‹ Histoire de la philosophie médiévale [microform]Chapitre 84 sur 223 · DAVID DE DINANT · texte numérisé non relu

DAVID DE DINANT

ces idées dans les premières années du xiii'' s. Elles ont aussi de nombreux points de contact avec les rêveries ébauchées au même temps, mais d'une façon indépendante, par Joachim de Floris (t 1202); et elles devaient plaire aux sectateurs de \ Evangeliicm aetertium, qui identifiaient la succession des grandes périodes de l'histoire de l'humanité avec la génération des trois personnes divines, et justifiaient les désordres de la vie morale, au nom de la divinité immanente à notre être.

Philosophes et théologiens s'élevèrent contre les doctrines des amauriciens. Un traité anonyme Contra Amaurianos, composé au début de 1 210 ou au plus tôt en 1208, et que Baeumker') attribue à Garnerius de Rochefort ''), rencontre les principales thèses amauriciennes. En 12 10, une prohibition est portée contre les doctrines d'Amaury par le synode de Paris ; la même année, un groupe de prêtres et de clercs sont condamnés à Paris pour s'être faits les protagonistes de ces hérésies, et les prohibitions sont réitérées cinq ans plus tard, par Robert de Courçon à Paris et par le concile du Latran.

3° David de Dînant, D'après le chroniqueur anonyme de Laon, Amaury de Bènes aurait puisé ces doctrines chez David de Dînant ^) — un personnage dont la vie est presque inconnue *), mais dont les écrits eurent leurs heures de célébrité, et

•) Beumker. o;>. cit., p. 3^6. — ') Le Cistercien Garnerius de Rochefort, évêque de Langres en 1192, mort à Clairvaux après 12 15, composa en outre des sermons, et pilla Pierre de Poitiers et Jean Beleth. Lui-même ne put se défendre de l'influence de J. Scot, sans cependant être suspect de panthéisme. L'attribution de Bieumker est contestée par Mandonnet, R. Thomiste l, p. 261, qui tient pour auteur de l'œuvre Rodolphe de Namur. Réponse de Beumker dans Jahrb. f. Pkil. u. spekui. T.uol., 1894. — ') En Belgique, A. Boghaert- Vaché, D.ivid de Dînant liégeois ou breton ? (Wallonia, 1904, 266-272). — ♦) Le chroniqueur le dit en relations avec le pape Innocent III. Il cite sur le même pied qu'Amaury et David, un autre c bandit d'âmes ^, Gautier de Muissi. Voici la partie la plus intéressante de la chronique : « A. 12 12. Nota superiori anno hibernis temporibus quidam presbyteri et alii clerici Parisiensis diocesis convicti fuerunt errorem magistri Almarici innovasse, quam etiam defendere presumpserunt ; unde judicio ecclesie, presentibus magistris theologis Parisiensibus, primo fuerunt, a domino Petro Parisiensi episcopo exordinati, deinde igné sunt conflagrati, quidam vero inmurati. Inter quos fuerunt precipui : Stephanus presbyter parrochialis de

qui formule dans les dernières années du xil^ s. le panthéisme matérialiste le plus entier. Le titre de son ouvrage de tomis id est de dlvisionibus (également cité sous le nom de Qicaternuli) accuse déjà l'influence que J. Scot dut exercer sur le philosophe panthéiste. Peut-être aussi David connut-il le Fans vitae d'Avicebron, mais son panthéisme n'a rien de commun avec le de unitate de Gundissalinus (v. p. 1.), comme on l'a pensé longtemps, ce dernier ouvrage étant conçu dans l'esprit de l'individualisme scolastique.

Nous connaissons David de Dinant par les appréciations qu'ont portées sur lui Albert le Grand et Thomas d'Aquin, et par les condamnations dont ses œuvres furent l'objet. Dieu est la matière identique qui gît au fond des êtres '). Il est vrai que David dresse une triple catégorie de substances : Dieu, les âmes et la matière, mais ces trois êtres se confondent dans une même unité numérique. Albert le Grand nous a conservé son raisonnement subtil : « Pour que deux choses puissent différer, il faut trouver en elles un élément commun et un élément différentiel. Or, si l'esprit différait de la matière, il y aurait une matière dans la matière première, et il faudrait procéder à l'infini'). »

Les Quaternuli furent condamnés, en 12 10, au concile réuni à Paris par Pierre de Corbeil, archevêque de Sens. Cinq ans

Corbolio et migister Garinus ejusdem castri cappellanus et magister Bernardus. Nota. Almaricus, cujus supra fecimus mencionem, vir quidem subtilissimus, set ingenio pessimus fuit. In omnibus facultatibus, in quibus studebat aliis contrarius inveniebatur... Magister vero David, aller hereticus de Dinaunt, hujus novitatis inventor, circa papam Innocencium conversabatur, eo quod idem papa subtilitatibus studiose incumbebat. Erat enim idem David subtilis ultra quam deceret ; ex cujus quaternis, ut creditur, magister Almaricus et céleri heretici hujus temporis suum hauserunt herrorem. Terlius Irux et animarum lanista fidei et honestatis fuit magister Galterus de Muissi, Canonicus Lingonensis, magni nominis vir. (Hic dominam Blancam comitissam Campanie quesivit ludificare...) Novissime vero omni Almaricorum hereticorum fuit magister Godinus, qui Ambianie hereticus probalus est et ibidem igné fuit uslulalus. * Chronicum universale anonymi Laudunensis von il 54 bis zuin Schiuss 121Ç, herausggv. A. Cartellieri, bearbeilel von Wolf Stechele. Leipzig, Paris 1906, pp. 69 et 70. — ') S. Thomas, 5. Theolog. I, q. III, art. 8, in corp.— ') Alb. Magnus, s. Theolog. p. i», tr. 4, q. 20, m. 2.

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plus tard, le cardinal Robert défendit de lire les ouvrages de David à Paris dans les Facultés de théologie et des arts. La même proscription frappa Amaury et Maurice d'Espagne '). Amaury de Bènes et David de Dinant apparaissent à l'aurore du xiii^ s., mais tous deux appartiennent à l'époque qui vient de finir. A la période suivante, l'antiscolastique continuera de guerroyer sous des formes nouvelles contre la scolastique triomphante.

197. Bibliographie. — Barach et Wrobel ont édité le de mimdi iiniversitate libri duo sive Megacosmus et Microcosmus de B. Silvestris (Bibl. philos, mediae aetatis, 1876).

B.EUMKER, Ein Tractât gegen die Amilriciancr ans dem Anfang d. XIII Jahrh. (Jahrb. f. Phil. u. spekul. Theol. 1893, p. 346). Ce traité publié par Breumker constitue une source de premier ordre pour l'intelligence des théories amauriciennes. Les autres sources sont Césaire d'Heisterbach, Guillaume le Breton, et une relation des actes du concile qui condamna Amaury, et que publient Martèxe et Durand, Tnesaurus Atiecdotorum, IV, 163. Sur Amaury, v. Delacroix, op. cit. y chap. Il, — Jourdain, Mémoires sur les sources philosophiques des hérésies d" Amaury de Chartres et David de Dinant {E.xcursions, etc., 1888, p. loi). Conclusions à modifier. Sur les Cathares, les Vaudois et les Amauriciens, P. Alpiiandéry, Les idées morales chez les hétérodoxes latins au début du XIII^ s. (Biblioth. Ec. htes études, se. rel., XVI i. Paris. 1903). Etudie les idées morales, principalement sous leur forme populaire. La morale des Cathares s'inspirerait du principe que, le péché consistant dans la soumission à la matière, la perfection se réalise par le détachement de tout ce qui tient au corps. L'auteur considère comme des « déviations de la pensée cathare » (p. 107) les théories rapportées par Alain de Lille. — Sur Joachim de Floris : Denifle, Das Evangelium aeternum u. d, Kommission v. Anagni (Arch. Litt. Kirchengesch. Mitt. I, 1885); Fournier, Joachim de Flore et le livre de vera philosophia (R. hist. et littér. relig. 1899, p. 37, et R. quest. histor. 1900, p. 457).

ait iir. —LE mouvement thé^logique au xii» siècle § I. — Les écoles de théologie scolastique

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