‹ Histoire de la philosophie [microforme]Chapitre 120 sur 137 · SES · texte numérisé non relu

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veau stoïcisme ou d'un nouvel aristotélisme, dont le but déclaré était la ruine des doctrines du moyen âge. Et n'eût été le zèle ardent et éclairé de quelques rares et intelligents défenseurs, la vieille philosophie, sous les coups qu’on lui portait, eût peut-être succombé. Pendant deux siècles, quoique respectée et vénérée par un certain nombre de penseurs, elle resta trop affaiblie pour tenir la tête du mouvement intellectuel et résister à la poussée des systèmes nouveaux qui se disputaient le premier rang. C'était l'époque de la décadence.

Heureusement, l'on s’aperçut que les incertitudes des doctrines mouvantes et incohérentes ne pouvaient satisfaire ce besoin de fixité et de stabilité que réclamait la pensée moderne, et lui donner son orientation définitive. Et alors, s'opéra un retour vers l’enseignement de l'Ecole. Timide d’abord, craignant de se montrer au grand public, la scolastique si décriée se ranima et se développa, au moins dans les cloitres. Elle s'enhardit peu à peu. Vers le milieu du XIX® siècle, témoins des ruines amoncelées par la philosophie anti- chrétienne venue d'Allemagne et d'Angleterre, quelques apologistes entreprirent de renouer la tradition avec les âges passés et de rétablir sur son trône, d'où on l'avait fait si ‘injustement descendre, la vieille philosophie traditionnelle, seule capable de gouverner les esprits troublés. La lutte s'engagea ferme, pleine d'espérances. Tout un groupe de philosophes, Sanseverino et Carnoldi, en Italie, Urraburu et Gonzalez, en Espagne, Kleutgen, en Allemagne, Domet de

en DE. A :

Vorges, en France, Dupont, en Belgique, se mirent énergiquement à l'œuvre, travaux, préparèrent brillar

furent les précurseurs.

391. Léon XIII — Léon XIII fut lastique. A lui revient l'honneur

Archevèque de Pérouse,

e épiscopale une Académie de Saint-Thomas. En collaboil écrivit une réfu- * et, plusieurs fois, il fit des instances auprès de Pie IX Pour faire déclarer saint des universités. Il serait injuste de prétendre que Pie IX était op restaurntion de la scolastique, Par des lettres adressées s de l'Italie, Bologne et Naples, il EnCOUrageait leur: nobles efforts. Seulement, pour ne pas froisser les antipathies des professeurs Universités romaines, il n'osa rien entreprendre dans la V. ille Eternelle. A l'élévation du cardinal Pecci, au trône Pontifical, sous le nom de Léon XIII, le thomisme, Pour ainsi dire, entourait Rome et Mmenaçait d'y entrer. Léon XIII lui

la capitale du

sa célèbre Encyclique Æterni Patris par laquelle il engageait le monde catholique savant à retourner “aux eaux très pures de la sagesse telles que le Docteur Angélique les répand en flots pressés et intarissables ”. Il traçait d'une façon magistrale le chemin à suivre, invitant la jeunesse catholique à prendre pour guide l’Ange de l'Ecole, et à puiser dans ses enseignemt ©: les armes nécessaires à la défense de la vérité.

Cependant, pour que la philosophie des grands maîtres du moyen âge, et spécialement du Docteur Angélique, obtint dans le monde savant, une place digne d'elle et de son passé, pour qu’elle méritât, sinon les applaudissements, du moins le respect de ceux qui lui étaient le plus hostiles, il fallait la mettre en rapport avec le mouvement intellectuel contemporain, et montrer par là que, loin de s'exclure mutuellement, la métaphysique et les sciences sont faites pour s'harmoriser et se compléter.

C'est ce que comprit le grand Pontife. Comme pour anéantir d'avance les objections des adversaires, il exhorte vivement les savants catholiques “ À recevoir de bonne grâce et avec reconnaissance toute pensée sage et toute découverte utile, de quelque part qu’elles viennent ”, et à laisser de côté, dans les doctrines de certains écrivains scolastiques, ce qui, par hasard, serait en contradiction avec les données certaines de la science actuelle.

C'était marquer du coup les caractères distinctifs du mouvement nouveau: étudier, à la lumière des

principes traditionnels, la pensée philosophique contemporaine, et tenir compte du progrès scientifique moderne, pour donner à la philosophie l'appui incontesté des faits,

La parole pontificale fut religieusement écoutée Par tous ceux qui avaient à cœur le salut de la société ; et c'est alors que, dans les diverses parties de l'Europe et même en Amérique, l'on vit surgir toute une pléiade d'hommes distingués, soucieux de réaliser le rêve si chèrement caressé par le chef suprême de l'Eglise,

392. Renaissance en Italie. — Pour mettre en pratique les enseignements donnés dans son Encyclique, Léon XIII commença par nommer aux universités romaines des Professeurs convaincus de la supériorité des doctrines thomistes. Carnoldi fut appelé à occuper la chaire de philosophie, à la Grégorienne, tandis que Zigliara alla à la Minerve, En même temps, le saint-père confiait l'enseignement de la théologie et de la philosophie, au collège de la Propagande, à Satolli et Lorenzelli, et celui de l'Ap- Polinaire, à Thalamo. Ces nominations étaient excellentes et assuraient le succès de l'entreprise restauratrice. Forts de l'appui du saint-siège, les nouveaux titulaires, devant des auditeurs de plus en plus nombreux et enthousiastes, exposèrent d'une façon brillante les grands et immortels principes du thomisme. Et, soit Par des articles de revues, soit par des ouvrages de longue haleine, ils surent démontrer combien la Philosophie de saint Thomas l'em- Porte sur celle qu'on avait eu le malheur de Jui

substituer, et combien le pape régnant avait été sagement inspiré en opérant cette importante réforme.

Le Rév. Père Jean-Marie Cornoldi (1822-1802), de la Société de Jésus, sur les conseils du cardinal Pecci (1807-1890), frère de Léon XIII et l'un des principaux promoteurs de la Renaissance thomiste, avait été appelé à Rome, pett de temps avant l'apparition de l'Encyclique Æterni Patris, peur y donner des cours libres de philosophie scolastique. Son principal ouvrage est : Leçons de philosophie scolustique. Le cardinal Zigliara (1833-1893) appartenait à l'ordre des Dominicains ; c'est pourquoi il fut nommé à la Minerve, université dirigée par les fils de saint Dominique. 11 écrivit en trois volumes une Somme philosophique, suivie bientôt dans un très gran! nombre de collèges et de séminaires, et qui eut l'honneur d'une quinzaine d'éditions. Loren: zelli, aujourd'hui cerdinal, publia, , deux volumes, les Philosophie Theorotice Institutrnes, suivis surtout au Collège de la Propagande. C'est peut-être le meilleur manuel de philosophie scolastique qui ait vu le jour au dernier siècle. Le cardinal Satolli (1840- 1910), métaphysicien profond et auteur d'un important commentaire sur la somme théologique de saint Thomas, a composé aussi une Logique (Echeridion Philosophie, Pars Ia, continens logicam universam ). Mgr Thalamo est l'auteur de l'Aristotelismo deiiu Scolastica, l'un des plus remarquables ouvrages qui aient attiré l'attention du monde savant sur le mouvement néo-scolastique romain. Citons encore parmi ceux qui, avant où après l'Encycliqt :, ont travaillé,

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en Italie, à la restauration de la Püélosophie traditionnelle : le Père Mathieu Liberatore, S, J. (1810- 1802), à qui nous devons plusieurs ouvrages traduits en français: De Ja cOhnaissance intellectuelle, Le composé humain, De l'âme, De la composition des corps, et le Père de Maria, S, J. auteur de Ja Philosophia Peripatetico-scolastica, en trois volumes, etc., etc.

On s'est plu, en certains quartiers le mouvement thomiste romain ne répondait pas aux besoins actuels !, On lui a reproché d'être resté trop étranger à Ja philosophie moderne et à la pensée scientifique Contemporaine. Nous trouvons cette manière de voir pour le moins trange. [1 suffit de lire attentivement les ouvrages publiés par les professeurs romains, Surtout ceux de Lorenzelli et de Thalamo, Pour voir que ces hommes sont loin d'ignoter les théories actuelles, qu'ils en ont. au contraire, fait une étude sérieuse, et que, lorsqu'ils leur préfèrent les doctrines du thomisme, ils agissent à bon escient. Ce qui est vrai, c'est que nulle part, mieux qu'à Rome, les Principes philosophiques et théologiques ne sont approfondis ?,

393. En Espagne. — Ceux qui, en Espagne, prirent une part active au mouvement scolastique, furent le cardinal Gonzalez, de l'ordre des Dominicains (1831-1802), auteur d'une Histoire de la Phi-

* à soutenir que

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