‹ Histoire de la philosophie [microforme]Chapitre 84 sur 137 · BERKELEY · texte numérisé non relu

BERKELEY

282. Vie et œuvres de Berkeley. — Georges Berkeley naquit à Dysert, comté de Kilkenny, en Irlande. Après ses études élémentaires à Kilkenny, en 1700, il entra au collège Trinity, à Dublin, où la philosophie de Locke était en grand honneur. Plusieurs voyages en France le mirent en relation avec

Malebranche. Il visita aussi l'Italie, l'Amérique. Nommé évêque (anglican) de Cloyne, en 1734, il se retira à Oxford, en 1742. et y mourut onze ans après.

Ses principaux ouvrages sont : Essai sur une nouelle théorie de la vision, Principes de la connaissance humaine, Alciphiron où les Petits philo- Sophes, Dialogues d'Hylas ct de Philonoüs, le premier personifie la matière, le second. l'esprit.

283. Caractères de la Philosophie de Berkeley. 1° ]mmatérialiste: voulant réagir contre les conséquences matérialistes logiquement déduites de l'em birisme de Locke, erkele\ alla jusqu'à nier lexistence de la matière, 2° /déuliste : pour ve philosophe il n'y a que des esprits qui connaissent et des idées qui sont connues : esse e$t Percipere qut Porcipi, 3

Mystique: la philosophie de Berkeley est celle de Malebranche, simplifiée. L'esprit infini est la cause des sensations que nous éprouvons.

284. Doctrines philosophiques de Berkeley. — Toute la philosophie de Berkeley est connue sous le nom d'?mmatérialisme. Locke avait enseigné que nous ne connaissons pas les corps directement, mais seulement les idées qui les représentent : c’est la théorie des idéés représentatires. S'emparant de cette opinion, Dodwell et Collins, en Angleterre, tirèrent de l'enseignement du maitre des conclusions qu'il eût certainement désavouées, et firent de son empirisme un abject matérialisme. Berkeley, pour lutter contre cette doctrine, nia l'existence de la matière Si nous ne connaissons pas les corps directement mais seulement les idées qui les représentent, comme les idées — modifications de l'esprit — ne peuvent exister en dehors de nous, il n'y a donc rien qui nous garantisse la réalité du monde extérieur. A quoi bon admettre une substance dont la nature nous est complètement inconnue? Ce ne sont que les représentations de cette substance, de cette réalité, que nous connaissons. Donc, ce qui existe réellement pour nous, c'est ce qui est perçu, c'est-à-dire, les représentations ou les idées des choses, et ce qui perçoit. Donc, la réalité est percezoir (esprit) et être perçu (idées) ; ou mieux, comme l’exprime Berkeley: être, c’est percezoir ou être perçu. Esse est percipere aut percipi. Ce que nous appelons corps est un ensemble de sensations que nous associons. Cette association résulte de l'expérience et

de l'habitude. Ces idées représentatives que nous percevons ont une cause, Et cette cause, ce ne sont pas les objets matériels. puisqu'ils n'existent pas; ce n'est pas nous aussi, puisque parfois ces idées s'imposent à nous, malgré nous. Cette cause, c'est Dieu, l'esprit infini. Comme nous le voyons, l'immatérialisme de Berkeley est la théorie de Malebranche, simplifiée et combinée avec l'empirisme de Locke.

285. Appréciation. — Berkeley avait certainement d'excellentes intentions. Si la matière n'existe pas, le matérialisme n'a droit à aucune justification ; et, d'un autre côté, Dieu, esprit infini, étant la cause de nos idées représentatives, son existence ne peut faire aucun doute. Aussi bien, le philosophe an-

glais pensait-il trouver dans son idéalisme une arme puissante contre l'irréligion. Mais son système pèche par la base, et il prépare les voies à Hume qui. non content de nier l'existence des corps, nie aussi celle des esprits et aboutit au plus pur phénoménisme.

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