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ne disparaît pas tout à coup de la philosophie naturelle et de la science la réalisation des abstractions.
Cartésianisme : la métliode mathématique miiversalisée. - Objection de Descartes à la logique de l'École. Son nominalisme. Son réalisme : les notions simples. - Bacon disait : « Je ne sais comment il se fait que la logique et les mathématiques, qui ne devraient être que les servantes de la physique, se targuant toutefois de leur certitude, veulent absolument lui faire la loi. » [De Dign. et Augm Scient,, m, 6.) L'école cartésienne au contraire prend pour idéal de toute science la science mathématique, « ces longues chaînes de raisons, toutes simples et faciles, dont les géomètres ont coutume de se servir pour parvenir à leurs plus difficiles démonstrations. » [Disc, de la Méth., 2«part.) Chez les anciens, au moyen âge, encore chez Bacon, la science avait pour objet les qualités; avec les Cartésiens, elle porte sur la quantité. C'est là une conception vraiment nouvelle de la science, la conception moderne, qui de plus en plus triomphe et se justifie. Cette application universelle de la méthode mathématique, qui suppose une déduction ^priori de l'univers, nous permet d^ entendre en quel sens les Cartésiens sont a la fois
nominalistes et réalistes.
Descartes objecte à la logique de l'Ecole « que ses syllogismes et la plupart de ses autres instructions servent plutôt à expliquer à autrui les choses qu'on sait, ou même, comme l'art de LuUe, à parler sans jugement de celles qu'on ignore, qu'à les apprendre ». [Disc, de la Méth., 2« part.) Il veut une méthode d'invention, de découverte, et il ne la trouve que dans la science mathématique qui, partant d'idées claires et distinctes par elles-mêmes et saisissant leurs rapports, s'avance des vérités les plus simples aux vérités les plus complexes, sans jamais sauter un des intermédiaires nécessaires à la continuité de la déduction. Dès lors il est clair que Descartes ne peut attacher grande importance aux universaux, aux formes du moyen âge, h toutes les entités de la scolastique. De plus la logique réaliste de l'École implique une métaphysique finaliste; elle suppose que les genres , les espèces, les différences et leurs rapports nous révèlent le plan de la création; que les formules syllogistiques, riches de réalité, développent les intentions divines. Or, selon Descartes, « c'est une présomption impertinente que de se croire du conseil de Dieu » [Lett. à la Princ. Elis.,i. IX, p. 231); « les causes finales sont toutes cachées dans l'abîme impénétrable
de sa sagesse. » [Princ. de Philos., I, 28.) « Tout ce genre de •causes qu'on a coutume de tirer de la fin n'est donc d'aucun usage dans les choses physiques ou naturelles. » (4" Médit.) Descartes en un sens est donc nominaliste^ puisqu'il rejette de la science la considération des qualités, des formes, puisqu'il les regarde, non pas comme des réalités primitives, mais comme des notions déjà complexes, réductibles à des notions plus simples explicables par elles. « Le nombre, dit-il, que nous considérons en général sans faire réflexion sur aucune chose créée, n'est point hors de notre peusée, non plus que toutes ces autres idées générales que dans l'Ecole on comprend sous le nom d'universaux. » [Princ. de Philos., I, 58.) Mais en un certain sens on peut soutenir que Descartes est réaliste. L'objet de la science, c'est de saisir les notions simples, indécomposables, claires et distinctes par elles-mêmes, en lesquelles se résolvent les choses les plus complexes, et, partant de ces éléments, de retrouver les combinaisons par lesquelles ils constituent toutes choses, même les plus composées. Que faut-il entendre par ces notions claires et distinctes, et quelles sont-elles?
Clai^am voco illam perceptionem, quse menti attendenti praesens et aperta «st ; distinctam autem illam, quse quum clara sit, ah omnibus aliis ita sejuncta est et prœcisa, ut nihil plane aliud quam quod clarum est, in se contineat. {Princ. de Philos., I, § 45.) Ces notions sont aïus'i présentes, innées à l'esprit, non en ce sens que nous les ayons toutes faites, mais en ce sens qu'elles se découvrent à l'esprit attentif {attendenti) sans qu'il ait besoin de rien emprunter à l'expérience. Les choses claires et distinctes sont celles dont les notions « sont si simples que l'esprit ne peut les diviser en d'autres notions plus simples encore : telles sont la figure, l'étendue, le mouvement, etc.. Nous concevons toutes les autres comme étant en quelque sorte composées de celles-ci ». Ces éléments simples sont connus par intuition, c'est-à-dire « par la conception d'un esprit attentif si distincte et si claire qu'il ne lui reste aucun doute sur ce qu'il conçoit... C'est ainsi que chacun peut voir par intuition qu'il existe, qu'il pense, qu'un triangle est terminé par trois lignes, ni plus ni moins ; qu'un globe n*a qu'une surface, et tant d'autres choses qui sont en plus grand nombre qu'on ne le pense communément, en ce qu'on dédaigne de faire attention à des choses si faciles. » {Reg. ad direct, ingen., 111.)
Ainsi par l'intuition nous saisissons et les notions simples et certains axiomes premiers. La déduction, qui n'est qu'une suite, une série d'intuitions, montre comment s'unissent et se combinent les natures simples en établissant leurs liaisons nécessaires. Mais il semble que nous soyons enfermés dans notre pensée, que nous ne fassions que combiner des notions en nous conformant aux lois de l'esprit. Descartes ne s'en tient pas à ce pur conceptualisme : l'intelligible, c'est la réalité même. L'existence de Dieu, auteur parfait de mon être imparfait, garantit la véracité de mes facultés
lorsque j'en fais un bon usage. Auk idées distinctes clairement conçues répondent des réalités distinctes, parce que Dieu ne peut nous tromper et que sa toute-puissance peut réaliser tout ce que nous concevons. (G« Médit,) « Nos idées ou notions, étant des choses réelles et qui viennent de Dieu, en tout ce en quoi elles sont claires et distinctes, ne peuvent en cela être que vraies. » {Disc, de la Méth., 4« part.) Ainsi les notions simples et leurs rapports expriment les natures simples, les éléments réels et les lois de leurs combinaisons. Il y a donc dans la philosophie de Descartes un réaUsme, mais tout différent du réalisme scolastique.
Spinoza : les idées générales sont des images confuses. — Réalisme : théorie de la définition.
— Ce qui est vrai de Descartes est encore plus vrai de Spinoza. Il affirme que les universaux n'ont qu'une réalité abstraite, que tout ce qui est réel est individuel.
Une des causes les plus fréquentes de nos erreurs, c'est que « nous confondons les universaux avec les choses particulières, les êtres ^e raison et les choses abstraites avec les réalités. » [Éth., part. lIc,prop. XLIX, sch.) Les termes transcendantaux de l'École comme être, chose, quelque chose, ^Y^^/^^^^^ universelles de la logique, comme l'homme, le cheval, le chien, ne résultent que de l'impuissance de l'imagination. « Le corps humain, à cause de sa nature limitée, n'est capable de formera la fois, d'une manière distincte, qu un nombre déterminé d'images. De telle façon que si ce nombre est dépassé, les images commencent à se confondre; et s'il est dépassé plus encore, ces images se mêlent les unes avec les autres dans une confusion universelle... Ainsi dès que les images sont livrées dans le corps à une entière confusion, l'âme n'imagine plus les corps que d'une manière confuse et sans aucune distinction et les comprend toutes comme dans un seul attribut, l'attribut être, chose, etc. » {Eth., part. 11% prop. XL, sch.) 11 suit de là que les termes transcendantaux ne désignent rien autre chose que les idées à leur plus haut degré de confusion. « Plus l'existence est conçue généralement, plus elle est conçue confusément, et plus facilement elle peut être attribuée à un objet quelconque. » [Réf. de Ventend., tr. Saisset, t. Il, p. 292.) Il en est de même des notions universelles : les images particulières s'effacent les unes les autres ; en fin de compte, cela seul est distinctement imaginé qui est commun à toutes les images, et il en est ainsi parce que ce dont le corps humain a été le plus atfecté, c'est précisément ce qui est commun à toutes les images, et c'est cela qu'on exprime par les mots homme, cheval, etc. [Eth., part. 11% prop. XL, sch.) De là l'impossibilité de donner une définition uniforme de ces termes confus ; de là les controverses sans fin des philosophes « qui ont voulu expliquer les • choses naturelles par les seules images que nous nous en formons. >» {Ibid.)
Voilèt en quel sens on peut dire que Spinoza est nominaliste.
Mais, d'autre part, Spinoza prétend, comme Descartes, refaire le monde avec des notions simples, déductivement enchaînées. Loin de ramener comme les nominalistes toute science à l'expérience,
à la connaissance relative des choses contingentes, au-dessus des notions générales qui ne sont que des images confuses, il maintient l'existence des idées nécessaires et absolues, qui répondent aux essences réelles. L'objet de la science, c'est précisément d'atteindre par l'intuition ces natures simples, intelligibles, et d'établir leurs rapports déductivement, quand on ne peut les saisir par une vue directe. La pensée et l'étendue ne sont pas des abstraits, ce sont des essences particulières, déterminées. La substance n'est pas le genre généralissime des Scolastiques , c'est la réalité la plus parfaite ; elle est saisie par une intuition absolument immédiate, la plus distincte, la plus adéquate de toutes. La déduction dont parle Spinoza n'est pas la déduction des phénomènes^ selon l'ordre du temps : la série des choses particulières et changeantes n'est pas objet de science. [Réf. de Vent., t. II, p. 310.) La vraie déduction, c'est la déduction des choses par leur essence. Il s'agit de déduire, non pas selon Tordre de succession dans le temps, mais en partant du plus haut intelligible. Spinoza en ce sens est réaliste comme Platon. Aussi donne-t-il à la définition la plus grande importance.
« Le véritable moyen d'inventer, c'est de former ses pensées en partant d'une définition donnée. » {Réf. de Ventend., p. 308.) La définition pour être parfaite doit expliquer l'essence intime de la chose, de façon que toutes ses propriétés s'en puissent déduire, et l'essence intime d'une chose c'est son rapport à sa cause immédiate : car « connaître l'effet n'est pas autre chose qu'acquérir une connaissance plus parfaite de la cause ». Ainsi en définissant les idées, non seulement nous pénétrons dans leur essence, mais nous les saisissons dans leurs rapports, dans leur hiérarchie. La définition n'est pas verbale ; elle est réelle, féconde, elle est dans l'esprit, comme dans la nature, le principe d'un mouvement et d'un progrès. Le terme de la philosophie, ce serait de rattacher toutes les idées à l'être, cause de toutes choses, « de telle sorte que son essence objective (représentative) soit aussi la cause de toutes nos idées ; et alors notre esprit reproduira le plus exactement possible la nature, car il en contiendra objectivement l'essence, l'ordre et l'union. D'où nous pouvons voir qu'il nous est tout à fait nécessaire de tirer toutes nos idées des choses physiques, c'està-dire des êtres réels, en allant, suivant la série des causes, d'un être réel à un autre être réel, sans passer aux choses «abstraites et universelles. Mais il faut remarquer que par la série des causes et des êtres réels je n'entends point ici la série des choses particulières et changeantes, mais seulement la série des choses fixes et éternelles... Les choses particulières et changeantes dépendent de ces choses fixes si intimement et, pour ainsi parler, si essentiellement qu'elles ne peuvent sans elles ni exister ni être conçues. D'où il résulte que ces choses fixes et éternelles, quoique particulières, seront pour nous, à cause de leur présence en tout l'univers et de l'étendue de leur puissance, comme des universaux, comme les genres des définitions des choses particulières et changeantes, et comme les causes immédiates de toutes choses. » [Réf, de l'entend,, t. II, p. 310-311.)
Malebranche : attaques contre le réalisme de
l'École. - Vision des idées en l>le... - Malebranche reieUe U.i aussi, « tous ces termes généraux de logique par lesquels U est facile d'expliquer toutes choses sans en avoir aucune conna!s ance » (Rech., de la vér., I. VI, part. Il», ch. u.) Ce qu .1 rejrheTc'es idées vogues et indéterminées, c'est d-abord qu'elles sont entièrement inutiles à la découverte de la vérité.
cit la boue et amollit la c.re. {Ibid.) En ^^'^^"f '^^•j\';'tiP ^t, '-ils ont de difféabstractions, et supposent »f "" .,f P^'''^ "'„\' c^s corps produisent d'effet» rentes sensations des corps et qu ils ?«•»««» 'J"« P^oable de quelque attentioa différents. .. Cependant il est visible à tout homme '^''Pf' « J^[^" ,,^ sunpose y 5f îous ces pe'tits êtres distingués du reu P-^;--td:raé,^i «"ndUé^^tc.! être contenus pour produire la chaleur, la '""''^J^' '^ °"' .„',^ ^^i^on ; car la ne sont que des actions de rimagination qu. ''^ f;°"«^^°f,\';,* '*\,lii) Enfin raison n^ point d'idée P-ticuliére qui représente ces peU^^ ^ )^,.^^^
admettre dans les corps ces entités, ce serait revenir "" l' « .^ j,
d'une puissance souveraine est Hdée de .'^.^nXeur^màu d'une viritable puissance subalterne est lidée d'une divinité '"f "^"f ' ^^.^^^t l'idée d'une divinité, au moins selon '» Pensée des païens supposé que ce sou
puissan;e ou d'une cause véritable. On "f ^«t ^^''^'IXT^^^^ des
dans tous les corps qui nous environnent '»^,^'>"°"^,,7e produire certains facultés, des qualités, des vertus ou «if ^^'^^^f^^^^Pf ^tetFblement dans le
de laver., 1. VI, part. Il», ch. m.)
Dieu seul, selon Malebranche, agit dans la nature ; une cause naturelle n'est point une cause réelle et véritable, mais seulement
une cause occasionnelle. . • Ji»„,.m;npV<i de
Mais si Malebranche rejette les idées vagues e '"déterminées de la logique, c'est pour ramener l'esprit aux idées claires et 'l'^tinctes qu lo'ent étre'le point de départ de toutes les démarches de la îaison. Il ne faut raisonner que sur des idées claires et -r leurs rapports clairement connus. « U faut considérer avec alten .on es • idées que l'on a d'étendue, de figure et de mouvemen local, et les rapports que ces choses ont entre elles » [Hech. de la vér, 1. VI, part II', ch. IV), aller des propriétés les plus simples aux plus commets Ainsi les idées réelL, qui répondent à la nature des choses " ce sont les idées qui permettent une physique malhemat.que une déduction du monde, dont tous les termes et leurs rapports soient pleinement intelligibles.
NOUS avons en nous les idées des nombres et ^.^^' t'fouï;^^^^^^^^^^ tence est incontestable et la nature immuable, qui nous foumiraieni
ment de quoi penser si nous en voulions connaître tous les rapports... Ces idées sont les règles immuables et les mesures communes de toutes les autres choses que nous connaissons et que nous pouvouï^ connaître. {Rech. de la vér. y 1. VI, part. 11^, ch. vi.) Ce qui caractérise le réalisme de Malebranche, c'est que les idées, principes de la connaissance, sont réalisées dans la substance divine, et que nous ne les connaissons que dans la mesure où il plaît à Dieu de nous les découvrir : c'est la vision en Dieu, corollaire de la théorie des causer occasionnelles. « Il est certain que les idées sont efiicaces, puisqu'elles agissent dans l'esprit, et qu'elles l'éclairent... or rien ne peut agir immédiatement dans l'esprit s'il ne lui est supérieur, rien ne le peut que Dieu seul; car il n'y a que l'auteur de notre être qui en puisse changer les modifications. Donc il est nécessaire que toutes nos idées se trouvent dans la substance efficace de la divinité, qui seule n'est intelligible ou capable de nous éclairer que parce quelle seule peut affecter les intelligences, non illuminari nisi ab ipsa substantia Dei. » {Rech. de la vér., 1. III, part. Ils ch. vi.) Ces idées et leurs rapports dans l'esprit divin représentent tous les êtres qu'il a créés, et « Dieu est très étroitement uni à nos âmes par sa présence, de sorte qu'on peut dire qu'il est le lieu des esprits, de même que les espaces sont en un sens le lieu des corps. Ces deux choses étant supposées, il est certain que l'esprit peut voir ce qu'il y a dans Dieu qui représente les êtres créés, puisque cela est très spirituel, très intelligible et très présent à l'esprit. » {Rech. de la vér., 1. 111, part. 11°, ch. vi.)
Caractères de la logique de Port-Royal. — Ses divisions. — Théorie conceptualiste des idées générales. — Les logiciens de Port-Royal reprennent la logique d'Aristote et de l'École d'un point de vue cartésien, ils la pénètrent de l'esprit nouveau, ils cherchent à la rendre claire, intelligible, en la dégageant de ses mystères et de ses subtilités inutiles. Leur œuvre, si justement célèbre, est toute française par la clarté de la pensée, par la transparence dustyle, et, si j'ose dire, parla préoccupation d'être aimable. Ils négligent les problèmes surannés, ils multiphent les exemples qui peuvent donner de la vie et comme de l'àpropos à une science vieillie dans les écoles. (2'' Bise.) « Personne, Dieu merci, ne prend intérêt à l'universel aparté rei, à l'être de raison, ni aux secondes intentions; et ainsi on n'a pas lieu d'appréhender que quelqu'un se choque de ce qu'on n'en parle point, outre que ces matières sont si peu propres à être mises en français, qu'elles auraient été plus capables de décrier la philosophie de l'École que de la faire estimer. » (l" Disc.) Le livre d'Arnanld et de Nicole n'est pas exempt de préjugés ni d'injustices ; c'est en un sens une œuvre de polémique ; tout ce qu'il retranche et tout ce qu'il dédaigne n'est pas à mépriser. L'idée même qu'ils se font de la logique est étroite, inspirée par des préoccupations trop pratiques. Mais leur œuvre n'en reste pas moins un modèle comme manuel d'enseignement, et a contribué pour sa part à l'affranchissement de l'esprit moderne. Les entités scolastiques embarrassaient la
science et obstruaient l'esprit. Bacon et Descartes les avaient bannies La Logique de Port-Royal a vulgarisé leur œuvre.
<. La lolue est l'art de bien conduire sa raison dans la conna ssance des choses, tant pour s'instruire soi-n.ême que pour en instruire les autres. » Elle se divise en auUnt de parties qu il y a " pSot de l'esprit. Or nous pouvons concevoir juger raisonner ordonner : il y a donc quatre parties dans la logique . i ae Se 2° driugement, 3» du raisonnement, 4» de la méthode A propos d^s idée , dnq questions se posent, car on peut les considérer îoelon leur nature et leur origine; 2» selon la principale d fférence des obiets qu'elles représentent ; 3° selon leur simphcite ou ompos t on 0 Von traite Jes abstractions et précisions d'esprit ; iHelon le"; étendue ou restriction, c'est-à-dire leur un.versaïae, iartiirUé' singularité ; 5» selon leur clarté et obscurité, ou d.s-
"Tt'i^ï^lÏq-tion les logiciens de Port-Royal répondent par la réfutation du sensualisme. L'idée ne doit pas être confondue avec 1' mage : il est bien des choses que nous connaissons sans rouvoi'erimaginer (pensée, être. Dieu). .I^-----^/^^/^^^;; l notre âme a la faculté de former certaines '^fes (^Jjf '^^^^jf ' Dieu) de soi-même, quoiqu'il arrive souvent qu elle est excitée à le faire par quelque chose qui frappe les sens ».
Les obiets de nos idées sont ou des substances (corps), ou des modes des qualités (rondeur), ou enfin les qualités et les substan- Tes dans leuî rapport (corps rond). Dans le langage les substances sont désignées par des substantifs (terre, soleil); les modes -Prés par dis substantifs abstraits (dureté) ; les choses ™odf «^ J^ [es Liectifs qui expriment distinctement le mode et confusément m rappor à la substance, l'idée de l'adjectif n'étant pas complète ;L eEême (rond, dur). Sur la distinction des -odes et des subs- Unces entre elles Port-Royal reproduit la reg e car^si nne • mode ne peut être conçu clairement sans 1 idée d une substance ■ rÏqueUeil appartienne ; la substance, au contraire peut être conçue sans le mode ; deux substances sont d-'-'='«f J^"^J" P^;; avoir une idée claire et distincte de l'une sans penser à 1 autre (eten • due pensée). De même les logiciens de Port-Royal opposent aux dix catégories d'Aristote les catégories des Cartésiens :
Mens, mensura, quies, positura, figura, Siint cum materia cunctarum exordia reriWi.
C'est-à-dire que ces gens-là se persuadent que l'on peut rendre raison de
toute la nature en n'y considérant que ces sept choses ou modes ; !<> 7nens, l'esprit ou la substance qui pense ; 2» materia, le corps ou la substance étendue ; 30 mensura, la grandeur ou la petitesse de chaque partie de la matière * k° positura, leur situation à l'égard les unes des autres ; 5o figura, leur figure ; 60 motus, leur mouvement ; 7» quies, leur repos ou moindre mouvement.
Les choses sont composées et concrètes. Quand on considère les parties intégrantes d'un tout, comme le corps humain, il n'y a pas abstraction proprement dite, parce que les parties sont réellement distinctes. Il y a précision ou abstraction d'esprit quand on sépare des éléments en réalité inséparables : je puis, par exemple, considérer un mode sans la substance ou sans les autres modes auxquels il est joint. Exemples : étendue, ligne, surface, etc.
Arnauld croit pouvoir expliquer les idées générales par une simple abstraction . « Toutes les choses qui existent sont singulières; néanmoins par le moyen des abstractions » (ch. vi) nous formons des idées universelles, qui peuvent représenter plusieurs choses, « comme lorsque quelqu'un conçoit un triangle sans y considérer autre chose sinon que c'est une figure à trois lignes et à trois angles ». (Gh. vi.) Les idées générales sont donc de pures abstractions; la question de savoir si elles sont réelles, en quel sens, en quelle mesure, ne se pose môme pas. Cette psychologie est assez inexacte. Il ne suffit pas d'abstraire pour généraliser ; il faut 'd'abord observer, puis comparer, rassembler enfin dans une notion commune, fixée par un mot, les résultats de ce travail complexe. Comment d'un seul individu abstraire les caractères communs à d'autres individus que par hypothèse je ne connais pas? A propos des universaux, Arnauld résume brièvement l'Introduction de Porphyre « qu'on traite avec tant d'étendue dans l'École ».
Les idées peuvent être claires ou obscures, distinctes ou confuses, ce qui, pour ne pas trop subtihser, peut se ramener à une seule différence. Il est très important d'examiner pourquoi les unes sont claires, les autres obscures; ce qui se connaît mieux par des exemples que par tout autre moyen. (1" part., ch. ix.) Les idées claires, pour les logiciens de Port-Royal comme pour Descartes, sont celles que nous avons de nous-mêmes, de nos facultés, de l'étendue et de ses déterminations essentielles (figure, mouvement, etc.), de l'être, de la durée, du nombre et de Dieu lui-même. Les idées obscures sont celles que nous avons des qualités sensibles, couleurs, sons, ou encore certaines idées tirées de la morale, les préjugés que nous avons sur le bonheur, les illusions qui nous le font placer dans la richesse, dans l'admiration ou la crainte que nous inspirons aux au-
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très (1- part., ch. ix et x.) Il y a plusieurs causes à cette obscurité des idées D'abord nous recevons la plupart de nos opinions dans 1 enfance à un âge où la raison ne peut les contrôler ; ensuite la né-
e^^ndrT ait que nous attachons tellement nos idées aux mots que souvent nous considérons plus les mots que les choses. (Ch- x'.) Il arïr ouvent aussi qu'un mot, outre la signification principale que Ton rerrde comme la signification propre de ce mot, exe. e plui^U altrîs^dées qu'on peut appeler accessoires auxq^^^^^^^ ne prend pas garde , quoique Tesprit en reçoive 1 ^"^P^,^f ^^"^^^^^^^^ Surieux, honnêtes, déshonnêtes). (Ch. xiv.) Le remède c et la
de chose (definitio rei). Selon Port-Royal, nous avons le droit de Îixer le sens des mots dont nous nous servons, comme s ils étaient fouvelx Ce qui caractérise ces définitions de mots, c est qu elles sont "bUr^^^^^^^ incontestables, et qu elles peuvent servir de principe^' en quoi elles diffèrent de la définition de chose, qui peut donner E'à dlcussion. C'est aux définitions de mots qu'on peut rapporer les Ïe^ régies suivantes : i» ne laisser aucun des termes un peu obs urs ou éqifivoques sans le définir; 2^ remployer dan^^^^^^^ finitions que des termes parfaitement connus ou deja expliques. frCrt ch m ) La définition de chose ne dépend pas de nous, mais de rqu\t^^^^^^^^^ dans la véritable idée d'une chose (2^ part 1 xvO Les logiciens de Port-Royal n'ajoutent à la théorie de la définition d'autîe nouveauté que leur théorie de ^a définiti^^^^^^^^^^^ Dans l'École la definitio nominalis n'est que 1 explication de ce qu un ÏÏ ignifie selon l'usage ordinaire d'une ^-gue On peut douter que cette addition soit très heureuse. Quand on défimt un mot, on Snit toujours plus ou moins une chose et la conception qu on efa ilniz donnera plus tard de cette distinction une exphcation pî^s profonde, qui est aussi celle de Spinoza (Voir plus loin Leibmz et, pour Spinoza, Lettre à Simon de VriesAvad. Saisset,t. II, p. 35..)
Logique de Bossuet : définition et division. --
Théorie réaliste des idées. - Bossuet ne partage pas les
- p^ventions de Port-Royal contre Aristote et l'École. ^ e-ploie son
Lut bon sens et son merveilleux talent d>'^P-^7.f^f/Xoit
- renseignement scolastique, qu'il avait reçu les v rites qu 1 croît
utiles. Sa doctrine est très voisine de celle de f "^f/^;^*^^,;",,
fluence cartésienne se retrouve dans le besoin de clarté, dans 1 a ^
d'éliminer les questions oiseuses et les subtilités superfiues.
« La logique a pour objet de diriger l'entendement à la vérité. Elle peut être définie une science pratique par laquelle nous apprenons ce qu'il faut savoir pour être capable d'entendre la vérité. » (Log., Préamb.) Les trois parties de la logique répondent aux trois grandes opérations de l'esprit : concevoir, juger, raisonner. « La première opération de l'esprit est la simple conception des idées que les termes signifient, sans rien affirmer ou nier. Ainsi cette première opération de l'esprit oblige à considérer la nature des idées et des termes. Les idées sont les premières, et les termes ne sont établis que pour les signifier. Il faut donc commencer par les idées .» [Log.y ch. lxi, Récapit.)
« L'idée est ce qui représente à l'entendement la vérité de Tobjet entendu. » (Ch. IIÏ.) L'idée de triangle, par exemple, comprend tout ce qui est nécessaire pour qu'il soit triangle et rien de plus (à savoir trois angles et trois côtés). C'est là ce qu'il y a de vrai dans le triangle, et ce qui exprime cette vérité est l'idée du triangle. Cette définition marque déjà le point de vue auquel se place Bossuet : elle suppose qu'il y a dans l'univers, outre la réalité actuelle, individuelle, une vérité universelle, présente au particulier qu'elle domine, et qui, dégagée, donne l'universel et l'immuable. C'est une définition réaliste, métaphysique, qui s'oppose au conceptualisme de Port-Royal. Après avoir divisé les idées : !*• selon qu'elles représentent des substances ou des modes ; 2<* selon qu'elles sont claires ou distinctes, obscures ou confuses, Bossuet étudie leurs propriétés (objet positif des idées — abstraction —généralisation). « Parmi les propriétés des idées, celle qui sert le plus aux sciences, et que la logique aussi considère davantage, est leur universalité; et c'est pourquoi elle mérite d'être considérée à part. » (Ch. lxïi.) A vrai dire, toutes nos idées sont universelles (ch. xxxiv), car nous n'avons pas. d'idée de l'individu, nous ne pouvons que le décrire, mais non le définir; le percevoir, l'imaginer, mais non l'entendre. Quelle est maintenant la nature de l'universel? Toute réalité est individuelle et particulière. (Ch. xxix.) Il n'y a donc rien en soi-même d'universel , c'est-à-dire qu'il n'y a rien qui soit réellement un dans plusieurs individus. (Ch. xxx.)
« L'universalité est l'ouvrage de la précision par laquelle l'esprit considère en quoi plusieurs choses conviennent, sans considérer ou sans savoir en quoi précisément elles dififèrent. Par là il se voit que l'universel ne subsiste que dans la pensée. » (Ch. xxx.) Mais la nature donne, indépendamment de l'esprit, quelque fondement à l'universel, en tant qu'elle fournit des choses semblables. (Ch. XXXI.) C'est qu'en effet la nature répond à un plan divin. Bossuet est réaliste ^u sens de saint Augustin et de saint Thomas. « La plus noble propriété des
Les est que leur objet est u.je vé.^e «e » ^■^^'^^::^,^^ZÏ. quence de la défln'«°».'l?/:f„^,';;' ^ , *: It d'à leurJee te vérité n'est pas regar- „ Si toute idée a ""«''^^"'^^""'"^'.•^uu qu'elle n'est pas regardée dans les dée dans les choses Pf''t''="7^<^':'\t',~e que tout ce qui existe estparticuchoses comme actuellement " » ""';^' f ^^^ ^e là suit encore que les idées ne lier et individuel, a.ns; n»e °0", 1 avo, s v». d ^^^^ ^,^ c'est-à-d.re
regardent pas l'^ ^f ''\ ^". f''^' "^^"f ^t "ue par conséquent elles la regarden comme pouvant être et netre pa», et que i ai i. i constituent
Tomme é\erne.le et abso.unvent »nmuab^^ » (Ch.^--,.) te ^^ ,
l'essence des choses L essence aes «"«^ - ^ convient tellement à une
et précisément à l'idée que "»»;^»^^»;°"^,',T, ?a concevoir comme telle, ni chose qu'on ne peut jamai, la '=°"'„*,7'^„ ',"!,„ -u'ciie soit telle. Ainsi, l'étersupposer qu'elle soit sans «!nn>osor t»ut ense^^^^^^^^ j,.^^^p^,^.
„itéetl'im.nntab.lité '^""^^"""cn effet i n'y a rien d'éternel, ni d'imdance absolue. Et cependan connie e» <=ne» l ^^^^ ces vérités ne
muable, ni d'indépendant que D eu ^«"^" '^^ j^„, ^,, ,y^,, Mcmelles,
dans son origine. »
Ainsi Bossuet, sur la question des universaux, se sépare du car-
'' ttrt; est la parole qui signifie Vidée. (Ch. m.) Le terme signifie l'iite DaTinslituUon, et non de soi-même. Les termes sont positifs (veH^ santé), négatifs (ingrat, incurable); universels (homm
^rllnliersf Pierre, Paul) ; abstraits (science, vertu), concrets r;^ i hlm U:t;rmes incomplexes ne contiennent qu'un (vertueux, nom complexes sont plusieurs
Llef ds qui ÏouTetmble ne signifient que la même chose Alexandre fiîs de Philippe). Les termes complexes sont e.phcaUf^ Linîilt ne ont que développer ce qui est déjà contenu dans la Tnpr hension de l'idée du premier terme; ils sont doierm.naCtfs comprehenson j^^iii^j^iion du terme général auquel ils
vement : double, moiue, les tunnu vhnhUnfh et
• un même <^enre; les coniradicLoires : sain, pas sam , 1 ^«f;'"f ^^ îa Soï av'oir la vue, être aveugle. Bossuet, dans cette étude iftlrme résume avec soiu l'Introduction de Porpliyre (des cmq ^^ZTn^) porarriver aux catégories qui, selon lui, comme pour
' rrrâ e «sont le dénombrement des dix souverams genres ^xn^els Ar^^^^ rlpporte tous les êtres. » (Ch. u.) Il ramasse dans
• e?dTx rfpo t ion" les propriétés des termes [de Propn. "^tZ^loru.). <ioni rétude, depuis Pierre ^'Espagne, ava.t pris une si grande place dans la logique de 1 bcole.
10 Les termes signiQent immédiatement les idées et médiatemcnt les choses mêmes ; 2° le terme naturellement est séparable de l'idée, mais l'habitude fait qu'on ne les sépare presque jamais ; 3» la liaison des termes avec les idées fait qu'on ne les considère que comme un seul tout dans le discours ; l'idée est considérée comme l'âme, et le terme comme le corps ; 4° les termes dans le discours sont supposés pour les choses mêmes [supposido) ; et ce qu'on dit des termes on le dit des choses ; 5<» le terme négatif présuppose toujours quelque chose de positif dans l'idée; car toute idée est positive : le mot d'ingrat présuppose qu'on n'a point de reconnaissance et qu'il y a un bienfait oublié et méconnu ; 6» les termes précis ou abstraits s'excluent l'un l'autre : l'humanité n'est pas la science ; la santé n'est pas la géométrie ; 7® les termes concrets peuvent convenir et s'assurer l'un de l'autre : l'homme peut être savant, celui qui est sain peut être géomètre ; 8° tout terme universel s'énonce univoquement de son inférieur ; 9<» les termes génériques et spécifiques s'énoncent substantivement ; on dit : l'homme est animal, Pierre est homme ; 10» les termes qui signifient les ditférences, les propriétés et les accidents, s'énoncent adjectivement ; on dit : l'homme est raisonnable; il est capable de discourir; il est savant et vertueux.
IVominalisnic de Hobbes. — Les successeurs de Bacon sont franchement nominalistes. La doctrine empirique, ne reconnaissant rien d'antérieur à l'expérience, ne peut voir dans les idées générales que des abstractions de J'esprit. Hobbes, Locke, Berkeley, David Hume, comme Guillaume d'Occam, sont Anglais. Suivant Hobbes, le point de départ de la connaissance est la sensation, simple mouvement du cerveau. La sensation laisse après elle une image, les mots sont les substituts des images et par suite des sensations.
'< Un nom est un son de la voix employé arbitrairement comme une marque destinée à rappeler à l'esprit quelque conception relative à l'objet auquel ce nom a été imposé. » {Logica, part. I, ch. n, 4.) C'est par le secours des noms que nous sommes capables de science. « Il y a deux sortes de science : l'une, la science originelle, vient des sens et des souvenirs qui s'y rapportent; l'autre est la connaissance de la vérité des propositions et des noms que l'on donne aux choses, et celle-ci vient de l'esprit. L'une et l'autre ne sont que l'expérience : la première est l'expérience des etfets produits sur nous par les. «^tres extérieurs qui agissent sur nous; la seconde est Vexpérience que les hommes ont de l'usage propre des noins dans le langage. [De la Nat. hum., ch. des Sciences.)
Toute expérience n'étant que souvenir, il en faut conclure que toute science est souvenir. Hobbes exprime clairement sa pensée dans ses objections à Descartes. (4*^ obj. sur la 2" Médit.)
« Que dirons-nous maintenant si peut-être le raisonnement n'est rien autre chose qu'un assemblage et un enchaînement de noms par ce mot est ? D'où il s'ensuivrait que par la raison nous ne concluons rien du tout touchant la nature des choses, mais seulement touchant leurs appellations, c'est-à-dire que par elle nous voyons simplement si nous assemblons bien ou mal les noms des choses ielon les conventions que nous avons faites à notre fantaisie totichant leurs
significations. Si cela est ainsi, comme il peut être, le raisonnement dépendra des noms, les noms de l'imagination, et l'imagination peut-être (et ceci seloa mon sentiment) du mouvement des organes corporels, et ainsi 1 esprit ne sera rien autre chose qu'un mouvement en certaines parties du corps organique. »
Ainsi le raisonnement porte sur les mots, et les mots sont d'institution arbitraire ; par la définition nous déterminons le sens qu'il nous a plu de leur donner.
Nous ne pouvons pas conclure d'après l'expérience qu'une chose doit être appelée juste ou injuste, vraie ou fausse, ni généraliser aucune proposition, à moins que ce ne soit d'après le souvenir de l'usage des noms que les hommes ont arbitrairement imposés. (De la Nat. Hum., ch. de la Liaison des pensées.)
Soit cette proposition : la charité est une vertu. On dit que la proposition est vraie, quand la dernière appellation comprend la première; dans le cas contraire elle est fausse. Ce n'est pas à dire qu'il s'agisse ici d'un pur psittacisme. Il ne faut pas parler « comme les mendiants récitent leur Pater ». Les mots sont des signes, ils ont une valeur comme les chiffres; penser c'est calculer. Descartes fait à la doctrine de Hobbes une objection de sens commun qui la ruine complètement : car il n'y a point de pur nominalisme sans quelque mélange de conceptuahsme.
« Oui doute qu'un Français et qu'un Allemand ne puissent avoir les mêmes pensées ou raisonnements ^touchant les mêmes choses, quoique néanmoins ils conçoivent des mots entièrement différents?... Si ce philosophe admet que quelque chose est signifiée par des paroles, pourquoine veut-il pas que nos discours et raisonnements soient plutôt de la chose qui est signifiée que de la parole même?» (Descartes, 5^ Objection, éd. V. Cousin, t. I, p. 477.)
Locke : les idées générales sont formées par abstraction et fixées par le langage. — Conceptualisme. — La théorie de Locke, sous une forme moins hardie, moins paradoxale que celle de Hobbes, arrive à des conclusions analogues. Toutes les choses qui existent sont singulières ; et cependant, à l'exception des noms propres, tous les termes sont généraux. C'est qu'il était impossible et inutile de donner un nom distinct à chaque chose individuelle, le nombre des individus étant indéfini. Gomment se forment les termes généraux?
« Les mots deviennent généraux lorsqu'ils sont institués signes d'idées géné^ raies; et les idées deviennent générales lorsque, P^^^bstracùon ou e^^^^^^^^ le temps, Iç lieu ou telle autre circonstance qui peut les f t^-^.^^^^^^^^," telle existence particulière. >. {Ess. sur l'Entend. hum.,Ul ch ni, § 6-) Voyons par quelle suite d'opérations l'esprit en vient aux idées générales « L^^ idées q"« les enfants ont de leur nourrice et de leur mère sont fort bien tracée, dans
leur esprit et, comme autant de fidèles tableaux, y représentent uniquement ces individus... Quand après cela le temps et une plus grande connaissance du monde leur ont fait observer qu'il y a plusieurs autres êtres, qui par certains communs rapports de figure et de plusieurs autres qualités ressemblent à leur père, à leur mère et aux autres personnes qu'ils ont accoutumé de voir, ils forment une idée à laquelle ils trouvent que tous ces êtres particuliers participent également, et ils lui donnent comme les autres le nom d'homme par exemple. Voilà comment ils viennent à avoir un nom général et une idée générale. En quoi ils ne forment rien de nouveau, mais écartant seulement de ridée complexe qu'ils avaient de Pierre et de Jacques, de Marie et d'Elisabeth, ce qui est particulier à chacun d'eux, ils ne retiennent que ce qui leur est commun à tous. » {Ibid.j § 7.)
De même, écartant de Tidée de l'homme celle de sa taille et de quelques autres de ses propriétés, et n'en retenant que celle de corps, dévie, de sentiment et de mouvement spontané, ils forment ridée de ce qu'on appelle un animal. Il résulte de là « que ce qu'on appelle général et universel n'appartient pas à l'existence réelle des choses, mais que c^est un ouvrage de V entendement, qu'il fait pour son propre usage, et qui se rapporte uniquement aux signes, soit que ce soit des mots ou des idées. » [Ibid., § 11.) Plus les idées sont générales, plus elles sont incomplètes, puisque le genre ou l'idée la plus étendue n'est autre chose qu'une conception partielle de ce qui est dans les espèces, et l'espèce n'est autre chose qu'une conception partielle de ce qui est dans chaque individu.
Quelle est la valeur des idées générales ? « Tout le mystère des genres et des espèces, dont on a fait tant de bruit dans l'Ecole, se réduit uniquement à la formation d'idées abstraites plus ou moins étendues auxquelles on donne certains noms. » (III, ch. m, § 9.) Avoir l'essence d'homme, être de l'espèce homme, avoir droit au nom d'homme, c'est une seule et même chose. Les genres et les espèces sont donc des points de vue de l'esprit sur les choses : nous, les créons par l'attention que nous portons sur tels ou tels caractères à l'exclusion des autres. Cet être n'est cheval que parce qu'il convient avec l'idée abstraite à laquelle ce nom est attaché. Sans doute la nature produit des.-choses semblables, et l'esprit prend occasion de ces ressemblances pour former ses idées abstraites et ses termes généraux. Mais ce n'est pas à dire que ces termes généraux répondent aux formes de l'École ou à des distinctions existant réellement, immuaWement. dans la nature.
« Les bornas des espèces sont établies par les hommes et non par la nature, *î tant est qu'il y ait dans la nature de telles bornes fixes et déterminées.., La réduction que nous faisons des choses en espèces déterminées n'est destinée qu'à leur donner des noms généraux et à les comprendre sous ces noms. >* (lu, VI, § 30.) On a douté plus d'une fois si le fruit qu'une femme a mis au
• «« r.A„rrait être « si l'idée abstraite de l'es-
voie d'abstraction. » {Ibid., § 26.)
Déterminer l'essence réelle des choses, c'e serait découvrir la constitution réelle, intérieure, dont dépendent et dé-'enU^te^^ aualilés Le malheur est que cette essence réelle nous est in conlue Nous devrons donc nous contenter de l'essence normnale c'esH^dire inséparable du nom, qui n'est que ^:^-^^-^l^J^li;;^; lités abstraites, dont nous nous servons pour redu.r les ch» s n genres et en espèces : « ce qu'on appelle essent.e et non essentiel îe rapporte uniquement à nos idées abstraites et aux noms qu on eu donne.., (Il' vi, § 4.) Il n'est pas jusqu'à ^;^^<^^^ ^^'^^^^^J^ connue, qui ne soit liée à l'essence nominale, et par la a nos idées
abstraites.
considérer cette portion de -at'^,[« ?°-"X "«^ q^flui soU nécessairement certaine idée abstraite ; dès lors il n y a Plus rien qui attaché, rien qui en soit inséparable. (Ibtd., § b.)
Il n'y a donc pas à parler exactement d'essence réelle dans la nature [ce qui est vrai, c'est que, si nous supposons 1 ensemble des qualité; qui constituent l'or (essence nominale, P"-;^! -^^n)
à cette essence nominale répondra ""V^^^""^^,.^.^"^' ;^^!;**';^ une constitution intérieure, fondement des qualités observées 1^ pensée de Lockel c'est donc que nos divisions en genres et en espèces sont artificielles, qu'elles sont nécessitées par le langage mais qu'elles ne répondent pas à une sorte de plan idéal de la na ture.
., Si nous supposonsque '* -tore disUngue Jes^ho^^^^^^^^^ ïons de tomber dans de grandes méprises. » (HI, vi, i^.)
Berkeley refuse à rhomme la eonceptlon de rabstrait; le nomînalisme distingué ^u c^'^^^P^"^^'^"^^: -- David Hume : passage rapide d'images en îma- ■ ses. - Jusqu'à Berkeley il est difficile de distinguer le nomînalisme du conceptualisme : Occam n'avait pas refusé à 1 esprit le pouvoir de concevoir des idées abstraites Locke admet que Vidée éveillée par un nom général est composée umquement des
caractères communs à tous les individus dénotés par le nom. En refusant à l'esprit la conception de l'abstrait, Berkeley fonde le nominalisme moderne, qui se distingue dès lors du conceptualisme.
« Je ne sais si d'autres personnes ont cette admirable faculté d'abstraire leurs idées : pour moi je trouve que j'ai la faculté d'imaginer ou de me représenter les idées des choses particulières que j'ai perçues, de les combiner, de les séparer de diverses manières. Je peux imaginer un homme à deux têtes, ou la partie supérieure de son corps jointe au corps d'un cheval. Je peux considérer la main, l'œil, le nez, l'un après l'autre, abstraits ou séparés du reste du corps. Mais quelle que soit la main ou quel que soit l'œil que j'imagine, il faut qu'ils aient une forme, une couleur particulière. De même mon idée d'homme doit être l'idée d'un homme blanc ou noir ou basané, droit ou contrefait, grand ou petit ou de taille moyenne. Je ne puis par aucun effort de pensée concevoir l'idée abstraite. Et il m'est également impossible de me former l'idée abstraite de mouvement distinct du corps qui se meut, et qui ne soit ni rapide, ni lent, ni curviligne, ni rectiligne, et l'on peut en dire autant de toutes les autres idées générales abstraites. » {Principes de la connaiss. hum., Introd.)
Cette théorie de Berkeley se rattache à son idéalisme. La notion de matière lui paraît le plus frappant exemple de ces abstractions inintelligibles. Si toutes nos idées sont concrètes et individuelles, ce n'est pas à dire que nous ne puissions arriver par elles à des vérités générales. Quand nous prouvons les propriétés du triangle, l'idée qui est dans notre esprit n'est pas, comme Locke le supposait, l'idée abstraite d'un triangle qui n'est rien qu'un triangle, qui n'est ni équilatéral, ni isocèle, ni scalène, mais l'idée concrète d'un triangle particulier; d'où néanmoins nous pouvons conclure h tous les autres triangles, si nous avons eu soin de n'employer que des prémisses qui soient vraies d'un triangle quelconque. (Stuart Mill.)
David Hume reprend sur ce point les idées de Berkeley.
« Une étendue qui n'est ni tangible ni visible ne peut en aucune façon être conçue ; et une étendue tangible ou visible , qui n'est ni rude ni douce, ni noire ni blanche, est également hors de l'atteinte de la conception humaine. Qu'un homme essaye de concevoir un triangle en général, qui ne soit ni isocèle, ni scalène, qui n'ait ni longueur déterminée ni proportion de côtés, et il reconnaîtra bientôt l'absurdité de toutes les notions scolastiques qui ont trait à l'abstraction et aux idées générales... {Rech. sur l'entend, hum., sect. XII, Ifc part.) Il n'y a pas d'idées abstraites et générales à proprement parler. Toutes nos idées générales sont en réalité des idées particulières attachées à un terme général, gui rappelle occasionnellement d'autres idées particulières gui resseinaient en certains points à l'idée présente à l'esprit. Ainsi, quand le mot cheval est prononcé, nous nous représentons immédiatement l'idée d'un animal blanc ou noir, d'une grandeur et d'une figure déterminées. Mais comme ce terme a coutume d'être appliqué à des animaux d'autres couleurs, figures et grandeurs, ces idées, quoique non actuellement présentes à l'imagination, sont aisément rappelées, et notre raisonnement et conclusion procèdent de la même manière que si elles étaient actuellement présentes ». {Ibid., 2^ part., note.)
Ainsi l'idée éveillée par un terme général, c'est l'idée de l'un
quelconque des individus de la classe avec les particularités qui le constituent individu. Mais ces particularités sont considérées comme n'appartenant pas à la classe. Le terme général, J^race a l'habitude, a pour effet de faire passer l'esprit aisément d images en images, ce qui permet de négliger les traits individuels de telle ou telle image. 11 n'en est pas moins vrai que l'idée générale n est pas conçue en elle-même, indépendamment de toute représentaUon individuelle.
Condillac : les Idées générales ne sont q«e des vues de l'esprit et des mots. - Critique de la définition. - Condillac se rattache, on le sait, à l'école de Locke; son axiome favori, que la science est une langue bien faite, que la pensée est un calcul, rappelle le nominalisme de Hobbes. Mais il garde l'originalité d'une psychologie très ingénieuse, dun style merveilleusement clair. On n'a pas k le traduire, on ne peut que le citer. Il remarque d'abord que la généralisation n'est pas graduel e, que l'homme ne va pas de l'individu à l'espèce, puis au genre, etc.
.. Un enfant nommera arbre, d'après nous, le P'«."'>f^.^;''^«,2ëndanrsi'o1 r='uraX"'ar,T„.r^nerpa?^^^^^^^^
COUD eénérale : souvent même elle le devient trop , ei ceia a" V*' ,,
que^ous confondons des choses qu'il eût été utile ^^J^'^'^^^^^^^^^ ircpart., eh. ,v.) L'enfant le sentira bientôt lui-même etsans des em nen qu eu obéissant à ses besoins », il forme des classes «"^ordonnées (arb^^^ nêcher poirier, etc.). Nos idées commencent donc par être individuelles, pour devenu; tout à'coup aussi générales qu'il est possible ; et nous ne les distr^ buons ensuite dans différentes classes qu'autant que nous sentons le besom ■ de les distinguer. Voilà l'ordre de leur génération.
Les idées générales font partie de Tidée totale de chacun des individus auxquels elles conviennent; ce sont donc des idées abs- - traites qui n'ont de réalité que dans notre esprit. « Qu est-ce au fond que la réalité qu une idée générale a dans notre esprit ? Ce n est qu un nom. » {Log., T part. , ch. v.) Former une classe de certains objets, ce n'est autre chose que donner un nom à tous ceux que nous jugeon semblables ; et quand de cette classe nous en formions deux ou davantage, nous ne faisons encore autre chose que choisir de nou
LE PROBLÈME DES IDÉES GÉNÉRALES 53d
veaux noms pour distinguer des objets que nous jugeons différents.
« Si en pensant à /io??ime je considère dans ce mot quelque autre chose qu'une dénomination, c'est qu'en effet je me représente un homme ; et un homme dans mon esprit comme dans la nature ne saurait être l'homme abstrait et général.» {Log., 2e part., ch. v.) Si les idées générales ne sont que des mots, « pour les bien déterminer il n'y a qu'un moyen, c'est de bien faire la Jangue... Si nous n'avions pas de dénomination, nous n'aurions pas d'idées abstraites; si nous n'avions pas d'idées abstraites, nous n'aurions ni genres ni espèces, et si nous n'avions ni genres ni espèces, nous ne pourrions raisonner sur rien... Tout l'art de raisonner se réduit donc à l'art de bien parler. » {Log., 2e part., ch. V.)
En somme la formation des idées générales n*est qu'un artifice pour mettre de l'ordre dans nos idées.
« Nous nous tromperions grossièrement si nous nous imaginions qu'il y a dans la nature des espèces et des genres, parce qu'il y a des espèces et des genres dans notre manière de concevoir. Les noms généraux ne sont proprement les noms d'aucune chose existante ; ils n'expriment que les vues de l'esprit lorsque nous considérons les choses sous des rapports de ressemblance ou de différence... Ce n'est pas d'après la nature des choses que nous distinguons les classes, c'est d'après notre manière de concevoir. {Log., l'e part., ch. IV.) Si les idées générales ne sont que des collections d'idées simples, il est absurde de demander si de la glace et de la neige sont de l'eau, si un fœtus monstrueux est un homme, etc., toutes questions qui n'ont de sens que si l'on admet certaines essences, certaines réalités, signifiées par les mots eau, homme, etc.. Si nous avions l'esprit parfait, il y aurait autant de classes que d'individus. » {Ess. sur Vorig. des connaiss. hum., sect. V.)
Avec le réalisme scolastique disparaît cette idée que la définition doit nous donner l'essence des choses, qu'elle doit être faite par la différence la plus prochaine et la plus propre à en expliquer la nature.
« Nous sommes encore à attendre des philosophes un exemple de ces sortes de définitions. Elles seront toujours défectueuses par l'impuissance où ils sont de connaître les essences, impuissance dont ils ne se doutent pas, parce qu'ils se préviennent pour des idées abstraites qu'ils réalisent et qu'ils prennent ensuite pour l'essence même des choses. » {Ess. sur Vorig. des connaiss. hum., sect. V, § 8.) Il est vrai « qu'il est bien plus* commode d'entendre par ces mots homme, animal, une entité qui détermine et distingue ces choses, que de faire attention à toutes les idées simples qui peuvent leur appartenir». {Ibid., § 12.) A la définition ordinaire il faut substituer l'analyse. « Ou nos idées sont simples ou elles sont composées. Si elles sont simples on ne les définira pas... Mais quoiqu'elles ne puissent pas être définies, l'analyse nous montrera toujours comment nous les avons acquises, puisqu'elle montrera d'où elles viennent et comment elles nous viennent. Si une idée est composée, c'est encore à l'analyse seule de la faire connaître, parce qu'elle peut seule, en la décomposant, nous en montrer toutes les idées partielles. Ainsi, quelles que soient nos idées, il n'appartient qu'à l'analyse de les déterminer d'une manière claire et précise. {Log., part. II, ch. vi.)
Éclectîsine de Leîbnîz : le calcul philosophique. — Los»iQ"e du possible. Logique de l'actuel. — Sens des unîversaux. — Les genres et les espèces expriment les intentions divines. — Après avoir suivi l'école empirique de Hobbes à Condillac, revenons à l'école idéaliste. Nous séparons Leibniz de Descartes, quoiqu'il s'y rattache étroitement, parce que c'est dans Leibniz qu'est l'origine de la logique
kantienne.
La solution que propose Leibniz au problème des universaux est très propre à nous donner une juste idée de son éclectisme et de sa méthode progressive, qui comprend comme autant de moments les méthodes inférieures. Il admet les grands principes de la réforme cartésienne ; mais il défend la logique de l'Ecole, il lui fait sa place, et il n'est pas jusqu'à l'empirisme de Locke qui ne soit justifié dans une certaine mesure. Pour Leibniz, comme pour Descartes, c'est dans les sciences mathématiques qu'il faut chercher l'idéal de toute science. Faire de toutes les sciences « une vaste encyclopédie démonstrative », tel est le but qu'il veut atteindre. Pour y parvenir, il faudrait : 1° découvrir les concepts élémentaires dont tous les autres sont formés ; 2^ déterminer toutes les combinaisons possibles de ces concepts.
Qtio facto, quando orientur controversL-e, non inagis disputatione opus erit inter duos computistas. Sufficiet enim calamos in inanus sumere, sedttreque ad abacos et sibi mutuo dicere : calculemus. [De Cale, philos., Erd., 84 a.)
On n'évitera pas seulement ainsi les discussions oiseuses , on pourra par le seul calcul trouver des propositions nouvelles. Pour exprimer ces concepts simples et leurs combinaisons, on inventerait des signes d'une valeur absolue, capables de constituer une langue universelle. En opérant sur les concepts simples on atteindrait le possible, le vrai, l'essence, tout ce qui n'est pas contradictoire. Ce calcul métaphysique donnerait ce que Leibniz appelle les .définitions réelles.
Une définitiou réelle c'est celle « qui' fait connaître la réalité a priori,^ en exposant la cause ou la génération possible de la chose définie ». {Nouv. Ess., 1. 111, ch. ni, § 15.) Nous aurions par exemple une définition réelle et causale de l'or, « si nous pouvions expliquer cette contexture ou constitution intérieure » {ibid., § 19) qui lui donne ses qualités sensibles. Donner de l'or une définition réelle ce serait donc le ramener à des concepts simples combinés selon • des rapports nécessaires, expliquer par suite ce qui le rend possible et l'engendre. « Peu de gens ont bien expliqué en quoi consiste la dillérence des définitions réelle et nominale, qui doit discerner aussi ïessence et la propriété. A mon avis, cette différence est que la réelle fait voir la possibilité du défini, et la nominale ne le fait point. La définition de deux droites parallèles, qui dit
qu'elles sont dans un même plan et ne se rencontrent point quoiqu'on les continue à l'intîni, n'est que nominale : car on pourrait douter d'abord si cela est possible ; mais lorsqu'on a compris qu'on peut mener une droite parallèle dans un plan à une droite donnée, pourvu qu'on prenne garde que la pointe du style qui décrit la parallèle, demeure toujours également distante de la donnée, on voit en même temps que la chose est possible* et pourquoi elles ont cette propriété de ne se rencontrer jamais, qui en fait la définition nominale. {Nouv. Ess., III, m, § 19.)
11 importe de remarquer que ces combinaisons de concepts simples nous donnent le vrai, le possible, non l'actuel. « L'essence dans le fond n'est autre que la possibilité de ce qu'on propose... [Nouv. Ess., m, iH, § 15.) Je vous ai déjà dit que les essences sont perpétuelles, parce qu'il ne s'y agit que du possible. » {Ibid., § 19.) Par elles-mêmes les combinaisons de concepts simples n'expriment donc que ce qui est possible; elles ne sont réelles qu'en ce sens qu'elles sont vraies, que par suite elles sont des idées de Dieu. Le monde des idées, pour Leibniz, n'est pas un monde fermé : c'est un ensemble de combinaisons infiniment infinies, parmi lesquelles Dieu choisit la meilleure, la plus parfaite, pour en faire l'actuel. Par le calcul philosophique nous pourrions donc, semblet-il, dépasser la réalité proprement dite. Mais si les définitions réelles peuvent déborder l'univers actuel, elles le comprennent tout entier. Tout actuel est d'abord possible, et par suite peut être défini réellement par son essence.
Si nous pouvions manier la caractéristique universelle, ce calcul mathématique que Leibniz entrevoit, nous pourrions toujours ramener le réel à ses éléments rationnels et aux rapports entre ces éléments qui le rendent possible. En fait il n'en est pas ainsi. Mais de toutes les combinaisons possibles Dieu a choisi la plus riche, la plus parfaite et la meilleure. Les possibles ne sont soumis qu'au principe de contradiction ; l'actuel est déterminé par le principe de raison suffisante. Il règne donc dans l'univers réalisé par la création un ordre que nous pouvons découvrir.
« Lorsque nous considérons la sagesse et la puissance infinie de l'auteur de toutes choses, nous avons sujet de penser que c'est une chose conforme à la somptueuse harmonie de l'univers et au grand dessein aussi bien qu'à la bonté infinie de ce souverain architecte que les différentes espèces de créatures s'élèvent peu à peu depuis nous vers son infinie perfection... La loi de la continuité porte que la nature ne laisse point de vide dans l'ordre qu'elle suit ; mais toute forme ou espèce n'est pas de tout ordre. » [Nouv. Ess., 1. III, vi, § 12.)
Le monde, tel qu'il nous apparaît, offre donc un ordre, une hiérarchie de formes, par lesquels aussi il est accessible à l'intelligence. Au-dessous de la méthode supérieure, définitive, qui va
combinaisons, U y a aonc p i ^^^^ ^^
dans les choses.
„ ..art de range, les t se-^lnf ;\Tat^^ïl'.''^- Œ p^hI; tance et sert beaucoup tant au J"Sf "^f/'^ *^^ . ^^,,^^3 sortes de notions sous
tir/Xforp1:.a^riT„ai::dS^^^^^ .u ,uel,ue cHose de .. utile. » {Nouv. Ess., 111, m, § 9.)
Celte loRique de l'École permet de donner les définitions que lSZ IppeUe nominales , définitions qui, contrôlées par expérSnc " deviennent en un sens des définitions réelles, puisque de l'actuel on peut conclure au possible.
seulement les caractères de a chose q^«^»^;;„"^J»'<jtaS„ nominale; mais
^erSS:^^f^e":et'o^^^
- '^e^n-re ^^^^^1 Û^ ' "" ''''' ^ ''^ '^^ lités se trouvent ensemble ». (Nouv. Ess.. UI, m § !»•)
Nous savons maintenant en quelle mesure Leibnix est réaliste Ce nVsînas àcoup sûr à la façon des Scolastiques. Les genres et le ^ptcLn: ::;rpas pour ^ des êtres irr^ducf le^ ex.tan^^ ava^t les choses • les genres et les espèces sont déjà des notions com plexes qu^ l'analyse ramènerait à des concepts simples combine selon des rapports nécessaires. Mais les genres et les e«P':'=«^ Ïpriment L raison souveraine, ils répondent à la volonté de Dieu aux effets du choix divin, qui, de tous les mondes possibles, a • ï^iStli qui réalisait le plus de PerfecUon. Par - W^^ qu Leibniz se rapproche de la métaphysique d Aristote, il rend une valeur à la logique qui lui est intimement unie.
..Lagénéralitéconsistedanslaressembl^^^^^
rmem6/ancee5<wnerea/i<é (iVowu.L5*.,lU,i",âii-J l'homme et delà
fixe ordinairement les limrtes f^^l^^^f^^^^^^ une réalité
bête, de l'estoc et de la taille.. (iVoMV.Lw.,iii,v, 8 pas moins
■ même aux qualités de l'esprit. « Les q^f^^^^^/^ -l'^Pf,»^? gt^'iee comme un réelles que celles du corps. 11 est -r-^^^"^^^^^\V; ^^ni^^^^^^^ cheval, mais on ne l'entend pas moins, ou P "*/^, ^^,^. ^^^^^^^^^ mouvements,
' moins dans les actions que la droiture ou 1 obliquité est dans les mou
soit qu'on la considère ou non. » {Nouv, Ess,, ^^\j:l'^^^ll^'^ simples;
analyse la philosophie de Leibniz n'admet que ^^^^^nf nrôduise iaml deux et le principe des indiscernables exige que la nature ne produise jamais a
êtres identiques : on ne trouve donc jamais les dernières espèces logiques, et jamais deux individus réels ou complets d'une même espèce ne sont parfaitement semblables. {Nouv. Ess., 111, vi, § 8.) Mais ce n'est pas à dire qu'il n'y ait rien d'essentiel aux individus, que rien ne réponde dans la réalité à nos notions générales, « Je crois qu'il y a quelque chose d'essentiel aux individus et plus qu'on ne pense. Il est essentiel aux substances d'agir, aux substances créées de pâtir, aux esprits de penser, aux corps d'avoir de l'étendue et du mouvement ; c'est-à-dire, il y a des sortes ou espèces dont un individu ne saurait {au moins naturellement) cesser d'être quand il en a été une fois, quelques révolutions qui puissent arriver dans la nature... » {Nouv, Ess,, m, VI, § 1.) « Et si nous avions la pénétration de quelques génies supérieurs et connaissions assez les choses, peut-être y trouverions-nous des attributs fixes pour chaque espèce, communs à tous ces individus et toujours subsistants dans le même vivant organique, quelques altérations ou transformations qui pussent arriver ; comme daus la plus connue des espèces physiques, qui est l'humaine, la raison est un tel attribut fixe qui convient à chacun des individus, et toujours inamissiblement, quoiqu'on ne s'en puisse pas toujours apercevoir, » {Nouv. Ess,, 111, vi, § 14.)
Nous voyons en quel sens Leibniz rend une valeur à la logique de rÉcole et une réalité aux universaux. « Les relations et les ordres ont quelque chose de Vêtre de raison, quoiqu'ils aient leur fondement dans les choses ; car on peut dire que leur réalité, comme celle des vérités éternelles et des possibilités, vient de la suprême raison. » [Nouv. Ess,, II, xxv, §1.) Mais « l'existence réelle des êtres qui ne sont point nécessaires est un point de fait ou d'histoire )>. [Nouv. Ess., III, V, § 3.) Il ne faut donc pas se hâter d'établir des genres et des espèces, et c'est ici le heu de reconnaître le rôle de l'expérience. Dès que nous nous attachons à des caractères vraiment communs , quelque chose répond dans la réalité à notre généralisation ; mais nous devons autant que possible nous approcher de l'ordre naturel; pour cela, ne pas prendre au hasard nos principes de classification.
« Nous pouvons dire que tout ce que nous distinguons ou comparons avec vérité, la nature le distingue ou le fait convenir aussi, quoiqu'elle ait des distinctions et des comparaisons que nous ne savons point et qui peuvent être meilleures que les nôtres. Aussi faudra-t-il encore beaucoup de soin et d'expérience pour assigner les genres et les espèces d'une manière assez approchante de la nature... Chaque fondement de comparaison mérite des tables à part. » {Nouv. Ess., III, VI, § 14.)
Les sciences naturelles ont fait de grand progrès : Leibniz ne peut se contenter de \ arbre de Porphyre, des généralisations banales de l'Ecole, et il marque nettement la nécessité de l'expérience pour la classification, en même temps que la distinction des classifications artificielles et naturelles. La plupart de nos divisions ne sont que « provisionnelles », bien souvent « nos marques ne sont que
conjecturales ». Leibniz va jusqu'à admettre en une mesure et à titre de simple hypothèse un transformisme relatif. .
,, Il peut y avoir eu un temps où les espèces «talent plus sujettes à changer au-e es ne sont présentement parmi nous, et plusieurs an.maux, qu. ont Quelque chose du' hat, comme le lion, le tigre et le 'y"?;. P?-,';?-"' ^'''f^f,^ A'uJ même race Aussi je reviens tou purs à ce que j ai dit plus d une fois, trno7dZlnlnaiion^<lès espèce, physiques sont provisionnelle, et proport,on. nettes à nos connaissances. » (-Voiit). Es»., III, vi, § -J.)
Telle est la doctrine compréhensive de Leibniz : elle concilie les exigences de l'empirisme, les traditions de l'Ecole et les ambitions du cartésianisme. L'expérience est un premier moment, elle compare les choses, nous apprend, leurs rapports réels; la logique met à profit ces données de l'expérience, et, reposant sur 1 ordre, repose sur un fondement naturel ; le calcul philosophique nous transporte au delà de l'actuel dans le possible, et nous donne la connaissance véritable qui est la connaissance par les causes.
liant : la logique est mie science purement formelle. - Théorie conceptualîste des notions générales. — On peut dire que jusqu'à Kant la logique a été considérée comme une science pratique. Déjà, pour Aristote, elle est une théorie de la science et de la méthode qu'il y faut appliquer. Même au moyen âge, où elle tient une si grande place, elle n est pas tant une science indépendante, existant pour elle-même, que l'instrument de toute recherche scientifique. Enfm, les Cartésiens et les Empiriques s'accordent à la définir l'art de penser ; ils la considèrent comme intimement liée à la pratique, à la méthode. Fout autre est la pensée de Kant. La logique, suivant lui, n'est pas 1 Orqnnon des sciences ; &\\b est une science pure, abstraite, formelle, sans aucun rapport aux objets de la connaissance. Elle est une sorte de mathématique des formes les plus générales et les plus abstraites de la pensée.
• .. Depuis Aristote la logique n'a pas eu à faire un pas en arrière,... e» J»s<I"'jî; elle n-a^u faire un seul pas on avant ; ainsi, selon tou e aPP^»^'^:^^ 'V-^^^,*!: arrêtée et achevée... Si la logique a été si heureuse elle ne do't cçt ^v^.itage qu'à sa circonscription, qui l'autorise et même l'oblige à faire «^hst. ac ion de t'ous les objets de la connaissance et de leur différence, et q«. vc^t que J cnJ,o dément ne s'y occupe que de lui-même et de sa forme. -. [Cnt. de <«»«»»'' ««"è! Préf. de la 2= édit ) - - Si nous faisons abstraction de toute connaissance me nous ne pouvons acquérir qu'à l'occasion des o'.jets, et que "ous réflech
■ s ôns seulement à l'usage de l'entendement en général, alors °ous dé ouvron^ ces rècles absolument nécessaires sous tous les rapports e «^"* J^^^ '" ^/^J'è aux objets particuliers de la pensée, parce que sans elles il ny "i™ P^^ ^. pensée. Ces règles peuvent donc être considérées « prwv,, c'est-a-dire indcpen
LE PnOBLÈME DES IDÉES GÉNÉRALES
damment de toute expérience, parce qu'elles contiennent simplement mnf distinction d objets, les conditions de l'usase de l'entendempnt T "- qu'il soit pur ou expérimental. D'où il suit iJcelll^^ZlLles ^
La logique ne peut donc déterminer la méthode des sciences sans cesser d'être elle-même, toute science portant sur un objel donne. {lôid., p. o.) La confondre avec la psychologie ou la métaphysique, c est la dénaturer. La logique fait abstraction de tout le contenu de la connaissance ; n'ajant point de principes empiriques, elle n a rien à tirer de la psychologie, . elle est une doctrine démontrée, et tout y doit être parfaitement certain a priori » {Critique de la raison pure, Introd. à la 2« part.) Ainsi isolée de la psychologie, de la méthode, de tout rapport à l'objet de la connaissance, la logique se réduit à une théorie du raisonnement syllogistique, de la pensée purement analytique, « elle ne s'occupe que des règles de la pensée dans les notions, les jugements et les raisonnements ». {Log., p. 42.)
Dans sa théorie de la notion ou de Vidée, Kant résume avec précision, mais avec une certaine sécheresse, la doctrine de l'École « La notion est une représentation générale [reprœsentatio per notas communes, par des caractères communs) ou réfléchie (discursiva) L le est donc une idée susceptible d'être contenue dans celles de plusieurs choses différentes » (animal, par exemple, dans cheval homme, etc.). [Log., p. 132-133.) On forme les notions par la comparaison , par la réflexion ou attention donnée aux caractères communs, par l'abstraction ou l'élimination de tout ce par quoi les représentations données se distinguent. Kant veut qu'on donne au mot abstraire un sens unique, qu'on ne l'emploie que dans le sens de faire abstraction de, c'est-à-dire de négliger. En ce sens 1 abstraction n'est qu'une condition négative dans la formation des concepts. L'abstraction logique continuée donne toujours naissance H des notions supérieures (plus étendues); la détermination logique (addition.de caractères) continuée fait toujours naître des notions inférieures. On détermine l'extension d'une notion par la dimsion, sa compréhension par la définition.
Il est facile de voir que la doctrine de Kant est un conceptua-
isme: c'est une conséquence nécessaire delà définition même de
la logique. « La logique générale, faisant abstraction de toute
matière de la connaissance, ne peut considérer la notion que par
rapport à sa forme, c'est-à-dire seulement au point de vue sub-
J. HiST. DE L\ PHIL. 35
iectif » {Log., p. 137.) Ce qui intéresse la logique, c'est la généralité de la notion, son rapport aux termes qu'elle contient en un mot ce qui en fait la condition du jugement. Quand on parle d essence en logique, on entend seulement l'ensemble des caractères élémentaires compris dans une notion et permettant de la determiner.
Il nP 3-a"it pas du tout dans cette explication de l'essence réelle ou nahiyelle del Zses" qSe nous ne pouvons nullement connaître : car la logique, lamnt abstractfon de toute matière de la connaissance, par conséquent auss.de la ^^1. même n'envisase que Tessencc logique (ou nominale) des choses. Et cette essence est ïacile^ flire connaître, il suffit pour cela de la connaissance de tousTes préd cats par rapport auxquels un objet est détermmé par sa no- Uon aulteuquepou? connaître l'essence réelle de la chose («»^7).• '''»"; drait avoir la'conSaissance des prédicats dont dépend tout ce qui la.t partie de son existence, comme principes de détermmation. {log., p. 88.)
Telles sont les vues de Kant sur la Logique formelle. Quant à ce au'il appelle Logique tramcendantale, sa théorie des catégories, Sous l'avons e..pliquée plus haut (l'« part., Problème de la raison).
Ilésel : la logique Identlûée avec la métaphysique — Pour Ilégel, la logique se confond avec la métaphysique. Dans'la Critique de la raison pure, Kant avait cherché à montrer que la forme et le contenu de la pensée sont indépendants 1 un de l'autre , et il avait rapporté la forme uniquement à l'esprit qm pense, le contenu ou la matière auK objets qui l'affectent. Ce qui. caractérise Hegel, c'est qu'il identifie le contenu ella forme de la connaissance, la pensée et l'être. C'est assez que l'esprit développe la suite nécessaire de ses idées, pour qu'il reproduise l'évolution nécessaire des choses. La logique, pour Hegel, est la science de la pensée pure, abstraction faite de tout objet, et même de tout sujet de la pensée; l'être étant identique à la pensée, elle est donc la science des formes les plus générales de l'existence; elle est, à la réalité, ce qu'un plan est à une ville. La logique de l'Ecole trouve sa place dans la construction grandiose de Hegel; mais le concept (Begriff), le ju-ement et le raisonnement ne sont plus seulement des procédés de l'esprit, ils y prennent une valeur objective , ils y deviennent des lois des choses, immanentes à la nature, exprimées par l'évolution de l'univers '.
1. Nous ne pouvons que signaler cette trangformalion de lii logique dans l'école hégélienne. 11 est impossible d'isoler la doctrine du concept qui n'a de sens que par la déduction gé-
nérale. Nous renvoyons à la belle eipositio" de M. Vacherol dans la îtétaphysqM! et w Science, 2'édit.,t. 111.
Hamilton reprend la déOuîtion kantienne de la logique. - Théorie logique des concepts, -il logique de l'Ecole complétée par la théorie de YiZ volulion et de la coordination. - Hamilton accepte et reprend les idées de Kant sur la nature de la logique. H la déflnil: « la science des lois de la pensée en tant que pensée. >, Ce qu il entend par là, c est que
Un passage de M. Mansel, disciple de Hamilton, éclaircit la pensée du maître. (Stuart Mil], ibid., p. 447.) ^
et'r:iSLTtrqTdStr^^^^^^^ 'f.^ -r^^^. ^"«--ts
diction ; elle les prVlameTnrsSégilTmre'na'^'q"^^^^
pas elles-mêmes... laissant à telle ou telle oarUpHp. ol- \. détruisent
terminer si les mêmes prodaitst'^eas tfonrgaraot s^^^^^^^^^^ ' '/'
telle ou telle expérience spéciale. fe^ranus par le témoignage de
Ainsi la logique se préoccupe seulement de l'accord de la pensée avec elle-même, elle ne comprend que la théorie du raisonnement syllogisfque, elle n'a rien à faire avec la méthode des sdenc" pa"!
Hamm;n hT -r/ "" '"^^'^°'l«'«S'^t« = il «'est pas un logicien.
Hamilton définit le concept « la connaissance ou l'idée du caractère ou des caractères généraux, du point ou des points, dans lesquels une pluralité d'objets coïncide ... (Lect., t. III. p. ,22.) DansTa formation d un concept on peut distinguer quatre moments. Il faut d abord la perception ou le souvenir d'une pluralité d'objets En second .eu, la comparaison s'applique à ces objets et leurs diverses qualités sont jugées semblables ou dissemblables. En troisième
r; r "'n**' r""°"' 'PP^**' '''""'''"'> '=°"'=«"tre la conscience sur les qualités dont on reconnaît la similitude ; et cette concentration de la conscience sur ces qualités suppose que la conscience fait abstraction A. ce\[^, qui ont été reconnues dissemblable., et à ce e UaZT/i «^-^té. En effet, le pouvoir delà conscience est limité,
l'unîtê H?, K'" r''/- '°" '°"' '" P'-"P°'-"o" de ^ si-^plicité et d; 1 unité de 1 objet. « L attention et l'abstraction sont les deux pôles
bZt r % -f'"''' '■ '""""' '"' <^^"" P''^'^*"'' «PPo^é^ d'une balance. 1 un doit monter quand l'autre descend. , Le quatrième
n^oment c'est la synthèse dans la -."-'--/^^^r'irrTn ui Kine M mi«5P^ en Dleine lum ère par 1 attention. [J^ect.y m, nSÎ 3 ) i:; urrairconsidérer cole un cinquième moment fa ZoSiZ^ Hamilton admet bien que l'esprit est capable, sans l'aide du langage, de certains concepts élémentaires.
Mais un signe est nécessaire pour dn^^^^^^^^^^^ ^^^Mii^ . ^ nou^rpViSt tellectuel, pour fixer chaque P^«^^„t " Une "Se peut se répandre sur un pays,
de départ PO»^''^ """J^^^^X^en y tahS des forteresses. Les mots mais elle n'en fait '^conquête qu '^^ J ex^mpie. Vous ave. en-
sont les forteresses de la P^"ff ;" ;^, X^, „„ banc de sable. Dans cette opétendu parler du P^'^.tf''"' t""JrTmoi^squ"à chaque pas on ne se mette en ration il est impossible de réussir ^^"^«^^^ \^ Jt ^l „euser plus avant.
s,^reté en bâtissant "n^"'^**\%^^,7eC■^t ce que la voûte est pour le tunnel.
Or le langage est P'^^^f™/"* P"";; je CT^user ne dispensent pas, le premier Le pouvoir de Pen^e-j^et le pouvo de Çr<;us ^^^ ^^^^^ ^^^^^^ ^^^ ^^^^
'o^rtlinrrpour^aÛ airard^^^ de son premier pas. (P.i38.t39.)
rotte théorie psychologique de la formation des concepts amène Ham toi rTou'enir, comme Berkeley, que les concepts ..son touTà fait incapables d'être réalisés dans la pensée .,. Formes par comparaison ils n'expriment qu'une relation.
DU moment que -«s voulons n„.s ^^^^^::^:Z:: ^^^^"^ comme objets absolus ^ pa^^ hor» ^« t°^f J^^^^j^ t„„t , e„up ; nous troucrètes ou individuelles, leur na';"J^ J='°" .„„résenter aucune des qualités exvons, en effet, ^""'1 - -f^t^'^^^'.feômme aCe "un objet in'dividuel et primées par un concept, ^' f "f ^° = .^ p„ .-e que, si nous devons nous les
déterminé, et '«"»« '-;^„8„" ^L'^n"," du de l classe, nous pouvons le faire fîfTurer sous la forme d un ceriaui luui 12S-9.) Le concept
s?us la forme de l'un quelconque ^ «"' « «"^-^^^^^^^ attribution
cheval, pare.emple, n^P^" j/^/t^'tr^.'^^re'^igin^^^ il ne peut s'appliquer nrntbjet:trm^rsSe'Suéf ^n objet quelconque, il ne peut
être conçu. (P. i3y.)
11 ne «uit pas de là toutefois, suivant Hamilton, que les concepts so nt de purs mots .. et qu'il n'y ait rien de général dans la pensée soient ae pi , ' ^^ ^^^^^ la controverse entre nomina-
X^tLcepi-aS est, selon lui, l'emploi équivoque des
Ses termes pour désigner les -Pr^-^J.^^'-^^f^^^^r C" et les concepts de l'entendement. Il semble , d après cela, que,
mag nat on ne peut se représenter quelque chose de gênerai ou d' mW rsd, la pensée proprement dite le peut. Ma,s Hamdlon ne vieTirpas de dire tout le contraire à propos du concept cheval ?
Si un concept, lui objecte Stuart Mil! n'existe P- --;- «l^.'^i.^.t'ra:! lfr^SlnnSi7r;iUÎi?d1s^aXrprt;es,r:rn.es. une somme d'at-
tention qui lui est garantie par l'association spéciale qui l'unit à un nom, que signifie la place suprême qu'on assigne aux concepts dans toutes les opérations intellectuelles? A-t-on le droit de fonder la logique tout entière, toute la théorie du jugement et du raisonnement sur une chose qui n'a qu*une existence fictive et interprétative ?... Se peut-il que nous pensions et raisonnions au moyen de ce qui ne peut être pensé, de ce dont nous ne pouvons avoir conscience ? {Philos, de Ham., trad. fr., p. 379-380.)
Hamilton expose dans le détail la théorie logique des concepts. Il étudie tour à tour leur quantité (extension — compréhension) ; leur qualité (clarté et distinction — obscurité et indistinction) ; leur imperfection (psittacisme); leurs relations considérées selon l'extension (exclusion — coextension — subordination — coordination — intersection); selon la compréhension (notions similaires — réciproques — concordantes — opposées contradictoirement -— contrairement). Hamilton prétend compléter la théorje classique du concept et par suite toute la logique formelle en ajoutant aux relations selon la compréhension, déjà reconnues et étudiées dans l'Ecole, les relations qu'il désigne sous les noms d'involution et de coordination.
Ces relations ont été l'une et l'autre négligées par les logiciens, et par suite une des deux grandes formes de notre raisonnement leur a nécessairement échappé. Tout raisonnement, en efl'et, est soit du tout aux parties et des parties au tout, selon la quantité de l'extension; soit du tout aux parties et des parties au tout, selon la quantité de la compréhension. Il y a une inférence déd.uctive et inductive, selon l'extension et selon la compréhension, et si le raisonnement sous l'une ou l'autre de ces quantités devait être omis, c'était plutôt peut-être celui que les logiciens ont exclusivement étudié. Car la quantité d'extension est une création de l'esprit et elle n'est créée qu'au moyen de la quantité de compréhension, en tant qu'elle en est abstraite, tandis que la quantité de compréhension est donnée dans la vraie nature des choses. La première quantité (extension) est donc secondaire et factice ; la seconde (compréhension) est primaire et naturelle. {Lect., III, p. 217-218.)
Entendons bien Hamilton ; il reproche aux logiciens de n'avoir fondé la théorie du raisonnement syllogistique que sur les rapports extensifs des termes : (animal — homme — Pierre); et il soutient qu'il y a une forme de rai&onnement qui repose sur l'analyse de la compréhension. Il s'étonne d'autant plus que les logiciens aient négligé le raisonnement fondé sur la quantité intensive qu'ils ont formulé nettement la loi sur laquelle, selon lui, repose toute la logique de la compréhension. Cette loi est la suivante : « le caractère du caractère est le caractère de la chose; le prédicat du prédicat est le prédicat du sujet {nota notœ est nota rei ipsius, prxdicatum prœdicati est prxdicatum subjecti): par exemple : tous les attributs compris dans animal sont compris dans homme. En un
n.ot , selon Hamilton . on a laissé de c6té toute «"jj ^^'^f Jj^^^ svUogisiique. On n'a étudié que le raisonnement selon 1 extension, on n'a pas vu qu'il y a un raisonnement selon la compréhension, rt cela'parce qu'on'n'a pas insisté sur les relations A'^nvolut^on
et de coordination.
Nous verrons dans la théorie du syllogisme comment se construit le raisonnement selon la compréhension ; nous n avons ici S ntendre les relations sur lesquelles il se fonde. La remarque cTAale, c'est que, sous le rapport de la --pr^h^^^^^^^^^^^ miP ^ous celui de l'extension, les concepts sont 1 un à 1 autre dans iT re laïion d" contenant et du contenu. Cette relation dans la auan itéTntensive (compréhension) peut être appelée tn.o/uaon, Soppêment. Prenons des exemples. Le concept homme corn- ;;enrderiuributs constitutifs : raisonnaf^le ^ animal. Mais chacun de ces concepts partiels, qui réunis composent la compréhension d: c Lept total Imme. est à son tour un tout --po^^^^^^^^^^^^^^ Le concept animal comprend par exempte comme éléments m- .aJsenLle^ organisé. Chacun de ces éléments est .^^^^^^^^^^ tout relatif, divisible en concepts partiels ^^^ l^ ^^". Jf ^^^^^ * ^^^^^ terme de l'analyse ne peut être que les attributs --P^^^;;!-;^^^^ éléments derniers, irréductibles, dans lesquels ^- ^^J^^ l'^^^^^^^^ résolue Comme les parties des parties sont des parties du tout, le
:1:Z homme, quf comprend ^^^^^^^^ '^^^^::Z sonnable et animal, comprend médiatement leurs P^J^^^^^^;^^ parties de leurs parties, jusqu au terme du developpemen • Nou pouvons dire non seulement que l'homme est un animal mais auil est un être vivant, un être sensible, etc. (lH, p. 1^3-144.) Lus entrevoyons comment il est possible de tirer des conclusions de cet enveloppement des concepts élémentaires et simples dan un concept plu's complexe et plus riche. La notion enve oppantj ^Lolving) ou le tout est ici la notion la plus complexe ; la notion L0/.4 enveloppée ou la partie est la notion la plus simple Deux notions sont coordonnées selon la compréhension quand, ne s'enveloppant pas l'une l'autre , elles constituent par leur reunion une notion dans laquelle elles sont, lune et V-tre n^^^^^^^^^ diatement, mais immédiatement comprises Ainsi dans ^^'^^ ^^^ notions animal et raisonnable sont coordonnées. « Les notions coordonnées dans le tout de la compréhension, sont, en ce qm est des caractères distinctifs, différentes sans une ressemblance. Elles sont ainsi, pro tanto, absolument différentes, et par suite sont proprement appelées disparates {notiones disparatœ). >> L importance
qu'Hamilton et ses disciples attachent à ce complément de la théorie du concept, s'explique parles conséquences qu'il a pour la théorie du raisonnement déductif.
Stiiart ilill : la logique n'est pas une science formelle ; « logique de la vérité. » — Impossibilité de concevoir Fabslraît et le général : noinlnallsme. — Pour Hamilton, comme pour Kant, la logique est une science purement formelle : elle ne sait rien de la vérité ou de la fausseté des propositions elles-mêmes, elle n'en tient pas compte; dans le raisonnement elle ne garantit ni les prémisses, ni la conclusion, mais seulement la conséquence des premières h la dernière; pour elle, « tout ce qui n'est pas contradictoire est vrai »., Stuart Mill, qui a critiqué pas à pas avec tant de force et de subtilité la doctrine d'Hamilton, se fait de la logique une idée toute contraire. Hamilton restait dans la tradition de l'École; Stuart Mill n'est pas un réformateur, mais un révolutionnaire; non pas qu'il rejette en bloc les vérités acquises; mais en les interprétant il en bouleverse toute l'économie. Mill ne veut pas qu'on isole la logique de la vérité.
La logique est l'art de penser correctement et la science des conditions 'd'une pensée correcte. {Philos.de Ham.,ir . fr., p. UO.) Elle ne peut donc dédaigner la vérité, faire abstraction de la matière de la connaissance, puis- .que la pensée n'est vraiment correcte que quand elle est en accord non seulement avec elle-même, mais encore avec les faits. Quel est avant tout le but •delà pensée? Assurément la conquête de la vérité. Assurément l'élément, je ne dirai pas unique, mais essentiel d'une pensée valide, c'est que ses résultats soient vrais... (/6frf., p. 445.) Ce n'est que parce qu'elle peut servir à atteindre la vérité matérielle que la validité formelle d'une opération de pensée a quelque valeur. {Ibid.. p. 451 .) La logique ne s'occupe pas des vérités immédiatement connues ; son domaine est limité aux vérités connues par l'intermédiaire d'autres vérités ; elle est la science de la preuve ; mais elle est la théorie complète de la constatation de la vérité par raisonnement ou inférence {Log., t. p', trad. fr., p. 234) ; la logique formelle, la logique de la conséquence n'est qu'un chapitre, une partie subordonnée de la logique générale, de la logique de la vérité.
Pour renouveler la logique, en la ramenant aux faits et à la réalité, pour lui enlever tout caractère scolastique, Stuart Mill s'attaque à. ce qui, depuis Aristote, avait paru aux logiciens l'élément essentiel des opérations logiques*. Il enlève toute existence indépendante, même dans l'esprit, à l'universel. L'ancienne logi-
1. M. V. Brochard a bien mis ce point en lumière dans ses articles sur la logriq«e de Stuart Mill, Mevue philosophique, t. XII, 1881.
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que, reposant tout entière sur la quantité des idées générales et sur leur enveloppement réciproque, tombe du même coup. Hamilton avait admis, comme Berkeley, que le concept ne peut être un objet indépendant pour la pensée, et cependant, par une apparente contradiction, il avait exposé toutes les opérations de l'intelligence avec le langage et les suppositions du conceptualisme. {Philos, de Ham., trad. fr., p. 379.) Stuart Mill prétend être plus conséquent et plus radical. Selon lui les concepts ne sont rien. Berkeley a raison, il est impossible de représenter ou de concevoir une chose en général. Quand il y a dans l'esprit autre chose qu'un mot, c'est toujours une image concrète. L'objet de la pensée, ce n'est jamais l'homme, le cheval, le triangle; c'est toujours un homme, un cheval, un triangle. Gomment donc expliquer l'illusion psychologique qui a donné naissance au conceptualisme.
A proprement parler nous n'avons pas de concepts généraux, nous n'avons que des idées complexes d'objets au concret ; mais nous pouvons porter exclusivement notre attention sur certaines parties de l'idée concrète ; et par cette attention exclusive nous donnons à ces parties le pouvoir de déterminer exclusivement le cours de nos pensées, telles que l'association les évoque subséquemment ; et nous sommes à même de suivre un enchaînement de méditations ou de raisonnements relatifs à ces parties seulement, tout comme si nous étions capables de les concevoir séparées du resto. {Philos, de Ham., p. 371.) Ce qui contribue le plus à nous donner ce pouvoir, c'est l'emploi des signes et surtout des noms. Nous créons une association artilicielle entre les attributs communs à un groupe d'objets, et une certaine combinaison de sons articulés. Quand nous entendons le son, s'éveille dans notre esprit l'idée d'un certain objet possédant ces attributs, et dans cette idée ces attributs seuls sont suggérés vivement à l'esprit, tandis que la conscience que nous avons du reste de l'idée concrète demeure faible. Comme le nom n'a été directement associé qu'à ces attributs, il peut d'ailleurs les rappeler aussi bien sous une combinaison concrète que sous une autre. {Philos, de Ham., p. 372.) Ainsi jamais nous ne pensons le général, toujours il y a dans l'esprit quelque image concrète ; mais cette image varie selon les cas, tandis que l'association du nom avec les attributs, qui forment sa signification conventionnelle, devient de , plus en plus forte.
En un mot le nom représente une habitude de l'esprit , celle de porter une attention spéciale et plus ou moins exclusive sur certaines parties de la présentation des sens ou de la représentation de l'imagination dont nous avons conscience. Or cette habitude subjective fait toute la réalité du concept, le concept n'existe donc que par le mot. Stuart Mill ne prétend pas d'ailleurs donner au mot une existence indépendante, lui attribuer, comme Gondillac, le pouvoir de penser pour nous; le mot ne représente qu'une habitude de l'esprit; en dernière analyse ce qui existe ce sont les faits particuliers, point de départ de toutes ces opérations successives.
On ne peut fonder la logique sur les concepts qui ne sont pas objets de la pensée.
Si le concept n'existe pas comme objet distinct et indépendant de pensée, s'il n'est jamais qu'une partie d'une image concrète, et s'il n'a rien qui le distingue des autres parties, si ce n'est une somme d'attention, qui lui est garantie par l'association spéciale qui l'unit à un nom, que signifie la place suprême qu'on assigne aux concepts dans toutes les opérations intellectuelles? Ne serait-il pas plus clair et plus vrai de dire que nous pensons au moyen d'idées de phénomènes concrets, tels qu'ils sont présentés dans l'expérience ou représentés dans l'imagination, et au moyen de noms qui, en vertu de leur association particulière avec certains éléments des images concrètes, arrêtent notre attention sur ces éléments ? {Philos, de Ham., p. 380.)
De même il ne faut pas parler de la quantité, de l'extension, de la compréhension des concepts. Il faut dire simplement que le nom générique dénote les objets et connote les attributs. Oiseau, par exemple, dénote les aigles, les moineaux, les corbeaux, les oies, etc., et connote la vie, les ailes et les autres propriétés à cause desquelles nous appliquons le nom. Il ne s'agit là en somme que de la double signification des noms génériques. La théorie de la définition doit être aussi modifiée conformément à ces principes.
L'idée la plus exacte et la plus simple qu'on puisse donner de la définition, c'est qu'elle est une proposition déclarative de la signification d'un mot, la signification usuelle ou celle que celui qui parle ou écrit entend attribuer au mot dans un but particulier. {Log., tr. fr., 1. 1", p. 149.) L'ancienne logique prétendait exprimer par la définition l'essence de la chose définie, c'est-à dire le fond caché, primitif, sans lequel elle ne peut ni exister ni être conçue, le quelque chose qui la fait être ce qu'elle est, le principe et le résumé de toutes ses autres propriétés. Rien de plus stérile que ces propositions soi-disant essentielles, elles sont purement verbales. « Tout ce qu'il y a de vrai dans l'assertion que l'homme ne peut être conçu sans la rationalité, c'est que s'il n'avait pas la rationalité il ne serait pas considéré comme un homme. Il n'y a impossibilité ni dans la conception, ni, autant que nous sachions, dans la chose. L'impossibilité ne résulte que des conventions du langage, qui ne permettraient pas, même la chose existât-elle, de lui donner le nom exclusivement réservé aux êtres raisonnables. » {Log., t. I«^ p. 121.) La nature d'un être est un ensemble complexe de qualités; aucune définition ne peut déclarer toute cette nature, et toute proposition qui affirme une qualité quelconque de la chose déclare une partie de cette nature. {Log., t. 1er, p. 161.)
11 faut donc renoncer à l'espoir chimérique de démêler sous les propriétés accidentelles une propriété essentielle, principe et abrégé de toutes les autres.
Toutes les définitions sont des définitions de noms et uniquement de noms. Seulement, tandis que certaines définitions ne sont expressément que l'explication du sens d'un mot, certaines autres, outre l'explication du mot, impliquent qu'il existe une chose correspondant à ce mot. {Log., p. 161.) On dit
faits. (Log., t. 1", p. 162.)
La vérité c'est que certaines déûnitions, en même temps qu'elles expliquent le sens d'un mot, afTirment l'existence d une chose repondant au mot. C'est cette réalité, c'est ce fait qu. peut devenir « le fondement de tout un édifice de vérités scientifiques ». 11 faut renoncer à l'espoir de découvrir des formules magiques, qui contiennent l'essence des choses. La définition, comme le concept, nous ramène aux mots, et par les mots aux faits, aux expériences qu ils résument.
Conclusion. - Dans cette longue histoire nous avons trouvé trois grandes théories en présence ; le réalisme, le conceptualisme, le nominalisme. Le réalisme, tel qu'il a été soutenu au moyen âge, n'est plus qu'un fait historique. 11 n'est pas un philosophe qui admette aujourd'hui l'existence de l'homme en soi. Mais le réalisme n'a pas cessé d'exister, si l'on entend par là une doctrme qui admet dans les choses une raison qui rende possible et la logique et sa valeur objective. Le nominalisme et le conceptualisme, jusqu h Berkeley, sont bien difficiles à distinguer. Berkeley donne un sens à cette distinction en refusante l'esprit toute conception du gênérai et de l'abstrait. Tout empirisme conséquent est nommaliste; le nominalisme, en supprimant l'universel, ruine le fondement de la logique formelle. Ce qu'il faut retenir du nominalisme, ce sont ses observations très justes sur l'importance du langage et sur la nécessité de ne pas isoler la pensée de la réalité. Le conceptualisme, admettant l'existence de l'universel, au moins dans la pensée, comme une forme que l'esprit dégage des choses, comme un type qu'il construit selon des règles fixes, suffît à 1 existence de la logique formelle. Mais cette logique formelle constituée, il est difficile de ne pas s'interroger sur sa valeur pratique. N'est-elle rien de plus qu'une sorte de jeu mathématique, où la pensée, seule avec elle-même, n'a d'autre devoir que celui de ne pas se contredire? n'a-t-elle pas une valeur objective, et dans ce cas qu est-ce qm la fonde? La vraie position des logiciens est peut-être celle du conceptualisme, mais elle est bien difficile à tenir. L empirique et Tévolutionniste lui opposent qu'il n'y a dans la nature m genres, ni espèces, que ses abstractions, considérées ainsi absolument, - sont des cadres arbitraires, toujours brisés par le mouvement m-
LA THÉORIE DU JUGEMENT
<îessant des choses. La question des genres et des espèces oblige la logique h sortir des limites dans lesquelles elle aimerait à s'enfermer; par la doctrine de l'évolution elle envahit, comme au temps de Platon et d'Aristote, la philosophie tout entière. Si la logique suppose dans l'esprit luniversel, ou elle n'est qu'un jeu intéressant qui porte sur des abstractions, sur de purs possibles, ou il y a dans la réalité un concours stable de mouvements et de lois qui répond à l'universel dans l'esprit*. Le conceptualisme est ainsi poussé vers le réahsme, qu'il semble impliquer. On peut refuser le problème, mais ce n'est que de parti pris qu'on peut isoler la logique de la métaphysique. « C'est précisément parce qu'elle a coupé ses communications avec le monde réel et s'est confinée dans un orgueilleux isolement que l'ancienne logique a été convaincue d'impuissance et qu'elle est tombée dans un juste discrédit. La logique est bien libre de se constituer dans Tabstraction pure, et elle ne cesse pas pour cela, au point de vue formel, d'être rigoureuse ; mais elle est inutile *. »