‹ Histoire de la philosophie médiévale [microform]Chapitre 67 sur 223 · GUILLAUME DE CONCHES · texte numérisé non relu

GUILLAUME DE CONCHES

humanisme et sa lutte contre les Cornificiens, par son culte des sciences physiques et par ses premières, doctrines philosophiques. Après avoir enseigné à Paris vers 11 22, il devint précepteur de Henri Plantagenet. Outre diverses gloses sur le Timée et le De consolatiotte philosophiae '), Guillaume a composé un traité De philosophia immdi, attribué souvent à Bède le Vénérable et à Honorius d'Autun ""), un autre intitulé Dragmaticon philosophiae, ainsi qu'une Summa moralium philo sophortim, citée sous des titres divers, et décernée à un grand nombre de philosophes, le plus souvent à Hildebert Je Lavardin ^).

Au début de sa carrière, Guillaume pencha vers le réalisme excessif. Séduit notamment par une dangereuse transposition du pythagorisme dans la théologie, il alla jusqu'à soutenir une doctrine que Bernard et Thierry de Chartres, eux aussi, semblent avoir admise, à savoir l'assimilation du St-Esprit et de l'âme du monde. Pris à partie par Guillaume de St-Thierry, il se rétracta, et renonça à la métaphysique pour se consacrer à l'étude des sciences.

Les études de médecine étaient en honneur aux écoles chartraines ^). G. de Conches se familiarisa, dans les traductions de Constantin l'Africain, avec les théories physiologiques de Galien et d'Hippocrate, et il les mit en corrélation avec le processus de la connaissance sensible. C'est Constantin qui introduisit dans les écoles occidentales l'étude du concomitant ph5'siologique de la connaissanoe, et il fait la place large, trop large même, aux activités organiques, car il risque de confondre les aspects psychique et physiologique de la sensation. Adélard de Bath, Guillaume de

') Jourdain, Excnrs, histor, et philosoph. à travers le moyen âge, 1888. Suivant Jourdain, G. de Conches serait resté jusqu'au xiv® s. l'interprète officiel du de consolatione. Son commentaire fut plagié par Nicolas Triveth (1258-1328). — *) Hauréau, Not. et extr. de qqes man., V, 195. — ') Duhem, La Physique néoplaton, au moyen âge (R. quest. histor., 19 10, p. 393), doute de l'existence d'une Magna de naturis philosophia, dont on ne connaît, dit-il, aucun exemplaire. — ^) On y possédait le De arte viedica du médecin Alexandre, VIsagoge yoha?initii, les Aphorismes d'Hippocrate, le De pulsibus de Philarète, le De urinis de Théophile, la Tiieorica de Constantin l'Africain et des commentaires de Galien. Clerval, op, cit. y p. 240.

S. Thierry, Guillaume d'Hirschau et bien d'autres ont subi ces influences, et on les retrouvera au xiip s.

Tandis que les deux grands écolâtres chartrains donnent de l'univers une explication dynamique, Guillaume recourt en cosmologie à l'hypothèse des atomes : les quatre éléments se réduisent à des combinaisons de particules homogènes et invisibles '). Toutes les œuvres de la nature trouvent leur origine dans cette plasticité des atomes, y compris le corps humain avec ses perfections vitales les plus élevées : c'est dire que lame n'est en rien forme constitutive du corps. Il ne faut pas s'étonner de retrouver chez G. de Couches la théorie de l'âme du monde ; elle coexiste dans chaque homme avec une âme propre.

La Siunma moraliiim bhilosophorum de Guillaume de Couches est un des rares traités de morale du haut moyen âge. C'est un ensemble de préceptes sans originalité, empruntés surtout à Sénèque (De beneficiis) et à Cicéron fDe qfficiis), A leur exemple, l'auteur s'attache à des questions de détail, telles que la distinction de l'utile et de l'honnête, la description détaillée des vertus ; il n'a pas compris l'économie de la morale scolastique, et ne dit rien des notions fondamentales de la fin dernière et de la moralité. L'étude scientifique de la morale n'est pleinement développée qu'au XIIF s.

171. Bibliographie. — De G. de Champeaux, fragments chez Migne (t. 163) et Lefèvre, Les variations de G. de Champeaux et la question des universaux (Lille, 1898). Bjîi; quelques interprét. erronées de textes. Mechaud, G. de Ch. et les écoles de Paris au XII^ s. (Paris, 1867); H. Dehove, Oui praecipui ftierint lahente X[[^ s. ante introductam arahum philosophiam temperati realismi antecessores. (Lille, 1908). Bon et précis. ; Hurtault, Théologie de G. de Chainpeaux (R. se. ecclésiast. et se. cath., 1908 et 1909) ; Adlhoch, War Wilhelm von Champeaux Ultrarealist ? (Philos. Jahrb., 1909) ; Picavet, Note sur renseignement de G. de Champeaux d'après C Historia Calamitatum d'Abélard (R.intern. enseign. oct. 1910). Rien de neuf. — Fragments de Bernard de Chartres chez J. de Salisbury (P. L., t. 199, col. 666 et 938). — De Thierry, le De sex dierum operibus chez Hauréau i^Not. extr. ms. t. 32, pp. 2 et 167) ;.P. Thomas, Mélanges, 1884, imprime des extraits du comment, sur le De inventionerhetorica. — G. de Con-

•) « Elementa sunt simplae et minimae particulae, quibus haec quatuor constant quae videmus. Haec elementa nunquam videntur, sed ratione divisionis \n\.€\X\gMn\\ix^ (Eletnentaphilos., I, Migne, t. 90, col. 1 132).

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