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Le matérialisme des Cathares et des Albigeois

— Les Cathares et les Albigeois, deux sectes sœurs, fort répandues au xii^ s. en France et en Italie, opposaient au monothéisme scolastique, un dualisme emprunté des manichéens et équivalant à l'athéisme. A côté de Dieu, principe du bien, ils plaçaient un principe du mal, indépendant de Dieu.

En même temps, les Cathares enseignaient en psychologie^ que le spiritus humain périt avec le corps, au même titre que le spiritîis des animaux. « Hi autem volunt dicere ideo resurrectionem non futuram, quia anima périt cum corpore, sicut nostri temporis multi falsi christiani, imo haeretici » ""). Alain de Lille,

') Cf. p. 117. — *) Alain de Lille, Contra hacret., I, 27 (col. 238).

qui dans ses ouvrages les a directement pris à partie, a conservé plusieurs de leurs arguments. Ainsi ils invoquaient en faveur de leur thèse l'opinion de certains scolastiques (Adélard, G. de Couches, p. ex ) qui croyaient à l'immatérialité de tout principe vital, et ils raisonnaient comme suit : «Si incorporalis est (spiritus animalis) sicut spiritus huminus, qua ratione périt cum corpore et non spiritus hominis ? Oua enim ratione aut vi conservabitur potius anima humana in corpore quam anima bruti ? » ') Mais ils s'autorisaient surtout d'Epicure et de Lucrèce, dont ils reproduisaient l'atomisme matérialiste ; et une fois ruinée l'immortalité de l'âme, ils niaient franchement la récompense des bons et la punition des méchants. La vie pratique des Cathares était la mise en œuvre de leurs principes matérialistes ""). Leurs doctrines surv^écurent au xil^ siècle ^).

C'est encore Alain de Lille '*) qui rencontre cette autre doctrine albigeoise suivant laquelle les âmes de quelques hommes privilégiés seraient des anges déchus, condamnés à s'unir un certain nombre de fois à des corps humains (Pythagorisme).

196. Le Panthéisme. — L'essor du panthéisme, au xn'' s., coïncide avec un regain de vo^fue du de divisione ?iaturae de J. Scot.

1° Panthéisme chartrain. Et d'abord nous trouvons, ce semble, le panthéisme chez un confident des maîtres chartrains, Bernard Dj: Tours ou Silvestris. Entre 1 145 et 11 53, il compose à Tours et dédie à Thierry de Chartres un traité de miindi nniversitate, bourré de doctrines néo platoniciennes et pythagoriciennes, et qui établit le monisme et l'émanation. « Ea igitur noys summi

') Ibid. — *) Ibid., I, 63. M irbode décrit ainsi ce matérialisme : « Inter quos habitus non ultimus est P2;)icurus — Ex atomis perhibens mundi consistera molem. — Iste voluptatem summum déterminât esse — Perfectumque bonum, quo quisque tVuendo beatus — Congaudensque sibi sine sollicitudine vivat ; — Scilicet aut animas cum corporibus perituras — Aut nullum credens meritum post fata manere — ... Quis numerare queat regiones, oppida, vicos, — Urbes atqui do nos Epicuri dogma sequentes ? » Liber decem capitulonim, c. 7. Cité par Philippe, Lucrèce dam la théoL clirélienne, etc., p. 67. ~ ^) Deux. Période. — *) Anticlaud, \, \\, 12 3 18 CD.

amaury de BENES.

et exsuperantissimi Dei est intellectus et.ex ejus divinitate nata natura » '). Toute la métaphysique est déduite de la monas pythagoricienne. En même temps, le de miuidi universitate est un poème allégorique, moitié en prose, moitié en vers, où les concepts métaphysiques sont anthropomorphisés et transformés en personnages scéniques ; — ce qui rend l'intelligence des

textes difficile.

2° Amaury de Bènes et la secte des amauriciens. Amaury de BÈNES, né dans les environs de Chartres, dans la seconde moitié du XII' s., subit sans conteste l'influence chartraine, mais il émigra à Paris où il enseigna en dialectique, puis en théologie, un panthéisme caractérisé. Tout ce qui est, est un ; Dieu est immanent à toutes choses, car l'être de tout est fondé sur l'être divin. « Omnia unum, quia quidquid est est Deus. » Il en résulte que l'humanité est déifiée, et que tout homme est au même titre que le Christ une apparition de la divinité. « Nemo potest esse salvus nisi credat se esse membrum Christi » '). A chacun de nous s'appliquent à la lettre les textes des livres saints sur la divinité. Amaury tient étroitement de J. Scot Ériugène '). Les contemporains ne s'y sont pas trompés, et une même condamnation associa le maître et le disciple. En effet, comme ses doctrines étaient exploitées par de nombreux hérétiques, Amaury fut poursuivi, mais il se rétracta avant sa mort en 1204.

Cependant, à partir de 1200, les idées d' Amaury firent du chemin. Il y eut des sectes qui mirent en pratique ses théories sur la déification, et l'on enseigna aux foules que l'homme, membre de Dieu, est au-dessus du péché, et qu'au bout de cinq ans (à partir de 12 10) tout homme est le Saint-Esprit. Un certain Godinus, et un orfèvre du nom de Guillaume propageaient

•) De mundi univers.. I., I, 2. - *) B^umker, Ein Traldat gegen die Avialriciancr, etc., 386. — ') Henri d'Ostia l'atteste, Super quinque lib. décret, i. et., Hub:lr, ot>. cit., p. 436. Albéric de Trois Fontaines écrit dans sa chronique, pour 1225 /«hoc anno dampnationem incurrit (à savoir J. Scot) propter novos Albigenses et falsos theologos qui verba bene forsitan suo tempore prolata et antiquis simpliciter intellecta maie intelligendo pervertebant et ex eis suam heresim confirmabant. » Monum. Germ. Hist. SS. 23, 914, 42 et suiv.

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