HISTOIR^E DE LA PHILOSOPHIE
Charles Bell, Darwin. — Gomme la philologie comparée, la physiologie a fourni des données nouvelles à la solution du problème du langage, en expliquant la production et Tintelligence des signes naturels. Gomment les mouvements du corps et les jeux de la physionomie deviennent-ils l'expression des émotions et des passions de lame ? Les parties, dit Gharles Bell, qui servent à l'expression servent aussi et d'abord à des fonctions soit de la vie inférieure et organique, soit de la vie supérieure et de relation. Or le mouvement expressif d'une émotion est un commencement d'action; à savoir, de l'action précisément nécessaire pour écarter ou prolonger cette émotion, suivant qu'elle est agréable ou douloureuse. Le signe ou l'expression n'est donc qu'une action commencée. Il en est de même des modifications du visage, modifications résultant du jeu de muscles qui ne se meuvent pas comme les autres sous la peau, mais qui y tiennent et l'entraînent avec eux. Si la face, en se contractant de telle ou telle façon, exprime telle ou telle passion, tel ou tel appétit, c'est que cette contraction est précisément la condition mécanique nécessaire pour que telle ou telle passion, tel ou tel appétit se satisfasse. Si la fureur se traduit par un rictus qui rétracte les lèvres en découvrant les dents, c'est que c'est le mouvement même par lequel l'animal s'apprête à saisir et à déchirer avec les dents. Gratiolet avait accepté et développé cette théorie*.
Dans son traité de l'Expression des émotions, Darwin reprend les idées de Gharles Bell, mais d'un point de vue nouveau. Gomme son devancier, il part de ce principe qu'aucun organe n'a été primitivement destiné à l'expression, et que les mouvements de l'organisme ne sont devenus les signes de certains états internes que par suite de leur coexistence ordinaire avec ces derniers. Il cherche ensuite h rendre compte de tous les phénomènes d'expression par trois principes généraux : principe de l'association des habitudes utiles ; principe de lantithèse; principe de l'action directe sur V organisme des excitations du système nerveux. Le principe de l'antithèse est assez hypothétique. Darwin admet que certains mouvements expressifs n'ont d'autre raison qu'une disposition primitive et générale à faire accompagner un sentiment par des gestes contraires à ceux qui servent d'expression au sentiment opposé. Si le chat, pour témoigner ses sentiments affectueux, se raidit, se dresse sur ses pattes, fait le gros dos, dresse la queue et les oreilles, c'est