FRANÇOIS BACON
293. Vie et œuvres de Bacon. —Né à Londres, Bacon fut &'abord attaché d'ambassade en France, puis avocat dans sa ville natale. Par ses intrigues
et par son ingraie conduite envers son bienfaiteur
le comte d'Essex qui, sur l'ordre d'Élizabeth, eut la tête tranchée, il arriva aux plus hautes charges de son pays. Nommé grand chancelier d'Angleterre par Jacques 1°" avec les titres de baron de Verulam et de vicomte de St-Alban, il ne jouit pas longtemps de ces honneurs. On l'accusa devant le Parlement de malversation dans l'exercice de ses fonctions. Bacon avoua ingénuiement qu'il avait fait comme ses prédécesseurs. il fut condamné à être dépouillé de ses dignités et à être enfermé dans la tour de Londres. Le roi l'exempta de la prison et de l'amende sans toutefois le rétablir dans ses hautes forctions. Rendu À la vie privée, Bacon consacra ses loisirs à l'étude des sciences et de la philosophie. Son principal ouvrage est intitulé: /nstauratio magna, grande restauration des sciences. Il comprend six parties dont les deux premières seules sont achevées. Voici les titres de ces six parties: 1° De dignitate ct augmentis scientiarum; 2° Norum Organum; 3° Historia naturalis; 4° Scala intellectus; $° Prodromi, size anticipationes philosophie secunde : 6° Philosophia Secunda vel activa. 11 y a encore: Description du globe intellectuel; S vstème du ciel: Essais de morale et de politique ; De la sagesse des anciens.
224. Caractères de la Philosophie de Bacon. — 1° Dédaigneuse de l'antiquité : malgré quelques éloges décernés aux sages de la Grèce, Bacon ne ménage pas les anciens. Il trouve leur conception des choses, enfantine, leurs observations, incomplètes, et les appelle babillards. Il les accuse de n'avoir cherché dans la science qu'un vain plaisir de l'es-
prit, et qualifie Socrate, Platon et Aristote, de vulgaires sophistes. 2° Utilitaire : le but de la science n'est pas la recherche de la vérité pour la vérité, mais l’amélioration des conditions de la vie humaine. 11 le dit lui-même dans son Novum Organum, I. 82 : ‘“ La fin véritable et légitime des sciences consiste uniquement à doter la vie }'maine de nouvelles inventions et de nouvelles richesses. ” 3° Expérimen-
ile : il insiste beaucoup sur l'observation des faits ser ibles. Aussi bien, ses préférences vont à l'induction. Les raisonnements déductifs des anciens n'ont, pour lui, aucune valeur. Ils ont été la cause de bien des erreurs. Le syllogisme, dit-il, est “ un instrument trop faible et trop grossier pour pénétrer dans les profondeurs de la nature ”
225. Division de la Philosophie de Bacon. — Pour le philosophe anglais, le livre à commenter et à déchiffrer est celui de la nature. Donner à l'honime une méthode qui lui permette de se rendre maître de la nature, telle a été la tâche que s'est imposée Bacon. Laïissant de côté les sentiers battus, il a voulu ouvrir à l'intelligence huma:re une voie rouvelle. C'est donc un travail de ré ‘ganisation qu'il entreprend. Son œuvre peut se ramener à trois points principaux: classification des sciences, classification des erreurs et méthode.
226. Classification des sciences d'après Bacon. — C’est dans la première partie de son /nstauratio magna, intitulée: De la dignité et de l'accroissement des sciences, que François Bacon donne cette classification. I1 part de ce principe: l'âme humaine est
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le siège propre de la science. Or, l'ân trois facultés : Ja mémoire La classification générale
partite. A la mémoire répond l'histoire, soit naturelle, soit civile: à la »
aison, la Philosophie : à l'imagination, la hoésie, La philosophie a pour objet Dieu, la nature et l'homme. Elle se divise en phi-
losophic première et Philosophie de ‘la nature, La t'hilosophie première est la science des axiomes et des-principes communs à toutes les sciences. La Philosophie de la ñature est Shéculatice et tratique. La philosophie shéculatise s'appelle bivsique si elle étudie L, cause matérielle et efciente ; métaphysique, 2squ'elle s'occupe des causes formelles et finales. La philosophie Pratique comprend la mécanique et la magie.
227. Classification des erreurs d’après Bacon. — A cette Connaissance, à cette maitrise de la nature à laquelle veut arriver Bacon, s'opposent plusieurs obstacles, Ces obstacles, ce sont les erreurs de toutes sortes qui, ‘toujours, ont empêché et empêchent encore le progrès de nos Connaissances, Ces erreurs, Bacon les classe dans la seconde partie de son grand Ouvrage. Cette partie deuxième de l'{nstauratio Magna porte le nom de Nozum Organum, en opposition à l’Organon d'Aristote. Le Nozum Organum Comprend deux livres: Je premier, Pars destruens, ainsi nommé, Parce qu'il a pour but de détruire, d'écarter les obstacles au progrès des sciences: le second, Pars informans, Parce qu'il donne les moyens de réaliser ce progrès. Les obstacles, les
humaine a , l'imagination et la raison, des sciences sera donc tri-
difficultés, il les appelle fantômes, ou mieux idoles, parce qu'on leur rend les hommages dus à la seule vérité. Ces fantômes, ces idoles sont au nombre de quatre.
1° Jdoles de la tribu (idola tribus), idoles, fantômes de la tribu humaine, de l'espèce humaine toute entière. Ils sont fondés sur la nature même de l'homme. 2° Les idoles de la caverne (idola specus): ce sont les préjugés propres à chaque individu. Chacun a comme sa caverne “ où la lumière naturelle, dit Bacon, ne pénètre que brisée et corrompue ‘’. 3° Les idoles du forum ou de la place publique (idola fori): ce sont les erreurs qui viennent des relations sociales, engendrées surtout par le langage. Des mots mal compris, obscurs par euxmêmes, occasionnent très souvent ces erreurs qui ont cours partout. 4° Les idoles du théâtre (idola theatri) : ce sont celles qui naissent des fausses théories, des faux systèmes. On les appelle idoles du théâtre, parce que les systèmes qui les causent “ sont autant de pièces de théâtre, dit Bacon, que les divers philosophes sont venus jouer, chacun à leur tour ”.
Au reste, ces erreurs ne doivent pas nous décourager. Le seul moyen de s'en affranchir, c'est de suivre la vraie méthode, et par elle, on est sûr d’arriver, à la fois, à la science et à la puissance, car science et puissance sont synonymes : Tantum possumus quantum scimus.
228. Méthode de Bacon. — Il expose sa méthode dans le deuxième livre de son Nocum Organum,