L., VH
Ouelaues Stoïciens cherchaient à ramener à l'àSîtoi.a au jugement Cément dit, toutes les autres espèces de Propos-Uons jui suivant eux, pouvaient enfermer l'erreur ou la vente. Le point de d™t de eue réduction était que les autres espèces de propositions diffèrent de l'à5(..« par une surabondance if^ ^ particules qui modifient l'affirmation. C est donc a 1 «,.o.^. que
LA THÉORIE DU JUGEMENT
se rattache en dernière analyse la théorie logique du jugement, puisque les autres formes de propositions sont ramenées au jugement, en tant qu'elles participent au vrai et au faux.
Les jugements (à^iwjxaxa) sont simples (àTiXà) ou « non simples » [o\)i àuXà). Le jugement simple est celui qui se compose de mots, mais non d'autres jugements (ojx sS àÇtwixaTwv), comme : il fait jour. Du point de vue de la quantité, les Stoïciens divisent ces jugements simples non pas en universels et particuliers, mais en déterminés (u)p iffjjLsva), exemple : cet homme qu'on montre du doigt est assis, ouTo; xàOr,Tat; indéterminés (àopicrua), exemple : quelqu'un est assis, tîç xotÔT^xai; et moyens (fxiaa), exemple : Socrate est assis : dans ce cas le jugement n'est pas indéterminé, et cependant il n'est pas pleinement déterminé, puisqu'en le prononçant on ne montre pas Socrate. (Sext. Emp., adv. MatL^Yllh 96.) Pour ce qui est de la qualité, nous retrouvons dans les divisions des Stoïciens leurs préoccupations grammaticales.
Le jugement est ou simplement affirmatif (xaxTjopixôv), comme : Dion se promène , ou xaTayopeuxtxdv, indicatif (t6 (tuvcïtôç èx -irTwaeto; Se'.xt'.xt,; xal xaTTiyoptiîJLaToç ), comme : celui-ci (qu'on désigne) se promène. Quant au jugegement négatif, il est à'rcocpaxtxov (proprement négatif) , si on emploie la négation ordinaire , ne pas par exemple : où'/l t,|xépa èaxiv ; àpvTjXixôv, si on emploie un terme tel que aucun, nul, etc., exemple : oùSel; irep'.iraxeî ; privatif, «rxepT,xtx(Jv, si on emploie un mot composé avec Va privatif : à^iXdtvOpwitd; è<Txiv ouro;. Les Stoïciens allaient jusqu'à reconnaître un jugement hypernégatif, uitepairocpaxixdv , c'est celui où la négation redoublée se détruit elle-même : o-jy l r,}xépa oùx èffxi. (D. L., VII, 69.)
Enfin les jugements portent sur ce qui est, sur ce qui est possible, sur ce qui est nécessaire, selon le mode de l'affirmation. C'était le point de départ de rapprochements et de divisions nouvelles, le possible pouvant être nécessaire ou non nécessaire ; le nonnécessaire, à son tour, pouvant être possible ou impossible, etc.
Le jugement « non simple » {o\>i àTrXov) est composé soit d'un seul et même jugement simple répété deux fois (oicpopojjxsvov), soit de l'union de jugements simples diff'érents (Siàcpopa àÇta)|xaxa), mais toujours avec l'addition d'une conjonction : l'exemple classique du premier genre est : s'il fait jour, il fait jour; l'exemple du second : s'il fait jour, il fait clair.
C'est grammaticalement, d'après la nature de la conjonction qui entre dans les jugements composés, que les Stoïciens les divisent. A la conjonction si, el, répond le jugement hypothétique (xô auv-rifxjxévov), exemple : s'il fait jour, il fait clair; à la conjonction eTtEiSTj, puisque, répond le jugement itapaçuvr,}!tiivov (adjoint, annexé) : puisqu'il fait jouf, il fait clair; à xaî, et, le jugement copulatif aufiTreitXeYlA^vov) : il fait jour et il fait clair : à la conjonction f|, ou, ré-
fl
Dond le iuffement disjonctif (SieÇeurixlvov) : ou il fait jour ou il fait nuit ; à S'.ôti, le jCement causal (alxise,) : parce qu'il fait jour, U fait clair ; enfin à la conjonction que. ^, répond le jugement comparatif (x6 S.aaacpoOv x6 ^.aUov xat tô Sta^açouv xb T.TTov) : il est plutôt jour que nuit, il est moins nuit que jour. (D. L., VH, bS.)
Gomme les jugements simples se divisent en plusieurs espèces, et que les jugements « non simples >> sont considérés comme formes de jugements simples par composition, les Stoïciens s'amusaient à énumérer toutes les combinaisons possibles de jugements simples en jugements composés. Ghrysippe disait que les combinaisons possibles de dix jugements simples (xà; èx oixa ixfJvwv à$iu)H.àxu)v (iu{i.7tXoxàc) dépassaient un million; mais le célèbre mathématicien Hipparchus lui démontra qu'il n'y en a que cent trois mille quarante neuf affirmatives, et trois cent dix mille neuf cent cinquante-deux négatives. (Plut., Quas^t, Sijmpos., VIII, 9, 3.)
Selon la même méthode d'analyse et de comparaison, les Stoïciens examinaient longuement les rapports du jugement simple et des jugements composés à l'erreur et à la vérité. Deux jugements^ dont l'un ajoute à l'autre une négation sont contradictoires (àvxixE(- {i.6va) (Sext. Emp., adv. Math., VIII, 89), exemple : i^m^ lax(v, oOy^ f^fxépa IcrcCv, il fait jour, il ne fait pas jour. Les autres propositions opposées sont les contraires (svavxîa, iL^i6^B>f^)y comme : il est jour ou il est nuit, je parle ou je me tais. De deux propositions contradictoires lune seulement peut être vraie ; il en résulte qu'aucun jugement ne peut être à la fois vrai et faux, que tout jugement est vrai ou faux. Partant de là les Stoïciens soutenaient que le libre arbitre ruine le principe de contradiction, parce que, si l'on admet avec Aristote des futurs contingents , de deux propositions, dont l'une nie l'autre, il n'en est pas une qui soit, au moment où l'on parle, nécessairement vraie. Les Stoïciens examinaient avec leur surabondance scolastique à quelles conditions les jugements composés (hypothétiques, disjonctifs, causals, etc.) peuvent être vrais, et c'était là le principe de règles , de préceptes et de discussions nombreuses. Prenons seulement pour exemple les propositions hypothétiques.
Les dialecticiens sont d'accord (Sext. Emp., adv. Math., VIH, H2^ pour dire qu'une proposition hypothétique est juste (ûyisO, quand la seconde proposition est une suite, une conséquence de la première {i%o\ou^) : s'il est jour, H îail clair. Mais à quelles conditions y a-t-il vraiment suite et conséquence d un jugement à l'autre? Sur cette question l'accord cesse : crxaffCa^oucit ^pdç aXMj- Xouçxal {iax:6îi6va Tf,<; ixoXoueia; sxxCeevTai xpirApia (Sext. Emp., VllI, H2). Quanta contenito est! aliter Diodoro, aliter Philoni, Chrysippo aliter placet. (Uc, Acad., II, 47.) Philon et quelques Stoïciens regardaient comme juste toute proposition hypothétique dans laquelle une conséquence fausse n'était pas Urée
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d'une première proposition vraie. D'après cette règle étaient justes les propositions hypothétiques dans lesquelles les deux propositions étaient vraies ou bien fausses (si la terre vole, la terre a des ailes), ou la première fausse, la seconde vraie (si la terre vole, la terre existe). Ghrysippe et ses partisans cherchaient, au contraire, avec plus de raison, dans la dépendance des deux propositions le critérium du jugement hypothétique : un jugement hypothétique est juste si la contradictoire (àvxixefjjisvov) de la seconde proposition s'oppose à la première proposition (fxdtx*'^*^ '^^ fjoujjLévu)), par exemple, le jugement ; s'il est jour, il fait clair, est juste, car la contradictoire de la seconde proposition : il ne fait pas clair, est contraire (ixi^exat) à la première : il est jour. Au contraire est faux le jugement hypothétique dans lequel la contradictoire de la seconde proposition n'est pas opposée à la première, par exemple : s'il fait jour, Dion se promène, car : Dion ne se promène pas, n'est pas contraire à : il fait jour.
Ces exemples suffisent à nous donner l'idée de ce que devint la théorie du jugement dans l'école stoïcienne. Ils ont eu le mérite d'entrevoir les principes de la grammaire générale; mais ils ont trop ramené la logique à la grammaire.
Galien : théorie de Féqulpollenee. — Commentateurs grecs ; manuels latins* — Les traductions latines de Varron, deCicéron, de Quintilien, d'Aulu-Gelle (époque d'Adrien, vers 130 après J.-C), d'Apulée (H4-190), préparent la langue des derniers maîtres de la rhétorique romaine, qui sera la logique du moyen âge. C'est dans le manuel de logique d'Apulée (3* livre de son traité de Dogmate Platonis) que nous trouvons pour la première fois l'emploi des quatre lettres A, E, I, 0 pour désigner les propositions universelles affirmatives (A), universelles négatives (E), particulières affirmatives (I), particulières négatives (0). En Grèce, la logique d'Aristote ne cesse pas d*être étudiée et commentée; mais les Péripatéticiens de l'époque impériale subissent l'influence du stoïcisme tout en le combattant. Il en est de même du grand médecin Galien, qui appartient d'ailleurs à l'école éclectique. A propos du jugement il est revenu sur la question de sa possibilité , comme le prouve le litre d'un de ses ouvrages : Que chacun des êtres est à la fois un et plusieurs (Ttept xoû xtôv ovtwv ^«rov îfv te EÎvai xaî TcoXXà). C'est chez lui que nous rencontrons pour la première fois la théorie de Véquipollence (laoSuvajxfa). Il est cependant vraisemblable que cette théorie faisait déjà partie de J 'enseignement des écoles, car Apulée emploie l'expression ôe propositiones œquipollentes, Galien avait écrit un traité spécial •ntpl twv laoouva[xou(r(l)v itpoTâffewv : par là OU voit que la théorie de la conversion des jugements, qui, jusqu'alors, était donnée à propos de la théorie du syllogisme, est devenue à cette époque l'objet de recherches indépendantes. Les propositions équipollentes sont
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celles qui, sous une forme différente, ont la même valeur logique. Apulée les définit de la façon suivante : œquipolkntes autem dicuntur propositiones qu% alla enunciatione tantumdem possunt et simul verx fiunt aut simxd falsx, altéra oh alleram scilicet. A propos des équipollentes, Galien distingue entre àva^rpÉcpeiv, c'est la conversion au sens ordinaire du mot, c'est-à-dire l'intervention du sujet et du prédicat (A est B, B est A), et àvTtcrrpÉcpstv, c'est ce qu'on a appelé plus tard la contraposition : chaque terme du jugement non seulement est interverti, mais est changé en son contradictoire (A est B, non-B est non-A). Galien remarque que les àvaTrpÉcpovta ne sont pas nécessairement vrais ensemble, par exemple : tout A est B, tout B est A; qu'au contraire les àvTtorpÉcpovxa sont nécessairement vrais ensemble, exemple : tout A est B, tout non-B est non-A.
En Grèce les commentaires de la logique d'Aristote ne s'interrompent pas; il suffît de citer les Logiciens de l'école néo-platonicienne : Porphyre (mort vers 330), Proclus (410-485), Simplicius enfin, qui, à la fermeture de l'École d'Athènes, se réfugie en Perse, et dont le commentaire sur les Catégories est si précieux pour l'histoire de la philosophie. Cette perpétuelle reprise des mêmes questions et des mêmes livres devait aboutir à des manuels, à des catéchismes. C'est par les traductions latines des commentaires grecs que la logique de l'antiquité s'est répandue au moyen âge. Dès le milieu du iv« siècle, Marins Victorinus traduit Y Introduction^ aux Catégories de Porphyre. Marcianus Capella composa vers 470 un ouvrage encyclopédique , le Satiricon, dont les deux premiers livres, les Noces de la Philologie et de Mercure, sont une sorte de roman philosophique, et dont les sept autres traitent des sept arts libéraux : grammaire, dialectique, rhétorique, géométrie, arithmétique, astronomie, musique. Le quatrième livre, de la Dialectique, est un compendium, un manuel de la logique enseignée alors dans les écoles : ce fut un des ouvrages les plus fréquemment étudiés au début du moyen âge. Mais, plus que tout autre, Boëce a exercé une influence décisive sur le moyen âge, et par ses traductions devenues classiques des œuvres logiques d'Aristote, et par ses propres commentaires, et par ses manuels {de Divisione, de Definitione, Introductio ad syllogismos categorlcos, etc.). C'est dans ses œuvres si importantes pour la terminologie scolastique que nous chercherons ce qu'était devenue la théorie du jugement et de la proposition à la fin de l'antiquité.
Boëce : les éléments de la proposition et ses dî-
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verses espèces. — Qualité, quantité, modalité, opposition et conversion des propositions. — Boëce ne fait le plus souvent que traduire les commentateurs grecs, et surtout Porphyre, comme il nous en avertit lui-même. {Deinterpr., p. 290.) Selon la tradition, il s'occupe d'abord, pour aller du simple au composé, des mots et des rapports qui existent entre la chose, la pensée, le mot et l'écriture.
La chose est conçue par l'intellect {ab intellectu concipitur), mais la voix signifie les conceptions de l'esprit et les idées [vox conceptiones animi intel lectusque sigmficat) ; vient enfin ce qui sert à désigner les mots eux-mêmes c'est-à-dire les lettres, car les lettres écrites signifient les mots. Ces quatre termes sont dans un rapport tel que les lettres signifient les mots, les mots les idées, et que les idées représentent les choses. {De Inte^yret., p. 296 ) Les hommes ont les mêmes conceptions, mais des langues différentes • le erec le barbare et le romain ont la même perception d'un cheval, mais des termes différents pour lo désigner. 11 y a des mots qui n'ont pas de sens, et des idée'* auxquelles ne répond rien dans la réalité, comme les centaures , les chimères'^
Il y a cinq espèces de propositions {orationum perfectarum partes quinque) : la déprécative, l'impérative, l'interrogative, la vocative, l'énonciative. Vo?^atio enuntiativa, qui affirme ou nie, est le jugement logique proprement dit; c'est en elle que se trouvent l'erreur ou la vérité. Le jugement simple, que les Grecs appellent catégorique (xaTr.YoptxYÎ), est appelé par Boëce proposiiio prœdicativa {de Interpr., p. 330) ; c'est celle qui est émise sans aucune condition : tous les hommes sont mortels, aucun homme n'est parfait*. Le concept du sujet {subjectum) est toujours de moindre extension {minor) que celui du prédicat [praedicatum), sauf dans le cas où l'attribut est un propre du sujet : exemple : homo est risibilis. Le sujet et l'attribut sont les termes du jugement (termim);le verbe est, non est, n'est pas un terme, mais le signe de la qualité du jugement. Au jugement simple s'oppose le jugement composé, qui affirme ou nie, non pas simplement, mais sous condition. C'est le jugement hypothétique ou conditionnel, qui se compose de deux propositions simples que leur dépendance relie Tune à l'autre : quse ex duahus simplicihus copulante conditione consistit {Introd. ad Syll. categ., p. 562), exemple : s'il est jour, il fait clair. Le jugement disjonctif est une espèce du jugement hypothétique.
Considérées selon la qualité, les propositions sont affirmatives {affirmative) ou négatives {negativœ); selon la quantité, elles sont
1. Pour Aristote le jugement catégorique est le jugement affirmatif, xaTTjoptxd; est synonyme de xaTajpaxtx^î ; chez ses disciples le terme « catégorique »ostappIiquéù une pro-
position dans laquelle le prédicat est simplement affirmé ou nié du sujet. (Humiiton. Lect. on Logic, lect. XIM.)
universelles, particulières, individueUes , indéUnies (mrfe/îm<a? .• de quantité indéterminée) ; selon la modalité , le jugement porte sur le possible ou sur l'impossible, sur le nécessaire ou le contmgent. 11 Y a des indéfinies dont le sujet est un nom simple {nomen stmplex) : homo ambulat; d'autres dont le sujet est un nom indéfini [nomen infinitum), «vos.» àô.otaxov , selon l'expression d'Anstote : non homo ambulat. Avec un nomen infinitum on peut aussi former des universelles: omnis non homo ambulat; des particulières : ^uïrfam non homo ambulat; même des individuelles : ambulat non Socrates. Kant a plus tard, dans sa théorie des catégories, utilisé cette troisième classe de propositions ou de jugements. (Voir Crtt. de la raison pure, dans la table des jugements et des catégories, le troisième terme de la qualité.) Il y a aussi des distinctions à faire dans l'afiirmation et la négation. D'abord l'affirmation et la négation simples [simplex) ; puis l'affirmation et la négation infinitx ou ex infinito, dans laquelle la négation tombe sur le prédicat : est homo nonjustus (afflrmatio infinita), non est homo nonjustm {negatio mfinita). Quand le prédicat est composé de Vin privatif, injuslus, on a Yaffirmatio privatoria , la negatio privatoria : est mjuslus homo, non est injustus homo ; enfin toutes ces formes sont elles-mêmes definitœ ou indefinitw, selon que leur quantité est déterminée ou non. Boëce compte toutes les formes possibles du jugement, et, d'après Syrianus, il en reconnaît cent quarante-quatre. Il y a en effet quatre sortes de propositions: indéfinies, universelles, particulières, individuelles; six manières d'affirmer, soit vingt-quatre formes; autant de formes négatives, cela donne un total de quarante-huit, qui, multiplié par trois, selon la modalité des propositions (existence , possibilité , nécessité ) , donne cent quarantequatre * .
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