‹ Histoire de la philosophie [microforme]Chapitre 99 sur 137 · STE · texte numérisé non relu

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Consin, “est le plus grand métaphysicien qui ait honoré la France depuis Malebranche ”. Le développement de sa pensée à passé par trois phases Successives que nous allons résumer brièvement. Dans une première bhase, Maine de Biran prétend appartenir à l'Ecole de Condillac, bien que réellement, il s’en sépare. Avec Destutt de Tracy, il croit “ que c'est à Ja faculté de nous mouvoir que nous devons la connaissance des corps”, et, sur ce principe, il fonde la distinction entre la sensation et la Perception :. celle-là est l'affectio duite sur nos sens par les chose ci résulte de

n pros extérieures, cellenotre activité volontaire. Plus la volonté meut nos Organes, plus grande est la perception. Et il en conclut que la perception n’est Pas une sensation transformée. I] expose cette théorie dans son ouvrage intitulé: Mémoire sur l'habitude. Selon lui, les habitudes sont actives et passives, et elles affaiblissent la sensation et fortifient la perception.

On trouve dans Ja seconde lectuelle de Maine de Biran, toute sa philosophie. Le point de départ de cette doctrine est ce qu’on est convenu d'appeler, le sextiment de l'effort. Le premier fait de conscience dont tout dérive, c'est l'effort volontaire, la volonté agissant sur l'organisme. Cet effort révèle deux choses: l'actisité Propre du moi et l'existence nécessaire du non-moi. En effet, par la Conscience, nous sentons que nous agissons, que nous faisons des efforts, que la volonté met l'organisme en mouvement,

Phase de la vie intel-

Par la con-

science aussi nous sentons que l'organisme oppose de la résistance à la volonté qui le meut, et par cette résistance, le moi se reconnaît limité, il acquiert avec la conscience de soi-même, la connaissance du nonmoi, comme d'un terme nécessaire qui s'oppose au moi, c'est-à-dire de la réalité extérieure. Grâce à cette activité volontaire, le moi et le non-moi sont mis en présence, et par une seule et même intuition de conscience, on les connaît tous les deux. En résumé, pour Maine de Biran, le fond même de notre être est dans l'activité consciente, dans le sentiment de l'effort qui nous donne à la fois l'intuition du moi et du non-moi. Comme on le voit, c'est le stoïcisme qui prédomine dans cette seconde période. Les principaux ouvrages où Maine de Biran décrit l'évolution de sa pensée sont les Rapports du physique et du moral et V'Essai sur les fondements de la psychologie, publiés par Ernest Naville, en 1859.

La phase troisième et dernière s'appelle la période mystique et chrétienne. On y trouve une philosophie ébauchée, incomplète, que Maine de Biran expose dans son Anthropologie, ouvrage inachevé. L'auteur distingue trois vies dans l'homme : la sie animaie, celle de la sensation; la v'ic humaine, celle de la volonté; la vie de l'esprit, celle de l'amour. Cette troisième vie, appelée vie de l'amour, perfectionne la morale stoïcienne où il s'était arrêté. Et cette vie troisième trouve son complément dans la morale chrétienne qui, par excellence, est la inorale de l'amour. Aussi bien, c'est dans cette morale de l'Evangile qu’il alla chercher consolation et

Soutien durant les dernières années de sa vie. La méthode prônée par Maine de Biran fut donc la vraie méthode psycho'ogique, qui consiste à étudier l'homme, non Plus par le dehors, comme font les sensualistes, mais par le dedans. C'est, pour parler le langage moderne, la méthode d'introspection. On doit reprocher à Maine de Biran d'avoir confondu ensemble la conscience, la raison, la volonté et ramené tout à l'effort, à l'activité, au point de nier la substance, l'essence de l'âme ou, du moins, d'en faire, comme il le dit lui-même, un insaisissable. 334. Joseph de Maistre. — Né à Chambéry, et mort à Turin (1754-1821), le comte Joseph de Maistre eut le tempérament et la justesse de vue d'un vrai philosophe éclairé des lumières de la foi, Ses principaux ouvrages sont: Considérations sur la Résolution française, Essai sur les Principes générateurs des constitutions bolitiques ct des autres institutions humaines, du Pape, Les Soirées de Saint-Pétersbourg où Entretien sur le gouzernement temporel de la Protidence. Cet écrit est considéré comme le plus bel ouvrage de de Maistre, Ce brillant écrivain, cet illustre penseur à exagéré quelque peu ie rôle de la tradition ; mais, en justice, on doit dire que c’est en politique plutôt qu’en philosophie. “En ce qui concerne la philosophie de l’histoire, de Maistre ne parait pas laisser à l'homme assez d'initiative et de pouvoir : il refuse trop facilement l'efficacité à ses desseins et à ses efforts . ”

T. E. Blanc, Dictionnaire de Philosophie, P. 788.

Quoi qu'il en soit, de Maistre n'en reste pas moins un génie perspicace dont les prévisions, parfois hardies, sur les hommes et les choses, se sont souvent réalisées. C'est lui qui n’a pas craint de dire aux admirateurs passionnés de Bacon, que leur idole “ fut simplement un baromètre qui annonça le beau temps, et parce qu'il l'annonçait, on crut qu'il l'avait fait ”. ë

336. Quelques autres. — Sous cette rubrique, nous pouvons classer les philosophes de l'Ecole traditionaliste dont le caractère général fut de réagir contre les rationalistes qui exaltèrent outre mesure la uissarce de la raison humaine. Les traditionalistes allèrent juste à l'opposé et enseignèrent que la raison humaine d'elle-même est incapable d'arriver à la connaissance de n'importe quelle vérité (les traditionalistes exagérés), ou du moins, des vérités d'ordre métaphysique (les modérés), sans le secours d'un enseignement, d'une révélation. Citons Le Vicomte de Bonald (1754-1840), qui prétend que le langage a été révélé par Dieu à l'homme ; Félicité de Lamennais (1782-1854), dont l’Essai sur l'indifférence proclame que la vérité certaine, dans l'ordre moral et religieux, est la révélation interprétée par l'autorité infaillible du pape, et, dans les questions simplement philosophiques, la tradition, qui n’est autre chose que le consentement universel. L'abbé Beautin (1796-1867) va jusqu'à dire que toute science est une croyance à la pr ‘e de Dieu. Sous le titre de Spiritualistes rationansies, nommons Destutt de Tracy (1754-1836) dont s'est inspiré

Maine de Biran: Laromiguière (1756-1837) qui fait dériver les facultés de l'âme de l'attention ; Royer-Colard (1 703-1845) qui commenta les œuvres de Reid, chef de l'Ecole Ecossaise; Caro (1826- 1887); Paul Janet (1823-1809) ;B. de St-Hilaire, le meilleur traducteur des œuvres d'Aristote; Bersot, Ravaisson (1813-1900), qui “ fait de l'esprit l'unique réalité et l'universelle substance LISA A Fouillée, célèbre par sa théorie des idées-forces ; E. Naville, H. Bergson. Vacherot (1809-1897), dont l'ouvrage : La métaphysique ct la science, représente le mieux la forme d'idéalisme qui prévalut en France au milieu du XIX* siècle, et dont le caractère fut de réagir contre le positivisme.,

LA PHILOSOPHIE EN ANGLETERRE

336. Caractères de la Philosophie anglaise au XIX: siècle, — 1° Issociationniste : elle explique tout — du moins chez certains auteurs — par la fameuse loi, appelée loi de l'association des idées, Pour quelques-uns, loi suprême, loi unique, qui, à l'égard des phénomènes mentaux, joue le même rôle que la gravitation universelle et l'attraction vis-à-vis du monde de la matière. 29 Utilitariste, surtout en morale. Le critère de la moralité, pour un bon nombre de philosophes de l'école anglaise, c'est l'utilité que peut procurer l'acte posé. 3° Empirique: elle ne reconnait d'autre objet de la connaissance que les phénomènes d'expérience, 4° Evolutionniste, surtout avec Herbert Spencer qui, dans l’idée d'évo-

lution, empruntée à Lamarck, cherche l'explication de toutes choses.

337. Jérémie Bentham (1748-1832) est appelé à bon droit un économiste utilitariste. Selon lui, le principe unique de nos actions est l'intérêt personnel. L'homme est essentiellement et fatalement égoïste ; aussi bien, toute la morale se ramène-t-elle à la régularisation de l'égoïsme, et le calcul du plus grand plaisir est le principe qui doit nous diriger lorsque nous voulons juger de la valeur i1oralc d'une action. La vertu consiste à “ maximiser les plaisirs et à minimiser les peines ”. Il a imaginé une espèce d'arithmétique morale dont le rôle est d'évaluer les plaisirs et de déterminer quel est celui qui l'emporte en quantité. Pour cela, il les envisage sous les rapports suivants : “ intensité, durée, fécondité en plaisirs nouveaux, pureté ou exemption de douleurs, proximité, certitude, étendue en conséquences sociales ”. Chercher son plaisir cu son intérêt, c’est une obligation, et celle-ci constitue le devoir. Chacun est le seul juge compétent quand il s'agit de savoir où est le plaisir et la douleur, c’està-dire le bien et le mal.

De ces principes il semble découler tout naturellement qu'il y a opposition flagrante entre les intérêts du particulier et ceux de la société. Mais chose étrange, Bentham arrive à cette conclusion paradoxale: l'intérêt particulier et l'intérêt général ne sont pas contraires. L'identité entre les deux est basée sur la ic. appelée l'harmonie spontanée des intérêts. Grâce à la sympathie naturelle qui unit tous

les hommes, je bonheur de nos semblables nous rend heureux et ainsi le bonheur du tout fait celui de la partie. Bentham a fait l'application de ces Principes dans son Traité de la législation qui l'a rendu célèbre,

Pas n'est besoin de dire que Bentham expose sa morale utilitaire, sans preuves à l'appui, Ses avancés sont, pour la plupart, des affirmations gratuites, Le bon sens les condamne. Si la règle des utilitaristes mesurait Ja valeur de nos actes, alors la race des jouisseurs serait celle qui riériterait le plus de considération, Au reste, l'intérêt ne peut pas être appelé une loi morale, parce qu'il n'en à pas les caractères. I] n'est Pas obligatoire,“ L'intérêt conseille, dit Kant, Ja moralité seule ordonne. ” Il

n'est pas absolu, mais relatif aux personnes, aux circonstances, etc, ]1 n'est pas universel, les intérêts sont souvent opposés, contradictoires, Les princi- Paux ouvrages de Bentham sont: /ntroduction aux Principes de morale ct de jurisprudence, Traité de législation civile ct pénale, Théorie des Peines ct des récompenses, La Déontologie.

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