‹ Histoire de la philosophie [microforme]Chapitre 70 sur 137 · NE PEN RO OR E · texte numérisé non relu

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c'est-à-dire dans la Pars informans. La méthode baconienne est l'art d'interpréter la nature. Le but de la science n'est pas tant de comprendre la nature que de s'en rendre

maître. On y parviendra par l'étude des causes : z

ere scire, per causas scire : non pas des causes finales qui font l'objet de la théogie, mais des causes formelles, c'est-à-dire des lois qui régissent les phénomènes. La vraie méthode, la seule capable de nous procurer

la connaissance des lois, c'est l'induction qu'il faut nécessairement mettre à la place des vains raisonnements de la dialectique. Car, la déduction ou le svllogisme est un procédé de logique formelle, non de logique réelle, il lie l'esprit, non les choses, assensum astringit non res. Et cette induction baconienne ne va Pas, comme d'un bond,

des faits particuliers à des généralités abstraites et vagues — c'est le reproche qu'il fait aux anciens — mais elle procède lentement, graduellement, sans omettre aucun intermédiaire, parce que, ce dont a besoin le savant, ce ne sont pas des ailes, comme le croyait Platon, mais des semelles de plomb, non alas sed plumbum. La méthode baconienne comprend trois degrés: 1° l'obserration des faits; 2° l'expérimentation : 3° l'induction des lois.

1° L'observation des faits : c'est ce par quoi il faut commencer, Les faits de la nature n'ont pas tous la même importance. Les uns sont, plus que les autres, dignes d'attention. Bacon les appelle : faits privilégiés. Ces faits privilégiés sont ou ostensifs, s'ils montrent manifestement la nature étudiée, par exemple, la raison dans l'homme ; ou clan-

destins, s'ils ne contiennent qu'à un infime degré la propriété cherchée, par exemple : la cohésion est très faible dans les fluides ; ou faits de migration, si chez eux, la propriété en question passe du néant à l’être et inversement, par exemple: la blancheur du papier diminue quand on le mouille; on distingue encore les faits limitrophes, les faits irréguliers, les faits aberrants, etc., etc.

2° L’expérimentation : il faut aussi expérimenter, c'est-à-dire provoquer les faits instructifs. L'expérimentation, suivant l'expression de Bacon, a pour but de forcer la nature à livrer ses secrets. Après avoir provoqué le plus grand nombre de faits possible, on doit les distribuer en trois tables: table de brésence, où l'on notera toutes les circonstances présentes, qui accompagnent le fait dont on cherche la cause; table d'absence, où l'on notera soigneusement si le fait dont on cherche la cause, ne se produit pas lorsque telle circonstance n'existe pas, ou est absente ; fable de degrés, où l'on remarquera si le fait dont on cherche la cause, croit ou décroit avec la variation croissante ou décroissante des circonstances. L’expérimentation faite, si telle circonstance est présente, lorsque le fait dont on cherche la cause est présent, si elle est absente lorsqu'il est absent, si elle carie dans les mêmes proportions, alors on conclura que cette circonstance est la cause du fait ou du phénomène donné.

3° L'induction des lois: c'est la troisième phase du procédé baconien. Elle consiste à tirer des faits, des phénomènes observés, expérimentés, telle loi qui

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s'appliquera à tous les cas. Cette troisième phase est l'œuvre de la seule raison et constitue la méthode inductive proprement dite.

229. Appréciation. — I] serait faux de prétendre que Bacon a été l'inventeur de la méthode inductive. Cette méthode était déjà connue et expliquée par les anciens, voire Par ses contemporains. Aristote, Albert le Grand, saint Thomas, Roger Bacon, Léonard de Vinci, Copernic, Képler et surtout Galilée étaier. des observateurs avertis de la nature. Cependant nous devons savoir gré à François Bacon d’avoir mis en lumière cette méthode, d'en avoir

rmulé les règles et de l'avoir imposée à l'attention de ses contemporains.

Bacon a commis une très grosse erreur en rejetant la déduction: rejicimus igitur Syllogismum, répète-t-il à plusieurs reprises. Sans compter les services inappréciables rendus par ce procédé dans les sciences spéculatives, il est historiquement démontré que le syllogisme, dans les sciences expérimentales, a conduit à plusieurs découvertes. L'exemple de LeVerrier prouve assez qu'on peut arriver à de véritables découvertes scientifiques en déduisant d'un principe donné les conséquences qu’il renferme, Et Stuart Mill lui-même, avec toute son admiration pour la méthode baconienne reconnait G-e les sciences ne peuvent faire grand progrès sans l'emploi alterné de l'induction et de la déduction.

Aussi bien, pourrait-on dire que Bacon a été plutôt l'interprète du mouvement scientifique de son époque qu'il n'en a été l'initiateur. Suivant son

expression, il s'est fait le héraut (buccinator) de la science; il a “ ouvert la route aux générations futures ”, il a été “ le clairon qui sonne la charge, le sonneur de cloche qui, le matin, se lève le premier pour éclairer les autres ”!.

Quelques passages de Bacon le justifient facilement du reproche d'athéisme. C'est lui qui écrivait : “ J'aimerais mieux croire toutes les fables de la Légende, du Talmud et de l'Alcoran, que de croire que cette grande machine de l'univers, où je vois un ordre si constant, marche toute seule, et sans qu'une intelligence y préside, ” et encore: “ Si peu de philosophie naturelle éloigne de Dieu, beaucoup y ramène.” Toutefois, il n'en a pas moins ouvert la voie à l'empirisme moderne en prônant, comme méthode surtout, l'expérience sensible.

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