‹ Histoire de la philosophie [microform], les problèmes et les écolesChapitre 61 sur 79 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LA PHILOSOPHIE ANTÉ-SOCRATIQUE

Dans la première partie de cet ouvrage, nous avons isolé les grands problèmes, pour en étudier dans leur progrès les solutions successives. Mais ce qui caractérise une philosophie, c'est précisément l'esprit de système : les solutions des divers problèmes sont dominées par une idée maîtresse qui les coordonne. Il nous reste à montrer dans VHistoire des Ecoles chaque système dans son unité et les divers systèmes dans leur enchaînement historique. On divise l'histoire de la philosophie, comme l'histoire pohtique, en trois grandes périodes. L'histoire de la philosophie ancienne, à laquelle on rattache les grands systèmes religieux de l'Orient, commence aux débuts de la pensée humaine et se termine à l'époque de Justinien, qui ferme l'école d'Athènes et disperse les derniers représentants du néo-platonisme (529).

La seconde période comprend la philosophie du moyen âge et de la Renaissance.

La philosophie moderne commence avec Bacon et Descartes et se continue jusqu'à nos jours.

Les conceptions des peuples de l'Orient sur l'origine du monde et sur les destinées de l'homme appartiennent à l'histoire des religions plus encore qu'à l'histoire de la philosophie (Inde, Perse, Egypte, Chine). C'est en Grèce seulement que la philosophie a pris une existence indépendante et qu'elle s'est développée librement. Si nous ajoutons que les philosophies orientales sont encore mal connues, et que l'éducation de l'Europe a été faite par la Grèce et Rome, on comprendra que nous nous abstenions d'exposer les systèmes de l'Orient. La civilisation occidentale continue l'hellénisme.

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J. HiST. DE LA PHIL.

Origines de la phîlosopliie grecque. — Brillante civilisation de Flonie. — La poésie prépare la philosophie. — Ce n'est pas dans la Grèce propre, c'est chez les Ioniens, fixés sur les côtes de l'Asie Mineure entre le Méandre et THermus, et dans les îles de la mer Egée, que la philosophie grecque prit naissance. Elle n'y apparaît pas comme une création subite ; elle vient à son heure, quand les longs voyages, les fêtes religieuses, les dissensions intestines, les réflexions morales des poètes gnomiques, les cosmogonies aventureuses, l'ont préparée et rendue nécessaire.

Au vue siècle avant notre ère, ces Grecs du dehors, riches, puissants, sillonnaient les mers de leurs vaisseaux, allaient chercher dans toutes les parties du monde connu les denrées dont ils trafiquaient. Cette civilisation raffinée, ces rapports avec les peuples les plus divers, ces courses à travers l'Océan et les observations qu'elles exigeaient, tout contribuait à multiplier les idées, en éveillant la réflexion. Toutes ces cités, jetées çà et là sur les côtes, dans les îles, étaient trop jalouses de leur liberté pour se grouper dans une fédération politique. 11 faudra pour les y décider l'invasion des Perses. Mais elles sont en rapport constant. L'Ionie a sa grande fête. Tous les quatre ans, de toutes les cités grecques de l'Asie Mineure, de toutes les îles de la mer Egée, partent les trirèmes chargées de présents et d'offrandes, d'hommes et de femmes parés : ce sont les théories qui se rendent à Délos. (Hymne homérique à Apollon Délien.) A la fête religieuse se mêlaient les jeux et les danses, ces exercices de force et d'adresse qui préparaient la sculpture en modelant les corps vivants. Dans une vaste salle on entendait les rapsodes, les récitations des poètes. Sur la place publique on trafiquait, on échangeait les produits les plus divers : l'Athénien apportait ses poteries, le Milésien les laines de Phrygie, tous les Ioniens l'huile qu'on fait le long des côtes de l'Asie Mineure, puis les parfums d'Arabie, la poudre d'or de Golchide, les pierres précieuses, les étoffes de l'Inde. Ajoutez que chaque cité était divisée par les luttes intestines. La royauté patriarcale des temps homériques avait été remplacée par une oligarchie qui disparaissait à son tour. Au milieu de ces luttes, il fallait rédiger des constitutions, établir des lois nouvelles. Dans ces cités puissantes, où déjà les rapports étaient si complexes, les intérêts si multiples, c'était une œuvre considérable. Aussi les plus grands esprits s'y consacrent : les vieux poètes et les premiers philosophes sont tous des hommes d'État*.

Dans Homère la morale ne se distingue pas des faits et de leurs conséquences. Avec Hésiode la réflexion commence ; mais, faible encore, elle ne s'exerce que sur les sentiments particuliers du poète.

Il se souvient de ses démêlés avec son frère Persée, quand il écrit : « Il y a deux sortes de luttes : l'une odieuse et repréhensible, les litiges et les procès ; l'autre noble et salutaire, l'émulation des artisans et des artistes. » C'est l'injustice des rois, dont il a souffert, qui lui suggère l'apologue du Rossignol et de l'Épervier : « Que les bêtes fauves, les poissons et les oiseaux ailés se dévorent entre eux, puisqu'il n'y a pas parmi eux de justice ; mais aux hommes

1. ïi?iri%V Histoire des Problèmes, nonidcvom Y Histoire des Écoles nous dous en servirons réservé le petit texte jpour les citations. Dans pour les développements.

LA PHILOSOPHIE ANTÉ-SOCRATIQUE

Zeus adonné la justice, qui est la meilleure des choses. » Le bonheur est dans le travail et dans la vertu ; c'est par là seulement qu'on mérite la bénédiction des dieux, la faveur de Jupiter au large regard, et qu'on évite les maux qui suivent le parjure et l'iniquité. {Les Travaux et les Jours.) Telle est la première forme de la philosophie pratique. Nous ne possédons que de rares fra'^ments des poèmes composés du ixc (époque présumée d'Hésiode) au vic siècle. La mélancolie, ce sentiment des peuples fatigués et réfléchis, apparaît dans la poésie grecque. « La sueur coule sur toute ma chair, je suis frappé de stupeur, quand je songe à cette fleur de l'adolescence, comme elle est charmante et belle! et que ne dure-t-elle plus longtemps! Mais elle est rapide comme un songe, la jeunesse bénie, et déjà, funeste et hideuse, la vieillesse est suspendue sur ma tête. » (Mimnerme de Smyrne, né vers 632.) « Ce qui vaut le mieux pour les habitants de la terre, c'est de ne pas naître et de ne pas voir les rayons de l'éclatant soleil; mais lorsqu'on est né, de franchir au plus vite les portes de l'invisible et de dormir couché sous la terre. » (Théognis de Mégare, né vers 580.)

La légende des sept sages et les rares fragments des poètes gnomiques nous montrent à la même époque les débuts de la réflexion morale.

Les sept sages, dont les noms mêmes ne sont pas fixés, ne sont pas des philosophes (Dicéarque,a;;. D. L.,I,40); ce sont des hommes pratiques qui, sous la forme de courtes maximes et de discours familiers, tentent de faire pénétrer et circuler les idées morales. Pas de discussions, pas de raisonnements ; des vérités nettement formulées, qu'on suppose ou évidentes par elles-mêmes ou fondées sur quelque autorité divine. De même les poètes gnomiques, Solon^ Phocylide, Théognis, par leurs réflexions morales, expriment les résultats de l'expérience humaine : le danger de la violence, la nécessité de la modération dans la vie privée comme dans la vie publique. En même temps que la conscience morale se purifie, l'idée des dieux s'élève. « Zeus, père suprême, tu règnes du haut du ciel; mais de là tu portes les yeux sur tout ce que les hommes commettent d'actions iniques et impies, et jusque chez les bêtes tu prends souci du juste et de l'injuste. » (Archiloque.) Si Zeus est tout-puissant, d'où vient que l'injustice triomphe ? Théognis se révolte à cette pensée ; il presse ies dieux, il les somme de répondre. « Qui donc, eu voyant cela, peut encore vénérer les immortels?... Zeus, père suprême, fais qu'il en soit autrement désormais. » Cette révolte contre la théologie populaire, c'est déjà la philosophie.

La Grèce n'a-t-elle pas eu sa physique comme « sa morale avant les philosophes » ? Des théogonies et des cosmogonies où l'indépendance poétique se mêle aux traditions religieuses du passé, la transition n'est-elle pas naturelle aux spéculations cosmologiques de Thaïes et de ses successeurs ?

Le poème les Travaux et les Jours est la plus ancienne expression de la philosophie pratique ; la Théogonie, dont on fait aussi honneur A Hésiode, est la forme première de la philosophie spéculative. Les dieux ne se séparent pas de la nature ; la cosmogonie, c'est la théogonie, la génération des dieux. Les généalogies que donne le poète répondent le plus souvent à des observations* très simples sur les phénomènes de la nature. Si Érèbe et la Nuit engendrent l'Éther et le Jour, par exemple, c'est que lé jour avec sa clarté semble sortir de la nuit et de l'obscur. La Terre engendre la mer à elle seule, et les fleuves de son union avec le Ciel, parce que la mer semble une masse ensevelie dès

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son origine dans les profondeurs de la terre, tandis que les sources des fleuves se nourrissent de la pluie du ciel. (Zeller, tr. fr., t. lo"-, p. 80.)

Au vi° siècle Forphisme était né. Onomacrite, savant de Fentoiirage des Pisistrale, publiait déjà des chants sacrés sous le nom d'Orphée (340-520 av. J.-C). Il s'inspirait sans doute de traditions anciennes, d'idées circulant sous le nom du vieux poète. Mais tout ce que nous savons de l'orphisme nous vient des Alexandrins, qui l'ont défiguré par un mélange de toutes les idées, auxquelles ils aimaient à donner un caractère sacré, en les mettant dans la bouche inspirée des premiers sages.

Ce qu'on trouve à peu près dans toutes les traditions, c'est un premier principe (la Nuit, le Temps) qui, soit de lui-même, soit par son union avec un autre principe, engendre l'œuf du monde. Cet œuf, germe de la vie universelle, est fécondé par les vents et laisse échapper de son enveloppe brisée le divin Éros, l'Amour aux ailes d'or. En lui est contenu le monde, comme dans le gland le chêne. Il grandit, sa tête s'étend, se courbe, et forme la voûte celesteavec ses étoiles sans nombre ; du rayonnement de ses yeux jaillit la lumière de la lune et du soleil ; « ses larmes sont la malheureuse race des hommes ; son sourire fait germer la race sacrée des dieux. »

Phérécyde de Syros (vi" siècle av. J.-C), le premier, écrivit enprose sur la nature et sur les dieux. Sa cosmologie reste intimement hée à la théogonie , mais elle est en progrès sur celle d'Hésiode. Son double mérite est de distinguer les éléments solides (la terre) des éléments atmosphériques , et la matière de la puissance qui l'organise. Pour marquer le rapport qui unit ces cosmogoniesaux premiers efforts de la pensée philosophique, les anciens, selon leur habitude de symbohsme, supposaient une lettre de Phérécyde à Thaïes, par laquelle il lui laissait ses écrits.

Ainsi, au moment où la philosophie naît en Grèce, l'état des. esprits, des mœurs, de la rehgion, de la vie privée et de la vie publique la rend nécessaire. Déjà même avant qu'elle n'apparaisse, une poésie morale et spéculative en tient lieu et la prépare : c'est la philosophie avant les philosophes; elle est dans l'esprit curieux, inquiet, qui pousse les Grecs à travers l'Océan; elle est dans les^ fêtes de Délos et d'Olympie ; dans les réflexions des poètes sur la vie des hommes et des cités, sur le gouvernement des dieux; elle est enfin dans ces cosmogonies trop peu connues, qui élargissent les traditions de la mythologie et mêlent l'histoire du monde à l'histoire des dieux, les observations positives aux inventions de la fantaisie. Une idée maîtresse domine les efforts de la pensée hellénique : l'idée de l'ordre, de la proportion, de l'harmonie. C'est cette idée que varient les sentences des gnomiques, que les légis-

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lateurs veulent faire vivre dans la cité (Solon) ; c'est elle qui construit les univers dans les poèmes et les temples sur les Acropoles.

Divisions de la philosophie grecque. - Caractères généraux de la philosophie ante-socratique. ^ Classification des philosophes antérieurs a Soorate d'après Zeller. - La philosophie grecque, a laquelle .e rattache la philosophie romaine, peut être divisée en trois l^des périodes La première période commence k Thaïes (vers 000 av J.-C.) et finit avec Socrate. La philosophie est une cosmologie, une science universelle, dont l'objet est toute la nature. Socrate averti et stimulé parles Sophistes, ouvre à la philosophie une voie nouvelle. La physique est subordonnée à la logique et a la morale. La troisième période commence avec le néo-pythagonsme ^t se prolonge jusqu à la fin de la philosophie ancienne. Ce qui la caractérise, ' es\ la fusion de l'esprit grec et de l'espnt oriental, la prédominance de la théosophie et du mysticisme.

mogène à l'hétérogène, et de l'indéani au défini.

Les vieux Ioniens (Thaïes, Anaximandre, Anaximène, Diogène 4'Apollonie, plus jeune, mais qui revient à leur point de vue), les PytragoricieL et ks Éléates cherchent quelle est la substance des choses La question de savoir quel est le principe du •mouvement et de la multiplicité est pour eux une question denvee, dont la solution est subordonnée à la solution du premier problème qu s se posent : De quoi sont faites les choses? Au contraire, à parUr d'Heraclite. « la question fondamentale est celle des prjncpes du devenir et du changement; et la manière de concevoir la matière

primitive de l'être dépend des diUcrminations jugée» nécessaires pour expliquer le devenir et le changement. » (Zeller» ir. fr.> I. !••, p. 192.) Empédocle, les Atomistes, Anaxagoro, frappés des arguments de Parménide contre le changement et la pluralité, admettent qu'il n'y a ni devenir ni périr, au sens projire du mol, ci Us expliquent tous les phénomènes par une cumbinaison cl une séparation d'éléments matériels. Pour tou» ce* philoxopho^, « les as^rlions relatives à l'être Réapparaissent que comme une hypôthêsir destinée à rendre compte de la doctrim; du devenir »». |^ Itjrm»' de cette évolution, c'est, avec Anaxagore, la disiincUon du mouvement et de sa cause, de la matière et de la force qui la meut, du corps et de Tesprit. Nous étudierons donc lûur À tour Ici; premier» Ioniens, — les Pythagoriciens, — les Éléate«, — puis Heraclite, Empédocle, Jes AUimi^tcs (Leucippe el I)émiK:ritc), Ana^^agore. Quant aux Sophistes, par leurs douiez mr la voleur de Teâprit, iU préparent une philoâoplua nouvelle.

Les preiiàler.s loulcit^* -— En Grèce le« poètes, nou« l'avons vu, précédent les philosophes. Les pr<ilili>meîi que résolvent les vieilles théogonies sont immen5;ês. Il ne s*agit de rien moins que de savoir comment le monde â'e^l fornoé, cx)mment l'homme est apparu sur la terre.

C« vwU« qi*«»t$on8 n'ont rien qiil r^mbarrMM les poêles. Un probtèoM M résout |»Ar uiw |iuii«4JDce ou ptr iiib^ «Tcntuif divine. La oosoM^nie e*t rhiilofare ilvs dievx. de Icmm ii}eria«ee, de Icii» qiicr»lt«ii. H <e ne «Ottlpe* lo« dieux q«l ■Ntnqvest. On ne m draïaïkle pu qiirit noiil I(t« tnU^MMli dKi to^o«rr« et de ta pluln ; on $o <l**in4aiJe quel c$i te tl&m qui fnti toaner ou pieuroir. Cci sotution^ étaient d'autant pju« niAémenl accepté>M par les premier» GrtCÈ qé'clU^ mmMnhtnt re-mcltr*' entre litiin iiinin» le gouvernement des choet* p»r l'iatermiédUire de» dliHix, qu'où peut toujours étnourolrct «Jtlci- •cr. La tWocie et la pratkjue m ttttairml ; aujourd'hui 1 imc tel «Ucouvcrte répoxMl une uiMlÉiue ; a un âitai répondait alor» une prière, une formule liturgique, un art d'indiarr lo» rolonti^ divixH^,

Les premiers philoiopheB acc«?ptent Phérilage de.s vieux poèiet. I>i pn>Mi>mc reste h m^mc : toute la réalité. Maii: Iti méUiodc Inin^formée n'estt plus en rapport avec ce» questions sans bornes. Il n'ea4 pas auâ«i ais^ d*expliquer le» rhoisci^ par les transformations d'un élément primitif que par rimtoirc des dieux. On se heurte à de^! difiicultës inattendues. ï-a raison, par l'eiercice, se développe cl s^aflTermil. Peu A peu la cosmologie e»l Kubordonnée à des principes logique», h des discussions sur U passar^ de tun au p^mieurs^ sur la po^^bililé du devenir. Ce qui fait rint«»rêi de la philosophie anté-»ocnilique, c>*t ce développement de la pensée*

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qui du physique est eonduite nu lo^que, et de l'univers eal rame-

née en elle-mtoe. ,, , .^ .

naUL eal le premier d« philosophe, ionien». Il «*it citoyen do Mikl^nlcmporain de Crée.» el de Solo... On place sa naiwanco vmian C«0. AriBlol.) (iléiapky,., l, .... 98». l>. 30) remarque que S.aû.s n'a fait que sub^luer k Vûcé^ et à la ThéUs de a.éog«^ nie. 1'iafimfiBl-lMM.iiJe. Ce changement est une rcvoluUon qu. crée la philwO|J"e. U Hciencc, selon la reot.»rque profoijde d AnBlotc. £ud.e * la poésie, .«ai» elle sen Aég^. U ne ««««t Plusdcn «peler au, traditions sacré*», il s'agit dob.em,r *. f--''l^\ Ed.* sea m» par le rai^onncmenL Thalù* disa.t que U^Ues Choacs .ont pleine* de dieux, «v., «W.p, UU^ (.Vr«l.. d.Am^, I, 5); et il attribuait une àme 4 laimanl, parce <|u .1 ineul le 1er. (^ril.. d. Anima, l. 2.) U «l vrai.e.ublable qu .1 a «si représM.tS la matiC:re premier* comme vivante, analogue à l anc.ea U^ci ,>o«vanl engendrer le* c1h)S« par elle-mAme l^vlozoi«n.e). Awx^-

Lnérc de ilUct (611 av. J.-C.) prend ^^«"«^ /''"''"'*' '^"S ' ?! flni,^ &«?«. L'inflni n'a rien, pour lu., dun concept abelra.l^ e'eKlune maUérc indéterminée, une «il»Unce formée d«n cha<« d-élOmenl8 qui coexistent fondua en une maw uuJ.slmclc. Amx^ nZ d. MiUt, plu, jeune qu'.Vaaximandre et peuWlre son d.sckîc .>rend l'air pour principe de toutes chose*. Il est mCni et Xnl îl cmbraJ le Inde entier; dana un mouvement perp*taeîu engend.* ^ceaae des être .jouveaux; tovU « forme J,

lui par condensation (:rî«.u>,u) cl par '«'^^»<= '«" ï'r:'-"^„"; ^ Aonrvnaximène. U v a dans Ihiatoiro de l'école .on.enne une Ee inTporlante qui .^pond san. doute à la lutte de I lon.e con- Sei Perées. L'hvlozofsme milésien garda pourtant s« parl.aan. ,Wà lî^ue d; Péricléa. Dio^èn^d'ApoUonUuou. don.»e ^ de ce qi.S devenue la vieiUe ,.l.>-*ique .on.cnne. Plu* jeune au'Ânaiïoîc (il Aorimit cntr« 480 el 430). il dut Je rencontrer ^ qu Anaxagore \u -.wiale de la philosophie. Selon lui,

Ath&nee, devenue comme la cap.iaie oo «» p» i 4^.,,^

r"l« primo«lial : i' doit ôlre la aobrtancc commune de touUs choL-Tdoit «re doué de i^nsée. Si toutes cho«»ne venalentpaa du t^me principe, on ne comprendrait pa« leurs act.on» et réac UonTré^pS L mewre ell'ordre de l'u.mers. où ton est pour mieux Î^Sl^rtv «a>.X.^«). démontrent a«ex cla.rement .n^lh- «^ du prcnùer principe. {F^if'n. op. Simpbcnm, PAy... 3iûO Ce ^^L l'air 'pcn^Sl qui gouverne et <«<>"^« '""^* "^^IJ.^; «.«se «u'a le. nénélre. parce qu'il en est la subrfancc. Ce qu a y a œ:Sinrdl la do^rine 'de Diogéne. c'est l'effort ,>our r.jeu-

nir la vieille physique ionienne. Anaxagore avait fait du Nou; un principe distinct; Diogène reprend l'hylozoïsme en donnant à la matière non pas seulement la force, mais la pensée. Son œuvre est une réaction de l'esprit panthéistique contre le dualisme.

Les Pythagoriciens. — Vie de Pythagore; son institut. -- Doctrines. — 11 faut se garder de confondre l'histoire avec le roman du pythagorisme. Nous ne pouvons accorder aucune confiance aux légendes mises en circulation pendant les premiers siècles de l'ère chrétienne par les Néo- Pythagoriciens. Nous savons bien peu de chose de Pythagore et de ses premiers disciples. Pour établir leur doctrine, nous ne pouvons nous appuyer que sur les textes d'Aristote et les rares fragments de Philolaiis.

Pythagore naquit à Samos vers 588. Gomme Xénophane et Heraclite parlent de lui, il est probable qu'il enseigna d'abord dans sa patrie, d'où son nom se répandit dans la Grèce ionienne. Il est difficile de savoir ce qu'il y a de vrai dans les traditions qui le font voyager chez les Égyptiens, les Assyriens, les Ghaldéens, les Perses et les Hindous. Vers l'an 540, il partit pour l'Italie, s'établit à Grotone, colonie dorienne, et mourut vers 500 à Métaponte, peut-être avant, peut-être après la révolte des villes de la Grande-Grèce contre l'ordre qu'il avait fondé. Pythagore n'est pas seulement un philosophe, c'est un réformateur politique et religieux.

« Le pythagorisme, comme tentative de réforme morale et religieuse, rentre dans une série de tentatives faites à la même époque ou même auparavant : témom 1 œuvre d Épiménide et d'Onomacrite, le développement des mystères, la sagesse des sept sages et des poètes gnomiques. » (Zeller, tr. fr., t. 1er, p. 459.) Cest quau moment où naît la philosophie, l'esprit grec traverse une crise redoutable qui répond aux révolutions constantes des cités et aux premières révoltes de la réflexion critique contre la religion populaire.

Pythagore fonda un ordre religieux, politique et scientifique, qui de Crotone se répandit dans toute la Grande-Grèce. Une période de noviciat préparait l'initiation définitive. Les affiliés se reconnaissaient à des signes secrets; ils se devaient aide mutuelle, ils s'engageaient envers le maître à l'obéissance absolue ( aùxô; loa le maître l'a dit). v t >

vMl'''%'T'^"r ' ^'"1'* 'r""^'" ^ ^"^ règlements précis, qui prescrivaient le vêtement, les aliments, les chants et les prières. Il semble qu'il y ait eu des membres du dehors, ol fÇo), dévoués à l'ordre, sans être initiés à tous ses secrets. On a comparé (Grote) l'ordre pythagoricien à l'ordre des jésuites. Grâce à la conspiration de toutes leurs forces, les Pythagoriciens dominèrent dans toutes les cités de la Grande-Grèce. L'aristocratie fut rétablie. Mais bientôt

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dans toutes les villes le peuple se souleva. Les membres de l'ordre furent chassés, traqués; les maisons dans lesquelles ils se réunissaient furent incendiées. La société dispersée garda encore une grande influence. Archytas deTarente, contemporain de Platon, est un homme d'État et un général de premier ordre : il intervient au nom de l'ordre auprès de Denys le Jeune, et sauve Platon menacé de mort. (D. L., Vie de Platon.)

Les principaux philosophes de fécole sont : Philolaûs, contemporain de Socrate et de Démocrite ; il vint k Thèbes et eut pour disciples Gébès et Simmias, qui assistent dans le Phédon au dernier entretien de Socrate; Timée de Locres, le poète comique Epicharme,

enfin Archytas de Tarante.

« Nourris dans l'étude des mathématiques, frappés des analogies des nombres et des choses, dit Aristote [Met., I, 5), les Pythagoriciens pensèrent que les éléments des nombres sont les éléments de tous les êtres (crroiyeTa), et que le ciel tout entier est une harmonie

et un nombre \xal tov 6'Xov oupavov àp|xov(av eTvai xal àpiOfxov). » Le nombre est donc à la fois la matière et la forme des choses : tov àpiep-ov àpxTjV eTvat xa> w; uXr.v toT; ouat xal (b; iràOr.TExa'. sÇstc:. {Met.,

I, 5.) Les nombres sont les objets eux-mêmes : àpt6|xoù; aôtà xà JpiTfxaxa. {Met., I, 6.) Aussi Aristote reproche-t-il à ces philosophes «de faire les corps physiques avec des nombres, des choses qui ont la pesanteur et la légèreté avec des choses qui n'ont ni la pesanteur ni la légèreté ». {Met., XIV, 3.)

Pourquoi les choses offrent-elles tant d'analogie avec le nombre (astronomie, musique, mesure des surfaces) ? se demandent les Pythagoriciens et leur solution est qu'elles sont faites de nombres. Mais le nombre, qui est la substance des choses, a lui-même des éléments : le pair et l'^'^P^f*. Pommelé pair est identique à l'infini, l'impair au fini, tout se compose du fini et de l infini. Toute réalité unit donc et concilie des déterminations opposées, et 1 on peut dire indifféremment : tout est nombre, tout^^tharmome. Qu est-ce que e nombre en effet, sinon l'harmonie du pair et de l'impair, du fini et de 1 mfin ? L'harmonie n'est pas distincte du nombre, elle est le nombre même. Si dans le mStout est réglé, ordonné, musical, c'est que les éléments mêmes des choses, c'est-à-dire^ès nombres, sont déjà la règle, l'ordre et la musique L'idée de l'ordre, de la mesure, de l'harmonie, domine la physique et la morale des Pythagoriciens.

11 est assez difTicile de bien saisir les rapports qui unissaient le système philosophique et le mysticisme religieux de l'école , la théorie du nombre et la métempsycose. Mais le pythagorisme est un document psychologique du plus grand intérêt/ U cherche 1 être, la réalité, dans le nombre, dans ce qui n'est plus pour nous que i'expression du rapport des choses : la distinction du concret et de l'abstrait n'est pas faite. Le raisonnement et l'imagination, la poésie, la religion, la science et la politique, toutes les notions et

toutes les dispositions de Tesprit se mêlent et se fondent dans une sorte d'unité concrète et confuse.

École d'Élée. — Xénophane, Parménide, Zenon d'Élée. — Les principaux philosophes de l'école d'Élée sont : Xénophane, Parménide et Zenon d'Élée. Xénophane de Colophon (né vers 569) erre de ville en ville ; comme les anciens rapsodes, il gagne sa vie en déclamant ses propres vers. Il se retire enfin h Elée, colonie fondée par des émigrants phocéens (544), qui fuyaient la domination des Perses. Xénophane commence par de violentes attaques contre les dieux populaires. « Si les bœufs et les lions avaient des mains, ils tailleraient les statues des dieux sur le modèle de leur propre corps. Homère et Hésiode ont attribué aux dieux tout ce qui parmi les hommes est regardé comme infâme et déshonorant. » {Fr., 6 et 7.) Il conclut en posant l'existence d'un Dieu unique, éternel, immuable. « Ce Dieu, sans fatigue, conduit toutes choses par la puissance de sa pensée. » Ce n'est pas à dire que Xénophane sépare Dieu du monde : « slçxov 6'Xov oùpavov àizo^U^oL^ xo ev elvat cpr.jl Osov, dit Aristote : ayant contemplé le ciel dans son ensemble, il proclame que l'Un est Dieu. » Confondant l'univers et Dieu, et affirmant que l'Un est immuable (àxtvr^Tov), sans modification (àiraô^), il semble que Xénophane eût dû nier le changement et le devenir dans le monde, comme en Dieu. Il ne va pas jusque-là; il affirme que le monde est immuable dans sa substance, non dans sa forme. Parménide, que Platon appelle le grand, ô {jcsya; {Soph., 237 a), qu'ailleurs il déclare « vénérable et redoutable, selon les expressions d'Homère », Parménide est plus audacieux. Il pousse jusqu'au paradoxe la thèse de Xénophane ; il nie tout devenir, toute multiplicité, il ne laisse qu'une réalité : TÊtre un, immuable, éternel.

11 divise en deux parties son poème. La première a pour titre : xà irpô; t^ àXfieeiav, c'est la théorie de la vérité; la seconde est intitulée : xi xpôç 66$av, les choses de l'opinion, c'est la théorie de l'apparence. Dans la première partie il établit que le changement et la pluralité n'existent pas, que seul existe l'Etre un, éternel, immobile, indivisible. « On ne peut connaître ni exprimer le non-être ; il ne reste donc plus qu'une voie : poser l'Être et dire : il est. « Dans la seconde partie, le philosophe expose une physique, une théorie de l'illusion qui n'est qu'une concession au sens commun.

Ami et disciple de Parménide, Zenon naquit à Élée au commencement du v« siècle, entre 495 et 490. Comme son maître, il joua un grand rôle politique. Zenon, auquel Aristote rapporte l'honneur d'avoir fondé la dialectique, cherche à confirmer la thèse de Par-

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ménide, en réduisant à l'absurde les prétendues affirmations du sens commun. Il part des concepts mêmes de la pluralité et du mouvement pour en démontrer l'impossibilité.

Toute sa dialectique repose sur la notion de l'infini. Pour aller d'un point à un autre un corps doit parcourir d'abord la moitié de cet espace ; mais il a dû parcourir d'abord la moitié de cette moitié; le même raisonnement peut s'appliquer indéfiniment. Donc pour aller d'un point à un autre un corps devrait parcourir des espaces en nombre infini ; or l'infini ne peut être parcouru en un temps donné. L'argument d'Achille et de la tortue n'est qu'une forme nouvelle de l'argument qui précède. Donnons à la tortue 20 pas d'avance, et supposons que la tortue fait 1 pas pendant qu'Achille en fait 20. Quand Achille aura fait 20 pas, la tortue aura fait 1 pas; pendant le temps q^ Achille emploiera à parcourir ce pas, la tortue fera ^ de pas, puis jh^ etc. ; Achille ne rattrapera donc jamais la tortue. Zenon disait encore : la flèche ne se meut ni dans l'espace où elle est ni dans l'espace où elle n'est pas. La flèche qui semble voler est donc en repos à chaque instant de son vol.

L'école d'Élée a exercé la plus grande influence sur le développement de la philosophie anté-socratique. Empédocle, les Atomistes, Anaxagore, accordent à Parménide que l'Être véritable est éternel, impérissable. De là une conception nouvelle de la vie de la nature. De l'hylozoïsme qui admet que l'être se modifie, s'accroît, on passe à une théorie mécaniste, selon laquelle le changement se ramène à la combinaison et à la séparation d'éléments dont rien n'altère le nombre ni la qualité. La philosophie des Éléates est ainsi comme le pivot sur lequel tourne la première philosophie grecque.

Les Xouveaux Physiciens. — Heraclite. — Heraclite professe encore l'hylozoïsme; mais ce qui l'intéresse, c'est moms la substance des choses que le devenir, le changement. A ce titre, il forme antithèse avec Parménide, dont il est le contemporain. Empédocle, les Atomistes, Anaxagore, cherchent h conciher le paradoxe de l'être immobile avec le paradoxe de l'être toujours en fuite. On est donc autorisé à séparer Heraclite des vieux philosophes de la substance, et à le placer au début du mouvement philo^ sophique dont il est l'un des promoteurs.

D'une illustre famille d'Éphèse, Heraclite, qui florissait vers la 69o olympiade (5ol5?0)" aAaux luttL politiques, combattit ^^ ^j^---^^^^^^^^^^^ ses plus illustres devanciers (attaques contre Py^^agore, Xénoph^^^^^^^^^ et s ex primait avec une obscurité qui le fit surnommer 1 obscur, ô cr>co^^^^^ ^?^ para lui-même ses discours aux paroles sans sourire, «^;^!/^^7^^;^*'^^^^^^^ sibylle inspirée. Il eut une école nombreuse qui ^^^^it encore au temp^^^^^^^^^ tote. Le plus connu de ces Héraclitéens est Cratyle, qui fut 1 un d^s maîtres de Platon. {MéL, I, 6.) Platon fait cependant un portrait satirique ^e ces H^eU^ téens, qui parodiaient les allures enthousiastes, les énigmes et 1 orgueil du maître. [Théét., 119.)

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Tout se meut, tout s'écoule, itàvxa psT, tout devient tout, tout est tout. Le jour et la nuit, le sommeil et la veille, la jeunesse et la vieillesse, sont mêmes choses. L'argile dont les choses sont faites est toujours pétrie en des formes nouvelles. Le monde ressemble à une boisson mélangée qui a besoin d'être remuée constamment pour ne pas se décomposer. Rien n'est, tout devient. Si tout change et n'existe que par ce changement même, tout renferme en soi ce qui le nie, tout est en même temps que soi son contraire. La loi du devenir revient à la loi de l'identité des contraires. Tout naît de -cette lutte : TroXeixo;; ^zoL'zr^p Tcàv-rtov. Mais cette lutte des contraires n'est pas un désordre, le jeu de Jupiter n'est pas un jeu de hasard. Heraclite est un Grec : ce qu'il cherche dans ce rapprochement violent des contraires, c'est l'harmonie. Les contraires procèdent d'un seul et même être qui, en toutes choses, s'engendre lui-même et maintient l'unité du tout dans la lutte des parties.

« Les âmes barbares ne savent pas que le bien et le mal se réunissent en un même effet, comme se combinent dans Tharmonie de l'arc et de la lyre des actions opposées. » Cette harmonie c'est la loi divine, la justice, la destinée. « Le soleil ne franchira pas ses limites, sinon les Érynnies, auxiliaires de Dikè, •sauront le trouver. » Cette loi, c'est aussi la sagesse, le Logos, tô ^uv6v, ce qu'il y a de commun, d'universel. La métaphysique pour Heraclite ne se sépare pas de la physique. Si tout devient, c'est que tout est feu. « Le monde n'a été créé par aucun des dieux ni par aucun des hommes ; mais il a toujours été, il est, et il sera un feu éternellement vivant, s'allumant et s'éteignant selon la loi... » La loi du devenir est comme réalisée dans la nature de l'élément premier, de la substance universelle. « Heraclite est le premier qui ait affirmé énergiquement, d'une part la vitalité absolue de la nature, la transformation incessante des substances, la mutabilité et l'instabilité de tout ce qui est individuel ; d'autre part l'uniformité immuable des rapports généraux, l'existence d'une loi raisonnable, absolue, qui régit le cours de toute la nature. » (Zeller, tr. fr., t. H, p. 188.)

Doctrines de combinaisons. — Empédocle. — Les Atomistes. — Anaxagore : le Noù;. — Empédocle est un des types les plus curieux parmi ces vieux philosophes. Il est poète, orateur politique, prophète et purificateur; il fait des miracles, ressuscite une femme, arrête la peste, et parcourt les rues d'Agrigente « ceint de bandelettes et de vertes couronnes, adoré <;omme un dieu ». Empédocle emprunte aux Pythagoriciens leurs conceptions morales et religieuses (métempsycose, — purifications, — interdiction des sacrifices sanglants). Sa cosmologie est un essai de conciliation entre Parménide et Heraclite. Il admet un certain nombre de substances incréées, impérissables, et il ramène tout changement à la séparation et à la combinaison de ces substances.

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Rien ne se perd, rien ne se crée ; il n'y a que des séparations et des combinaisons d'éléments. Les éléments sont au nombre de quatre : la terre, l'eau, l'air et le feu; les forces motrices sont l'amour, principe de mélange et d'union; la haine, la discorde, principe de séparation et de dissolution. Mais ces forces motrices ne sont pas encore conçues comme des principes spirituels , s'opposant aux éléments qu'ils unissent et divisent.

Nous ne savons presque rien de Leucippe, et nous ne pouvons le distinguer de son disciple et de son ami Démocrite d'Abdère (névers 4G0 av. J.-C). Démocrite était très riche et consacra safortun& à des voyages et à des recherches scientifiques. Lui-même nous apprend qu'il passa cinq années entières auprès des géomètres da l'Egypte. (Dém., ap. Glem., Strom., 304 a.) On ne sait s il alla à Athènes; il dédaignait les luttes de la dialectique. Gomme Empédocle, il veut concilier la pluralité et le devenir, c'est-à-dire l expérience, avec la thèse de Parménide sur la permanence et 1 identita de l'être. La solution de Démocrite est l'atomisme. L'Être n est pa^ l'Un, comme l'a cru Parménide; il consiste en un nombre infini de corpuscules, d'atomes éternels, indivisibles, toujours identiques à. eux-mêmes, qui se meuvent dans le vide infini. Dès lors la permanence de l'être n'est plus inconciliable avec le changement. Rien ne vient de rien, rien de ce qui existe ne peut être anéanti ; mais a naissance, la croissance et la mort s'expliquent par 1 union et la séparation des atomes élémentaires en mouvement dans le vide. Les changements de qualité se ramènent à des changements deposition dans l'espace.

Quelle est maintenant la cause du mouvement des atomes? La r^l>o°^« /^ la conséquence de quelque principe, mais '=<''°'»« j ^™^' ' '^f^'^L^p "".teur

tion d'une âme satisfaite et trauquilie.

Anaxagore de Glazomènes (né vers 500, mort en 428) est encore un Ionien; mais il vint à Athènes, s'y établit et y passa trente ans <le sa vie.

Athènes, par sa belle conduite dans les guerres médiques, avait mérité de devenir comme la capitale intellectuelle de la Grèce. « Athènes, abondamment pourvue de tous les moyens de défense que la guerre exige, disait Périclès, doit employer ses richesses à des ouvrages qui, une fois achevés, lui fissurent une gloire immortelle. » ( Plutarque , Vif^ de Pér., XII ) Anaxagore eut pour disciple Euripide, il vit s'élever le Parthénon, il connut Phidias, il fut l'ami de Périclès. Cette amitié faillit même lui devenir funeste: des ennemis politiques de Périclès accusèrent le philosophe d'impiété.

Comme Empédocle et Démocrite, Anaxagore veut concilier la thèse de Parménide avec Texpérience. « Les Grecs, dit-il, parlent mal quand ils disent naître et périr : car rien ne naît ni ne périt ; mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau. » Tous les changements en dernière analyse se ramènent donc à des déplacements dans l'espace; c'est une théorie mé- «aniste. Empédocle admettait quatre éléments; Démocrite, un nombre infini d'atomes homogènes; Anaxagore suppose que les éléments d'une chose quelle qu'elle soit, bois, os, sang, chair, etc., existent de toute éternité. Il y a donc une infinité d'éléments de qualité diff'érente. Aristote appelle les éléments d'Anaxagore les parties semblables, xà ô|xoiojjL£p^, les homœoméries.

Chaque chose est divisible à l'infini, et en parties semblables et en parties de qualité dilïérente. Les os, par exemple, sont composés de parcelles d'os Mais en même temps « chaque partie est un mélange semblable au tout : ôrtoûv Tûv jxopCwv elvat fi^yf^a ô[xottoç xîo xavxt .. (Arist., Ph7/s., III, 4); chaque chose contient en elle toutes les espèces de substances, bien qu'elle-même soit dénommée d'après celle qui y prédomine. Tout est dans tout. La preuve en est que les contraires naissent des contraires. L'herbe que mange le bœuf nourrit les diverses parties de son corps, devient sang, os, chair, muscles, etc.; c'est donc que l'herbe contenait des parcelles d'os, de sang, etc. Anaxagore conçoit donc la matière à la façon des Jordauo Bruno, Pascal, Leibniz, etc.

Au commencement tout était confondu : é(xoù uàvxa yp^îi^axa ^v. Pour que de ce chaos puisse sortir un monde, il faut qu'intervienne une force motrice et ordonnatrice. Cette force, c'est le Noù;, l'Intelligence : o vouç eXOwv TràvTa ot£xoa|XT,a£. Ce qui Caractérise le NoOc, c'est la simplicité (àixtYTjç), la puissance (àTcaOr;;, aÙToxpàxwp) et la science. Ce n'est pas à dire que le Noù;, pour Anaxagore, soit un Dieu personnel. Il n'a pas l'idée très nette de ce qu'est l'esprit dans son opposition à la matière. Il parle parfois du Nou; comme Diogène d'Apollonie de l'air pensant. Il dit qu'il est la plus légère et la

plus pure de toutes les choses, XzrMxT.xo^ xs Tràvxwv ypr,{xàx(Ov xaî

LES SOPHISTES ET SOCRATE 927

xaOaowxaxov ; que tous les êtres individuels en renferment des parties,' et que leur âme est d'autant plus parfaite qu'ils en contiennent une quantité plus grande. Il n'en a pas moins le mérite d'avoir introduit dans la philosophie l'idée d'un principe spirituel qui organise le monde : « Parla, dit Aristote, il apparut comme seul dans son bon sens au miUeu d'hommes déraisonnant. » Mais Platon (PAédon, 97 c) et Aristote {Met., I, 4) s'accordent à reprocher à Anaxagore de négliger les causes finales et de faire du Noù; une sorte de Deus ex machina qui n'intervient que quand les causes mécaniques

font défaut.

A ne considérer que la science physique, le progrès serait d'Anaxagore à Empédocle, et d'Empédocle aux atomistes ; des homœoméries aux quatre éléments, et de ceux-ci aux atomes de nature homogène. Mais Anaxagore a le mérite d'avoir fait de l'Intelligence le principe du mouvement et de l'ordre. Nous n'avons la notion de l'intelligence que par la conscience que nous prenons de nous-mêmes. Appeler l'attention sur elle, c'était appeler l'attention de l'homme sur son propre esprit, préparer par là une philosophie nouvelle, celle des Sophistes et de Socrate, moins préoccupée des objets de la pensée que de la pensée elle-même.

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