DAVID HUME
286. Vie et œuvres de Hume. — Né à Edimbourg, David Hume commença par étudier le droit qu'il abandonna bientôt pour s'adonner à la littérature et à la philosophie, Pendant un séjour de trois ans en France, 1734-1737, à Reims et à La Flèche, il publia son Traité de la nature humaine. Ce premier ouvrage n'eut pas de succès Plus tard, il se livra aux études historiques et publia une His-
toire d'Angleterre qui le rendit célèbre. En 1741 et en 1763, il fit successivement deux voyages aux cours de Vienne et de Versailles. Il mourut à Edimbourg en 1776. É
Ses ouvrages sont: Essai de la nature humaine, Essais sur l'entendement humain, Essais moraux et politiques.
287. Caractères de la Philosophie de Hume. — 1° Phénoméniste: elle ramène tout à de pures apparences, à de simples phénomènes fatalement associés entre eux et qui nous donnent l'illusion de la réalité en soi. 2° Criticiste: Hume se demande si nous pouvons connaitre les choses en elles-mêmes ; comme nous le verrons, il conclut pour la négative. Sa théorie est donc de limiter notre connaissance après avoir fait la critique de sa s'alcur. 3° Subjective : la certitude, dans cette philosophie, n'est plus la ferme adhésion à une réalité objectie, mais une illusion de l'esprit. 4 Ennemic irréductible de toute métaphysique: c'est une conséquence inévitable de l'explication des choses objectives, par l'association fatale des idées; laquelle association nous fait prendre un rapport pour une réalité absolue.
288. Doctrines philosophiques de Hume.—Dans l'histoire de la philosophie on appelle la doctrine de Hume, le phénoménisme. Et tout d'abord, le phénoménisme consiste à nier la réalité en soi et à n'admettre que des apparences, c'est-à-dire des phénomènes, soit dans l'ordre ontologique ou réel, soit dans l'ordre logique. En d'autres termes, c'est la négation absolue de l'existence des corps et des esprits, comme choses en soi.
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Hume, d'une manière générale, s'efforce d'établir que les idées de causes et de substances sont chimériques. Et il ajoute que bien des idées acce; tées sans examen comme des données premières, sont le fruit de l'expérience et de l'habitude, À ces données premières, à ces phénomènes internes il faut appliquer la méthode d'analyse, qui comprend deux phases : 1° décomposer les bhénomènes en leurs éléments : 2° déterminer les lois selon lesquelles ces phénomènes se combinent. Fume entreprit donc l'analyse de nos phénornènes internes Voici ce qu'il a découvert. 11 constale que nos per- Ccptions se ramènent à deux classes : perceptions plus vives, appelées impressions, ce sont les perceptions des sens en général auxquelles il joint l'amour, la haine, les volitions ; perceptions moins vives, appelées idées, qui sont les copies, les images affaiblies des premières. Et les impressions et les idées sont de purs événements psychiques qui nous renseignent avec certitude sur leur existence propre, mais ne peuvent rien nous apprendre sur celle des choses extérieures. Ces éléments, impressions et idées, trouvés par l'analyse, comment se combinentils entre eux? Hume répond qu'ils s'associent entre eux, sans notre intervention, suivant une triple loi naturelle qu'il énonce comme suit: 1° Joi de contiguité dans l'espace ct le temps; 2° loi de ressemblance et de contraste; 3° loi de causalité. Par'‘rapport. aux phénomènes de conscience, ces trois lois jouent le même rôle que la gravitation vis-à-vis des phénomènes physiques.
Ces trois lois rendent compte d'abord de la relation qui existe entre la cause et l'effet: relation qui, pratiquement, règle tous nos raisonnements. Tout effet a une cause: c'est l'énoncé du principe de causalité. Parce que rien n'est inné à l'esprit humain, ce principe n'est donc pas inné. Au reste, il ne résulte pas non plus d'une perception, d'une connaissance immédiate de la force cachée par laquelle une chose en produit une autre. L'expérience, l'observation de chaque jour nous fait bien voir que deux phénomènes se succèdent, mais elle ne nous renseigne jamais sur le lien nécessaire qui enchaîne l'effet à la cause. Prenez deux billes de billard, frappez l’une avec l'autre, toutes les deux vont se mouvoir successivement, mais vous ne verrez pas comment le mouvement de l'une produit le mouvement de l'autre. C’est une affaire d'habitude fortifiée par la répétition qui nous fait attrii ver un phénomène à un autre, comme l'effet à sa cause, lorsqu'ils se succèdent. C'est en vertu des lois fatales de l'association que nous croyons que les choses se passent ainsi. Par conséquent, le principe de causalité est une habitude subjective dont nous faisons une loi des choses—mais qui, en réalité, ne l'est pas. Il en est de même pour toute notre vie intellectuelle. Le monde et le moi, bref, tout, en nous et hors de nous, se ramène à une association d'idées. Ainsi le moi n’est qu'un faisceau d'impressions unies ensemble, la substance est une collection de modes, de qualités reliées entre elles par la loi de l'association : #ous transformons un rapport constant en une réalité. Tout ce qui
semble exister en soi, est une illusion subjective qui répond à une habitude de l'esprit. C'est le phénoménisme pur et simple.
289. Appréciation. — Ilume s'est certainement trompé sur la notion de la cause. Pour lui, l'idée de cause se ramène à la connexion constante entre deux phénomènes de conscience; Stuart Mill la définira plus tard: ‘un antécédent invariable”, Avant Hume, Locke l'avait défini: la succession constante entre deux événements. La cause n'est pas cela. La cause est ce qui produit quelque chose. Sans doute, l'action véritable de la cause est invisible aux sens. Mais au delà de la réalité sensible, il y a la réalité supra-sensible, métaphysique, qui n'est pas une apparence, mais un être en soi, un nomène, pour parler comme Kant. Hume, pour avoir été conséquent avec lui-même, n'en a pas moins défendu des théories contre lesquelles proteste la conscience. Par son phénoménisme et son criticisme, il a préparé les voies à Kant.
290. Adam Smith (1723-1790) est un des principaux représentants de l'Ecole Ecossaise qui, au nom du sens commun, voulut réagir contre l'empirisme de l'école anglaise, et surtout, contre le phénoménisme de Hume. Cette école comprend deux classes d'adeptes : les psychologues et les moralistes. Parmi ces derniers, il faut ranger Adam Smith. Selon lui, le fondement de la morale est la sympathie. Une action est bonne ou mauvaise, suivant qu’elle cause de la sympathie ou de l'antipathie. Smith fut aussi un économiste distingué. Contre les physiocrates, il
démontre que la vraie source de la richesse, € est le travail pour lequel il faut réclamer toute liberté d'initiative.