philosophes (philosophie scolastique) du moyen âge. On distingue les théologiens des philosophes, mais en même temps l'épithète reçoit pour les uns et les autres une acception méprisante. Elle devient synonyme de sophiste '").
livre curieux et rare, consacré tout entier à la scolastique et qui constitue, un siècle avant l'ouvrage de Brucker, une histoire de la philosophie scolastique. Adam Tribbechovius, De doctorihus scholasticis et corrupta pcr eos dixdnarum humanarumque reruvi scientia. Giessae, 1665 et lenae 17 19. — ') P. 58, 46 et passim. — ') P. 126.— ^) Sur les acceptions historiques du mot scolastique chez les grecs, les latins, et au moyen âge, v. Tribbechovius, op, cit., et Manser, op cit., no 116, pp. 320 et suiv. — *) L'abbé Hilduin, vers 835, qualifie un certain Fortunat de Scolasticissiimis. Monum. Germ. Hist. Epp. T. V, 333^^. — 5^ Tribbechovius, op. cit., pp. 39, 66. Citons au hasard : « Qui litterarum regnum média in barbarie tenuerunt Scholastici (p. 37) ; Scholastici omne punctum tum demum se tulisse arbitrantur, si quando tribus syllogismis instructi de quavis materia litem movere possent (ièid.); abyssos potentionabilitudinalitatum et aptitudinalitatum (p. 46) ». Il rappelle le jugement de Bullinge-
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