‹ Histoire de la philosophie [microform], les problèmes et les écolesChapitre 26 sur 79 · SI · texte numérisé non relu

SI

pleur nouvelle. Il ne s'enferme pas dans la morale, il cherche à expliquer l'ensemble des choses par un système de concepts scientifiquement liés. Si la vraie science est la science des concepts, c'est que Têtre véritable est l'essence des choses représentée dans ces concepts. La logique ne se sépare pas pour Platon de la métaphysique. Ce qu'il cherche par sa dialectique, c'est une science qui non seulement satisfasse l'esprit et réponde à ses lois, mais encore qui le mette en possession de la réalité, Dégageons ce qu'il y a de plus particulièrement logique dans cette méthode.

Platon, comme Socrate, veut rendre à la pensée son libre mouvement. Le jugement n'est possible que si les concepts ont des relations entre eux. Deux écueils sont à éviter : celui de l'identité absolue, celui de l'absolue séparation des concepts. Si aucune chose ne peut s'unir à aucune autre , il n'y a ni pensée ni discours possible, car il n'y a de pensées et de discours que par la réunion des genres. Si toutes choses peuvent se mêler, le mouvement est en repos, le repos en mouvement, et l'on en vient à identifier les contraires : il n'y a plus ni erreur ni vérité. Pour le sage, la vérité est que certaines choses peuvent s'unir, tandis que d'autres ne le peuvent pas. [Soph., 251 a, 253 e.) La dialectique a une double fonction : la cTuvaYWYr;, la formation des concepts, et la otaipeat;, la division.

La (TuvaytoY-n consiste à ramener la multiplicité de l'expérience à l'unité du concept : « le dialecticien sait démêler comme il faut l'idée une répandue tout entière dans une multitude d'individus, dont chacun existe séparément. » {Soph., 253 b.) « Il faut, regardant les choses d'ensemble, réunir sous une seule idée les idées particulières éparses de côté et d'autre, afin de bien faire comprendre par une définition précise le sujet qu'on veut traiter: elç fxîav xe I8éav (TuvopwvTaàYeivTà'TroXXaxfi Steaitapjxsva. » {Phèdre, 265 d.) La division consiste à analyser le genre en ses espèces sans briser ce qui ne doit pas l'être, sans négliger un membre réellement existant : irdtX'.v xar'eîS-n SuvasySai Ti|xv£tv, xar'àpBpa, /i iricpuxe. Celui qui sait discerner le concept unique répandu dans la multiplicité empirique, et suivre la hiérarchie de ses subdivisions jusqu'au parti- ' culier, celui qui, par suite, sait déterminer les rapports réciproques des concepts, la possibilité, l'impossibilité de les unir, celui-là est le vrai dialecticien.

goucdéterminer le concept, il faut saisir l'essence des choses, et non ce qui leur est accidentel ; non^telles^ouJeU lités, mais Jês^àScIgE^^ qui les distinguent de tout

ce qui n'est pas elles.

Ce n'est pas dire ce qu'est la science de Gorgias que de dire qu'elle est la plus excellente des sciences {Gorgias, 448 6); il s'agit de savoir non pas quelle en est la qualité, mais quelle en est l'essence, où itoia, àUà ti<:. « Je crains bien, Eutyphron, si je te demande ce qu'est la piété (t6 ^q'.o^ ô xi icoTSffTi), que tu ne saches pas me montrer son essence (oùatav), mais que tu me dises seulement

J. HiST. DB LA PHIL. ^^

Sres paf le^^^^^^^^ tous les objets appartenant à un même

/enre Pour lét'rminer le concept de la vertu, il ne s'agit pas d énumerer tm?tes les vertus IMenon, 71 rf), il s'agit de découvrir ce qu'est la vertu, c est-àrp?.scarlaères communs à eûtes les vertus. De môme quand on demande àTh TtètTce c^ cvTque la science, et qu'il réppnd par une énumération des scknces So^^^^^^^ lui oppose que la question n'est pas de savoir « de quelles rhoseTi va science, ni combien il y a de sciences : x vu>v r. eTr^arr.jxTi, ou5è '^ a îvJ., cL on n'e se propose pas de les compter, mais de savoir ce qu est la science en soi, à>.Xi r^ûva. éTr-.crrf.ix-nv aùxà 6 xt ^ox ecrx.v ». {Theet.. U6 c.)

Le concept doit donc déterminer l'essence des choses en établissant les caractères qui distinguent un genre de tout autre. Le dan-er c'est de s'en tenir à des caractères superficiels. Si on part d'exemples et d'observations particulières, on court le risque de n'apercevoir qu'un côté de ces choses, de confondre l'essence et l'accident. Socrate cherchait à éviter ce défaut en prenant des cas opposés et en conciliant leurs contradictions. La méthode de Platon est plus savante. Il y a un art dialectique d'éprouver les. concepts, dont Platon nous a laissé le modèle dans le Sophiste et surtout dans le Parménide. Quand on a posé une idée, il faut développer cette hypothèse (Ouoôbi;) dans toutes ses conséquences positives et négatives, examiner ce qui résulte de la position du concept, de sa suppression et pour le concept lui-même et pour les autres concepts, voir par là si l'hypothèse est en accord avec ce qui a été reconnu comme vrai.

Pour te mieux exercer encore, U ne faut pas te contenter de supposer l'existence de quelqu'une de ces idées dont tu parles, et examiner les conséquences de cette hypothèse; il faut supposer aussi la non-existence de cette même idée. Par e3e, si tu 'veux reprendre l'hypothèse de Zenon, celle de l'existence de la pluml té, examine ce qui doit arriver tant à la pluralité elle-même, relativement à elle-même et à l'unité, qu'à l'unité relativement à elle-même et à la pluralité. De même aussi il te faudra considérer ce qui arriverait s il n y avait point de pluralité, à l'unité et à la pluralité, chacune relativement à ellemême et à son contraire. {Parm., 136 a.)

L'objet de cet examen antinomique, c'est de rejeter les concepts excessifs, d'éviter les erreurs des Sophistes et des Mégariques, et de ne s'arrêter qu'à des hypothèses (OuoOidei;) éprouvées par la dialectique, en accord les unes avec les autres. C'est là une vérification dialectique de l'induction toujours imparfaite : le but de ces démarches compliquées, c'est l'idée.

L'idée une fois obtenue, la division (Siat'peffi;) en fait voir les différentes parties, et partage le genre en ses espèces.

Celui qui a aperçu les ressemblances (xoivwviav) d'une foule d'objets ne doit

pas s'arrêter avant qu'il n'ait vu toutes les différences qui constituent les espèces : Tplv âv èv aôxfi xà; Stacp opàç XZt^ itaaaî, ô-irôaantîp ev sTSsai xetvxai. {Polit., 285 a.) La division doit répondre à la nature des choses : xsjjLvetv xax'^dfpôpa ri iricpuxs. [Phèdre, 263 d.) Pour cela elle doit en premier lieu ne pas multiplier les termes, ne s'attacher qu'à des espèces véritables, eu second lieu ne passer aucun terme intermédiaire, descendre toute la série des espèces dans leur ordre de subordination : jx-^ afxixpôv [jLÔp'.ov sv xpô; (isyaT^a xal roXXi dtcpaipwjxEv, uTjSè siSou; x*^P^^' ^^^^ '^^ l^cpo? à'jxaelôo; s'xexw. {Polit., 262 a.) Le mauvais dialecticien saute du genre à la pluralité des individus : jxexà 5è xô gv àireipa suôÛ!; {Philèàe 16 c, sq.), de Itin immédiatement il passe à l'infini, les termes intermédiaires lai échappent : xà 6à \i.é<rx sxcpsÛYet auxou;.

Le devoir de la dialectique, au contraire, est de déterminer le domaine d'un genre par une énumération méthodique de ses espèces et de leurs subdivisions, c'est de descendre ainsi tous les degrés de la oiaipsai; jusqu'à ce qu'elle ne trouve plus devant elle que la multiplicité indéfinie des individus. Ainsi on arrive à découvrir les rapports des concepts entre eux, leur parenté, leur opposition, leur subordination : c'est le côté logique de la (x-it; stowv, de la combinaison métaphysique des idées. Du même coup se trouvent réfutés les sophismes des Mégariques ; à l'éristique se substitue la dialectique ; l'union possible des concepts rend le mouvement et la vie à la pensée ; avec le jugement reparaît la science.

Aristote est le véritable fondateur de la logique. — Formation de Tidée générale. — Définition des uuiversaux. — Théorie de la définition* — La logique et la métaphysique* — Socrate avait fait de la formation des concepts la fin de la science ; Platon, par sa théorie de la division, avait mis en lumière les rapports réciproques et l'enveloppement des concepts. C'est à Aristote que revient l'honneur d'avoir vraiment fondé la logique , en dégageant la théorie de la démonstration que ses prédécesseurs avaient seulement pressentie. Il ne rompt pas la continuité historique , il est bien le disciple de Platon, il achève l'œuvre de Socrate. Il pense, comme eux, que le véritable objet de la s-cience est 1 être, et que l'être est l'essence générale des clioses* Sa logique est un progrès nouveau de la dialectique, mais un progrès qui d'une méthode encore incertaine fait une méthode définitive. Il cherche, comme ses prédécesseurs, à déduire le particulier du général, mais en découvrant les lois de la démonstration réguhère (àTtoSsiÇi;). Surtout préoccupé d'établir la théorie de la preuve , Aristote parle du concept en quelque sorte incidemment. La théorie du concept, il le reconnaît lui-même, n'en est pas moins la condition de la science du raisonnement syllo-

gislique {Met., 1078 b, 24), àoyj^ oï twv (tuXXoy'.îjuov tq t(* èoxiv; c^est

par elle qu'il faut commencer.

La science a pour objet le général ; mais c'est de l'observation des individus qu'il faut dégager l'essence. Le premier acte de l'esprit est donc la sensation.

Celui qui n'aurait pas la sensation n'apprendrait ni ne comprendrait rien... C'est dans les formes sensibles que sont contenues les formes intelligibles : êv xoc s^ô'af lor, aWot. xà vor.xi sax.v. [De An,, HI, 8.) Mais si déjà par la sensation nous percevons certaines qualités générales (xoiovSs), nous ne les connaissons qu'en tant qu'elles appartiennent à tel individu, ^^ ^^'\'^^'''^^fXZ tel lieu -il est impossible de sentir le général, ce qui appartient à toute une rla<;se d'êtres tô 6è xaQ(5).ou xal éirl icâcriv dtSûvaxov aîcreaveaOat. Puisque donc la démonstration repose sur le général, qui ne peut être senti, il est évident nue la sensation ne peut donner la science : ©avepôv bxi ou8 IziaxaaQac 5t aicre-naswc è'axiv. (Anal. Post., I, 31.) La science commence par la sensation, mais la sensation n'est pas la science. '< Quand la sensation s'est produite , chez audaues-uns des animaux elle demeure dans l'àme; chez d'autres non. Tous ceux chez qui elle disparaît avec son objet ne connaissent pas ce qu ils sentent ; mais ceux chez qui elle demeure ont encore quelque chose dans lame, alors Qu'ils ne sentent plus. Parmi ces derniers, chez les uns, de cette persistance de la sensation naît le raisonnement (^6rov), chez les autres, non. De la sensation naît ainsi la mémoire, de la mémoire souvent répétée du même objet l'expérience. L'expérience c'est la survivance du général, de lun dans le plusieurs de ce qu'il y a de semblable dans les objets sentis. » {Anal. Post., Il, 19 ) L'expérience est pour les hommes le point de départ de la science et de l'art {Met., I, 1.) Ainsi tous les animaux ont la sensation, quelques-uns la mémoire: l'homme a, en outre, l'art et le raisonnement : t6 oà Ta)v otvOpw^tov Ysvo; xal xé^vo ^«'^ >^OYia|ioî;. {Met., 980 b, 26.)

De la mémoire l'homme fait sortir l'expérience, c'est-à-dire que par la comparaison et l'abstraction il dégage le général du particulier dans lequel il est contenu.

KaOdXou Ôè X^Yw S av xaxi iravxôî tô uripy^ ^^i'^ xa9 aux6 xal r, aCixo- 9avcpôv àox oxi oaa Tca66)vou s^ àviyx-n; ÙTzi?yji xoîç irpirjxaaiv. {Anahjt. Post., 1, 4, 73 h, 26.) Le Général c'est ce qui convient à tout individu (compris sous cette notion gén^^rale); ce qui, par suite, peut toujours en être affirmé, et cela parce qu'il tait partie de l'essence de l'être (xaô aOxô xal ri ctùxô 2), parce qu'il lui appartient nécessairement, è^ ivayx-n? ÛTcap/ei.

- A l'essence, au xaO'ako, s'oppose Yaccident, xb TJit.^z^riY.6<;: est essentiel à l'individu tout ce qui est compris dans son concept ou peut en être déduit ; est accidentel tout ce qui ne suit pas du concept. L'homme, par exemple, est bipède xaô'aOxé, car tout homme en tant que tel est bipède ; il est instruit, au contraire, xaxà <tujx6s-

1. Le xô xi, \e qu'est-ce qu'une chosQ : c'est essence ou le concept.

2. Traduction latine : guod omni inest, per se, et qua id ipsum est : ce qui est dans tous

les sujets, ce qui f st par soi, et en tant qu'il est lui-même : c'est la notion propre de la chose , son concept, son essence absolue.

6tjX(5<;. Il suit de là que tout ce qui peut être dit d'une chose xaO'aoxo appartient à toutes les choses comprises sous la même notion ; que le ffujjigEêTjXoç ne s'applique qu'à quelques individus ; que par suite tout ce qui est xaôôXou est xaô'auxo et xaxà -ïtàvxo;, in se et de omnibus dictum.

Il y a des degrés dans la généralité. Le genre (yévo;) comprend les attributs communs à un certain nombre de concepts subordonnés, vévoç oi(rzl xo xaxà uXeiovwv xal otacpepovxwv xt{) ei8£t âv xtj> xt ècrct xaxr,- Yopo'jfjLsvov : c'est ce qui est affirmé de plusieurs sujets, différant en espèce dans l'unité du genre. Le genre est le premier terme de la réponse à la question: x( ïni. Demande-t-on, par exemple : qu'estce que l'homme ? On répond : l'homme est un animal, Ch>ov. C'est l'existence du genre qui permet la division en espèces : à ce titre il est antérieur aux espèces, et plus proprement essentiel. Mais, d'autre part, le genre est moins déterminé, moins riche de contenu, et à ce titre on peut dire qu'il est comme la matière dont les espèces sont la forme. Si aux caractères communs contenus dans le genre on ajoute des caractères essentiels à une partie des êtres qu'il renferme et qui distinguent cette partie des autres, on obtient Vespèce. L'espèce est donc composée du genre et des différences qui la caractérisent : £x -^àp xoû Y^vou; xai xwv oiacpopwv xà eI'ot). Aristote désigne ces caractères distinctifs par le terme de oiacpopà sioottoioç, traduit par Boëce : differentia specifica, différence spécifique, et adopté sous cette forme par les logiciens. Les différences spécifiques ne sont pas des accidents, elles sont des déterminations essentielles ; elles sont affirmées d'un sujet (xaO'uTioxcifxivou XÉYovxai), mais elles ne sont pas dans un sujet (ev 67rox£i[xiv(|> oùx eiai), c'est-à-dire qu'elles ne subsistent pas dans un sujet indépendant d'elles, mais bien dans un sujet dont elles constituent l'essence. {Catég., V.) Entre le pur accident et la différence spécifique Aristote place les qualités qui n'appartiennent qu'à une certaine espèce et qu'il appelle les propres (xà t^ia) : par exemple, c'est un propre de l'homme d'être grammairien, i'3iov âvôpwTrou xo Ypaf^f^axtx^ç eTvai

OSXXIXOV.

Platon n'avait pas dit expressément que la définition se fait par le genre et la différence spécifique. Déjà cependant {Théét., 208-9) il avait distingué du xoivov la Stacpopà ou otacpopoxTiC, le trait par lequel la chose en question diffère de toutes les autres, <TT)p.eTov tji xwv àiràvxwv Siacpspet xo spoiXT^Biv ; comme, par exemple, quand on dit du soleil qu'il est le plus brillant des corps qui dans le ciel tournent autour de la terre, xo XafJLupoxaxov xwv xax'oupavov fovxwv uepl

Y^v. Aristote ici encore reprend en les précisant les idées de Platon. Pour définir le concept d\m objet, il faut prendre les qualités qui appartiennent, en même temps qu'à lui, aux autres objets du même g^enre, et les additionner jusqu'à ce que les qualités retenues ne convien'nent plus qu'à l'objet à définir; il faut, en un mot, que les éléments de la définition aient la même extension que le défini : car c'est une nécessité que ce soit là l'essence de l'objet, taj-cT.v 7x0 àvdryxTi T)ù(7Îav sTvai toû TpxYîxaToc.^Lja définition est un ensemble de caractères dont chacun pris à part peut convenir à d'autres objets que l'objet défini, mais dont fensemb]/; ne peut convenir qu'à l'objet défini. {Anal. Post,, II, (3, 96 a, 24jjJPour obtenir le concept d'un objet donné (Xo^o^ Tf;? ouata;) il faut donc diviser le genre en ses espèces, les espèces en leurs sous-espèces, ew; Sv IXOti s'.*; tx àotàcpopa, jusqu*à ce qu'on arrive à ce qui ne peut plus être subdivisé, parce qu'au delà on tombe dans l'individuel. On est assuré par ce procédé de ne pas s'arrêter à une division trop vaste, qui comprenne d'autres objets que celui à définir. '0 ôpta|xo; ix ^^vou; xa- otacpoowv ècttiv : definitio ex génère et differentiis constat. [Top., I, 8.) Il n'y a rien de plus dans la définition que le genre premier énoncé et les difi'érences, to -TrotÔTOv \tYj\i.zvo\ -^ho^ xai aX oiacpopai. (Mét.^ 1037 0, 29.) Gomme chaque détermination nouveHe suppose et comprend en soi les déterminations antécédentes, par exemple : le otTrouv (bipède) suppose YMjt.o^jv (qui a des pieds) et le comprend, il n'est pas nécessaire de répéter dans la définition toutes les différences qui résultent de la division du genre, on peut se contenter de la

dernière différence : TEXsuta-a otacpopà ^ ouata toù -irpày^xaTo; xat ô

opt(j|jio4 [Met., 1038 Uy 28), la dernière différence est l'essence et la définition de l'objet, mais en ce sens que cette différence dernière comprend en soi et le genre et les espèces subordonnées. Aristote veut que la définition soit réciproque, c'est-à-dire que le sujet et le prédicat aient même extension, même compréhension, que par suite ils puissent être substitués l'un à l'autre : ht ai apa (i.-^ svsaxat Xo^to

auTo, Xi-^ovri aùxo, ootoç ô Xo-^oç tou 'z[ y^v elvai Ixàrrcto [Met. y VII, 4,

1029'ô, 19) : « la proposition dans laquelle l'objet (quant à son nom) n'est pas contenu, mais qui exprime cet objet ,(dans ce qu'il estt), c'est là ce qui exprime l'essence pour chaque chose ». Gela revient à dire : il ne faut pas que la définition répète le terme à définir ; il faut que la définition soit réciproque. C'est encore à Aristote qu il faut faire remonter la distinction des définitions de mots et des définitions

de choses. *0 ôpi^^ofxsvoç ôstxvjatv f) ti èortv r) xi {nQjxaivet touvo;x« : celui

qui définit indique soit ce qu'est la chose, soit ce qne signifie le

nom. [An. Post., II, 7.) Dans le premier cas il y a opo; upa-yixaxcGSTjç (realis) ou encore 6po; oùjiwâr,; [essentialis), définition essentielle ou réelle; dans le second cas il y a Xô^o^ ôvojxaxwoTiC, explication de mot. Nous pouvons définir verbalement même les concepts qui n'ont aucune valeur comme celui de Tpa^iXa^poc: (animal fabuleux), mais nous ne pouvons connaître le x( àori que des choses qui existent et dont nous connaissons l'existence : t( 8' Ï^X xpa^iXacpo; m-

vxcov etoivai.

Aristote reproche à Platon de séparer (x^p^Ceiv) les idées, de leur donner une existence substantielle, d'en constituer un monde suprasensible. Ce n'est pas à dire qu'il rompe brusquement avec son maître, et qu'il sépare radicalement la logique de la métaphysique. Aristote est encore réaliste. Pour lui l'essence n'est pas une idée existant en dehors des choses; elle est immanente aux individus, et c'est d'eux par suite qu'il faut la dégager. Aristote désigne cette essence par les mots {xopcpr;, ^0,, xb t( ècrct et souvent par une expression qui lui est propre, to x( ^.v Elvai. Aristote est si réaliste qu'il définit indifféremment la science, tantôt la connaissance de l'essence, tantôt la connaissance des causes. « Nous croyons savoir une chose, quand nous croyons connaître la cause par laquelle elle est et ne peut être autrement qu'elle n'est. » [Anal. PoU., 1, 2.) Mais cette cause des choses n'est pas différente de leur essence, ev à'uacri ^àp TO^TOK cpav£p(5v èaxtv 6'xi xô aùxo è(TXt xo t( ècrxt xal Stà xî etuiv. [Anal. Pou., Il, 2.) To al^tov xo x( ^v sTvau [Met., 1041 a, 27.) Ce qui sépare Aristote de Platon, c'est qu'il ne met plus l'idée hors du monde, c'est qu'il fait du concept la force qui meut la matière et lui donne sa forme.

Les Stoïciens : déûnîtîon et caractères de la logique. — Formation et nature des concepts : ils sont de pures abstractions. — IVomînalisme. — Apres

Aristote et en grande partie sous l'inffuence des Stoïciens, la logique se sépare de l'ontologie, pour s'unir intimement à la grammaire. Elle n'est plus une science métaphysique, elle est une science formelle. Séparée de la philosophie, dont elle devient l'introduction, elle n'est plus aussi mêlée à ses fluctuations, elle tend déjà à prendre le caractère scolastique qu'elle gardera durant tout le moyen âge. La logique, selon les Stoïciens, comprend deux parties : la rhétorique, qui est la théorie du discours continu, oratio continua (Sén., Epitr., Lxxxix, 17); la dialectique, qui a pour objet le discours brisé, partagé entre celui qui interroge et celui qui répond, oratxo

inter respondentem et interrogantem discissa. La rhétorique semble n'avoir eu pour eux que peu de rapports avec la philosophie proprement dite. Les Stoïciens définissaient la dialectique : la science ou Tart de bien parler, eTctanfîixTiv xou eu Xs-^eiv (Alex. Aphr., Top., 3); mais bien parler, pour eux, c'était dire des choses vraies et convenables, xo 81 £ÎS Xiyetv £v zt^ olIt^^t^ xaî 7rpo<jr^xovTa li^eiv. Comme la

pensée et l'expression sont en intime rapport, la dialectique a deux parties: elle étudie ce qui exprime, xo <n]|xaTvov, et ce qui est exprimé, xo <iY)(xaivo[xevov, verba et significationes , le mot et la pensée. La première partie comprenait les questions les plus diverses : une physiologie et une théorie du langage, la grammaire, la poétique et jusqu'à un traité de la composition musicale. La deuxième partie répondait plus particulièrement à notre logique. Nous voyons que les Stoïciens faisaient de la logique un vaste ensemble de connaissances très variées , une sorte de technique universelle. Leur théorie du concept est un retour au nominalisme d'Antisthène, dont Zenon avait été le disciple. Mais après Platon et Aristote l'éristique des Sophistes n'était plus possible. Les Stoïciens profitent des vérités désormais acquises; on peut toutefois leur reprocher d'avoir amoindri la logique, en lui enlevant le caractère métaphysique que lui avaient donné Platon et Aristote.

Tout ce qui a une existence réelle est matériel. La sensation est la source première de toute connaissance. De la sensation naît le souvenir; de plusieurs souvenirs semblables naît Texpérience : oxav §£ ôjJLOEiSETçuoXXat (xvTJjxat -^i^iù^xoLiy xox£ cpaatv £)^eiv è[jL7cetp(av. C'est par

un travail de l'esprit sur ces données de l'expérience qu'on arrive aux concepts, qui permettent de dépasser la sensation actuelle, et d'anticiper la sensation future. Ces concepts sont formés des sensations (D. L., Yll, 52; Cic, de Fin., III, 10, 33) par plusieurs procédés : par analogie (xax'àvaXoYtav), par ressemblance (xaô'ôjjLoioTTjxa), par opposition (xaT'èvavxtwatv), par combinaison (xaxà auvOeatv) et par transposition (xaxà (xexàÔEdtv). De ces concepts les uns se forment spontanément et sont en nous comme l'œuvre de la nature; ce sont les TrpoXvî^^Et;, lesxoivai evvoiai, les premiers principes de la science et de la vertu ; les autres sont formés méthodiquement , avec art, ce sont les éléments de la science qui en est la possession assurée et inébranlable au raisonnement : £7rt(mf;(XT,v xaxàXT,tj;tv àacpaX^ xat àjjLexàTTxtoTov uiro Xo^ou. Comme les concepts dérivent de la sensation, il semblerait que celle-ci pour les Stoïciens dût être seule d'une certitude irrésistible; il n'en est rien. Les sensations se vérifient par leur rapport à la pensée. C'est que l'erreur et la vérité suppo-

sent le jugement, c'est-à-dire , outre la sensation, un acte de l'esprit. Ainsi, selon les Stoïciens, toute réalité est matérielle et particulière, et cependant la vérité n'est que dans le général. 11 y a là une contradiction. Si l'on ajoute que les Stoïciens, comme les Cyniques et en opposition avec Platon et Aristote, soutiennent que la pensée n'est rien de réel, xà Èworîjxaxa \^.r^zï xivà Elvat jxt^xI iroià, on ne voit pas pourquoi ils attribuent à la pensée de ce non-être une plus grande valeur qu'aux sens qui représentent le corporel et par suite la réalité même.

C'est à la partie de la dialectique qui traite du ff7)[xaivô[jLevov que se rattache ce que disent les Stoïciens de la division et de la définition.

Tô (TTjpiaivdiJLevov, xô Xexxdv, c'est ce qui est exprimé, c'est le contenu de la pensée. Le Xéxxov se distingue des choses qu'exprime la pensée, des mots qui la traduisent, de l'action de l'àme qui la produit. Les choses sont toutes de nature corporelle ; le mot est un mouvement de l'air ; l'acte de penser est un changement dans la matière qui constitue l'àme ; ie Xsxxdv, le <ni(i.aiv6[jLevov, c'està-dire le contenu de la pensée, est donc immatériel. (Sext. Emp., adv.Math.,y\\\, 11 : fv ôè àffwjiaxov, ûaTcep xô aTipuxtvdfjiEvov Tcpâyiia xal Xexxdv.) En ce sens seul les Stoïciens distinguaient TiX-fiOeia de l'àX-nôiç : l'àXtiôéç, le vrai est incorporel, car il est un jugement et une énonciation, dÇtwjia ydfp i<sx\. xal T^exxdv; ràXT,8eia, au contraire, est un corps, car elle est la science de toutes les choses vraies (eaxi yàp éTci<TX"fijx7j irivxwv dtXT^Owv dtTco'favxtxTj), et la science c'est la partie dirigeante de l'àme dans un certain état : ^ 6à èiriaxrijx-r^ tcûç e^^ov fjejxovixdv, (Sext. Emp., Hyp. Pijn^h., II, 81.)

Le général n'a aucune existence réelle , il n'est qu'une abstraction. La division ne peut donc avoir qu'une valeur purement formelle et non une portée ontologique , comme dans Platon et Aristote. Les Stoïciens se plaisaient cependant à cette division des concepts et ils en distinguaient de plusieurs sortes.

La division, c'est la distinction du genre dans les espèces qui lui appartiennent (f, elç xà Ttpoaej^fi etÔT) xojxti), comme par exemple : parmi les animaux les uns sont raisonnables, les autres privés de raison. La contre-division (ivxtSiaîpeatç, division antithétique) se fait du genre dans les espèces qui s'opposent par négation, par exemple : des choses les unes sont bonnes, les autres sont non bonnes. La sous-division (uiroSta^peatç), c'est la division appliquée à la division elle-même (ôiaîp£at<; iizi Ôtaipiaet), comme par exemple : des choses, les unes sont bonnes et les autres point; de celles qui ne sont pas bonnes, les unes sont indifférentes, les autres mauvaises. '0 iJLeptajAoç, la partition consiste à ranger les genres selon leurs lieux, ^ivou; cl; xdicouç xaxdcxaÇtç, par exemple : des biens les uns se rapportent à l'âme, les autres au corps. (D. L., VII, 61.)

Le genre comprend plusieurs concepts (7rX£idvwv £vvo7)(iàxa)v ajX- Xtj<1;i<;), par exemple : le genre animal comprend toutes les espèces particulières d'animaux. L'espèce est comprise sous le genre, par exemple : homme est compris sous animal. Le genre le plus

général (YsvixwTaTov) est celui qui n'a point de genre au-dessus de lui (ô ^âvoc; ov yâvo; oux exet), c'est le t', le quelque chose; ce qui est le plus spécial (sloixtoTaTov), c'est ce qui étant espèce n'a pas d'espèce au-dessous de soi, £^'3oç Bv sfooc; oùx eyst, comme Socrate : c'est donc l'individu. Les Stoïciens cherchaient à dresser unejabula log[ica^ un^tablejûi^^ de déterminer un concept par la seule

addition des termes successifs d'une division continue allant du plus au moins général. Le^ncept d'homme, par exemple, est^ûlitenu par la sommejianimal , déraisonnable, et i£m^ propre d'un être consisTeliinsi dans un total d'attrîbuts qui permette de le distinguer des autres. La définition devient plus grammaticale que métaphysique. D'après Ghrysippe, elle est i^ tou 1o(oi> àTcoûoaiç, renonciation de ce qui est propre à l'être défini; d'après d'autres elle est une proposition dans laquelle le sujet et les attributs peuvent être substitués l'un à l'autre, une proposition réciproque (xax'àvTtJTpo'fV.v). Il y a encore la définition incomplète, la description (OTro^pacor^).

Partant de ces idées, les Stoïciens prétendaient qu'Aristote avait eu tort d'employer la formule : t6 tî t.v elvai. Le mot sTvai était superflu. Alexandre d Aphrodise (Ad. ArisL Top,, p. 24) leur répond en attaquant \euv nommalisme grammatical. Le mot tô eîvat, dit-il, n'est pas ajouté à ti t.v par pléonasme. H ne suffit pas, pour déterminer le concept d'un être, d'énumérer des qualités qui ne peuvent convenir qu'à lui, de former ainsi une proposition réciproque. Si l'on disait : l'homme est un animal qui rit (tô ;û>ov yE^acrTix^v), 1 attribut n'aurait ni plus ni moins d'extension que le sujet, ce serait bien là une iTc65ocriç ToO ISioj, ce ne serait pas une définition, parce qu'il n'y a rien là qui désigne l'être pour l'homme, èv tîv. èaxl xà eïvai tw àvOooi-rw, car il est bien certain que rire n'est pas l'acte achevé do l'homme (oùx l'axi t£>v£'.(5t7i; àvepwTcou xà YsAav).

En résumé, pour les Stoïciens, les concepts ne sont que des images subjectives dans l'âme ; on peut en être d'autant plus surpris que la théorie métaphysique des X^yot <jTtzp\i.:ixiy.oi, des raisoiis séminales des choses, expressions diverses de la raison universelle , semblaient mieux se concilier avec une théorie réaliste. Mais les Stoï-

* 'Prantl {Geschichte da^ LogikX I"M).42o), donne d'après les commentateurs l'eiemple d'une

tabula lof/ica :

TÊxpiTCOuv ûîrouv 6vTiX<Jv àOxvaxov

vpejxsxtaxncdv uXaxxixrSv additionnez î;a,ov, a>.orov, xsxpdtTTOUv, uXa^xixôv {animcd, non raisonnable, quadrupcde, aboyant), le total donne chien ; ^<^ov, aXoyûV, xexpiirouv, y pe[xextaxix6v {ammal..., hennissant), la somme est cheval.

ciens n'ont pas rattaché les concepts aux raisons séminales, et n'ont pas cherché dans les premiers l'expression des secondes.

Épieure : dédain de la logique. — Sensualisme nominaliste» — Les Sceptiques : attaques contre la définition. — Les Épicuriens ont peu fait pour la logique. Surtout préoccupés de la vie pratique et du bonheur, ils dédaignaient la théorie pure.

In altéra philosophie parte, quœ 'koy.v.-f\ dicilur, iste vester plane, ut mihi quidem videtur, inermis ac nudus est; tollit definitiones, nihil de dividendo ac partiendo docet, non quomodo efficiatur concludaturgue ratio tj'adit, non qua vi captiosa solvantur, ambigua disiinguantur, docet. (Cic, de Fin., I, 7, 22.) Le concept {izpo'krit^i^) naît par la répétition des mêmes sensations ; il n'est que l'image générale du sensible survivant dans la mémoire : |ivT,{j.iriv xoO ro A^axt; EHtij/6ev cpavévxo; (D. L.,X, 33.) C'est sur ces anticipations, sur ces r.po\r^f\>&i^, que repose tout langage et toute pensée, car c'est aux notions générales que répondent les mots. <( En même temps que le nom d'homme est prononcé, l'image de l'homme (ô xuro; auxo'j) se représente à l'-esprit, en vertu des notions antécédentes dans lesquelles les sens nous servent de guide. Ce qui a été classé originairement sous chaque mot est donc évident. Nous ne rechercherions pas ce que nous cherchons, si nous ne l'avions d'abord connu ; et nous ne pourrions nommer aucune chose si nous n'en avions acquis d'abord l'image générale (xov xuTtov) par la itpdX-ri^'t;. » (D. L., X, S3.)

En un mot, les concepts sont des résumés d'expériences que nous fixons dans des mots et que nous appliquons ensuite aux cas particuliers semblables. Chaque pensée doit être ramenée à des sensations déterminées, car c'est par la sensation seule que nous atteignons le réel. Si les concepts nous servent à mesurer la vérité de nos opinions, c'est que, comme les sensations qu'ils résument, ils sont des images des choses dans l'âme; par suite n'ont besoin d'aucune démonstration.

Il est nécessaire que le contenu du concept, désigné par chaque mot (xô vptùxo^ èvvÔT;{xa staô'è'xaaxov cpôdyyov pT^sTteffôai), soit connu immédiatement et n'ait pas besoin de démonstration , pour que nous ayons un critérium auquel rapporter ce que nous cherchons, ce qui nous embarrasse ou ce que nous croyons. (D. L., X, 38.)

Les luttes de la nouvelle Académie et des écoles sceptiques contre le dogmatisme stoïcien ont rempli les écoles durant plusieurs siècles. Sextus Empiricus résume quelques-uns des arguments en usage contre ladéQiiition. Ces arguments, qui n'auraient pas atteint les théories métaphysiques de Platon et d'Aristote, ne sont pas sans valeur contre la théorie nominaliste et grammaticale des St<Mciens. Celui qui ignore l'objet à définir, dit Sextus Empiricus [Pyrrii.

hyp.y II, 207), n'est pas capable de définir ce qu'il ne connaît pas Celui qui connaît l'objet, dans le cas où il le définit, ne le connaît pas parla définition, mais il ajoute la définition àTintuition qu*ilade l'objet. Il n'est donc pas nécessaire que la définition s'ajoute à la compréhension des choses (irpoç xaTâXr.^j^iv twv irpaYixaTwv). Et, en efi*et, vouloir tout définir, c'est se condamner à ne rien définir, car on irait à l'infini ; et avouer que nous pouvons connaître certaines choses sans définition, c'est avouer que la définition n'est pas nécessaire. Si nous ne connaissons que par la définition, pourquoi, disait encore Sextus Empiricus [ibid., 211), dans le langage usuel ne parlonsnous pas par définitions? Au lieu d'homme, par exemple, pourquoi ne disons-nous pas : animal raisonnable, mortel, capable de pensée et de science? au lieu de chien, animal à quatre pattes, aboyant? S'attaquant à la tabula logica des Stoïciens, il disait (lôic?., 220) que l'espèce ne peut participer ni à tout le genre, car celui-ci comprend plusieurs espèces, ni à une partie du genre, car l'homme ne serait pas alors un vivant, mais un fragment de vivant : ou Ct!>ov àXXà {/.ipoç Çt[)ou. Ce dernier argument ne paraît pas très sérieux.

Les commentateups d'Arîstote : conceptualîsme d'Alexandre d'Aphrodîse. — La scolastîque dans Tantiquité : comnicntaîres et manuels. — Les œuvres d'Aristote n'ont pas cessé d'être étudiées et commentées durant toute l'antiquité. Mais en combattant sur certains points le dogmatisme stoïcien, les commentateurs lui ont fait de nombreux emprunts et ils ont contribué par là à faire de la logique une science purement formelle. Alexandre d'Aphrodise (ii** siècle ap. J. C), un des plus célèbres commentateurs, modifie la doctrine du concept d'Aristote, en exagérant cette doctrine du maître que c'est dans l'individuel qu'il faut chercher la réalité. Ce n'est pas seulement pour nous, comme l'avait dit Aristote, c'est en soi que l'individuel est antérieur au général : le général n'existe, en effet, que par l'individuel : T?i cpj(j£i u(rc£pa xà xaOoXoj xwv xaO'exaaxa — xo eTvat xal Tr,v oufftav xà xotvà itapà xwv xaO'sxa^Jxa Xajjiêàveiv. (Simpl., Catég.y 21 p.) L'objet propre des concepts généraux, c'est Je particulier : seulement dans le particulier, ce sont les qualités qui se présentent ou peuvent se présenter chez une pluralité d'individus. C'est dire que le général n'existe que par la puissance qu'a Tesprit de l'abstraire. En tant que généraux, le"s concepts n'ont d'existence que dans l'entendement; dès que celui-ci cesse d'agir, ils cessent d'exister. « Des formes qui sont dans la matière rien n'est séparable si ce n'est

seulement par la pensée; les séparer de la matière, c'est les détruire : xwv ^àp ivjXiov eîStôv oùSsv ^wpidxov ij Xé^tp (X(5vov, T(f) oôopàv auxôjv eTvat xov àizo x^ç uXt^ç ^toptafxov. Séparées de l'esprit qui les pense, elles n'existent plus, car c'est dans le fait d'être pensées que consiste leur être : ev xt{) vosTdôat xo eTvat aùxoT^. (Z)e An., 139 b.) Cette théorie d'Alexandre d'Aphrodise fait pressentir le conceptualisme.

Déjà Aristote avait séparé la vie pratique de la vie théorique. Après lui la philosophie de plus en plus devient une chose d'école, une matière d'enseignement. De là plusieurs conséquences. On divise la science pour l'enseigner plus facilement, et on perd de vue le lien qui en unit les diverses parties. La logique n'est plus comprise dans un ensemble systématique , elle n'est plus mêlée intimement à la métaphysique : elle est considérée comme un instrument, comme un art de discerner le vrai du faux. Elle n'est plus la recherche même de la vérité, une science ouverte , en perpétuel progrès. Elle précède la philosophie, elle est un moyen, non une fin. Elle tend donc à se fixer dans des règles précises, fixes, immuables. La nécessité d'enseigner, de mettre chacun en possession de cet art d'infaillibilité, favorise cet arrêt de la logique dans des formes définitives. Après avoir isolé la science, il faut la diviser, mettre de l'ordre dans ses parties, les rattacher les unes aux autres; on arrive à composer ainsi des catéchismes, des manuels, qui puissent être appris par cœur par les écoliers. Dès lors on se préoccupe moins d'inventer que de commenter. On commente les commentaires, on n'est jamais las d'expliquer, de développer, de trouver des formules qui se gravent dans la mémoire. 11 y a des divisions commodes qui sont admises et reprises tour h tour par tous lés maîtres avec des perfectionnements de détail. La scolastique ne commence pas au moyen âge : elle commence dans les écoles stoïciennes et péripatéticiennes, et elle ne cesse de se développer par cela même qu'elle dure. Nous ne pouvons suivre dans tous ses détails l'histoire de ces logiciens, la succession de ces catéchismes qui se copient et se corrigent peu à peu les uns les autres, en se rapprochant d'une sorte de type du manuel classique. Les traductions latines de Varron, de Cicéron, d'Aulu-Gelle, de Quintilien, d'Apulée,- qui ne firent que faire passer dans leur langue l'enseignement des maîtres grecs, eurent une grande importance en créant une terminologie latine pour la logique. Par là furent rendues possibles les œuvres d'un Boëce, qui eurent une si grande influence au début du moyen âge. C'est dans Porphyre

et dans Boëce lui-même, qui, le plus souvent, imite et copie Porphyre, que nous chercherons ce qu'était devenue la théorie du concept à la Un de la philosophie antique.

Porphyre : întroducUon aux catégories d'Aristote : les cinq umversaux. — Porphyre est Fauteur d'un écrit qui fut un des plus lus et des plus répandus au moyen âge. Cet écrit a pour titre : Inti^duction aux catégories d'Aristote : ElaraYai^-») eU

là; Ao'.TTOxiXoj; xa-cr^-^oata; , ou des cinq universaux : TTsp'. TU)v irsvre cowvwv. Porphyre passa longtemps pour l'inventeur des quinque voces (y^voç, et'ûo;, otacpapà , l'otov, auixêsêï.xo;) : Le genre^ Yespèce^ la différence, le propre et V accident (voir la Logique de Port-Royal, l'^part., ch. vu); mais cette tradition ne reposait que sur l'ignorance de l'histoire. Déjà, comme le reconnaît Boëce, Arisiote avait traité des cinq universaux,. et, après lui, la plupart des philosophes les avaie^it signalés dans leurs ouvrages.

AHstoteles in libHs quos Topica appellavit docuit quid genus sît, quid species, quid differentia, quid pi^oprium, et quidaccidens; et plurimi p?^seterea philosophi libris suis complexi harum vim rerum et potentiam declarariuiL

Mais Porphyre reprit et compléta les travaux de ses prédécesseurs, et il donna une valeur nouvelle à la théorie des quinque voces, dont il tit l'Introduction aux catégories et, par suite, à toute la logique.

Le gen7^e (ysvoç) est ce qui, dans la définition, est affirmé de plusieurs choses différant par l'espèce, tô xaxi irXetôvwv xal Siaçepovxwv xw el'Sci èv xu) xt èax-. 7cax7iYopoù[jLevGv, c'est-à-dire le concept général qui comprend ce qu'il y a de commun à plusieurs concepts encore généraux. Animal, par exemple, peut être affirmé d'homme, de chien, de cheval, etc.. Uespèce (el'Sot;) est ce qui est compris sous un genre donné (xô ûirô x6 àTcoooOèv ysvo;), — ou encore ce qui est classé sous le genre et ce dont le genre est affirmé dans la définition, — ou enfin ce qui dans la définition est affirmé de plusieurs choses ne différant que par le nombre (x6 xaxà irT^e'.ôvwv xal ô'.acpspdvxwv xw àpiôjxt^ èv xôf) xt èaxi xaxTiYopoûjxevov). Dans ce dernier sens, l'espèce n'a sous soi que des individus et des singuliers, c'est la species infima des scolastiques. Porphyre refuse d'admettre avec les Stoïciens que toutes les catégories tombent sous un genre suprême, soient comprises dans le ôv ou le xt (dans l'eVre ou dans le quelque chose). Mais pour dresser une tabula logica, il admet que dans les limites de chaque catégorie (xa6'Exa<TX7\v xaxTjoptav) il y a des vgvtxtâxaxa et des atStxwxxxa. Le ysvtxwxaxov c'est ce qui étant genre ne peut devenir espèce , c'est-à-dire ce qui n'a p^is de genre au-dessus de soi; l'stStxwxaxov se définit ce qui étant espèce n'est pas genre. Mais entre ces extrêmes il y a des intermédiaires (xà Se {xéora xwv dfxpwv), des concepts qui, étant tout à la fois genres et espèces, se subordonnent les • uns aux autres [xjTzxXk-r^a). Porphyre donne un exemple de ces subordinations de concepts qui permettent de construire la tabula logica : ouata, a<5{Aa,êjj.4'"X°^» Ç^ov, XÔY'.xôv, ivepoiitoç, SwxpdîxT^ç : substance, corps, àmc, animal, raisonnable, homme, Socrate. A ce propos il remarque que l'attribut ne peut pas avoir

moins d'extension que le sujet, que tout au plus, quand il s'agit d'un propre (l'Siov), l'extension des deux termes peut être égale. Dans la tabula logica le genre est toujours affirmé de l'espèce, et tous les termes supérieurs des subordonnés ; mais l'espèce n'est pas affirmée du genre qui lui répond ni de ce qui est au-dessus d'elle, cai* il n'y a pas réciprocité (oOSè yàp àvxtaxpécpsi) ; il faut affirmer les choses égales des choses égales, comme xô ypejjLextaxixdv du cheval, ou les choses plus étendues des moins étendues. L'individu (xô axopiov, l'indivisible) est enveloppé par l'espèce (-iteptéxETa: ) , l'espèce par le genre, car le genre est un tout (oXov) ; l'iDdividu est une partie ; l'espèce à la fois tout et partie.

C'est donc en s'attachant à leurs degrés d'extension que Porphyre distingue les concepts et établit leurs rapports. Déjà nous trouvons cette négligence de la compréhension , cette préoccupation exclusive de l'extension, contre laquelle le philosophe écossais Hamilton protestera de nos jours. Les concepts sont des quantités qui s'enveloppent les unes les autres; on va du contenant au contenu. Séparée de la métaphysique depuis Aristote, de plus en plus mêlée à la grammaire et à la rhétorique, la logique tendait à n'être plus qu'une science formelle, une sorte de mathématique de l'abstrait , dans laquelle une tabula logica bien faite donnait des résultats assurés.

La différence proprement (IStto?) c'est un mode inséparable (àywptaxov aufiSeê-ï^xd;), mais dans son sens le plus précis (IStatxaxa), la différence c'est le caractère spécifique (ÊiSoTroiôç ôta'fopi). Il y a des différences qui font que deux choses diffèrent seulement de qualité (à>k);otov irotoiJatv), ce sont les différences simples, àirXû; 6ta90pa( ; il y a des différences qui font que deux choses sont autres {iWo), ce sont les différences spécifiques, qui font partie du concept, le complètent (ayjxicXTipouaat). Elles servent à diviser le genre en ses espèces ; par rapport à lui elles sont donc Siatpsxixat; elles servent à constituer les espèces, elles sont par rapport à elles au{X7r>»Tipa>xtxal xal uuffxaxtxat. Elles sont comprises dans l'essence ; la définition se fait par le genre et par de telles différences (ôpot èx Y^vou; ôvxe; xal 'zoioùxtxi^ otacpopwv — oùattiSst; stat irotoxTjxe; aï cu|X7r>^Tipwxixal xwv ouaCwv). — Le propre (xô l'Stov) peut se diviser en quatre espèces ( V. Logique de Port- Roy al, 1»"^ part., ch. vu) : quod convenit omni et sali, sed non semper, par exemple : blanchir convient à tous les hommes et aux seuls hommes, mais seulement dans leur vieillesse ; quod convenit soli sed non omni, comme il ne convient qu'à l'homme d'être médecin ou philosophe, quoique tous ne le soient pas ; quod convenit omni sed non soli, comme on dit qu'il est propre à l'étendue d'être divisible, quoique le nombre et la durée le puissent être aussi ; enfin la propriété par excellence, quod convenit omni et soli et semper, xô {lovt}) xal iravxl xal àeî. Porphyre donne pour exemple le rire, xô yeXaoxtxdv ; ce qui caractérise ce propre par excellence, c'est que l'attribut et le sujet (homme) peuvent être intervertis. — « Vaccident est ce qui parait et disparaît sans entraîner la destruction du sujet, ou encore ce qui peut appartenir ou ne pas appartenir à un sujet, » par exemple : la prudence de l'homme. Pour faciliter la distinction de ces cinq universaux, Porphyre les compare successivement les uns aux autres, marquant leurs rapports et leurs différences.

Boëce : manuel latin. — Division de la logique*

— Les cinq unîversaux. — Les catégories : classification ççrammaticale et réelle; opposition, division, définition des concepts. — Les œuvres de Boëce ont exercé une influence considérable sur la philosophie du moyen âge. Ses traductions des écrits logiques d'Arislote, de l'Introduction de Porphyre aux catégories, ses commentaires, ses propres ouvrages [Introductio ad categoricos syllogismos; de Syllogismo categorico — hypothetico ; de Dlvisione ; de Definitione), devinrent classiques ; c'est par eux que la tradition se continua. Il n'invente aucune théorie nouvelle, il interprète Aristote en s'en référant à Porphyre ; mais il résume avec clarté, dans des manuels de forme scolastique, l'enseignement des écoles. Il fait des livres propres à l'enseignement, il déclare lui-même qu'il étend ce qui dans Aristote est trop bref et qu'il ramène au langage habituel les expressions obscures du maître pour en faciliter l'intelligence {ad consuetum vocabulum reducamus). « Parfois il s'adresse directement au lecteur lui-même dans le style du livre de cuisine, pour lui donner la recette d'un mélange logique *. »

Boëce part de cette idée, devenue courante dans les écoles, qu il faut aller du simple au composé, donc du concept au jugement, et du jugement au syllogisme. Il adopte une classification des œuvres logiques d'Aristote qui répond à cette idée théorique et que les commentateurs péripatéticiens avaient rendue classique.

Syllogismorum vero compago 'propositionihus texitur, propositionum vero partes suntnomen et verbum; pars autem ab eo cujus pars est prior est; de nomine et verbo quae prima sunt disputatio prima ponatur, dehincde propositione, ad ultimum de syllogismorum connexione tractabitur, {Intr.ad. syll. cat., p. 558.)

C'est la division que nous retrouvons encore dans la Logique de Port-Royal : concevoir, juger, raisonner.

Voyons la théorie du concept. Il est nécessaire de débuter par l'étude des cinq universaux. Cette étude est l'introduction aux catégories, elle est nécessaire à celui qui veut diviser et définir.

Aristote a reconnu dix genres de choses que l'esprit saisit en les connaissant [qux vel intelligendo mens caperet vel loquendo ,disputator efferret) ou que l'on exprime par la parole. Mais pour entendre ces dix catégories il faut connaître le traité des cinq universaux. 11 faut savoir ce qu'est le genre, par exemple pour pouvoir entendre les dix genres auxquels Aristote a ramené

1. Pratitl, Geschichte derLogik,i.l*', p. 682. Nous devons beaucoup à cette histoire de la logique qui rachète ce qu'elle a de rebutant dans la forme par la richesse des textes et de» documents. — N'oublions pas cependant que

c'est la France qui a donné le branle à ces études sur la logique du moyen âge par la publication de V. Cousin : Œuvres inédites d'Abélard, précédées d'une magistrale introduction

toutes les choses. [Ad Porphyr. a se transi., p. 49.) Pour ce qui est des définitions, elles se font per gênera, species, differentias, proprietatesque ; enfin il n'est pas douteux que dans la division celui qui ignorerait les cinq universaux confondrait souvent les espèces et le genre, quod est factu fœdissimum. D'ailleurs sur ces quinque voces Boece se borne k répéter Porphyre. Comme ce dernier, il est réaliste. La première question est de savoir si les genres eux-mêmes et les espèces ont une existence réelle [vera sint), ou s'ils sont des fantômes vains formés dans les seuls esprits {an in salis intellectibus nuda inaniaque fingantur). Il n'est pas douteux qu'ils ne soient réels et saisis par une intuition certaine de l'esprit [certa animi consideratione teneantur), comme c'est l'opinion de Porphyre. {Ad. Porph. a Vict. transi.) 11 n'est pas douteux que ces cinq universaux ne fassent partie d'un même genre, qui peut exister séparé des corps et se laisse unir à eux, mais de telle façon que quand ils sont unis aux corps, ils en sont inséparables. {Ibid., p. 10.) Boece indique ensuite, en suivant Porphyre, comment est possible la tabula logica, et il ajoute les considérations d'usage sur Vunivoque, Véquivoque, le multivoque, le diversivoque. Multivoca sunt quorum plura notnina, una definitio est, ut est scutuin, clypeus. Diversivoca sunt quorum neque nomen idem est, neque eadem definitio. {Ad. Ar. Prœd., p. 118.)

Les catégories sont une classification des objets de la pensé.

Dans cet ouvrage Aristote s'est proposé d'expliquer les premiers noms des choses et les mots signifiant les choses {deprnmis rerum nominibus et de vocibus res significantibus), non pas en tant que ces mots sont formés de telle ou telle façon {grammaticalement), m^\^ en tant qu'ils sont significatifs. {Ad. Ar.Prxd., p. 112.) C'est donc par l'étude des catégories qu'il faut commencer l'étude de la logique : « la logique, en effet, se compose essentiellement de la théorie du syllogisme, et le syllogisme est un ensemble de propositions ; les propositions elles-mêmes se composent de mots {sermonibus constant); il faut donc avant tout connaître ce que chaque mot {quisque sei^mo) signifie par la définition qu'en donne la science dont c'est l'objet propre {propriœ scientiœ definitione cognoscere). » {Ad. Ar. Prxd., p. 113.) Les dix catégories sont les genres sous lesquels Aristote a classé toutes choses ; l'infinie diversité des choses échappait à l'esprit ; les ramener à quelques genres, c'était en faire le sujet de la science: id quod per incomprehensibilem multitudinem sub disciplinam venire non poterat, per génerum paucitatem animo fier et scientiseque subjectum. {Ad. Porph. a se transi., p. 48.) On voit comment les catégories se rattachent aux cinq universaux et à la construction d'une tabula logica. Boece maintient d'ailleurs que les dix catégories ne peuvent être ramenées à un genre suprême, comme le voulaient les Stoïciens. La substance s'oppose aux neuf autres catégories qui sont des accidents. La substance se divise elle-même en substantiœ prima', ce sont celles qui tombent sous les sens, c'est-à-dire les individus ; et en substantiœ secundœ, ce sont celles qui se rapportent à l'intelligible incorporel, quœcumque ad intelligibilem pertinent incorporalitatcm.

Conformément à la tradition , Boëce étudie ensuite les concepts dans leur opposition, dans leur division, dans leur définition. Il y a plusieurs sortes d'oppositions, comme déjà l'avait enseigné Aristote. Les concepts contraires {contrarium) sont ceux qui, compris dans l'extension d'un même genre, sont à l'extrême l'un de l'autre, exemple : blanc et noir. Les concepts opposés contradictoirement [contradictio) sont ceux qui sont dans un rapport tel que le contenu de l'un est la négation de l'autre [oppositio, quœ affirmatione et ne-

J. HiST. DE LA PHIU

gatione proponitur. {De Bivis., p. 642.) Exemple : blanc ; non-blanc. Les concepts sont encore opposés comme Yhabitus à la privatio ('£5c<;, <7-c£pT,at;), comme la possession d'une qualité au manque de cette même qualité. Enfin il y a les concepts relativement opposés [relative opposita), comme le double et la moitié, l'actif et le passif. Les concepts disparates sont ceux qui sont tout simplement différents les uns'des autres, qui par suite ne sont pas compris sous un même concept plus général et ne s'opposent pas ; par exemple : terre, vêtement, feu. {De Syllog. hypotli., p. 608.)

Boëce distingue plusieurs espèces de divisions : celle du genre en ses espèces ; du tout en ses parties ; du mot en ses significations ; de la substance en ses attributs [suhjectum in accidentia) ; de l'attribut dans les substances [accidens in subjecta); de l'attribut dans les attributs {accidens accldentis). Les trois premières sont divisio secundum se et les trois dernières divisio accidentis. Dans un autre endroit (Arf Porph. a Victor, transi., p. 7) il se contente de distinguer, selon l'usage, la division proprement dite et la partition :

Omnis divisio duplex est, aut cum totum corpus in diversa disjungis, aut cum qenej^a per species distribuis: il y a deux sortes de divisions, la première cousiste à diviser un corps en ses parties, la seconde à distribuer un genre en ses espèces La division du tout se fait selon la quantité {secundum quantitatem) , la distribution d'un genre se fait selon la qualité {qualitateperficiiur). Le genre est naturellement antérieur à ses espèces, le tout est postérieur à ses parties ; le «enre est matière par rapport à ses espèces {genus speciebus materia est); ccst la multitude des parties qui est la matière du tout ; l'espèce est la môme que le '^enre (species idem semperquod genus est), homme, par exemple, est le même qu^animal ; la partie n'est pas la même que le tout, la main, par exemple, n'est pas la même chose que l'homme. {De Divis., p. 6:]8.)

Le ^enre est ce qui est affirmé dans la définition de plusieurs choses ditlerant par l'espèce ; l'espèce est ce que nous classons sous le genre {quaîn suh génère coUocamus). Pour obtenir des définitions complètes la division des espèces est nécessaire, et en un sens {H forte in eodem divisionis definitionisque ratio versatur) la division et la définition sont une même chose. {DeDiv., p. 640.) H y a des ditîérences [per se) essentielles et des différences accidentelles {per accidens) : les premières seules servent à la division des genres et constituent les espèces. Pour obtenir la définition véritable, celle qui exprime l'essence {substantialis, grœce oCjKio-nî), il faut partir du genre de la chose à définir et interposer les espèces, les différences, jusqu'à ce qu'on arrive au propre, qui la distingue de tout ce qui n'est pas elle : tamdiu interponere debemus species et differentias, quamdiu seclusis omnibus quse hoc idem esse possunt eo perveniatur ut proprieias jam certa teneatur. {De D/y.,p. 652.) La définition ainsi ne sera m trop étroite ni trop large, elle conviendra au seul défini et à tout le défini. De la nature même de la définition il résulte que seules peuvent être définies les essences moyennes, qui ont à la fois un genre au-dessus d'elles et une différence spécifique : rerum enim aliœsunt superiores, aliœ inferiores, aliâg medix; supeiHores quidem nulla definitio complectitur, idcirco quod earum superiora gênera inveniri non possunt; porro autem in/hùores, ut mnt individua, ipsa quoque specificis differeidiis carent, quocirca ipsa quoque a definitione seclusa

sunt; mediœ igitur, quœ et habent gênera et de aliis v et gêner ibus, velde speciebus, vel de individuis prœdicantur, sub definitionem cadere possunt. {De Div., p. 644.) Il faut se contenter d'expliquer, de décrire les choses qui ne peuvent être définies , c'est là ce que les Grecs appellent uicoYpa^f,? Xdyou; , les Latins subsctnptivas rationes.

Conclusion : les trois périodes de Phistoire de la lo^que dans Tantiquité. — En résumé Thistoire de la théorie du concept dans l'antiquité peut se diviser en trois périodes. Dans la première rien n'est encore arrêté ; les vérités logiques qui nous semblent les plus élémentaires sont niées. L'esprit humain se heurte à la difficulté d'unir l'un et le plusieurs, problème ardu qui, sous des formes différentes, se pose encore à nous. Dans la seconde période, Socrate, Platon et Aristote cherchent une solution qui permette à l'esprit d'atteindre la vérité, de juger et de raisonner. La logique est intimement liée à la métaphysique, elle est plus qu'un instrument pour la science , elle est la science même dont la fin est la définition. Quand Platon détermine la nature des idées et leurs rapports, il se croit au cœur de la réalité. Pour Aristote, le concept est encore l'être par excellence, le principe créateur, la forme efficiente. La logique ne Téloigne pas de la nature, ni l'abstrait du concret. Dans la troisième période, la logique, en vieillissant, à force d'être exposée, commentée par les professeurs stoïciens et péripatéticiens, devient une science purement formelle. On classe les livres d'Aristote dans un ordre rigoureux, toujours le même, qui va du simple au composé; on construit une tabula logica avec des procédés mécaniques pour diviser et définir. Le danger de cette technique compliquée, c'est qu'elle occupait trop l'esprit d'elle-même. A force de s'en prendre à la forme de la pensée on oubliait la pensée. La logique était une science rigoureuse; mais on ne songeait plus à s'interroger sur les hypothèses, sur les postulats qu'elle impliquait. L'esprit se figeait dans une conception de la science qui la réduisait à l'usage d'une tabula logica, et à des combinaisons de concepts selon les règles de la syllogistique. La scolastique était née, elle dura jusqu'à Bacon et Descartes.

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