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Gautier de Mortagne et la théorie des status

— Né à Mortagne, en Flandre, dans les premières années du XIP s., Gautier ') fut élevé à l'école de Tournai. De 1126 à 1144, il professa tour à tour la rhétorique et la philosophie sur la montagne S*^-Geneviève et mourut évèque de Laon en 11 74. On possède de Gautier un Tradatus de sajicta trinitate, et six opuscules dont l'intérêt philosophique est médiocre. Gautier est platonicien dans une lettre adressée à Abélard, où il considère le corps comme un obstacle aux conceptions supérieures de l'âme.

C'est par Jean de Salisbury que nous connaissons la formule des status défendue par Gautier de Mortagne '). Platon est, suivant des états (status) divers, individu (Platon), espèce (homme), genre subalterne ou suprême (animal, substance). Le texte de J. de Salisbury est laconique et soulève des difficultés d'exégèse '). Le status de Gautier de Mortagne n'est-il pas une autre façon de désigner les respectus d'Adélard de Bath, puisque l'un et l'autre s'expriment en termes analogues au sujet de l'identité réelle de l'individu, du genre et de l'espèce ? ^) C'est notre sentiment.

Suivant une h3^pothèse de M. Hauréau, Gautier serait l'auteur du texte contenu dans le n° 178 13 du fonds latin de la Bibliothèque nationale ^), et dans lequel nous rencontrons une formule nouvelle : l'indifférentisme.

') Cfr. notre Histoire de la Philosophie e7i Belgique (2»"« édit. 1910), p. 34- — •) Metalog. II, 17 : « Eorum vero, qui rébus inhaerent (les Réalistes), multae sunt et diversae opiniones, siquidem hic, ideo quod ovine quod est, utiuvi numéro est (Migne imprime à tort : omne quod unum est, numéro est) aut rem universalem, aut unam numéro esse, aut omnino non esse concludit.;. Partiuntur itaque status duce Gautero de Mauritania, et Platonem, in eo quod Plato est, dicunt individuum ; in eo quod homo, speciem ; in eo quod animal, genus, sed subalternum : in eo quod substantia, generalissimum ». Migne, P. L., t. 199, pp. 874 et 875.— ^) J. de Salisbury mentionne encore une autre théorie des status, — *) Ce texte ànPolycraiicus.Wl, 12 (éd. Webb, I, 14) attribue au status une fonction conceptuelle et affirme l'existence des seuls individus : « Inde est quod sensibilibus aliisque singularibus apprehensis quoniam haec sola veraciter esse dicîintur, ea in diversos status subvehit, pro quorum ratione in ipsis singularibus specialissima generalissimaque constituit ».— ^) Not, et extr. qqes man, latins^

175. L'indifFérentisme. — Outre le document précité, on possède pour apprécier Tindifférentisme un exposé et une réfutation contenus dans leDegeneribus et speciebus, et où nous relevons l'expression : Senteiitia de indifferentia '). Toute existence est individuelle, mais dans tout indiddu se rencontrent à la fois des déterminations qui lui appartiennent en propre et constituent sa quiddité différentielle,' <////'l'r^;75J, des réalités spécifiques et génériques qui se retrouvent non différentes (indijfereiites) dans les autres individus, subordonnés au même titre de l'espèce et du genre. En tant que doués de vie et de raison, les hommes forment un imum et idem ''). Bien que le texte ne se prononce pas sur la nature de cette imité qu'on retrouve chez Socrate et les autres hommes, celle-ci ne peut être qu'un produit de la pensée, car rien n'est en dehors de l'indi- \iduel : nihil omnijto est praeter ijidividuum ^). L'indifférentisme doit être rangé parmi les solutions antiréalistes.

176, La théorie de la coUectio. — Il en est de même, à notre a\is, de la théorie de la colkctio, que défend l'auteur du Ik gcjurihis, et s/>tcitàus, après avoir exposé et réfiitë sucoessive- «laat les théories de Fidentité, de l'indifférentisme, et des voces. ToiQie essence e3dste à 1 état individuel. On appelle sp€ctes la colkction (miêedm^ des éties possédant cette même essence, Fonité quon lieur attribue leposant snr la sùnùlîtiide de natme appaiteiHUDit à dHKm d^aoa: %

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