SAINT BONAVENTURE
164. Vie et œuvres de saint Bonaventure.— Jcan de Fidanza naquit en Toscane, en 1221, Il entra chez les Franciscains à l'âge de dix-sept ans et fut l'élève d'Alexandre de Halès, qu'il appelle juter et magister. I se lia d'amitié avec saint l'homas, et en même temps que lui, reçut de l'Université de Paris le titre de magister (1257). Général de son ordre, cardinal, il mourut pendant le Concile de Lyon auquel il prit une part considérable. La postérité lui a donné le nom de docteur séraphique. Parmi ses ouvrages il faut citer le Commentaire sur les quatre livres des sentences de Pierre Lombard. une Somme abrégée qui a pour titre Breciloquium, la Réduction des arts à la théologie et l'Itinéraire de l'âme à Dieu.
165. Caractères de la Philosophie de saint Bonaventure. — 1° Traditionnelle : il est par excellence continuatcur du passé. Il a toujours défendu les doctrines de l'ancienne scolastique. Ce conserralisme, cependant, ne le rend pas esclave du passé. Comme il le dit lui-même “ non intendo nozas opinioncs adrersare, sed communes et approbatas rcterere”, 2 Augustinienne, et par inclination et par tradition. Cependant on doit dire que son augustinisme est à base péripatéticienne. 3° Conciliatrice . ce caractère se manifeste bien dans la position qu'il prit lors de la lutte que dirigèrent les augustiniens contre saint Thomas, son plus fidèle et son plus sincère ami. 4° Mystique: on la représente comme l'in-
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carnation parfaite du mysticisme au XIII* siècle. C'est un mysticisme théologique ou surnaturel. Cependant, le mysticisme n'exclut pas l'intellectualisme, chez lui. Il eut autant de science que de piété.
166. Philosophie de saint Bonaventure. — A la base de son enseignement, il place l'union ent la philosophie et la théologie; à celle-ci, toutefois, il attribue une valeur plutôt pratique, uffectitre que spéculatir'e. En métaphysique il enseigne que toute créature est composée de matière et de forme ! ; et donc, les anges ne sont pas de simples formes subsistantes ; il se prononce pour la pluralité des formes substantielles; il n’admet point de distinction réelle entre s’esser:: spécifique et l'essence individuelle. Enfin, l: principe d'individualisation n'est ni la matière, ni la forme, mais, à la fois, l'une et l'autre. 7 théodicée, il recourt à l'argument a posteriori -- * démontrer l'existence de Dieu. Il n'admet l'argument de saint Anselme que sous d'expresses réserves. Il répète les théories augustiniennes connues sous le nom d'illumination intellectuelle. Dieu est présent à toute intelligence, celle-ci en a besoin pour arriver à la vérité ; mais cette illumination n'est pas un concours spécial distinct du concours naturel et général par lequel Dieu coopère à toutes les actions des créatures. Il est contre la possibilité de la création ab æterno. Ici le caractère traditionnel de sa philosophie est apparent, puis-
1. Pour saint Bonaventure, la matière semble signifier non pas quelque chose de sensible, mais une certaine potentialité,
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contre la solution modérée du thomisme, Quant à sa psychologie, elle n'est ni absolument thomiste, ni absolument augustinienne, Ainsi, dans la question de la distinction entre l'âme et ses facultés, les thomistes sont Pour une distinction réelle, les augustiniens la rejettent ; saint Bonaventure prend une position intermédiaire. Il enseigne que les facultés sont consubstantielles à l'âme ; mais comme elles sortent de l'âme, entre elles et l'âme, il n'y a pas identité d'essence. Dans l'âme il distingue une forme et une matière Sirituelle. Ce n'est là que l'application de sa méthaphysique.
167. Mysticisme de saint Bonaventure. — Son mysticisme est scientifique. Pour lui, l'union de l'âme avec Dieu doit être le terme de tout savoir. Il décrit dans son Îtincrarium mentis in Deum, les différentes étapes que Parcourt successivement l'âme dans son ascension vers Dieu, En nous, dit-il, outre l'œil de la chair Coculum carnis), il y a l'œil de la raison (oculum rationis), et l'œil de la contemplation (oculum Contemplationis). Il parle de la cogitatio, de la mcditatio et de la contemplatio, comme l'ont fait les Victorins.