‹ Histoire de la philosophie [microforme]Chapitre 27 sur 137 · SOCRATE · texte numérisé non relu

SOCRATE

47. Vie de Socrate. — Socrate naquit à Athènes en l’année 470 avant J.-C. Son père, Sophronisque, était sculpteur, sa mère Phénarite, sage-femme. Timon, cité par Diogène Laërce, l'appelle le polis- Seur de pierres. C’est dire qu’il exerça le métier de son père. Il abandonna bientôt cette besogne Pour se consacrer tout entier à la philosophie et à la Drédication morale * Car Socrate n’est pas seulement Philosophe, il a quelque chose de l'apôtre, du prophète. Il croit avoir reçu des dieux la mission de travailler à la réforme morale et religieuse de sa patrie.

Il est proclamé le plus sage des hommes par l'oracle de Delphes, et en toute occasion on le voit

donner l'exmple des plus hauies vertus. A Athènes, il va toujours pieds nus, il résiste à la faim et à la soif, brave le froid; sur les champs de bataille, il fait preuve d’un Courage admirable et szuve d’une mort certaine Alcibiade à Potidée, Xénophon à Délium. Avide de faire du bien à ses concitoyens, discoureur subtil et éloquent, il aborde tout le monde, sur les places publiques, dans les gymnases et les ateliers, A cause du charme de sa parole et de la bonté de son cœur, il exerce un grand ascendant sur la jeunesse. Les sophistes, les poètes, les politiques, faisaient le sujet de ses conversations et surtout de ses railleries. Les sophistes, il les tourne en ridicule; les poètes, il déclare qw'ils ne savent ce qu'ils font, et accuse les politiques d'être la cause de la décadence d'Athènes. Il n'en fallait pas davantage pour soulever contre lui l'opinion : ses adversaires conjurèrent sa perte. Ils le firent passer pour révolutionnaire, Pour ennemi des institutions de Su pays. Plusieurs occasions les servirent à mervi. 'e. Socrate avait défenau les dix généraux qui comnbattirent aux Arginuses ; en maintes circonstances il sut résister aux trente tyrans ; il ne se gênait pas de critiquer vertement Thémistocle et Périclès, les grands politiques de la démocratie athénienne. Et sous prétexte de fortifier a religion nationale et la démocratie. Mélitus, un poète, Ly- Con, un rhéteur, Anytus, un Corroyeur, l’accusèrent devant l’Aréopage. L'acte d'accusation était ainsi conçu : “ Socrate est coupable, en ce qu’il ne reconnait pas les dieux de la république, et met à

leur place des extravagances démoniaque; ; il est coupable, en ce qu'il Corrompt les jeunes gens. Peine de mort 1, ”

Devant ses juges, il eut une attitude très noble. Après sa condamnation. il leur adressa une courte allocution et leur fit voir combien il méprisait la mort. Libre de choisir la peine qu'il jugeait digne de lui — comme le Jui pe“mettait la loi — i] demanda à être nourri dans le Prytanée jusqu’à la fin de ses jours, aux frais de l'Etat. Ce choix n'était pas de nature à lui rendre les juges favorables. ]1 fut condamné à boire la ciguë.

Dans le Phédon, Platon a fait un récit très touchant de la mort de son maître, “ Telle fut — dit-il, en concluant sa narration —— la fin de notre ami, de l’homme, nous pouvons bien le dire, le meilleur et aussi le plus sage et le plus juste de tous ceux que nous ayons jamais connus. ”

48. Caractère de la Püilosophie de Socrate. — Le non-moi, le monde extérieur, avait été la grande préoccupation des philosophes antérieurs à Socrate. Idéalistes et empiriques, dynamistes et mécanistes de toute nuance, etc., avaient concentré leurs études sur l'origine et la nature des choses. L'homme, surtout l’homme moral et politique, était étranger à leurs investigations. Le trait distinctif des sophistes fut un souverain mépris pour la vérité. Le vrai ou le faux les laissaient indifférents. Ils n'étu-

1. Xénophon, Mémorables, I, 1, cité par Laforet, op. cit, p. 342.

diaient rien avec un désir sincère d'arriver à une solution satisfaisante des problèmes qui intéressaient l'humanité. Une pure et stérile spéculation, telle était leur philosophie.

Au dire de Cicéron, Socrate “ fit descensre la philosophie du ciel sur la terre”. Cette metaphore nous peint bien la philosophie de Socrate. Ce fut avant tout une philosophie pratique. Socrate aime la vérité d'un amour pratique et fécond. Il la veut connaître afin d'y conformer et sa vie et ses mœurs. L'homme dans sa conduite morale sera donc l'objet de ses recherches scientifiques. Pour bien se conduire moralement, il faut d'abord se bien connaître soi-même, et ensuite, les choses distinctes de soi, afin de pouvoir en user convenablement et ainsi mieux ordonner sa propre vie. C'est à cette connaissance de soi-même, et des choses distinctes de soi, que, pour Socrate, se ramène toute la philosophie. Pratique en premier lieu, la philosophie de Socrate est encore une philosophie morale, en ce sens qu'elle est ordonnée aux mœurs de l’homme.

Voilà pourquoi le connais-toi toi-même du temple de Delphes, avait pour lui une importance capitale. Il le répétait souvent et le comprenait dans un sens pratique. Il voulait que l'homme se connût lumême afin de se rendre meilleur et, partant, heureux. Car, selon lui, le bonheur est inséparable de la vertu. Il considérait la pratique du bien comme la source infaillible et unique de la félicité. On peut donc affirmer que Socrate a opéré en philosophie une véritable réforme.

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