‹ Histoire de la philosophie [microforme]Chapitre 30 sur 137 · ARISTOTE · texte numérisé non relu

ARISTOTE

64. Vie d'Aristote, Aristote naquit à Stagire, colonie grecque de la Thrace, en l'an 384 av. J.-C. Il eut pour père Nicomaque, médecin, du roi de Macédoine, Amputhas II, A l'âge de dix-huit ans (366), il vint à Athènes où, pendant vingt ans, il suivit les cours de Platon. Il eut Ja gloire d'être Je maître d'Alexandre le Grand. Peu avant le départ d'Alexandre Pour l'Asie, Aristote revint à Athènes (334) où il ouvrit une école connue sous le nom de Lycée, à cause d’un temple voisin consacré à Apollon Lycien (tueur de loup). 11 donnait ses leçons en se promenant avec ses disciples, ce qui fit appeler Sa philosophie péripatéticienne (des Promeneurs), Une réaction contre les Macédoniens suivit la mort d'Alexandre. On SOUpÇonnait Aristote de leur être favorable. Car, les relations entre Aristote et Alexandre toujours avaient été amicales, et du fond de l'Asie le &rand conquérant envoyait des exem- Plaires de Plantes et d'animaux fares à son ancien maitre. Pour se Soustraire à la Persécution, accusé d’athéisme et d'impiété, \ristote confia la direction du Lycée, avec la garde de ses Manuscrits et de ses collections, à Théophraste, «t Senfuit à Chalcis en Eubée, OÙ il mourut en l'an 322, dans sa soixante-deuxiètne année,

65. Ouvrages d'Aristote, — Aristote était un génie universel : à part les mathématiques, il a étudié et approfondi toutes les sciences. Son œuvre

se 76 ne

forme une véritable encyclopédie du savoir humain au IV* siècle av. J.-C. On peut diviser ses écrits en deux groupes.

Au premicr groupe se rapportent les ouvrages qui concernent le moi, l'homme. Ce sont les travaux de logique réunis plus tard sous le nom d'Organon. L'Organon comprend six livres : les Catégories, l'Interprétation( Proposition), les Premiers Analytiques qui traitent du syllogisme, les Seconds Analytiques qui traitent de la démonstration, les Topiques et les Sophismes. Viennent ensuite le traité de l'âme, de courtes études sur la Sensation, sur la Mémoire, sur le Sommeil, la Rhétorique, la Poétique, l'Ethique à Nicomaque, la Politique et la Constitution des Athéniens.

Le second groupe se. divise en deux catégories. À la première appartiennent les Ouvrages qui ont trait au non-moi, c'est-à-dire à la réalité extérieure. Cette réalité extérieure peut être la nature inorganique ou le monde de la vie. Au monde inorganique se rattachent le traité de Cœlo, la Météorologie, la Physique. A la suite de la Physique furent placés les traités sur la philosophie première qui comprennent la science des causes et des principes. Ces traités réunis par les commentateurs, et faisant suite à la Physique, furent appelés la Métaphysique.

À. la seconde catégorie se rapportent les travaux qui ont pour objet le monde organique, animé, C'est un traité des Plantes, une Histoire des animaux et un livre sur la Génération.

66. Caractère de la Philosophie d'Aristote, — Disciple et adversaire de Platon, Aristote continue son maître et le combat.

Comme celle de Platon, la philosophie d'Aristote est une philosophie du Concept. La dialectique de Platon a sa continuation et son développement dans la logique du syllogisme d'Aristote. Pour les deux, la science à le même objet : l'umrersel. La méthode d'observation, timidement appliquée dans la philosophie platonicienne, est établie sur des bases scientifiques par le Stagirite.

Aristote soutient contre Platon que seul le singulier, l'individu, existe substantiellement., 11 est donc un adrersaire des idées séparées. L’universel ou le général est immanent à l'individu, il n'est que par lui, qu'en lui, L'idée s'obtient par une abstraction de l'esprit en généralisant les caractères communs à plusieurs individus,

Le Stagirite ne subordonne pas la science, comme son maitre, aux besoins de la vie morale, Tous, dit-il, au commencement de la métaphysique, ont le désir naturel de connaître en dehors de tout intérêt. Sa philosophie est une Synthèse générale, explicative de la totalité des choses ; ses doctrines forment un système philosophique basé sur la méthode analylico-synthétique. Elle évite à la fois les rêveries des idéalistes et l'empirisme exagéré des ultra-réalistes. Elle suit la voie mitoyenne, et, comme la vérité, elle se tient dans un juste milieu.

67. Division de la Philosophie. — C'est à Aristote que l’on doit la célèbre classification des sciences

philosophiques en théoriques, pratiques et poétiques, selon qu'il s’agit de la pure connaissance Spécuiative, de la conduite et de la production extérieure. La philosophie théorique comprend : 1° La Physique, étude approfondie du mouvement, 2 la Mathématique, étude approfondie de la quantité, 3° la Méthaphysique appelée théologie ou bhilosobhie première, étude approfondie de l'être en tant qu'être.

La philosophie pratique comprend la logique (conduite des actes de l'intelligence), l'éthique (actes de la volonté), l'économique et la politique. Très souvent l’économique se confond avec la politique. C'est ce que nous ferons ici.

Nous allons étudier brièvement ces différentes Parties, en commençant par la Logique qui, chez Aristote, est comme le vestibule de tout l'édifice philosophique.

68. Logique d’Aristote. — Aristote est :le premier qui ait fixé l’ensemble des lois que doit suivre l'esprit humain pour acquérir la science. Voilà pourquoi il mérite le nom de créateur de la Logique. Il en fait l'instrument du savoir. Savoir une chose, c'est connaitre son essence, et nous y arrivons par la démonstration scientifique et le syllogisme qui font l’objet des Analytiques. Encore le premier, il décrit le procédé syllogistique, il en expose les lols, les modes et les figures avec une sûreté que la postérité a maintes et maintes fois confirmée. Et il qualifie de démonstration le syllogisme qui produit la certitude. A la démonstration sont opposés les

raisonnements probables et les ra

isonn: ments erronés. Ceux-ci sont exposés dans un traité spécial,

la Sophistique, cêux-là font l'objet des T'opiques. Ces quelques lignes suffisent pour faire connaitre la Logique d'Aristote. Tenter serait répéter tout ce que renferment les manuels de philosophie scolastique sur Ja Logique formelle.

60. Métaphysique d Aristote … la philosophie théorique —science de ce ur est. 5'appelle encore Philosophie réelle. Les différents points de vue sous lesquels elle étudie la réalité, donnent lieu à la triple classification que l'on trouve chez Aristote : Métaphysique, Mathématique, Physique.

La méthaphysique est la science de l'être. ‘l'out ce qui existe est donc son objet matériel. L'être comme tel, l'être en tant qu'être, voilà le point de vue, l'aspect sous lequel elle l'envisage. C’est son objet formel. Si l'on ne considère que son objet formel, la métaphysique devient alors l'Ontologie ou la métaphysique générale. Générale, parce qu'elle s'occupe de tout ce qui est, et ce faisant, elle se présente comme la première des sciences.

L'être se divise en dix catégories, ou dix classes auxquelles peut se ramener tout le trésor de la pensée humaine. Les dix Parties du discours dont parlent les grammairiens sont l’expression plus ou moins adéquate des dix catégories ou prédicaments. Ou l'être est auto-sufisant à subsister, ou il est adhérent à un autre. Dans le premier cas nous avons la substance, dans le second cas, c’est l'accident. Il

y à neuf accidents; car une chose peut exister dans

d'en faire l'analyse

une autre de neuf manières différentes. Si l'on compare la substance à l'accident, celle-là est permanente, celui-ci est ariable. Aïfisi Aristote concilie les théories des philosophes précédents, et, selon lui, dans l'être, il y a du stable (Parménide) et du desenir (Héraclite).

Le devenir de l'être implique changement, et changement dit passage d'un état à un autre état, d’une manière d'être à une autre manière d’être. Supposons l'être B qui passe de l’état c à l'état d, avant de passer à l’état d, il pouvait y passer : il est à l'état d, précisément parce qu'il pouvait y arriver. Il est en puissance d’être d ; d est une détermination nouvelle que B acquiert, c'est une perfection, c’est un acte. C'est la théorie de la puissance ct l'acte qui est comme le pivot de la riaphysique aristotélicienne.

À la théorie de la puissance et l'acte se rattachent la matière et la forme, et la thèse des quatre causes.

Le passage de B, de l’état c à l'état d, s'appelle mouvement qu’Aristote définit “l'acte de l'être en puissance, en tant qu’il est en puissance ”. Ce qui, dans l'être changeant, demeure toujours le même et reçoit successivement des déterminations différentes, c’est la matière ; ces déterminations différentes, c'est le principe déterminateur, c’est la forme. La matière et la forme sont donc une explication du changement, c'est-à-dire du mouvement, et voilà pourquoi ils appartiennent à la métaphysique. Rigoureusement, la théorie s'applique aux substances corporelles, mais Aristote en a généralisé la notion et

SI — l'a transportée à tout ce qui peut être mn, sujet de changement, à tout ce qui peut être déter minable et détcrminatcur.

Si B a passé de c à d, s'il a été mû, une cause a dû lui imprimer ce mouvement, et lui faire subir ce changement. La théorie des causes est donc apparentée au mouvement. Aristote distingue quatre Causes: cause matérielle et formelle, cause cfficiente et finale. Les deux permières sont dites intrinsèques parce qu’elles sont inhérentes à la chose ellemême ; extrinsèques sont appelées les deux dernières, parce qu’elles sont en dehors de l'effet produit.

70. Théologie d’Aristote. — Les êtres soumis au changement, composés d'acte et de puissance, supposent l'existence d'un être immobile, principe de tout mouvement, acte pur. Le principal! argument en faveur dè cet acte Pur qui est Dieu, c’est te Mouvement. Tout ce qui est mû est mû par un autre. Et sous peine d'admettre une série infinie de causes motrices — ce qui serait absurde — il faut arriver à l'existence d'un moteur immobile.

Le premier attribut de Dieu est l'immobilité. Acte pur, en effet, il exclut toute potentialité et, partant, tout mouvement. L'immobilité comporte l'indivisibilité où la simplicité, parce que tout ce qui est composé renferme la puissance et l'acte, la spinitualité, car tout corps résulte de la matière et de la forme, et est soumis au changement. Absolument parfait, Dieu doit avoir l'intelligence ; aussi bien, son activité la plus haute est la pensée. Et cette

pensée ne peut avoir pour se nourrir qu'un objet adéquat, Dieu lui-même.

Dieu a des relations avec le monde. Quelle en est la nature? Les auteurs ne s'accordent pas lorsqu'il s'agit de définir là-dessus la pensée d’Aristote Selon les uns, ces relations seraient inconscrentes, et Dieu agirait sur le monde, non comme cause efficiente, mais plutôt comme cause finale. Il en serait comme l’aimant qui attire le fer, et l’objet aimé qui, sans vouloir et sans connaître, attirerait nécessairement à lui celui qui l'aime. C’est la négation de la Providence 1,

Par ailleurs, s’il faut en croire certains commentateurs autorisés d’Aristote, le philosophe de Stagire aurait, sinon enseigné explicitement, du moins soupçonné que Dieu est la cause efficiente, consciente du monde, partant, sa Providence =.

71. Mathématiques d’Aristote. — La métaphysique traite de l’immatériel par abstraction ou par nature. Les mathématiques ont pour objet la quantité rationnelle et les rapports que son étude engendre. Leur degré d’abstraction est donc moins élevé que celui de la métaphysique. Elles font abstraction de tous les attributs sujets au mouvement, et considèrent comme isolées du corps, des propriétés qui, réellement, en sont inséparables.

1. De Wulf, Æistoire de la Philosophie médiévale, P. 45. Laforet, ist, de la Philosophie, t. II, p. 8x.

2. Cf: S. Thomas, Summa Theologica, pars Z, Q. XLIV, art. II, p. 358.—Satolli, Pro/ectiones in Summam Theolo- £icam, vol. III, p. 228.

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72. Physique d’Aristote, — Tandis que les mathématiques étudient l'étendue rationnelle, abstraction faite des attributs sujets au mouvement, la Physique traite de ces mêmes attributs : en d'autres termes, elle a pour objet les corps en tant qu'ils sont soumis au mouvement, Ici le degré d'abstraction est encore inférieur à celui des mathematiques. La physique s'appelle générale ou shéciale suivant qu'elle étudie l'être corporel en général ou telle classe d'êtres corporels, v. g. les Corps célestes, les corps sublunaires Ou terrestres. Parmi ces derniers se place l'homme. La Physique d’Aristote renferme donc sa Psychologie.

73. Psychologie d'Aristote, — L'homme est un tout composé de deux parties : matière et forme. La matière est le Corps, la forme est l'âme. Celle-ci. donne au corps son unité, son organisation et sa vie, Elle en est l'acte Premier, la forme substantielle ; selon la définition d'Aristote, l'âme “ est la forme d'un corps naturel qui a la vie en Puissance ”, Si l'âme donne ja vie. tout être vivant a donc une âme. Mais les êtres vivants n’ont pas les mêmes degrés de perfection, aussi bien, leurs âmes qui sont des formes substantielles doivent varier, Au plus bas, dans l'échelle des êtres, nous trouvons les plantes, leur vie est végétative. Conséquemment le Principe de cette vie sera de même nature, C’est l'âme végétative. Si nous montons, nous rencontrons les animaux qui vivent d’une vie sensitive, ils ont une âme sensitive. Enfin, tout au sommet des êtres de ce monde, nous voyons l’homme qui a une

vie intellective, c'est l'âme raisonnable. Comme les formes supérieures contiennent les formes inférieures, l'âme intellective de l'homme est à la fois végétative et sensitive.

L'âme humaine, une en sa substance, s'épanouit en deux sortes de facultés : cognoscitire et appétitire. La faculté Cognoscitive est sensibie et intellectuelle. Cette dernière suppose la première, L'adage antique : nihil est in intellectu quod non brius fucrit in sensu, est admis par Aristote. L'âme, en effet, unie au corps, ne peut naturellement acquérir des idées que par les sens. Et cet adage, il faut le dire, Aristote est loin de l'entendre au sens cmpirique.

Pour lui, comme pour Platon et Socrate, l'objet de la science n'est pas le singulier, le concret, l'individu, mais la quiddité, la nature du singulier, du concret, de l'individu. Cette quiddité, enveloppée dans la matérialité, y existe d'une manière fondamentale, en puissance, et est quelque chose d'universcl, d'immuable. L'universel comme tel, la quiddité abstraite, n'existe pas dans la nature. Seul l'individu existe. D'où la nécessité d'une faculté dont le rôle est d'abstraire l'unirersel de ji image de l'objet qui a d'abord agi sur le sens. Cette faculté, appelée intellect actif, fait comprendre. Elle illumine l'image sensible, Cette quiddité abstraite est reçue dans une autre faculté appelée intellect passif, où intellect possible, où mieux, intelligence tout court. Cette faculté intellige, comprend. A côté de la connaissance intellective, il y a la connaissance

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