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49. Méthode Socratique.— Plus modeste que les premiers philosophes qui voulurent tout connaître : le monde, son origine et ses destinées, Socrate veut que l'homme se tourne vers le moi, vers lui-même. C'est en cela que consiste sa réforme. Le connaistoi toi-même fut le principe de sa méthode. En se connaissant soi-même, on sait son ignorance, et sat'oir Son ignorance, c’est déjà avoir l'idée de la science. Le connais-toi toi-même conduit donc à un double procédé : l’un, négatif, nous révèle notre ignorance, nous délivre de cet éiat, nous purifie, Pour ainsi dire, et nous rend aptes à recevoir la vérité ; l’autre, bositif, nous met en possession de cette vérité qui nous manque. Ces deux procédés, chez Socrate, prennent la forme extérieure du dialogue et ont chacun un nom spécial : le premier s'appelle l'ironie, le deuxième la maïcutique.
Socrate discute avec tous ceux qu’il rencontre sur la place publique, et surtout avec les sophistes, Il leur pose des questions, écoute attentivement les réponses qu’il examine, tourne et retourne en tous sens. Et ainsi il arrive à des conséquences fausses, contradictoires. C’est le procédé négatif, c'est l'ironie Socratique. Par ce moyen, Socrate fait donc voir l'ignorance de son interlocuteur, il lui montre qu’il est dans un état négatif.
Mais il ne veut pas le décourager, et s'il lui découvre son ignorance, c'est pour le préparer à l’enfantement de la science, )
La possession de la science active la connaissance de soi-même. Car, l’âme humaine à la vérité, Et
le rôle du maitre consiste à faire sortir hors d’ellem'ne (âme humaine) cette vérité qu’elle possède déjà : c'est ce qu'il appelle la maïeutique. En d’autres termes, par ses interrogations, le maître amène petit à petit l'élève à décuvrir, chez lui, d'une manière explicite, des vérités qui y étaient déjà d’une façon implicite, à l’état latent. Faire cette découverte, c'est se connaître mieux soi-même, Ce deuxième procédé est appelé positif.
Au point de vue logique, ce qui permet l’enfantement de la vérité, ce sont l'induction et la définition. “Il y a deux choses, dit Aristote, qu’on peut attribuer à Socrate : les discours inductifs et la définition générale.” Monsieur Boutroux appelle ces “ deux choses ” le “ fonds logique ” de la méthode socratique.
Les sophistes prenaient pour principe des définitions vagues, incomplètes. Socrate y voulut s:tituer des concepts exacts, qui répondissent à la ture des choses. Dans ses entretiens, comme le raconte Xénophon,'il tâchait de donner à ses interlocuteurs :ne notion juste du courage, de la justice, etc. Il ieur proposait des cas particuliers, s’efforçait à leur en faire dégager un nrincipe cornmun, une idée générale qui pût convenir à tous ces cas. C’est là de la véritab' induction, procéder du particulier au général. Et ce principe commun déduit des cas particuliers, marquait la définition de ces mêmes cas. Cette notion logique, commune, convenant à plusieurs, constitue le genre, un des cinq universaux, ou une des cinq manières dont une idée uni-
voque se dit de ses inférieurs. Voilà pourquoi Xénophon dit quelque part que Socrate s'occupait de la recherche des genres.
50. Doctrines philosophiques de Socrate, — Socrate n’a rien écrit, Xénophon et Platon nous rapportent tour à tour ses entretiens. Xénophon, dit-on, n'est pas assez philosophe pour juger de la doctrine de son maître; Platon, au contraire, l'est trop; au dire même de Socrate, il raconte certaines choses qui sont ses opinions personnelles. C’est Aristote, en l'espèce, qui est le témoin le plus digne de croyance. La connaissance de soi-même, point de départ de la philosophie de Socrate, est crdonnée à la pratique de la vertu, à la vie morale. C’est donc la morale qui prime dans cette philosophie. Mais ce n’est pas une morale indépendante, elle suppose les lois divines. Par conséquent toutes les doctrines philosophiques de Socrate peuvent se ramener à la Psychologie, à la morale et à la théodicée.
51. Psychologie de Socrate. — 1] fait la distinction entre le corps et l’âme, il proclame hautement la spiritualité et l'immortalité de cette dernière. L'âme jouit d’une double faculté fondamentale : les sens qui ont pour objet les individus, la raison qui atteint les idées et les concepts généraux. J1 nie l'existence de la liberté. La volonté est soumise au déterminisme psychologique. Pour Socrate, la con-
naissance de la vérité et la volonté du bien se confondent. La vertu qui regarde la volonté, s’identifie donc avec la science, C’est cette identification de la science et de la vertu qu’on a appelé le parodoxe socratique.
52. Morale de Socrate. — Le principe fondamental de l'éthique de Socrate, est la réduction de la vertu ct la science. Le péché se réduit donc à une ignorance, puisqu'il est opposé à la vertu et que celle-ci se confond avec la science De plus, personne ne commet le mal volontairement ; en effet, le bien et le vrai s'identifient, Or l'intelligence toujours nécessairement ten vers le rai et partant vers le bien. Si ce n'est pas le vrai qu'elle a atteint dans une tendance donnée, ce sera un pur accident, qui ne dépendra pas d'elle, puisque de sa nature elle +1 faite pour la vérité.
Pour ce philosophe, la science n'est pas le moyen ct la condition de la vertu, mais la vertu même. “ Si le musicien, dit-il, est celui qui sait la musique, et le maçon celui qui sait bâtir, il est naturel que le juste est celui qui sait la justice.” Si la vertu est une science, elle peut donc s'enseigner, d’où cette sentence qu'on attribue à Socrate : “ Instruisez les hommes et vous les rendrez meilleurs. ”
Puisque la vertu s'identifie avec la science, la première des vertus sera donc la sagesse, Suivant son objet la sagesse s'appellera courage, tempérance, justice, force. Ce sont les vertus fondamentales. Contre les sophistes il admet l'existence de la loi naturelle. Il fait la distinction entre les lois écrites et non-écrites. Celles-là sont muables, changeantes, variables avec les pays. Celles-ci sont immuables, stables, invariables, promulguées par la conscience qui est la voix de Dieu même.
Sa politique est opposée à la démocratie.
Car,
Pour lui, la Politique se et, partant, Je Pouvoir revient de L'esthétique de Socrate est mora vant lui, le beau et LL.
53. Théodicée de Socrate, — Dieu existe, il est éternel, unique, immense, Personnel, Sa Providence s'étend à tous et à chacun. L'argument de causalité et Surtout la finalité, sont les Preuves de l'existence de Dieu, L'homme, en effet, doué d'intelligence, ne Peut avoir pour Cause, qu'un être intelligent : l'ordre du monde révèle une cause qui a dû l'ordonner à une fin, Socrate Se croyait favorisé de certaines inspirations d'en haut, c'est ce qu'il appelait son
génie, sa voix divine, Les auteurs ont nommé ce génie, cette voix divine, le démon de Socrate, Quelques philosophes ont Soutenu que cette manière de parler de Socrate n'était qu’une Pure métaphore, D'autres prétendent que c'est une Preuve nouvelle de sa Croyance en Dieu. Quoi qu'il en soit, on a beaucoup discuté sur Ja nature de ce démon, On
‘est pas un rationaliste.
confond ave
€ la science, droit aux savants, le parce que, suibien sont identiques,
a Conséquence qui découle de cette trop courte étude est que Socrate, par sa
philosophie dans la voi
le fondateur de cette philosophie éternelle dont parle Leibniz, et qui se reconnait à un triple objet: Dieu, l'âme et la vie future. Par sa méthode il a enseigné l’art si difficile de rentrer en soi-même, de réfléchir.
Sa morale est digne d’éloge. Il flétrit l'esclavage, et proclame le respect de la femme. Et à ce point de vue, il est allé même plus loin que ses successeurs immédiats.
Ce que l’on doit le plus reprocher à Socrate c’est d’avoir confondu la science avec la vertu. Il n’a pas suffisamment, ou mieux, aucunement fait la distinction entre l'intelligence et la volonté. Sa méthode est par trop exclusive, elle ne fait pas assez de cas de l'observation extérieure. Il a eu tort aussi de subordonner la métaphysique à la morale. Sa maïeutique, ou l’art de tirer hors des esprits les vérités qu'ils portent, suppose que les universaux ou les idées générales ne nous viennent pas du dehors. Elle contient toute une théorie philosophique, elle est le germe de ce grand spiritualisme que Platon, son disciple, développera, mais qui sèra complété par Aristote et surtout par les princes de la philosophie chrétienne.
Quant à l'accusation d’athéisme portée contre Socrate, elle n’est aucunement fondée. Xénophon défend son maître du crime d’avoir ignoré les dieux de sa patrie. Au contraire il rendait un culte à ces mêmes dieux, et, toujours d’après Xénophon, avant de mourir il pria ses amis de sacrifier un coq à Escu-
lape.
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