Domet de Vorges, Saini Anselme, p
qui précède la raison, Et pour cela, on l'a surnommé le “second Augustin”, 2° Systématique, c'est-à-dire que ses doctrines sont érigées en système. Le premier, il a tenté de faire la Systématisation de la philosophie scolastique. Et tous les problèmes qui l'occupent, il les réunit en une vaste synthèse, IT fut appelé, pour cette raison, le premicr des scolastiques : de mème aussi, ses affñinités avec la philosophie patristique l'ont fait qualifier de dernier Père de l'Église, 3° Définitive, non pas en ce sens qu'elle eut le dernier mot sur toutes les questions, mais parce qu'elle définit les rapports de la foi et de la raison, qu'elle leur assigne bien leurs limites respectives. On a appelé saint Anselme le Grégoire VIT de la science, parce que, dans l'ordre philosophique, il fit une œuvre analogue à celle du grand pape dans l'ordre religieux et civil. Grégoire VII, en effet, acheva l'organisation de l'Église et définit ses rapports avec l'Etat.
147. Métaphysique de saint Anselme. — La métaphysique de saint Anselme pivote, pour ainsi dire, autour de la théodicée. Il fait de Dieu le centre de la métaphysique. En cela, il est fidèle à la méthode chère à saint Augustin; ainsi qu'à l’évêque d'Hippone, Dieu lui apparaît comme la cause exemplaire, efficiente et finale du monde intelligible et réel.
148. Théodicée de saint Anselme. — En théodicée, saint Anselme est surtout célèbre par sa preuve ontologique de l'existence de Dieu, preuve qu'il expose dans son Proslogium, lequel, avec le M0nologium, sont ses deux principaux ouvrages. Tandis
que dans le Monologium, saint Anselme démontre l'existence de Dieu par des arguments platoniciens, à savoir, par des preuves tirées des causes efficientes et finales, dans le Proslogium il développe l'argu- "nent auquel il a donné son nom, c'est-à-dire l'argument ontologique, Saint Anselme veut démontrer à l'insensé qui, suivant l'Ecriture “a dit dans son cœur, il n'y a pas de Dieu”, qu'il doit admettre l'existence de ce même Dieu. Dieu, selon saint Anselme, est un être tel qu'on ne peut s'en représenter un plus grand. Nous avons l'idée de cet être. Or un être tel, ne peut pas exister seulement dans l'entendement (intellectu), il doit avoir une existence dans la réalité, il at exister réellement. parce que l'existence réelle est une perfection Plus grande que l'existence idéale, et cet être dont nous avons l'idée, nous nous le représentons comme celui au-dessus duquel on ne peut rien concevoir de plus grand. Dieu existe donc réellement. La faiblesse de l'argument de l'archevéque de Cantorbéry consiste dans ce fait qu'il confond l'ordre subjectif ou idéal avec l'ordre objectif où réel. Concevoir l'être le plus grand comme existant, à l'état idéal, n'est pas la même chose que d'affirmer l'existence réelle et objectie de cet être. Gaunilon, un moine de cette époque, a attaqué cet argument, et, avec raison, a démontré qu'il n'etait Pas convaincant, assez fort Pour convertir un athée. Les grands docteurs du XIII siècle, entre autres, saint Thomas, ont rejeté l'argument ontologique de saint Anselme. Dans son De fide Trinitatis, l'archevêque de Cantorbéry a dé-
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fendu l'unité divine contre Roscelin qui enseignait le trithéisme. Bien que réaliste dans la question des universaux, saint Anselme ne fut pas outré au point de contredire s4 propre théodicée et d’être panthéiste.
149. Psychologie et morale de saint Anselme. — En psychologie encore, on voit que saint Anselme est au fait des doctrines augustiniennes. Il admet la distinction essentielle entre les facultés intellectuelles et les facultés sensibles. Dans la sphère supérieure de l'âme, il découvre trois facultés : memoria, intelligentia, amor. Il ne discute pas les problèmes que soulève l’origine des idées, bien qu'il parle de leur origine sensible. 11 assigne un grand rôle à Dieu dans l'acquisition de la connaissance. D'où vient l’âme humaine ? Sur cette question il est hésitant. L'homme, pour saint Anselme, résulte de deux parties, l'une matérielle, l'autre spirituelle, et forme un être un. Ce n’est pas à dire qu’il a professé l'aylémorphisme. Il a consacré deux traités au libre arbitre.
Quant à sa morale, elle est augustinienne. Il embrasse les théories de saint Augustin sur le mal et la prédestination. C’est une morale avant tout théologique.
150. Guillaume de Champeaux (1070-1120). — Après avoir été auditeur de Roscelin, à Compiègne, à l'école cathédrale de Paris dont il fut l’un des maîtres, il s’en déclara l'adversaire acharné dans la fameuse question des universaux. Guillaume de Champeaux est surtout célèbre par son réalisme
exagéré; pour lui, les universaux, les idées générales n’existent que dans la réalité. Il a composé plusieurs ouvrages de dialectique qui sont tous perdus. Abélard fut son plus ardent contradicteur.